Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NICARAGUA

Riposte populaire à l'agression impérialiste

· Inprecor n° 192, 18 mars 1985 · p. 3-5 · 3 339 mots

Nicaragua États-Unis Amérique centrale Économie mondiale

LUS que jamais, la révolution nicaraguayenne est en dan-

Peer, En danger d'agresion impérialiste directe, du tait des menaces verbales de plus en plus précises des dirigeants nord-américains et de leur aide aux contre-révolutionnaires qui sèment la terreur par leurs actions terroristes au Nicaragua. Mais la révolution nicaraguayenne est aussi mise en danger d'étranglement par la politique systématique de blocus économique et financier de l'impérialisme. S'ajoutant aux dégâts matériels et humains causés par les attaques de la « contra », cette stratégie veut affaiblir la révolution pour mieux ensuite lui porter un coup militaire fatal. Pour la seule année

1984, jusqu'au mois de novembre, les pertes occasionnées par la guerre impérialiste que les USA et leurs hommes de main livrent au Nicaragua révolutionnaire atteignent les 255 millions de dollars (soit environ 2,5 milliards de francs). Selon certaines sources, cela représenterait l'équivalent de 70 % des recettes d'exportation. Durant les quatre dernières années, ces pertes ont représenté plus de 1 milliard de dollars (soit 10 milliards

Face à la difficile situation économique qui s'en suit, le gouvernement nicaraguayen, tout en poursuivant sans relâche ses efforts de défense et la mobilisation populaire à cet effet, développe une tactique diplomatique audacieuse visant à desserrer l'étau du blocus impérialiste. Parallèlement, à l'intérieur,

C. GARMENDIA,

F. RIVERA

Les dizaines de milliers de miliciens de Managua et des délégations en provenance des zones frontalières se sont rassemblés le 26 février 1985, jour du 5e anniversaire de la création des Milices populaires sandinistes, en riposte aux provocations de Ronald Reagan. Intitulée par le

Front sandiniste de libération nationale

(FSLN) année « Pour la paix, tous contre l'agression », 1985 sera sans doute une année décisive pour la survie de la révolution sandiniste et pour l'avenir des luttes populaires de toute l'Amérique centrale.

Les forces mercenaires financées par la CIA et l'armée interventionniste impérialiste, ainsi que par ses pions dans la région, se mettent en place dans un contexte où tout dialogue est rompu (blocage des initiatives du groupe de Contadora, refus américain de comparaître devant la

Cour internationale de la Haye). La machine de guerre impérialiste est en marche. Au Nicaragua se joue donc aujourd'hui le destin de la révolution, dans une situation économique intérieure de plus en plus affaiblie par l'agression et dans un contexte de mobilisation populaire.

UNE RIPOSTE DE MASSE

70 000 Nicaraguayens, membres des bataillons des Milices territoriales de Managua, ont manifesté dans la ville toute la journée du 26 février, armés et scandant

En effet, la politique malgré l'inflation. impérialiste. des slogans. Des paysans en armes venus des zones frontalières, originaires de Yali, Jalapa, Somotillo et de tant d'autres villages, symboles aujourd'hui au Nicaragua des hauts-lieux de la lutte et de la résistance populaire à l'impérialisme, se sont réunis sur la place de la Révolution.

Des ouvriers, des paysans, des femmes des très jeunes et des très vieilles, mères et compagnes de camarades tombés au combat, qui ont repris le fusil de leur enfant, de leur compagnon), des jeunes, beaucoup de jeunes, garçons et filles, étudiants et travailleurs : « A chaque bras, une arme ! » affirmait le ministre de la Défense, le commandant de la révolution Humberto Ortega, et il ajoutait : « Nous ferons tout pour que chaque citoyen ait chez lui une arme » pour défendre chaque pouce du territoire du Nicaragua.

Quant au commandant de la révolution et Président du Nicaragua, Daniel Ortega, il déclarait, le 8 février dernier au nom de la direction nationale du FSLN : « La direction nationale du FSLN a lancé un appel à tous ses militants et sympathisants, à ses organisations politiques, de masse ou sociales. Nous lançons un appel au peuple du Nicaragua pour faire face à cette année 1985, pour que tous ceux-ci appuient de façon conséquente les mesures militaires et économiques qui sont et qui continueront d'être appliquées par le gouvernement de la République. » (1)

Cette mobilisation n'est qu'un jalon dans l'élan et le vaste effort qui doit se dé-

NICARAGUA le gouvernement sandiniste vient d'adopter des mesures économiques d'austérité suspendant les subsides accordés jusque-là à certains produits de première nécessité.

gouvernementale de subventions était détournée de ses objectifs destinés à assurer un meilleur approvisionnement des masses populaires. Elle suscitait au contraire un renforcement du secteur spéculatif. Ainsi, dans le domaine agricole, la subvention des aliments de base, d'un coût important pour l'Etat, avait pour conséquence une réduction de la surface des terres réservées à la culture du mais et des haricots, puisqu'il était plus rentable d'acheter ces produits aux prix subventionnés que de les produire, ce qui provoquait une augmentation de la spéculation et du secteur commercial infor-

La suppression des subventions des prix de certains produits de base se double toutefois d'une hausse des salaires, destinée notamment à attirer la main-d'œuvre dans le secteur productif et à maintenir le niveau de consommation des masses,

Nous publions ci-dessous un reportage en provenance de

Managua, qui fait le point sur la difficile situation économique de la révolution sandiniste et qui fixe les tâches indispensables de la solidarité internationale pour faire reculer l'agression velopper en 1985. Pour faire face à cette année cruciale, il a été décidé d'approfondir l'effort et la discipline pour organiser une arrière-garde combative et productive contre une eventuelle intervention de l'impérialisme.

Une campagne massive de mobilisation s'est développée à travers la presse, la

TV, la radio, dans les usines, les coopératives, les quartiers. Des appels à l'inscription et à l'intégration des jeunes au

Service militaire patriotique (SMP) sont lancés. C'était le tour, ces jours-ci, de

Managua et de sa région. Des milliers de jeunes se sont présentés aux bureaux, un nouveau tour s'ouvrira ensuite dans tout le pays, intégrant une tranche d'âge plus jeune, après avoir enregistré la réserve active, pour défendre la révolution.

Les entraînements pratiques des bataillons des Milices territoriales (qui garantissent la défense locale, urbaine et rurale de façon permanente, avec l'appui de l'EPS et des jeunes du SMP, ainsi qu'avec la défense civile des femmes, des travailleurs et de tous les jeunes), ont commencé depuis une semaine à Masaya et à Managua : exercices de défense de toute la communauté contre des attaques aériennes, contre les bombardements; riposte au fusil, refuges, utilisation de batteries anti-aériennes, premiers secours, lutte urbaine et rurale. L'insurrection populaire de 1978 revit, avec tous les moyens du

1. Barricada, organe du FSLN, Managua, 9 février 1985.

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La guerre détourne une grande part des ressources qui seraient nécessaires au développement écobord, face à la recrudescence de l'agression.

A Managua vient d'être inaugurée la Maison nationale d'appui aux combattants. Des mères de jeunes gens tombés au combat sont venues les premières donner des fonds collectés pour les combattants. Elles sont directement engagées dans des campagnes d'explication de la nécessité actuelle du SMP, qui ne va pas sans problèmes. Dans toutes les régions vont s'ouvrir des Maisons d'appui aux combattants.

Tous les cadres du FSLN et des organisations de masse sont mobilisées dans les tâches politiques et de défense. A l'Assemblée nationale élue le 4 novembre dernier, la lutte politique se poursuit. Objectif : prendre des mesures à la hauteur de la situation critique que connaît le pays et, surtout, acculer les partis bourgeois de l'opposition à prendre position et à se prononcer contre l'agression.

UNE NOUVELLE TACTIQUE

MILITAIRE DE LA « CONTRA »

Il n'y a pas un jour sans sa douloureuse liste de victimes de la guerre impérialiste imposée au Nicaragua : embuscades, massacres et enlèvements de paysans que la « contra » tente d'entraîner de force dans ses rangs, sont devenus une saignée quotidienne pour le pays. Destruction de coopératives - pointe avancée de l'organisation paysanne -, de récoltes, d'écoles, tout ceci crée un malaise et représente surtout un énorme coût économique et humain pour le pays.

La contre-révolution somoziste a intensifié sa tactique de 1980 : opérations limitées par petits groupes qui tendent des embuscades à des paysans ou à des responsables politiques, à des techniciens et à des éducateurs, pour créer la terreur tout en évitant d'affronter l'armée populaire qui leur inflige de lourdes pertes. C'est un changement de tactique face à l'échec de 1983-1984. Ces coups d'éclat visent bien évidemment l'économie et la

L'objectif des contre-révolutionnaires en ce premier trimestre 1985 est d'empêcher au maximum la récolte de café. Des dizaines d'embuscades sont tendues à des volontaires, étudiants et travailleurs ou à des ouvriers agricoles. 20 propriétés privées de production de café ont été totalement détruites par les « contras » à Jinotega et à Matagalpa depuis décembre 1984. Environ 40 % de la production de café sera perdue à cause des effets directs et indirects de cette guerre. Autant de crimes abominables commis par les « paladins de la liberté » de Rea-

L'ENJEU DU VOTE AU CONGRES

DES ETATS-UNIS Jusqu'à l'année dernière, la stratégie des mercenaires somozistes était d'essayer de « libérer » un bout du territoire nicaraguayen pour y installer un « gouvernement provisoire » qui aurait été immédiatement reconnu par les alliés des Etatsnomique. (DR) Unis. Cela pouvait légitimer une intervention directe des armées des pays voisins d'abord, qui cherchent constamment un prétexte à ce conflit, et des USA ensuite. Cette stratégie a totalement échoué. Elle s'enlise aujourd'hui dans une tactique de terreur, d'attaques d'objectifs de production avec l'appui de plus en plus ouvert de la CIA et de l'administration Reagan, conjugué avec des manœuvres militaires conjointes entre le Honduras et les USA aux

Alors que ces jours-ci les manœuvres Pino Alto-III mobilisent plus de 4 500 GI's aux frontières du Nicaragua (simulant une invasion pour se défendre contre « celle du Nicaragua » ...), que toutes les troupes mercenaires se concentrent aux frontières hondurienne et du Costa Rica, le dialogue est rompu par les USA, comme en témoigne le retrait américain des conversations bilatérales de Manzanillo, avec l'excuse de l'existence du « cadre de Contadora, meilleur », qu'ils boycottent ensuite avec arrogance, tout cela pour prouver au Congrès américain et au Sénat que le dialogue avec le Nicaragua est impossible. déclaré qu'un blocus maritime total était à craindre et que toutes les mesures seront prises face à cette éventualité. Alors que des milliers de « cortadores » se sont mobilisés pour sauver la récolte de café, déjà ralentie à cause de la mobilisation en novembre pour assurer la défense de Managua, le fait que le café ne puisse ensuite pas quitter le port de Corinto aurait des conséquences dramatiques pour l'économie du pays.

Derrière ces 14 millions de dollars réclamés ouvertement au Congrès pour alimenter l'activité des « contras » se cache aussi la lutte que mène Reagan contre certains secteurs politiques bourgeois encore opposés à une intervention directe au Nicaragua. Auparavant, les aides à la

« contra » passaient par des canaux « discrets » de la CIA, des associations de mercenaires et d'« œuvres pieuses » et d'autres armées alliées, comme celle d'Israël. Si l'administration Reagan obtenait l'aval sans réticence du Congrès, cela signifierait qu'elle aurait réussi à faire l'unanimité sur sa politique de guerre déclarée à la place de la « guerre clandestine » menée jusqu'à présent. Cependant, il faut être clair sur le fait qu'un blocage de la discussion ou une non acceptation des crédits par le Congrès ne signifieraient nullement la fin de l'agression US.

RÉVOLUTIONNAIRE OUVRE

DE NOUVELLES BRECHES DIPLOMATIQUES Le gouvernement nicaraguayen vient d'inviter le Sénat et le Congrès des USA à former une commission bicamérale qui viendrait observer sur le terrain et « sans restrictions » que « le développement militaire de notre pays est complètement défensif et non pas offensif. » Le Président Daniel Ortega vient de faire cette proposition lors de la visite d'une délégation de la Conférence épiscopale des Etats-Unis au Nicaragua. L'archevêque de New York s'est déclaré prêt à servir d'intermédiaire dans cette nouvelle démarche. La Maison-Blanche a été encore une fois prise au dépourvu par l'audace diplomatique des sandinistes. Le porte-parole de Ronald Reagan, Larry Speakes, disait se réjouir de cette proposition, alors que le secrétaire d'Etat, George Schultz, tentait de discréditer cette initiative avec un discours anticommuniste hystérique.

Dans la ligne des prises de position de l'Internationale socialiste, certaines bourgeoisies latino-américaines se déclarent aussi opposées à une guerre contre le Ni-

Le Président Ortega va profiter caragua. de son voyage en Uruguay pour l'investiture de Sanguinetti, vainqueur des récentes élections (2), pour faire de nouvelles propositions et les acculer à se prononcer

2. Cf. Inprecor numéro 188 du 21 janvier 1985.

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, cela provoque déséquilibre, pénurie, spé- ront aussi des modifications. Le taux ofplus ouvertement sur cette question. La politique du « gros bâton », qui a coûté des milliers de vies dans les pays du cône du sud, paraît et s'avère aux yeux de ces bourgeoisies de moins en moins appropriée pour étouffer actuellement les luttes populaires et les processus insurrectionpays semi-industrialisés d'Amérique latine, le mouvement populaire de solidarité avec le Nicaragua et contre l'intervention US renforce et revivifie en quelque sorte le mouvement revendicatif ouvrier intérieur. Les classes dominantes de ces pays, qui voient bien ce danger, sont portées à s'engager dans le processus d'appui au groupe de Contadora pour tenter de le museler. L'administration Reagan aussi s'en rend compte. Elle a crié haut et fort, par le biais de son ambassade à Buenos-Aires, son désaccord vis-à-vis du gouvernement de Raul Alfonsin, lors du départ de 150 jeunes de la Jeunesse communiste (JC) d'Argentine, partis en brigade au Nicaragua pour récolter le café. Une démonstration massive de 30 000 personnes a salué leur départ de Buenos-

On voit clairement jusqu'où peuvent aller les conséquences de la situation nicaraguayenne et de la mobilisation anti-im-

LE COUT DE LA GUERRE : LA CRISE ÉCONOMIQUE

Plus de 8 000 civils tués en 5 ans d'agression impérialiste, 120 000 paysans déplacés de leurs terres à cause de la pression des attaques constantes. Aujourd'hui, en 1985, 40 % du budget national du Nicaragua doit aller aux dépenses militaires contre 25 % en 1984. Cela provoque bien évidemment un déplacement de la mobilisation populaire, des secteurs productifs vers les zones de guerre, pour assurer la défense de la révolution, ce qui déséquilibre la production.

Cela s'ajoute aux multiples attaques et sabotages économiques: destruction de coopératives et d'unités de production, de récoltes, d'infrastructures productives, d'écoles, de centres de santé, de silos à grain ; minage des ports et, dernierement, blocage d'un cargo de pétrole en provenance d'Equateur suite aux pressions des USA, ce qui restreindra encore plus l'approvisionnement énergétique du pays et ses capacités de transport; blocage des

L'objectif de ces opérations vise à empêcher la récolte, mais aussi à terroriser les « cortadores » volontaires et les cultivateurs de café qui continuent produire. Le gros de la production doit être déviée vers les combattants, vers les travailleurs mobilisés qui, eux, ne produisent plus. « Sur chaque centaine de paires de chaussures fabriquées au Nicaragua, 40 sont des bottes militaires ; sur 100 vêtements fabriqués, 40 sont des uniformes ; sur 100 savons, 40 vont aux combattants ; sur 100 liures de maïs récoltées, 40 vont au front de guerre », disait le commandant Ortega, le 8 février 1985 (3). Tout culation et inflation. Le pouvoir d'achat

Le gouvernement va arrêter les subventions de 11 articles de base. Celles-ci atteignaient la somme de 7 millions de dollars (70 millions de francs) par an. Cette masse d'argent va être déplacée vers directement productit, d'augmenter les salaires des travailleurs. Ces derniers devraient connaître une hausse de 46 %, et de 100% pour les ouvriers agricoles. En un premier temps, cela concerne les travailleurs urbains productifs et ceux de l'administration, les ouvriers agricoles viendront ensuite. Cette augmentation, inférieure au taux d'inflation réel de 1984, sera réajustée dans 2 ou 3 mois pour rééquilibrer les salaires par rapport aux prix. Ceux-ci aussi vont subir une forte augmentation, à cause de la suppression de la subvention de l'Etat et de la hausse des prix d'achat aux producteurs agricoles.

La crise et l'austérité dans une situation économique rendue délicate par le blocus impérialiste n'empêchent pas le gouvernement révolutionnaire d'augmenter les salaires et de tenir pour prioritaire le pouvoir d'achat des travailleurs et le niveau de vie des masses. Ces mesures ont été discutées et élaborées avec les syndicats avant de passer en débat devant

Des mesures ont été adoptées pour généraliser les points de vente contrôlés par le ministère du Commerce intérieur (MICOIN) dans les centres de travail. Gérés par les syndicats, ces commerces vendront les produits de base à prix fixes pour garantir que la hausse des salaires soit effective et éviter que les travailleurs ne s'approvisionnent sur le marché libre spéculatif. La liste de ces produits pourra être élargie par des échanges directs entre les entreprises. Cela se fera par l'intermédiaire des syndicats.

La consommation des produits de base n'a cessé d'augmenter depuis 1979. Elle a quasiment doublé, alors que la production, surtout depuis 1983, ne suit plus et que les importations alimentaires croissent. Il faut donc intensifier la production et, pour cela, il est nécessaire d'attirer vers le secteur productif la grande masse des travailleurs du secteur informel (vendeurs ambulants), qui préfèrent aujourd'hui spéculer avec les produits subventionnés par l'Etat, ce qui est une activité beaucoup plus rentable pour eux.

Dans un premier temps, la consommation sera ralentie. Cela devrait permettre de relancer la production, notamment par de meilleurs prix d'achat aux producteurs, et de mettre en route de nouveaux canaux de production, de distribution et de contrôle du marché intérieur. exemple, a baissé de 25 % en une semaine à Managua et à Leon, suite à la hausse du prix de celle-ci. Mais surtout, on ne voit plus les intermédiaires venir faire la queue et vider les magasins dans la matinée. Ce sont les ménagères qui viennent acheter la marchandise pour leur propre consommation. Les taux de change du dollar subificiel de 28 cordobas contre 1 dollar ne correspond plus à la réalité des changes. Des changes différenciés, selon la destination ou la provenance des devises, seront mis en place.

Mais le gouvernement révolutionnaire nicaraguayen affirme clairement que ce sont là des mesures conjoncturelles, à revoir avec les organisations syndicales. Ces mesures ne prétendent donc pas apporter une solution définitive aux problèmes structurels d'une économie dépendante et en crise héritée du somozisme. Ce système économique, la révolution sandiniste ne prétend pas le modifier avec des hausses de salaires. C'est avec la réforme agraire, avec la nationalisation totale du système bancaire et du commerce extérieur, avec la nationalisation partielle du commerce intérieur et des transports, c'est par des mesures sociales concernant la santé et l'éducation gratuites, c'est par la mise sur pied de comités d'ouvriers et de salariés agricoles, par l'organisation de coopératives que le Nicaragua lutte depuis la prise du pouvoir de 1979 pour la transformation de ce modèle capitaliste dépen-

Le Nicaragua aussi paye cher la crise économique internationale, en pays dépendant et historiquement tourné l'agro-exportation et sans aucune infrastructure industrielle. Ce prix s'ajoute au boycottage impérialiste de ses produits proposés sur le marché mondial.

LES TACHES DE LA SOLIDARITÉ

La discussion du vote des 14 millions au Congrès des USA, la prise de distance de certains secteurs du Parti démocrate US par rapport à la tactique de Reagan, les prises de position de l'Internationale socialiste, celles des bourgeoisies latino-américaines et même de certains repré sentants des bourgeoisies européennes, sont en partie le résultat de la mobilisation des travailleurs contre l'intervention américaine. Ce n'est qu'en multipliant des mobilisations unitaires qu'il sera possible d'arrêter, aux côtés du peuple du Nicaragua et des autres peuples de l'Amérique centrale en lutte, l'agression impérialiste. C'est là la meilleure façon d'appuyer et de défendre la consolidation et l'approfondissement du pouvoir révolutionnaire au Nicaragua et l'extension de la révolution en Amérique centrale.

Nos tâches internationalistes nent donc aujourd'hui toute leur importance pour la défense inconditionnelle du processus révolutionnaire au Nicaragua dans sa lutte anti-impérialiste et anti-capitaliste. Comme l'a déclaré le commandant de la révolution, Bayardo Arce, « à opposer un projet nouveau de solidarite internationale ».

Managua, 27 février 1985.

3. Barricada, organe du FSLN, Managua, 9

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