EL SALVADOR
IL rencontre entre une délégation du MIN. DR et des re.
E 15 octobre 1984 a eu lieu à La Palma une première présentants du gouvernement
Duarte. Une nouvelle rencontre s'est déroulée un mois plus tard à Ayagualo. Pour Duarte, ces discussions avec la guérilla relèvent d'une politique destinée à doter son gouvernement d'une apparence démocratique. Mais cette initiative ne peut séparée d'une machination internationale à accroître la crédibilité et la légitimité du gouvernement de
Duarte puissamment aidé par les Etats-Unis et à augmenter les pressions militaires et diplomatiques sur le FMLN-FDR.
Pour les forces du FMLN-FDR, l'acceptation de l'offre de dialogue faite par Duarte n'a pas été conçue comme une alternative immédiate à la poursuite du combat et de ses offensives militaires contre la dictature. La démarche pour parvenir à arracher un dialogue sans condition pour la paix était la réponse du FMLN-FDR à une série de problèmes nouveaux qui se posaient dans la lutte. Il s'agissait en effet d'utiliser le terrain diplomatique pour offrir une réponse politique à de larges secteurs des masses populaires favorables à une issue rapide à la guerre civile et pour lesquelles la victoire militaire à court terme du FMLN n'apparaît pas comme
«PANORAMA » : - En ce qui concerne le dialogue en cours, la première réunion a été considérée avec beaucoup d'optimisme par tout le monde. Cependant, il semblerait que la seconde rencontre laisse un arrière-goût d'impossibilité ou de difficulté majeure à la poursuite du
Hector OQUELI : - Cette appréciation est juste. Il règne une certaine confusion entre les termes de dialogue, de négociation et de solution politique, ainsi que l'idée que l'on s'est fait sur ce qui se passait à La Palma (1).
L'utilisation de la publicité, surtout de la part du gouvernement qui dispose de tous les moyens de communication, a fait naître l'idée que, comme par magie, tous les problèmes du Salvador allaient être résolus, et surtout le principal problème que connaît le pays actuellement, à savoir la guerre.
Cette publicité n'a pas ôté de son sérieux au dialogue, les discussions furent en effet sérieuses. Mais elle a démontré son incapacité à transmettre avec exactitude au peuple et à la communauté internationale ce qu'il en était véritablement.
On avait tellement parlé de la possibilité d'un dialogue, de négociations et de solution politique que, le moment venu, on n'a pas su comprendre ce qui se passait réellement à La Palma.
La Palma a été pour nous la première tentative réelle, sérieuse — on ne peut pas en dire autant de la part du gouvernement - de dialogue entre les deux acteurs
Les limites du dialogue
représentant du FMLN-FDR
FMLN-FDR visaient à salvadorien de Napoléon locale. blié à Mexico, en janvier dernier. du conflit. Ce qui a réellement eu lieu, c'est un premier échange oral entre représentants des deux groupes, deux factions qui ont été en guerre durant les cinq dernières années au Salvador.
Contrairement à une idéalisation, ce qui s'est passé à Ayagualo le 30 novembre 1984, et les nombreux événements qui se sont produits entre les deux réunions, ont eu beaucoup d'importance. La guerre a continué. Suchitoto (2) survient précisément après La Palma. Le jour même de la réunion, il y eut des combats dans le département de Chalatenango. Un autre élément important, car il reflète crûment la réalité, c'est la mort du colo. nel Monterrosa (3). Ces faits, qui sont lar-
1. Le 15 octobre 1984 à La Palma, localité que se disputent la guérilla et l'armée, située à 80 kilomètres au nord de la capitale San Salvador, s'est tenue la première rencontre au
Centre le gouvernement et le FMLN-FDR. Y participèrent pour le gouvernement José Napoléon Duarte, Abraham Rodriguez, René Fortin Magana, Adolfo Rey Prendes et le général Eugenio Vides Casanova. Pour le FMLN-FDR, Guillermo Manuel Ungo, Ruben Ignacio Zamora Rivas et les commandants Ferman Cienfuegos, Facundo Guardado, Lucio Rivera
2. Le 9 novembre 1984, dans l'attaque par le FMLN des garnisons militaires de la ville de Suchitoto, à 44 kilomètres au nord de San dans le département de Cuscatlan, l'armée gouvernementale a subi une centaine de
3. Le 23 octobre 1984, Radio Venceremos a informé que le bataillon d'appui de la brigade « Rafael Arce Zablah » avait détruit un hélicoptère dans les environs de Joateca (province du Morazan) au cours de l'opération « Atlacatl héroique : mort aux envahisseurs et à leurs maune perspective possible. Par là même, les propositions du contradictions d'un exacerber les régime qui se prétend favorable à la paix tout en développant une politique concrète de répression, assimilable à la théorie de la « paix des 100 000 morts » très chère à l'oligarchie
Enfin, le FMLN se devait aussi de riposter à l'accroissement de l'intervention américaine, qui contribue à modifier concrètement les conditions de la lutte des forces révolutionnaires. En effet, le développement actuel de l'affrontement de classe au Salvador et dans la région centro-américaine, et notamment l'intervention impérialiste, rendent nécessaire pour le
FMLN-FDR une forme nouvelle de combinaison de la lutte militaire, politique et diplomatique. C'est ce que reflète l'interview de Hector Oqueli Colindres, membre de la commission politico-diplomatique du FMLN-FDR, qui aborde les problèmes relatifs à la conduite de cette politique de « dialogue » avec le gouvernement salvadorien et à ses limites. Cette interview est parue dans Panorama, une revue d'information sur l'Amérique centrale et la Caraibe, dont le numéro 0 a été pugement connus, ont rappelé au peuple salvadorien et à la communauté internationale que la guerre était là, qu'elle conti-
Le 20 novembre 1984, réuni avec les commandants de toutes les garnisons militaires du Salvador, Napoléon Duarte obtient la permission de poursuivre le dialo-
Bue avec nous. Le 30 novembre, on arrive
Ayagualo (4) avec le souvenir encore plus présent du fait que le pays est toujours en guerre, mais aussi avec la conscience que l'on était en train de réaliser les premiers pas dans la perspective d'une des possibilités, qui ne constitue pas la seule voie, de trouver une solution au conflit salvadorien.
rionnettes » que le FMLN menait à ce moment-là.
Le haut-commandement militaire a d'abord attribué la chute de l'hélicoptère des « défaillances mécaniques ». Ensuite, des porte-parole militaires parlèrent d'une « bombe » posée par des membres de l'armée gouvernementale comme cause de la destruction. 14 personnes sont mortes et, parmi elles, des stratèges de premier plan, comme le colonel Monterrosa (Domingo), commandant de la 3e brigade d'infanterie et considéré comme l'officier de terrain le plus compétent en matière de tactique insurrectionnelle. Il dirigeait à ce moment-là l'opération Torola-IV.
4. Le 30 novembre 1984 a eu lieu la seconde rencontre des représentants du gouvernement et du FMLN-FDR à Ayagualo, dans le département de La Libertad. Y ont participé pour le gouvernement Abraham Rodriguez.
Julio Adolfo Rey Prendes, Fidel Chavez Mena et le colonel Carlos Reinaldo Lopez Nuila, et pour le FMLN-FDR,
Ruben Ignacio Zamora
Rivas, Hector Oqueli Colindres, Dagoberto Gutierrez et le commandant Facundo Guardado.
A Ayagualo la discussion s'engage sur des thèmes qui vont montrer que les conditions ne sont pas mûres pour convertir ce dialogue initial en négociations. Pour résumer, ce dialogue à provoqué beaucoup d'attentes de voir se réaliser une sorte de chemin vers la paix, alors qu'en réalité on apprenait à peine à marcher.
- En rapport justement avec l'idée que la guerre allait cesser, lorsque l'armée entreprend des actions militaires le FMLN les dénonce, comme pas exister dans le cadre du dialogue. Y avait-il une position claire et unanime des fronts à cet égard ?
- Oui. Il était absolument clair pour le FMLN-FDR que le dialogue ne mettait pas fin à la guerre et que l'on ne déposait pas les armes. Pratiquement, le jour suivant la rencontre de La Palma a commencé l'une des plus importantes opérations militaires de l'armée salvadorienne, connue sous le nom de Torola-IV, à laquelle participèrent plus de 5 000 soldats, dans le département de Morazan. Les militaires pensaient, et Monterrosa l'a déclaré au New York Times, que tous les commandants de la guérilla s'y trouvaient réunis pour faire le bilan des discussions de La Palma. Cela montre bien que si le gouvernement avait entamé le dialogue avec nous, dans le même temps le secteur militaire du gouvernement salvadorien lançait une opération de « chasse » — car ils ont utilisé ce terme - dirigée contre ceux avec qui ils avaient dialogué.
- Qu'a représenté Ayagualo et que signifie plus précisément ce communiqué des fronts qui précise qu'« après Ayagualo, on a fait de la surenchère à propos de l'accord et des difficultés pour parvenir
- Si l'on n'a franchi aucune étape dans la négociation, il existe une différence fondamentale entre La Palma et Ayagualo, qui permet de comprendre ce qui s'est réellement passé lors de ces rencontres. La Palma a effectivement donné lieu à un dialogue, et ça n'a pas dépassé le dialogue. Si on a obtenu des accords minimes, c'est parce qu'il y avait un terrain d'entente pour parvenir à ce type d'accord sans nécessairement entrer dans des négociations plus compliquées.
A Ayagualo, bien que l'on n'ait rien négocié de fondamental, on a tout de même commencé à discuter sur de petites choses, par exemple la durée de la réunion, qui était étroitement liée à la durée de la présence au Salvador de nos négo-
Le gouvernement persistait à nous appeler rebelles armés, nous mettant ainsi sur le même plan que des délinquants de droit commun. On a discuté et on a convenu que nos fronts ont un nom précis et que nous étions représentatifs.
Nous avons ensuite abordé des thèmes plus substantiels, comme par exemple le problème d'un cessez-le-feu. Sur ce point, il fallait discuter et négocier le caractère temporel et l'étendue territoriale de ce type de décision. On n'est arrivé à aucun accord. A mesure que l'on abordait des aspects plus fondamentaux, chaque partie a durci ses positions et cela nous a démontré les difficultés que nous aurions à trouver des accords lors d'une seconde
Pour comprendre ce qui différencie profondément La Palma d'Ayagualo, il faut voir clairement combien il est difficile de mener un dialogue quand on va passer des accords et que sont traités certains thèmes de fond. Voilà ce que reflètent ces phrases compliquées.
- Quels sont l'analyse et le projet de Napoléon Duarte ?
- La proposition de Duarte se résume en quatre points.
Le premier, c'est une introduction, un préambule dans lequel il est dit que 1984 n'est pas 1979, que la situation a
Get qu'elle s'est améliorée. Nous disons : c'est sûr, la situation a changé, mais en pire, car elle s'est aggravée. C'est guerre. La répression a fait 50 000 morts et la population réfugiée et déplacée dépasse le demi-million de personnes. La situation économique et sociale s'est détériorée et, conume si ce n'était rien, l'intervention des Etats-Unis au Salvador
Viennent ensuite dans la proposition de Duarte tous les aspects relatifs à la procédure des discussions sur lesquels il y
La troisième partie de sa proposition se réfère à une série de conceptions politico-philosophiques concernant les bases d'un système démocratique. Par exemple, il dit que seuls les partis politiques peuvent être représentés au gouvernement. Nous disons de notre côté : pas du tout, car il y a l'armée et d'autres
secteurs sociaux qui ne sont pas membres de partis politiques, et il peut aussi y des personnalités indépendantes membres d'un cabinet gouvernemental. Tous ces principes philosophiques cherchent à nous ignorer en essayant de nous convertir en partis politiques. Car Duarte pose comme un de ses principes fondamentaux que le pouvoir ne peut se conquérir qu'à travers les élections. Il cherche à ôter toute légitimité à tout autre moyen que la voie pacifique. Nous réfutons cela, car ce serait nier non seulement l'histoire de l'humanité, mais aussi celle du Salvador, même son histoire la plus récente. De plus, le gouvernement de Duartion non pacifique, celle du 15 octobre 1979 (5). D'autre part, la Constitution, avec l'accord de d'Aubuisson, président de l'Assemblée constituante (6), reconnaît le droit à l'insurrection. Un autre aspect des principes politico-philosophiques de Duarte est que l'unique source de pouvoir de légalité, réside dans la Constitution, les lois et les traités internationaux signés par le Salvador en matière politique, économique ou sociale, et en ce qui concerne les droits de l'homme. Nous disons : tout cela, c'est très bien, mais personne ne l'a jamais respecté au Salvador. Alors, à quoi sert-il d'être d'accord Finalement, dans la quatrième partie, celle concernant ses propositions de solution, Napoléon Duarte dit : si vous acceptez ces principes, déposez les armes et je tout d'abord à une amnistie, vous expatrier, puis vous rapatrier. Nous disons : c'est insuffisant, car on ne s'attaque pas ainsi à la racine des problèmes du Salvador et ces propositions ne mettent pas un terme à la guerre. C'est pour cela que nous insistons sur une solution à caractère global qui s'en prenne à la racine du problème.
- Indépendamment des propositions présentées par écrit, Facundo Guardado, commandant du FMLN-FDR, a lancé dans un discours fait après la rencontre d'Ayagualo, un appel à la lutte pour un gouvernement démocratique révolutionnaire (GDR). Qu'est-ce que cela signifie exactement ? Que devient la proposition de Gouvernement provisoire de large participation (GPAP) ?
— Le GPAP (7) a été et continue à être une proposition pour une solution politique, mais le programme de gouvernement du FDR-FMLN est toujours celui d'un Gouvernement démocratique révolutionnaire. Le GPAP est un programme de gouvernement de large participation, un gouvernement de solution politique, mais à l'intérieur duquel il faudrait se battre pour la réalisation d'un programme de gouvernement démocratique révolutionnaire.
Le GDR a toujours été le programme des deux fronts, c'est le programme minimum de leur unité. On ne l'a ni rejeté ni réduit. Notre effort pour trouver une solution au conflit, pour mettre fin à la guerre à travers une solution politique né-
One signifie en aucun cas la renonciation au programme du GDR.
- Après La Palma, Duarte avait accepté le fait qu'il n'y aurait pas, de part et d'autre, de tentative d'imposer ses positions. Il semblerait pourtant que cet accord ait été rompu à Ayagualo. Qu'est-ce que Duarte a dans la tête pour lancer une offensive politique de cette nature ?
- C'est Duarte qui a le plus usé de la tactique dans les conversations. D'abord, parce qu'il a été impossible pour le gouvernement de développer la moindre politique économique et sociale dans le pays. Il ne lui restait que la manœuvre politique pour démontrer que quelque chose bougeait dans le pays, que quelque chose était en train de se réaliser. Effectivement, à part le développement et l'aggravation de la guerre, l'élément politique le plus significatif ce sont les conversations, le seul qui ait créé une attente.
M
Une école primaire dans une zone libérée. (DR)
Le peuple salvadorien veut la paix et peut interpréter cette action de Duarte
June réelle intention de sa part d'aboutir à la paix. Cette tactique de Napoléon Duarte est à mettre en relation avec les élections législatives et municipales du 17 mars 1985 (qui ont été reportées au 31 mars, ndlr.) Il veut s'assurer une majorité à l'Assemblée législative. En effet, face à un d'Aubuisson qui ne désire aucune solution politique, Duarte pense pouvoir capter ces sentiments de paix.
5. Le 15 octobre 1979 a eu lieu le coup d'Etat qui a déposé le général Carlos Humberto Romero de la présidence du Salvador. Le pouvoir est assumé par une Junte gouvernementale à laquelle José Napoléon Duarte sera intégré le année, la Junte le nomma Président du pays.
6. Le 28 mars 1982, des élections ont été organisées pour mettre en place une Assemblée constituante. Les secteurs d'extrême-droite ont obtenu la majorité, ce qui leur a permis de nommer à la présidence de l'Assemblée le major Rod'Aubuisson, dirigeant de l'Alliance républicaine nationaliste (ARENA), accusé de di-
En ce sens, il a dû réagir fortement pour montrer qu'il est en position de force, que c'est lui l'élu de la population : c'est moi le Président. messieurs, je vous fais une proposition, la seule possible, la seule viable. Si vous ne l'acceptez pas, on dira officiellement : ces messieurs ne veulent pas accepter le changement qui s'est opéré dans le pays, ma légitimité de Président, mon autorité de Président de tous les Salvadoriens, et pas seulement d'une partie d'entre eux. Et en privé, il dira : la droite me cause des problemes; donc, messieurs les insurgés, vous devez être raisonnables, et comprendre cela, que l'armée me cause de graves problèmes. Vous devez donc comprendre que j'ai une marge de manœuvre très réduite et que la seule possibilté est d'accepter mon offre.
En d'autres termes, c'est une vision très étroite du problème salvadorien, cela revient à fermer les yeux devant la réalité que représente la guerre.
— Il semblerait qu'il y ait un accord entre Duarte, l'ARENA de d'Aubuisson, les forces armées et les Etats-Unis sur les limites du dialogue, limites déterminées par la Constitution et l'offre de participation aux élections. En ce sens, la Constitution représente-t-elle pacte de la classe résolution du conflit ?
- Au Salvador, ces dernières années, un processus de dialogue et de négociations a existé entre Napoléon Duarte et les secteurs de la droite. Son point culmiriger les escadrons de la mort et signalé comme l'un des instigateurs de l'assassinat de monseigneur Oscar Arnulfo Romero.
7. Le document signé par le commandement général du FMLN et le comité exécutif du FDR, daté du 31 janvier 1984 et intitulé « Proposition, intégration et plate-forme de Gouvernement provisoire de large participation ». a été par quelques spécialistes, au programme de Gouvernement démocratique révolutionnaire émis par la Coordination révolutionnaire des masses, le 26 février 1980, qui est la plateforme politique d'accord d'unité de toutes les forces démocratiques et révolutionnaires salva-
nant, son expression la plus claire est cette Constitution. Elle reflète le consensus entre ces secteurs. Plus que d'un nouveau consensus, je dirai qu'il s'agit d'un réévaluation qui a permis certains consensus des aspects concrets. Cependant, je crois que le conflit avec le secteur le plus agressif de l'oligarchie continue. La preuve en est qu'il y a eu deux ou trois tentatives de coup d'Etat contre Duarte.
Le problème est que le consensus s'exprime autour de la guerre. S'il n'y avait pas la guerre, le niveau des contradictions serait beaucoup plus évident. Mais la guerre est là, elle fait oublier de nombreux intérêts secondaires face au problème fondamental de la résolution du conflit armé que vit le Salvador. Sinon se poseraient par exemple d'autres problèmes, comme l'acceptation de la présidence de Duarte ou de l'ingérence nord-américaine.
Je ne pense pas qu'il existe une hégémonie de la Démocratie chrétienne (DC) et encore moins son acceptation. Parce que la DC n'a pas la même homogénéité que l'ARENA par exemple. Même en acceptant les résultats de l'élection présidentielle de mai 1984, je me risquerais à dire que les 47% de voix en faveur de l'ARENA sont plus homogènes que les 53 % obtenus par Napoléon Duarte.
Pour parler autrement, on peut dire que le groupe autour de Duarte pourrait avoir une plus grande tendance à se diviser ou à avoir des contradictions internes que l'ARENA, sur la meilleure façon de résoudre les problèmes du pays, et notamment ceux en relation avec l'acceptation de Duarte à la présidence ou bien celui de l'ingérence des Etats-Unis.
Ce n'est pas que ces secteurs de droite soient plus éloignés de Ronald Reagan, mais ils ont vu que l'unique façon de résoudre le principal conflit, la guerre, dépend de l'aide nord-américaine. Donc, s'il existe un véritable consensus, c'est autour de cette résolution du conflit armé. Et Duarte est la garantie pour continuer à rel'aide des Etats-Unis. Donc, pour faire la guerre, ils ont été obligés de faire deux concessions : premièrement, la présence des conseillers nord-américains, même sur des questions économiques et, deuxièmement, comme Président. Mais ils vont essayer de diminuer ce pouvoir autant qu'ils le pour-
- Comment peut-on briser ce pacte autour de la Constitution, afin que Duarte entre sur le terrain du véritable dialogue ? Autrement dit, quelles sont les perspectives du dialogue en cours ? Qu'a-t-il signifié pour les forces démocratiques et révolutionnaires du Salvador ?
- Les secteurs qui se situent réellement dans la perspective de vouloir trouver une solution au conflit salvadorien, comme l'Eglise catholique, n'attacheraient pas d'importance à la rupture de ce pacte politique de la droite. Ils sont même d'accord pour réformer la Constitution, si cela s'avère nécessaire pour obtenir la paix au Salvador. Cependant, les possibilités de rupture de ce pacte n'exis-
Equilibrio tent pratiquement pas aujourd'hui. Quant aux perspectives de dialogue et de négociation, pour le moment, elles ne sont guère encourageantes.
Je crois que Duarte et nous-mêmes avons tiré profit du dialogue, le bénéfice n'est pas unilatéral. Seulement, Duarte a plus de contraintes à cause du carcan de la Constitution et du poids de la droite à travers cette Constitution.
Quant à nous, les perspectives de dialogue, même si ce dernier n'aboutit pas à des accords fondamentaux, elles sont plus positives que négatives. Pourquoi ? Parce qu'il a signifié qu'avant on nous refusait. Et même si le gouvernement Duarte nie encore l'existence de deux armées, de fait il nous re-
Nous n'avons pas l'illusion qu'il nous reconnaisse comme force belligérante. Non que nous n'en soyons pas une, mais cette reconnaissance repose sur des volontés politiques et non sur un ensemble de conditions établies par les règles de droit international contenues dans les conven-
Dans le cadre de l'humanisation de la guerre, on peut avancer dans le sens de la réalisation et de l'application de ces con-
Elles enlèveraient une série d'obstacles qui ont rendu cette guerre plus dure. Pourtant, parfois je doute même que l'on puisse avancer sur ce genre de questions. On pourrait obtenir des accords pour que la Croix-Rouge internationale puisse établir des hôpitaux de campagne qui soient respectés. Ce serait un soulagement sans précédent.
L'accès même minime aux médias est un autre avantage du dialogue. Alors que la situation concrète du Nicaragua avait relégué le conflit salvadorien au second monde que ce conflit existait aussi crúment et même plus que l'an dernier.
En ce sens, il a montré que les Salvadoriens regroupés dans nos fronts luttent pour défendre les intérêts les plus chers et les plus élémentaires de la population. Cela a été transmis aux secteurs les moins avancés de la population ou à des secteurs que seule la propagande gouverne. mentale touchait, à cause de leur situation géographique.
On a pu voir des commandants guérilleros en uniforme à La Palma, puis à Ayagualo, voir qu'ils ont une morale très élevée, que ce sont aussi des êtres humains, et qu'ils luttent pour obtenir la paix au Salvador. Cela a aidé à redonner confiance non seulement à ceux qui luttent sur les fronts, mais aussi à ces secteurs de la population que nous touchions plus difficilement.
Duarte et les Américains ont crû que le dialogue amorcerait une période de démobilisation et surtout de démoralisation des éléments combattants du FMLN. Je pense que les actions militaires qui ont eu lieu prouvent le contraire, et que pour le FMLN, cet élément va se maintenir : la confiance dans la victoire à travers le combat. L'importance et la signification du dialogue ont été comprises comme d'autres instruments que le peuple salvadorien doit utiliser dans sa lutte pour obte-
- Pour terminer, il semblerait qu'il y ait un contexte international assez défavorable pour le moment au mouvement révolutionnaire. La grande offensive des Etats-Unis, sur tous les terrains, entraîne même la paralysie des moyens diplomatiques, par exemple La Contadora (8).
- L'offensive tous azimuts des EtatsUnis en Amérique centrale fait peur à certains gouvernements. Ces gouvernements se sont toujours limités à appuyer La Contadora, pas à la pousser en avant de ma-
Tout le monde finit par soutenir La Contadora : l'Union soviétique et la Chine d'un côté, les pays africains, l'Europe et toute l'Amérique latine de l'autre. On n'a jamais vu de pays qui se soient risqués à critiquer La Contadora. Les Etats-Unis, au contraire, l'ont sabotée quand ils se sont aperçus que ce regroupement de pays pourrait faire quelque chose.
Pour une autre catégorie de gouvernements, que je ne nommerai pas, qui voyaient avant avec beaucoup de sympathie ce qui se passait, ils préfèrent maintenant appuyer les processus démocratiques en Amérique du Sud plutôt que de condamner l'intervention nord-américaine en Amérique centrale, car elle ne risque pas de les contaminer.
Propos recueillis par Priscila PACHECO,
Panorama, numéro 0, Mexico, janvier 1985. 8. Le 9 janvier 1983, dans l'île de La Contadora (Panama), s'est formé le Groupe de La Contadora. Il comprenait les représentants des gouvernements de la Colombie, du Venezuela,