Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GRANDE-BRETAGNE

Deuxième rencontre de solidarité avec les mineurs

Inprecor n° 192, 18 mars 1985 · p. 26-27 · 1 340 mots

Grande-Bretagne Syndicalisme Irlande Femmes

Deuxième rencontre de solidarité avec les mineurs La défaite de la grève des mineurs, après un an de lutte, est un coup dur pour toute la classe ouvrière britannique. Nous reviendrons dans un prochain numéro sur toutes les leçons de cette grève historique et sur la situation actuelle du mouvement ouvrier en Grande-Bretagne. Mais la fin de la grève ne signifie pas qu'il n'y a plus besoin de solidarité internationale. Au contraire, à un moment où les mineurs mènent bataille dans des conditions difficiles pour la réintégration de plus de 700 de leurs camarades licenciés au cours de la grève et pour la libération de 150 d'entre eux qui sont en prison, ils ont plus que jamais besoin de notre soutien.

Nous publions ci-dessous un compte-rendu de la deuxième rencontre de solidarité avec les mineurs, organisée peu avant la fin de la grève par l'hebdomadaire marxiste révolutionnaire Socialist Action, et qui montre bien que si la grève n'a pas été victorieuse, ce n'est pas parce que les mineurs manquaient de combativité, mais essentiellement par la faute de l'absence criminelle de soutien de la part des direc tions du Parti travailliste et de la Confé dération des syndicats (TUC).

La deuxième rencontre nationale de solidarité avec la grève des mineurs, organisée par Socialist Action, a eu lieu le 16 février dernier à Penrhiwceiber au Pays de Galles du Sud. 400 personnes y ont participé, en majorité des mineurs et des femmes de mineurs, avec la présence d'invités des Etats-Unis, de RFA, des Pays-Bas, de France, d'Irlande, de Suède, du Danemark et du Japon. Cette rencontre a eu lieu dans un contexte fort différent de la première, tenue à Bold, dans le Lancashire, en octobre 1984, à un moment où il semblait que la grève puisse être victorieuse (cf. Inprecor numéro 184 du 19 novembre 1984). Cette fois, il était déjà clair que la lutte se dirigeait vers une conclusion sans victoire, bien que l'espoir restait vif de pouvoir arriver à un « règlement honorable » que la direction du Syndicat national des mineurs (NUM) essayait à ce moment-là de négocier avec l'Office national des charbonnages (NCB).

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Pourtant, le moral des participants était élevé du fait que la rencontre se tenait au cœur du bassin de Galles du Sud, là où une majorité écrasante de mineurs est demeurée solide derrière la grève, du début à la fin. Comme l'a souligné l'un des orateurs, la détermination des mineurs de cette région avait été renforcée par la conscience du fait que si la direcdes charbonnages appliquer son programme de fermeture des mines, la conséquence pour la région en serait dévastatrice, entraînant la perte de 100 000 emplois dans les charbonnages et dans les secteurs qui en dépendent.

L'un des axes principaux de la discussion fut donc la nécessité de soutenir ce qui serait la dernière tentative de la direction du syndicat de négocier ce « règlement honorable » du conflit, qui aurait permis aux mineurs de reprendre le travail sans accepter la fermeture des mines par le NCB et d'obtenir une amnistie pour les mineurs licenciés pendant la grève. C'est dans ce contexte que Kay Sutcliffe, l'une des dirigeantes du mouvement des femmes de mineurs, exprima la méfiance répandue et justifiée du rôle joué dans ces négociations par la direction du TUC tout au long de cette dernière année, qui a trahi la grève par son manque de soutien. Ensuite, Dai Davies, membre de l'exécutif régional du NUM, apporta un démenti aux allégations parues dans la presse, selon lesquelles le syndicat de sa région ou d'autres régions auraient l'intention de reprendre le travail de façon unilatérale, sans attendre qu'une décision dans ce sens soit prise au niveau national. Davies précisa d'ailleurs les enjeux de la greve : « Des gens ont dit ici, tout à l'heure, que ce que veut le gouvernement, c'est la peau de Scargill. Mais ce n'est pas vraiment la peau d'Arthur Scargill qu'ils recherchent. Ce qu'ils veulent, c'est casser notre organisation syndicale. Ils veulent la détruire à la racine. Quant à nous, nous ne nous rendons pas. » C'est cet esprit de résistance qui a caractérisé toute la rencontre et qui sera vital pour les batailles qu'il va falloir mener après la reprise du travail, notamment pour défendre l'unité et l'indépen-

La rencontre fut marquée par une l'Etat et de la nécessité d'unir les luttes de tous les opprimés. Kay Sutcliffe a notamment souligné que les méthodes de répression utilisées par la police contre les mineurs au cours de la grève avaient été préparées ailleurs : « Ils ont été bien entraînés. Nous savons tous sur qui ils ont été entraînés et nous avons regardé cela sans réagir : contre la communauté noire de ce pays, contre les homosexuels et les lesbiennes de ce pays, contre les femmes de Greenham Common et contre le peuple d'Irlande du Nord. »

C'est cette question des liens entre la lutte en Irlande et la grève des mineurs qui fut au cœur de l'intervention de Fergus O'Hare, conseiller municipal de Belfast et militant de People's Democracy, section irlandaise de la IVe Internationale, intervention qui a suscité la réaction la plus enthousiaste de la journée. commencé son discours en irlandais, en expliquant que s'il avait fait pareil en Irlande du Nord, cela aurait été illégal, car le gouvernement britannique ne permet même pas aux Irlandais de parler leur propre langue dans la partie de l'île qu'il domine directement.

Notre camarade a notamment déclaré : « Je voudrais vous dire à quel point je me sens privilégié de parler aux gens qui luttent ici contre le même régime cruel et répressif contre lequel nous autres Irlandais nous luttons depuis 16 ans. Comme en Irlande, vous vous battez pour la survie de vos communautés. (...) Il est très important que nous apprenions les uns des autres. Il y a beaucoup de leçons que nous pouvons apprendre de vous sur l'organisation du mouvement ouvrier. Il y a beaucoup de choses que les mineurs peuvent apprendre de la lutte en Irlande. Nous avons commencé, en Irlande, par des manifestations pacifiques, et on nous a répondu par la répression. La semaine dernière, à Belfast, deux garçons qur avaient volé une voiture pour faire un tour sont tombés sous les balles des militaires. Sous l'occupation militaire, la punition pour avoir vole une voiture, c'est l'exécution sommaire. Margaret cher donne toujours aux gens des leçons de démocratie, (...) elle ne sait même pas ce que c'est la démocratie. En Irlande, elle a agi sciemment contre la volonté de 80 % du peuple irlandais, qui veut avoir son propre pays, uni et non divisé. Alors, même Margaret Thatcher nous dit que les mineurs devraient organiser une consultation, son but n'est pas réellement la démocratie, c'est de faire passer sa propre politique. Dans ce cas la démocratie ne lui sert que de façade. Nous avons élu Bobby Sands comme député de la circonscription de FermanaghTyrone du Sud. 50 000 personnes sont allées voter pour lui. Et qu'est-ce qu'a fait Thatcher? Elle n'a pas respecté cette volonté exprimée par le peuple. »

O'Hare a poursuivi en expliquant d'autres similarités entre les deux luttes. Par exemple, une des raisons pour lesquelles les femmes ont joué un rôle aussi important dans la lutte irlandaise tient au fait qu'en Irlande du Nord la population carcérale masculine est la plus importante de toute l'Europe. Ce sont donc les femmes qui ont pris la tête du mouvement de masse au moment des grèves de la faim, et grâce au rôle qu'elles ont joué dans la lutte anti-impérialiste, elles sont mieux placées pour avancer leurs propres revendications, exactement comme les femmes des mineurs. Il a expliqué qu'en Irlande du Nord il y avait aussi des "jaunes" , ces super-mouchards qui avaient dénoncé des centaines de militants mais que cela n'avait pas empêché que leurs communautés s'organisent collectivement pour se battre contre la répression de l'Etat. C'est ce message, celui se la volonté de s'organiser dans l'unité et avec détermination face à l'ennemi de classe, qu'il faut retenir de cette rencontre.

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