Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BOLIVIE

Les femmes de mineurs à l'avant-garde

Inprecor n° 192, 18 mars 1985 · p. 26 · 1 018 mots

Femmes Pérou et Bolivie Syndicalisme

mier succès, plusieurs centaines de fem- bolivienne interdit aux travailleurs du sec-

BOLME

Les femmes de mineurs à l'avant-garde L'un des aspects les plus marquants de la longue grève des mineurs britanniques, qui vient de se terminer, a été l'importance du phénomène de la création de groupes de femmes de mineurs pour soutenir la lutte. En Bolivie, il existe déjà une longue tradition de ce type d'organisation. En octobre 1942, près de la ville d'Oruro, l'armée ouvrait le feu sur une manifestation de plusieurs centaines femmes de mineurs organisée pour protester contre le bas niveau des salaires des mineurs. Une femme de 60 ans, Maria Barzola, qui fut tuée alors qu'elle dirigeait cette manifestation, est devenue une martyre et un symbole de la lutte des femmes des mineurs d'argent, d'étain et de cuivre, lutte qui a continué et s'est largement développée depuis. Des organisations de femmes de mineurs existent depuis 1946 et sont devenues des structures permanentes. Connus sons le nom de comités « Amas de Casas » et coordonnés national, ils commencé à organiser des femmes surtout sur les questions du ravitaillement et

Dans chaque communauté de Bolivie, il y a une « pulperia », sorte d'épicerie qui appartient à la mine, que cette dernière soit privée ou nationalisée. Ces magasins possèdent un monopole du commerce de l'alimentation, et il y a souvent des pénuries de produits de base et des hausses des prix à cause de l'inflation qui monte en flèche. Dans de tels cas, les comités « Amas de Casas » s'organisent pour exiger que le syndicat local agisse. Parfois, les femmes font des cortèges pour se rendre à la réunion du syndicat. Mais ce n'est pas seulement au moment où un tel problème précis surgit que les femmes s'organisent. Dans beaucoup d'endroits, elles se réunissent deux ou trois fois par semaine pour s'occuper de problèmes quotidiens tels que l'éducation, la santé, le travail en commun avec les paysannes, etc. Elles sont souvent mieux organisées que les hommes et, aujourd'hui, beaucoup d'entre elles participent aux réunions du syndicat. Au moment des grèves, leurs organisations jouent un rôle clef dans la mobilisation de toute la communauté derrière les revendications des travailleurs.

Dans son livre Si on me donne la parole (publié en français par les éditions Maspéro en 1980), la femme de mineur Casas », à la création duquel elle a participé en 1961 avec une soixantaine d'autres femmes, dont les maris étaient tous en prison pour leurs activités syndicales. Elles se sont organisées pour exiger la libération de leurs maris et ont commencé une grève de la faim qui a abouti à la satisfaction de leurs revendications. Après ce premes participèrent aux réunions du comité, lequel était capable de mobiliser 5 000 femmes dans les manifestations. Domitila explique l'impact de la création des comités sur les femmes elles-mêmes : « En tant que femmes, nous avons été élevées depuis le berceau avec l'idée que les femmes ne sont destinées qu'à faire la cuisine et à s'occuper des enfants, qu'elles sont incapables de s'investir dans un travail important. Surtout, il ne fallait pas les laisser s'intéresser à la politique. » Avec la création des comités de femmes de mineurs, tout cela a commencé à changer.

L'organisation nationale des femmes de mineurs se réunit régulièrement depuis maintenant 4 ou 5 ans et a établi des liens avec les syndicats au niveau national. Des des femmes de étaient présentes au dernier congrès de la confédération syndicale COB, en août 1984. En fait, avec l'approfondissement de la crise en Bolivie et l'intensification de la lutte menée par les organisations ouvrières, le rôle des femmes en général et des organisations de femmes de mineurs en particulier, devient de plus en plus important. Il y a maintenant une inflation galopante dans le pays. En octobre 1982 par exemple, il y avait un taux de change de 44 pesos contre un dollar, alors qu'aujourd'hui, ce taux est de 45 000 pe-

La COB a lancé un appel à toutes les femmes de Bolivie pour qu'elles s'organisent comme le font les femmes de mineurs et pour qu'elles prennent en charge l'organisation et la distribution du ravitaille. ment. La COB propose que des comités de femmes de quartier prennent le contrôle des dépôts d'emmagasinage des produits alimentaires — que ces dépôts soient nationalisés ou privés — et qu'elles vendent ces produits au prix légal pour s'opposer aux prix dictés par l'inflation ou par les spéculateurs et les gangsters. Si les femmes commencent à s'organiser à cette échelle - et la réponse donnée pour l'instant à l'appel de la COB n'est pas claire —, elles se trouveront au premier rang de l'affrontement avec le secteur privé, voire avec le

Grâce à la lutte des femmes de mineurs, la nécessité de l'auto-organisation des femmes est maintenant reconnu par le mouvement syndical tout entier, et les comités « Amas de Casas » sont devenus un modèle pour toutes les femmes du pays. Les femmes se sont aussi mobilisées par le passé autour de questions telles que la lutte contre la stérilisation forcée introduite par les programmes d'aide américains. Elles se sont organisées dans le textile, secteur ou travaillent beaucoup de femmes. Peu de femmes vont au travail en Bolivie, mais la plupart d'entre elles sont obligées de gagner de l'argent en prenant à la maison des vêtements pour les laver ou en vendant des marchandises dans la

Cependant, les femmes commencent aussi à s'organiser dans les entreprises. Celles qui travaillent dans le secteur public ont récemment créé un syndicat national. L'article 104 de la Constitution teur public de se syndiquer, et c'est surtout les femmes qui sont passées au-delà de cette interdiction en organisant le syndicat. Maintenant, elles le dirigent et se trouvent depuis un an au premier rang des actions de la COB. La lutte héroïque des femmes boliviennes, et surtout des femmes de mineurs, ont placé les femmes au premier rang du mouvement ouvrier, où elles sont les mieux placées pour avancer leurs propres revendications. Mais c'est leur auto-organisation au niveau national et local qui a été et qui reste le moteur de ce processus.

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