sop (Mil ajouthui P'un des dirigeants du Mouvement patriotique Ma vice Bi. 1 EORGE Louison, ancien ministre de l'Agriculture du gouvernement de Maurice
GRENADE
La gauche révolutionnaire
Use reconstruit Entretien avec George LOUISON cette occasion, accorder une interview à Inprecor.
« INPRECOR » : - Camarade Louison, nous te remercions tout d'abord d'avoir accepté de discuter avec nous de la situation actuelle à Grenade. Pourrais-tu nous expliquer les principaux éléments de cette situation, aussi bien après les élections de décembre dernier qu'après la mise en place du nouveau gouvernement, et alors que se poursuit l'occupation amé ricaine ? (1)
George LOUISON : - Par rapport à l'occupation de notre pays, il faut constater que la situation reste essentiellement la même qu'il y a un an. Dans ce sens, les élections n'ont rien changé du tout. Elles ont permis aux Yankees de mettre en place un régime qui va appliquer une politique économique destinée à imposer encore plus de privations aux pauvres et aux travailleurs. En plus, ce gouvernement est en train de créer un appareil militaire local répressif, sous la forme notamment de Services spéciaux, force paramilitaire qui fera partie de la Force régionale de défense et sera utilisée aussi pour des tâches de répression contre le
La situation économique s'est rapidement détériorée depuis un an. Tous les programmes économiques sous le Gouvernement révolutionnaire populaire ont été soit complètement abandonnés soit réduits de façon drastique. Dans cette situation, le chômage a rapidement augmenté, passant d'environ 12% avant l'invasion US à presque 40 % aujourd'hui. Les services sociaux instaurés par la révolution ont été réduits et les projets économiques entrepris à cette époque ont été cela a été le cas de l'usine agro-industrielle et de la Société de pêche, ou ont vu leurs activités réduites de façon dramatique, comme dans le cas de la Société des fermes de Grenade et de l'Office national du commerce et des importations.
Le peuple grenadien se trouve donc dans une situation difficile. Et le nouveau
One fait strictement rien pour améliorer ses conditions d'existence, qui se sont détériorées depuis un an. Ce gouvernement donne plutôt la priorité au développement de l'économie sur la base de développement économique bien conetalt de passage en France en février dernier. Il a bien voulu, Meeting du MBPM. nue ou plutôt de non-développement, qui a fait faillite dans tous les pays de la Caraibe et dans tous les pays du tiersmonde. C'est cette théorie, qui repose sur la logique du marché comme moteur de l'économie grenadienne, qui devient l'axe central de la politique du gouvernement imposé par les Américains à St-George's. La situation des pauvres et des travailleurs devient donc de plus en plus dure et nous nous attendons à ce que les choses empirent dans la période qui vient.
- Le Mouvement patriotique Maurice Bishop semble considérer comme tâche principale la reconstruction d'un parti des travailleurs et des masses laborieuses de Grenade aujourd'hui. Peux-tu faire le point sur l'étape actuelle de la réalisation de cet objectif ?
- Il est vrai que notre objectif principal depuis un an a été celui de rétablir un mouvement progressiste pour continuer la lutte au nom du peuple travailleur de Grenade, étant donné que le New Jewel Movement (NJM) a été détruit par la contre-révolution issue de ses propres rangs. Nous pensons que ce travail a bien avancé au cours de l'année passée. Nous avons réussi à refaire connaître au peuple tout entier le programme du parti. Le parti s'est présenté aux élections pour s'en servir comme tribune pour remettre à l'ordre du jour de la politique du pays le programme du mouvement progressiste. Nous pensons que nous avons réussi à faire cela, étant donné que le parti était à ses débuts, que nous repartions de zéro ou, plutôt, que nous renaissions de nos cendres.
C'est dans ce cadre que nous pouvons dire que nous avons de nouveau un parti et que dans les mois qui viennent nous pouvons nous fixer une série de tâches. Tout d'abord, il s'agit de construire l'organisation et de l'étendre dans tous les villages du pays. Deuxièmement, il faudra développer notre travail de masse parmi le peuple et notamment notre intervention en direction des femmes, des jeunes, et notre travail syndical. Troisièmement, nous allons développer notre travail de propagande au travers de notre journal, l'Indies Times et d'autres formes de propagande que nous pourrions développer. En quatrième lieu, nous allons renforcer nos liens avec les groupes de solidarité dans d'autres pays. Enfin, bien sûr, nous allons nous donner les moyens de construire quelque chose sur la base de notre héritage, en travaillant pour commémorer Maurice Bishop et les martyrs du 19 octobre. Voilà les tâches principales auxquelles est confronté notre parti. Je pense que nous pourrons avoir de nouveau un parti qui représente les intérêts de tous les travailleurs de Grenade.
- Par rapport à cette tâche de reconstruction d'un parti, comment expliquez-vous aux masses grenadiennes la différence entre ce que vous faites maintenant et ce qui s'est passé pendant les événements d'octobre 1983, puisque tu as expliqué toi-même que ces événements ont constitué un traumatisme pour le peuple grenadien ? Comment expliquez-vous le processus qui a rendu possible l'invasion américaine, c'est-à-dire cette contre-révolution de l'intérieur dont tu viens de parler ?
— Nous nous efforçons d'expliquer consciencieusement et franchement au peuple quelles ont été les erreurs faites par l'ancien parti, et aussi pourquoi la responsabilité de l'effondrement de la révolution retombe directement sur la clique de Bernard Coard. Nous intervenons dans le sens que le peuple tout entier reconnaisse que notre parti est le seul qui puisse recommencer après la débâcle.
Il faut le convaincre que nous pouvons reconstruire le mouvement progressiste et incorporer à son travail tous les véritables patriotes, tous ceux qui ont vraiment lutté pour la révolution dans les années passées. Aujourd'hui, c'est un niveau supérieur de démocratisation du travail du parti et du mouvement progressiste qui doit nous donner la possibilité de construire un parti qui puisse vraiment re-
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1. Pour une analyse sur le contexte et le résultat des élections de décembre dernier, se reporter à Inprecor numéro 184 du 19 novembre 1984 et 188 du 21 janvier 1985.
présenter les travailleurs de Grenade comme le NJM à réussi à l'être à une époque.
- En prenant l'engagement de soutenir le mouvement progressiste aujourd'hui à Grenade, c'est-à-dire le MBPM dont tu est l'un des dirigeants, nous voulons aussi faire tout ce que nous pouvons pour étendre le mouvement de solidarité avec ce qui se passe actuellement dans cette île, avec cette lutte à long terme dans laquelle vous êtes engagés. Peux-tu donc nous dire quels sont, à ton avis, les principaux besoins du mouvement à Grenade et ce qui peut être fait par le mouvement de solidarité en Europe, et plus spécifiquement en
- Nous avons souvent répété que la tâche principale pour tous ceux qui veulent aider le mouvement révolutionnaire grenadien est de faire connaître le plus largement possible la réalité de la situation à Grenade et de diffuser le maximum d'informations à cette fin. Il faut d'abord faire comprendre à l'opinion internationale que l'occupation de Grenade continue sous la forme la pire et la plus vulgaire. Il faut lui faire comprendre que la prétendue démocratie n'est qu'une façade et que les élections ont été manipulées par les Yankees. Diffuser ce type d'inforgénérale est devenu essentiel. Nous demandons ensuite au mouvement s'engager dans diverses formes de solidarité matérielle. Vous pouvez nous aider avec du matériel pour notre journal, avec du matériel pour les patriotes et la fondation Maurice Bishop et les martyrs du 19 octobre. Cette fondation à but non lucratif essaie d'obtenir des formes diverses d'aide pour les personnes nécessiteuses et du matériel pédagogique pour des écoliers. Le mouvement de solidarité peut nous aider sous toutes ces formes-là.
- Peux-tu nous informer sur la situation du mouvement de solidarité dans la région de la Caraibe même et l'importance qu'il a par rapport à votre lutte à Gre-
— De façon générale, les mouvements progressistes de la Caraibe ont commencé de nouveau à s'affirmer au sein de leurs sociétés. Nous pensons qu'étant donné la contre-offensive menée par l'administration Reagan et la droite dans toute la région, les efforts pour rassembler les mouvements progressistes de la Caraibe et y développer un fort mouvement de solidarité prennent toute leur importance. Nous intervenons donc aux côtés de tous les groupes progressistes de la Caraibe, anglophone aussi bien que francophone et hispanophone, ainsi qu'en Amérique latine, pour avoir de nouveau une force unifiée de la gauche qui puisse poursuivre combat contre l'impérialisme et ses efforts pour écraser les luttes des travail-
Propos recueillis par Charles MICHALOUX, Paris, 18 février 1985.