U Pérou, au milieu des années 1970, alors que la crise de A la dictature s'exprimait par le renversement du général
-Juan Velasco Alvarado et son remplacement par le regime du général Morales Bermudez, s'étaient constitués de petits groupes révolutionnaires. La remontée des luttes et des grèves dans la période qui suivit posera le problème de l'unification des forces radicales du mouvement ouvrier et populaire autour d'objectifs politiques précis. C'est de ce processus que naquirent, vers la fin de la dictature militaire, le FOCEP et l'UDP, deux regroupements unitaires dans lesquels les partis réformistes n'auront guère d'influence.
Lors des élections de juin 1978 à l'Assemblée constituante, le FOCEP polarisa la sympathie d'une fraction importante des masses ouvrières et paupérisées, en remportant 12 % des suffrages. L'ossature de ce front était constituée par la coalition de personnalités indépendantes telles que Gerardo Ledesma et de groupes trotskystes tels que le PST et le POMR, sans oublier le bénéfice du prestige dont jouissait Hugo Blanco, le dirigeant le plus connu du PST, auprès des masses. De son côté, l'UDP, coalition de groupes maoïstes et guévaristes, ainsi que du FIR et du FIR-IV qui se réclamaient du trotskysme, obtint 6 % des
Apparu à la même époque, le PRT, section péruvienne de la IVe Internationale, était issu de la fusion de courants ayant participé à ces deux coalitions de la gauche révolutionnaire et possédant des histoires politiques assez différentes. Cette unification sur la base de grands principes généraux eut lieu sans que les bases de l'accord aient été testées dans la pratique. Cela réduisit d'autant l'efficacité du PRT et sa capacité organisationnelle, ses différentes composantes conservant des appréciations divergentes sur l'activité à mener en direction des fronts constitués par le FOCEP et l'UDP.
Il devint même impossible d'envisager une bataille pour la transformation réelle du FOCEP en parti de masse et difficile de lutter pour l'unité entre le FOCEP et l'UDP, d'autant plus que certains secteurs maoïstes de ces deux fronts la refusaient obstinément. Pourtant, le FOCEP et l'UDP ensemble obtinrent DOCUMENT
Le PRT a été créé en octobre 1978, à un moment politique décisif pour le pays. Nous nous trouvions depuis 1976 dans une crise dont les traits les plus marquants étaient les suivants :
- une importante crise économique qui combinait de façon particulière les effets de la crise mondiale et l'échec du projet politique du général Juan Velasco Alvarado (1968-1975) ;
- une terrible secousse sociale au cours de laquelle les opprimés de tout le pays, dirigés par les ouvriers et les syndicats, s'étaient mobilisés activement pour protester contre la faim et la misère à laquelle la crise les avait condamnés, impulsant l'auto-organisation des fronts de défense et des assemblées populaires ;
des élections de juin 1978. tionnaire connut un recul. mises à profit. sanctionnent certains de ces échecs. d'avril 1984. - une crise de direction politique de la bourgeoisie provoquée par l'absence de solution de rechange au gouvernement militaire totalement discréditée et usé apres plus de 8 ans de pouvoir; les partis bourgeois n'ayant pas été actifs pendant cette période, ils avaient besoin de temps pour se reconstituer, alors que la crise menaçait la stabilité du régime (1).
Face à cette situation, les militaires choisirent une stratégie qui consistait à
Assemblée constituante pour ensuite appeler à des élections générales. L'objectif de ce plan était d'essayer de stabiliser la crise économique en en faisant supporter les conséquences aux travailleurs ; de gagner du temps pour permettre aux partis bourgeois de se recons tituer sur le terrain qui leur était le plus à savoir celui du débat parlementaire et des élections bourgeoises ; de faire reculer le mouvement ouvrier et pojusqu'à 40% des suffrages dans certaines zones ouvrières lors
Plus tard, cette force unitaire qui s'exprimait dans le FOCEP et l'UDP ne s'est pas retrouvée dans l'ARI, éphémère coalition électorale constituée en janvier 1980 sur la base d'un accord entre le PRT et un secteur de l'UDP. La disparition de l'ARI avant les élections générales et présidentielles de mai 1980 ouvrit la voie à un rééquilibrage des rapports de forces au sein des masses. Le PCP récupéra l'hégémonie et entraîna l'UDP dans la constitution d'une coalition intitulée Gauche unie (IU). Celle-ci obtint un bon score aux élections municipa1983. Le PRT se trouva marginalisé et le mouvement révolu-
Du fait de la personnalité de son dirigeant, Hugo Blanco, comme de la place qu'il occupa dans les fronts unitaires révolutionnaires du FOCEP et de l'ARI, le PRT rencontra d'importantes possibilités de développement au cours de ces dernières années. Celles-ci n'ont cependant pas pu être entièrement
La récupération de l'initiative politique par la bourgeosie, après les élections générales de mai et municipales de novembre 1980, le développement de l'activité guérillériste de l'organisation Sentier lumineux, et la récupération de l'hégémonie politique par les réformistes sur le mouvement de masse, dans le cadre de l'IU, sont des éléments qui illustrent ces difficultés et
Aujourd'hui, nos camarades du PRT ont entrepris une analyse autocritique de leur orientation et de leur conception organisationnelle de la dernière période. A la lumière de leur expérience, qui se confond avec celle du mouvement ouvrier péruvien, ils ont réexaminé leur appréciation de la coalition IU et ont décidé de demander leur intégration.
Nous publions ci-dessous un important document de ce débat, la résolution du 3e congrès du PRT de mars 1984 sur le bilan de son activité, intitulé « Un cours nouveau pour le PRT ». Ce texte a été publié dans Combate Socialista du mois pulaire et si possible lui infliger une Ainsi, les militaires prétendaient freiner la crise et la canaliser dans le cadre de la démocratie bourgeoise. Pour cela, ils avaient besoin de temps tout en se maintenant au gouvernement. 1. En 1968, un coup d'Etat militaire a rengouvernement de Fernando Belaunde Terry. Une réforme agraire fut impulsée sous le gouvernement militaire du général Juan Velasco Alvarado. Ce régime nationaliste bourgeois procourants du mouvement ouvrier, notamment chez les staliniens. Il connaîtra des remous internes et, en 1975, le général Morales Bermudez prit le pouvoir.Ce sont ces militaires qui convoquèrent les élections à l'Assemblée constituanen juin 1978, pour tenter de désamorcer la montée du mouvement de masse et passer ainsi le pouvoir aux partis bourgeois civils. En mai Belaunde Terry fut de nouveau élu à la présidence de la République.
Pendant ce temps (au milieu des années 1970, ndlr.), le mouvement ouvrier et populaire mettait en échec la dictature. Cependant, la revendications économiques et contre la répression n'alla pas de pair avec la mise avant d'alternatives politiques d'en-
L'économisme plat du Parti péruvien (PCP), qui retrouvait sans identité propre, se contentant de défendre le vélasquisme en disgrâce, amena le mouvement ouvrier à lutter en avançant chaque fois les mêmes revendications ( économiques et démocratiques, ndir.) Or, il était chaque fois plus clair que ces revendications n'avaient pas Chaque lutte se transformait en un affrontement politique avec la dictature et pour son renversement. Le mouvement ouvrier et populaire n'eut pas, pendant ces années, la direction politique dont il avait besoin, une direction capable de lier insatisfaites avec une politique alternative proposant le renversement de la dictature et la convocation d'élections libres et démocratiques immédiates.
HBLANCO og /PRIN /PRI La recherche de nouvelles alternatives politiques face aux partis bourgeois et face au réformisme permit la naissance du Front ouvrier, paysan, étudiant et populaire (FOCEP) et de l'Union démocratique populaire (UDP) à l'approche des élections à l'Assemblée constituante de juin 1978 (2). Malgré le pas en avant important que représentaient ces deux regroupements révolutionnaires, le fait qu'ils n'aient réussi à faire l'unité sur la base d'une politique claire donnant • une orientation aux luttes démocratiques de masse ne permit pas de dépasser les faiblesses de direction du mouvement de masse.
Lorsque les élections à l'Assemblée constituante eurent lieu au mois de juin 1978, et que la gauche obtint 30 % des voix, dont 12% pour le FOCEP, le plan du gouvernement du général de Morales Bermudez sembla ébranlé. Les militaires à imposer leur Assemblée constituante et, grâce à cela, à se maintenir au gouvernement. Mais la présence en nombre non négligeable d'élus révolutionnaires au sein de cette assemblée consti-
Run facteur d'instabilité pour leurs Pourtant, une fois de plus, le manque de cohérence politique du mouvement de masse face au gouvernement, dont ses directions furent responsables, permit à ce dernier de traverser habilement cette période (1978-1980, ndlr.), avec l'aide de (APRA) et du Parti populaire chrétien (PPC). Ces deux formations s'étaient alliés explicites militaires et permirent au régime d'asséner de durs coups aux luttes isolées que menait le mouvement ouvrier et populaire.
Best vrai qu'une fois l'Assemblée constituante installée, il était difficile de maintenir l'initiative du côté du mouvement de masse et de renverser le plan de la bourgeoisie. Mais on pouvait espérer un changement de direction ouvrière qui aurait pu passer des mains du PCP au FOCEP-UDP, et permettre ainsi de faire
AN
Une manifestation du PRT. (DR) face aux nécessités des luttes futures dans de meilleures conditions.
De fait, à ce moment-là, le FOCEP et l'UDP occupaient au sein du mouvement de masse une place politiquement très supérieure à celle du PCP ou du Parti communiste du Pérou - Patria Roja. Ces deux partis avaient perdu des forces chez les travailleurs. Le premier à cause de sa ligne vélasquiste et le second du fait de son orientation abstentionniste et ultra-gauche.
C'est dans ces conditions que naquit le Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT), en octobre 1978. L'urgence de donner aux travailleurs une direction révolutionnaire et l'occasion qui se présenta pour les trotskystes qui, grâce à leur dirigeant Hugo Blanco arrivèrent en troisième position aux élections législatives de juin 1978, mirent en évidence l'urgente nécessité d'un parti trotskyste
A ce moment-là, le trotskysme était divisé entre le Front de la gauche révolutionnaire (FIR), le Front de la gauche révolutionnaire-IVe Internationale (FIR-IV), le Front de la gauche révolutionnaire-Parti ouvrier et paysan (FIR-POC), le Parti socialiste des travailleurs (PST) et d'autres groupes mineurs et, par ailleurs, le Parti ouvrier marxiste révolutionnaire
La division de 1969 de ce qui était le FIR eut pour cause les divergences surgies lors d'un débat concernant l'orientation de guérilla approuvée au 9e congrès de la IVe Internationale. Cette division donna naissance au PST mais, ensuite, l'application puis l'abandon ultérieur de l'orientadu 9e congrès provoquèrent une nouvelle division du FIR et la naissance du FIR-POC et du FIR-IV.
Le POMR, qui était issu d'Avant-garde révolutionnaire (VR), se réclamait du trotskyme depuis 1971 et était lié au Comité d'organisation pour la reconstruction de la IVe Internationale (CORQI) et à l'Organisation communiste internationaliste (OCI) française. Pour cette raison il ne participa pas à l'unification.
La division initiale (au sein ndlr.) avait mis en évidence des divergences sur deux aspects fondamentaux : la ligne politique adoptée pour l'Amérique latine et ses conséquences ; la conception organisationnelle que cette stratégie impliquait. Il y avait là deux politiques et deux stratégies différentes, l'une qui concevait la lutte armée comme une tâche centrale de la période, et l'autre, conception. A cela correspondaient deux conceptions d'organisation liées à ces postulats politiques : préconisait une structure clandestine et militaire, et l'autre, qui donnait de l'importance au travail légal, aux processus électoraux, etc. De fait, l'unification était Autrement dit, l'une des conditions pour les divergences initiales qui avaient provoau cas où elles auraient encore été maintenues, quelles étaient ces divergences et comment fallait-il envisager leur résolu-
D'autre part, l'unification (qui interviendra en octobre 1978, ndlr) se heurtait à des divergences politiques plus actuelles. Le FIR et le FIR-IV militaient dans l'UDP, y compris au niveau de la direction. Le PST et le FIR-POC avaient constitué le FOCEP avec le POMR. Cela avait donné lieu à une participation séparée aux élections à l'Assemblée consti-
2. Le Front ouvrier, étudiant, paysan et populaire (FOCEP) était une coalition électorale constituée pour les élections à l'Assemblée constituante de juin 1978 et regroupant des forces se réclamant du trotskysme péruvien, des organisations maoistes et centristes, et des secteurs significatifs du syndicalisme « de classe » ouvrier et paysan. Le FOCEP remporta 12 % des suffrages à la Constituante. L'UDP, coalition de formations maoïstes et centristes et de petits groupes se réclamant aussi du trotskysme, s'est constituée comme un autre front à la même époque.
Rassemblement de travailleurs agricoles. (DR) tuante. A ces divergences réelles s'étaient ajoutées, de plus, d'autres divergences secondaires, et même parfois imaginaires. Le subjectivisme extrême qui avait imprégné les rapports entre ces petits groupes se transformait de fait en un facteur très important.
Au moment où le problème de l'unification se posa, la première question qui surgit fut le refus du PST de l'envisager. La direction de ce parti, qui adhérait majoritairement aux positions d'une fraction de la IVe Internationale dirigée à cette époque par Nahuel Moreno, rejeta la fusion, sur une base sectaire et à partir d'une volonté d'hégémonie. Mais, d'autre part, les arguments qu'elle utilisa ne manquaient pas de sérieux et lui permirent de conserver avec elle une bonne partie des militants du PST lors de la fondation du PRT.
L'unification donnant naissance au PRT eut finalement lieu sur la base d'un accord sur des principes généraux et abstraits et d'un militantisme commun dans la IVe Internationale, sans débat sérieux ni bilan, sans préciser clairement les critiques concernant l'activité dans un passé récent et pire encore, sans que soit définie une ligne politique concrète. Tout cela permit aux partisans de Nahuel Moreno d'être majoritaires dans le PST en s'appuyant sur la méfiance — de fait justifiée - des militants de ce parti à l'idée de s'unifier avec le FIR et le FIR-IV, organisations qui jusqu'au jour de cette unification étaient membres de l'UDP, coalition fondée sur un programme « démocratique populaire ». Pire encore, le FIR et le FIR-IV n'exprimaient aucune critique à leur propre participation à un front qui avait critiqué le PST comme « réformiste » pour sa participation au FOCEP. Ces camarades du PST auraient pu être gagnés grâce à une discussion politique qui n'eut malheureusement pas lieu.
Seuls une douzaine de militants du PST quittèrent cette organisation avec le camarade Hugo Blanco pour former le Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT), avec le FIR, le FIR-IV, les cercles
Natalia Sedova et Combat socialiste. Aussi contradictoire que cela paraisse, la majorité des militants du PRT provenaient de l'UDP et n'avaient pas fait l'expérience du FOCEP. Ces camarades avaient même été éduqués dans l'idée que le FOCEP était une coalition électoraliste et réformiste et que Hugo Blanco partageait ses défauts. Et maintenant ils devaient militer avec ce front.
Le parti unifié, le PRT, se transforma en un groupe organisé autour de postulats généraux. Il n'avait pas de projets en tant que parti ni d'orientation politique ni de projet organisationnel. Les courants qui participaient à la fusion exprimaient d'une façon ou d'une autre un certain degré de crise. Jusqu'à ce moment-là, il y avait surtout eu des scissions et aucun de ces groupes pris séparément n'avait une tradition réelle de travail de masse, une structure réellement bolchevique, une presse régulière, et encore moins de projet cohérent de construction du parti.
LE 1er CONGRES NATIONAL A peine formé, en octobre 1978, le duit de l'affluence de nouveaux militants attirés essentiellement par la personnalité de Hugo Blanco (3). Le manque d'expérience et, dans certains cas, la résistance à un travail de masse légal, rendirent plus difficiles les tâches d'organisation et empêchèrent que soit tiré profit de l'affluence de ces nouveaux camarades.
Mais le défaut le plus sérieux était encore le manque de critères organisation-
Il n'y avait pas de frontière précise entre le PRT et les comités de pas de discipline militante, cotisations n'étaient pas payées, avait pas de presse régulière.
S'il est vrai que l'intervention du camarade Hugo Blanco à l'Assemblée constituante fut un exemple de comportement révolutionnaire au Parlement et permit de sauvegarder l'image du parti, toutes les faiblesses politiques et organisationnelles déjà soulignées ne permirent pas au PRT de jouer le rôle d'avant-garde qui aurait du etre le sien.
Lorsque le ler congrès fut convoqué, en 1979, le PRT était déjà en crise, une crise qu'il était facile de prévoir étant donné les conditions de l'unification. Ce ler congrès avait à assumer les tâches que ni l'unification ni le processus antérieur n'avaient résolues, mais il devait également des tâches en relation avec le fonctionnement immédiat du parti.
Le débat le plus important lors de ce congrès fut celui qui eut lieu sur la situation politique et qui fut presqu'exclusivement consacré au fait de savoir si on devait adopter la revendication d'élections générales immédiates. Si l'adoption du mot d'ordre d'élections immédiates fut tardif par rapport à l'évolution de la situation, il était important de maintenir cette consigne pour se démarquer clairement des partis bourgeois qui s'accomodaient des plans imposés par la dictature. Pourtant, ce mot d'ordre avait perdu l'efficacité qu'il aurait pu avoir au début de la crise de 1976.
Quelques camarades ne furent pas d'accord pour défendre ce mot d'ordre et ne comprirent pas à ce moment-là l'importance de cette consigne démocratique ni la fonction de revendication transitoire qu'elle avait dans la bataille démocratique contre la dictature. De fait, les camarades exprimaient des réticences semblables à celles de nombreux militants « lutte des classes » à ce sujet. Cette réaction constituait la faiblesse la plus importante, sur le plan politique, du syndicalisme « lutte de classes » et de l'UDP au cours des années
Proposer d'autre part que ces élections soient convoquées par les « travailleurs » eux-mêmes ou par un Comité national de lutte revenait à faire de ce mot d'ordre un couteau sans lame. Cela ôtait à cette consigne son caractère de revendi-
3. La conférence de fondation du PRT eut lieu le 8 octobre 1978. Cf. la déclaration publiée dans Inprecor numéro 40 du 14 décembre
cation transitoire, en en faisant une propropagandiste subordonnant l'appel aux élections à l'existence préalable d'un soviet. Le mot d'ordre d'élections n'avait de valeur que comme instrument de mobilisation politique révolutionnaire des masses contre la dictature. Imposer des élections immédiates, indépendamment de qui les convoquait, signifiait en pratique une remise en cause des plans de la bourgeoisie pour le mouvement ouvrier. Que cette bataille se soit conclue ou non par la tenue d'élections, elle aurait été très utile. Elle aurait permis non seulement d'organiser, mais de mobiliser les opprimés de tout le pays sur la base d'une revendication démocratique, celle du droit d'élire le gouvernement, et aurait pu ouvrir la voie à une situation révolutionnaire.
Ce ler congrès du PRT avait comme tâche centrale l'élection d'une direction constituée non sur la base d'une fusion des directions antérieures à l'unification, mais sur celle d'une sélection des camarades les plus capables, déjà mis à l'épreuve par le parti. Cependant, il n'en fut pas ainsi. Le comité central élu ne fut pas capables de diriger le parti ni même sur la base des positions majoritaires lors des votes, mais sur celle d'un choix de camarades qui étaient de fait les plus inconditionnels fervents des différents courants.
Au lieu d'être l'occasion de mettre de l'ordre dans le parti, à la fois au niveau politique et organisationnel, le congrès déclencha une guerre interne. Le parti allait affronter dans des conditions lamentables une période très difficile, où ses responsabilités étaient très grandes.
En résumé, le congrès ne put résoudre les problèmes que l'unification avait laissé en suspens, et il aggrava au contraire encore davantage les conditions d'existence du parti. APRES LE 1er CONGRES NATIONAL
Il est très difficile d'analyser la période qui va du premier congrès jusqu'au début de la campagne des élections générales de mai 1980, parce que les événements qui se sont succédés ont été tants. C'est pour cela que, sans respecter strictement l'ordre chronologique, nous traiterons un par un les événements auxquels nous avons été confrontés.
Le PRT et le FOCEP. Dès sa fondation, en octobre 1978, le parti s'était mobilisé pour la convocation d'une convention nationale du FOCEP, afin qu'y soient discutés les problèmes du Front, son programme, son orientation, ses problèmes organisationnels et son avenir. Gerardo Ledesma (dirigeant indépendant du FOCEP, ndlr.), et l'organisation Bandera Roja, signèrent une déclaration commune avec le PCP et le Parti socialiste révolutionnaire (PSR) (qui avait été créé par des « militaires réformistes » vélasquistes, ndlr.), et face aux divergences exprimées par le PST, ils répondirent en l'« expulsant » du front, sans consulter les autres militants. La manœuvre du PCP consistait à diviser le FOCEP en s'appuyant sur Ledesma et en aiguisant sa crainte de voir Hugo Blanco le remplacer comme principal dirigeant.
Il est clair que la tenue d'un congrès du FOCEP, avec la participation directe des militants de base de tout le pays, était la seule chose qui pouvait sinon éviter la division, du moins permettre la défaite de Ledesma et de ses manœuvres. Mais cette tâche ne concernait pas PRT. Elle aurait aussi dû être assumée par le PST et le POMR qui, de surcroît, étaient représentés au Comité exécutif national (CEN) du FOCEP, où le PRT n'avait jamais été représenté. La possibilité de gagner cette bataille dépendait donc beaucoup de ce qu'allaient faire le PST et le POMR. Or, les camarades de ces organisations n'étaient pas disposés à faire quoi que ce soit qui puisse sauver le FOCEP. Ils n'ont pas soutenu, alors qu'elle était décisive, la campagne pour un congrès du FOCEP avec la participation des militants de base et ils se limitèrent, surtout en ce qui concerne le POMR, à des manœuvres de couloir. Cela contribua à affaiblir beaucoup la proposition du PRT, et le parti dut se limiter à des objectifs plus modestes. Si, dans un premier temps, il était possible d'envisager de mener la bataille pour soustraire le FOCEP à l'influence de Ledesma, par la suite, le PRT ne pouvait espérer plus que de gagner le maximum de militants à son organisation. Alors qu'il avait incarné un mouvement de masse puissant et combatif (notamment autour de la campagne pour les élections constituantes de 1978, ndlr.), le FOCEP finit par se transformer en un refuge pour opportunistes dont la légalité avait été établie par le gouvernement militaire. La responsabilité de cette évolution retombait sur ceux qui, comme le PST et le POMR, ne furent pas d'accord pour défendre le Front en faisant appel aux militants quand il en était encore temps. La campagne contre la politique de division de Ledesma valut au PRT de recruter une partie des meilleurs militants du FOCEP, qui bénéficiaient d'une grande expérience et qui allaient appuyer la campagne du parti, et plus tard les listes du PRT lors des élections générales de mai 1980.
La légalisation du PRT. La tenue de ces élections, qui exigeait de chaque parti la remise de 40 000 signatures pour être légalisé et pouvoir y participer, ainsi que la division du FOCEP, risquaient de marginaliser le PRT et Hugo Blanco, de les mettre à l'écart non seulement du processus électoral, mais aussi de la politique natio-
Pour le jeune PRT, la légalisation était un défi extraordinaire. Il réussit, grâce à la campagne qu'il mena, à recueillir 90 000 signatures et put légaliser 14 comités départementaux. Mais ce qui est le plus important, c'est qu'il mena à bien, à cette occasion, un travail d'agitation dans tout le pays, pour la première fois depuis sa fondation. La légalisation du PRT fut rendue possible surtout parce que tout le parti serra les rangs et se mobilisa activement pour atteindre cet objectif. Nos militants, et en particulier la brigade Rumi Maki, firent preuve d'une énergie et d'une volonté réellement remarquables. Mais la légalisation du PRT fut surtout possible du fait de la personnalité de Hugo Blanco, qui était respecté et admiré par des milliers de travailleurs. De nombreuses adhésions résultèrent de l'effort extraordinaire des militants se conjuguant au renom de Hugo Blanco, et non pas grâce à des capacités organisationnelles que nous n'avions pas.
Le fait que le PST ait été légalisé avant le PRT, après avoir récolté le nombre de signatures nécessaires en se présentant devant les masses comme « le parti de Hugo Blanco », de même que la légalisation du POMR, qui bénéficia du même phénomène, montrent à quel point le nom de Hugo Blanco était prestigieux aux yeux des exploités.
L'ALLIANCE DE LA GAUCHE REVOLUTIONNAIRE (ARI) Au moment des élections générales convoquées pour mai 1980, la bourgeoisie avait repris le contrôle de la situation. L'échec de la grève nationale de janvier 1979 n'était que le résultat de l'érosion des mobilisations successives faites sur la base de la même plate-forme de revendications et sans alternative politique. Il était la preuve palpable du changement qui commençait à se produire.
La politique de division et de paralysie dans laquelle le PCP avait conduit la Confédération générale des travailleurs péruviens (CGTP) avait empêché de répondre avec efficacité aux attaques du gouvernement et avait conduit des secteurs aussi importants que les mineurs ou les enseignants à s'affronter isolément à la dictature et à subir des défaites.
Pendant les événements de l'année 1979, le FOCEP avait suscité de grands espoirs parmi les travailleurs, mais il ne prit pas d'initiatives. La guerre interne dans laquelle il se trouvait engagé anéantissait les possibilités de ce front de jouer un rôle décisif dans le développement d'une direction alternative au PCP.
Pour sa part, le gouvernement militaire, grâce aux faiblesses de la direction du mouvement de masse, avait pu imposer 5 000 licenciements, des défaites partielles à d'importants secteurs des travailleurs et, plus important encore, faire que les conséquences de la crise retombent sur les épaules des travailleurs sans que ces derniers ne puissent obtenir, pendant toute cette période, des améliorations significatives de leurs conditions de vie.
Le scénario du « transfert » (du pouvoir aux civils, ndlr.) avait le vent en poupe. L'Assemblée constituante avait rempli son rôle démoralisant et paralysant, et des élections générales étaient convoquées pour mai 1980, pour mettre le point final à tout ce processus. La bourgeoisie était parvenue à laisser passer l'orage révolutionnaire. Elle était parvenue a imposer sa politique économique et à choisir le terrain sur lequel devait se situer la confrontation politique : les élections, c'est-à-dire son propre terrain. La situation avait
perdu ses caractéristiques pré-révolutionnaires. Néanmoins, l'importance de la crise économique, les conséquences qu'elle avait sur les conditions de vie des masses, cela étant lié au fait que les travailleurs n'avaient pas été défaits et maintenaient leur capacité de combat et leur organisation, laissaient ouvertes les possibilités d'inverser à court terme cette situation et de reprendre l'initiative.
Une fois de plus, la politique réformiste et conciliatrice du PCP dans le mouvement ouvrier devenait une entrave et constituait l'élément clé pouvant anéantir ces possibilités. La perte de prestige du PCP dans le mouvement ouvrier et populaire, produit de sa ligne de capitulation face au vélasquisme, comme son orientation hésitante et paralysante dans la lutte contre le régime du général Morales Bermudez qui succéda à celui du général Velasco en 1975, ouvrait un terrain propice pour formuler une proposition de nouvelle direction des masses populaires.
L'affaiblissement de l'APRA, parti populiste héritier du gouvernement militaire de Velasco, qui commençait à décliner après la mort de Haya de la Torre, son dirigeant historique, et la faiblesse structurelle des partis bourgeois, offraient aux travailleurs des possibilités de couper l'herbe sous les pieds de ces partis, pour autant qu'ils disposent d'une direction à la hauteur des circonstances.
Une fois de plus, cela mettait à l'ordre du jour la nécessité de doter les masses d'un pôle d'attraction et d'organisations révolutionnaires, comme ce fut le cas lors de la crise de 1977, ou dans la période précédant les élections de l'Assemblée constituante de juin 1978, ou encore sur le terrain même de cette Assemblée. Les masses populaires avaient besoin d'exprimer sur le terrain électoral l'expérience et la conscience acquises au cours des années de lutte précédentes. Elles avaient aussi besoin d'avancer leur propre alternative, une alternative qui résumerait les années de combat contre la dictature, le gigantesque processus d'organisation et de mobilisation populaire, les grandes batailles démocratiques et l'indépendance de classe avec laquelle elles avaient appris à se mobiliser sur leurs propres revendications. Ce mouvement devait réunir tous ceux qui n'avaient pas accepté la conciliation ou la capitulation devant les militaires et avaient poursuivi la lutte contre le régime de Morales Bermudez. Il correspondait au courant « classiste » du mouvement de masse. A un moment déterminé, ce courant s'exprima dans le FOCEP et l'UDP. Bien plus, les masses elles-mêmes reconnaissaient qu'une des causes de leur faiblesse résidait dans la division avec laquelle ce courant avait affronté la période antérieure, notamment à l'époque de la Constituante.
Néanmoins, alors que Ledesma apparaissait à ce moment-là comme passant du côté des réformistes, c'est-à-dire de ceux qui avaient capitulé devant le vélasquisme, le relais passait du FOCEP au PRT, car ce dernier, à travers la personne de Hugo Blanco, résumait devant les masses toutes les traditions de lutte, d'intransigeance et de volonté de combat avec lesquelles elles s'identifiaient. L'unité PRT-UDP devenait alors l'axe tionnaire de masse face au réformisme et aux partis bourgeois, qui aurait dû regrouper tous les courants révolutionnaires du pays autour d'une plate-forme précise et de la candidature de Hugo Blanco lors des élections présidentielles de mai 1980.
Le PRT avait une grande occasion de prendre la tête du processus d'unification des courants révolutionnaires dans un seul front. La situation offrait une opportunité extraordinaire non seulement pour impulser la mobilisation de masse, pour offrir une alternative aux directions réformistes, mais pour mener la bataille pour la construction du parti révolutionnaire. Nous disposions en notre faveur du soutien populaire massif et majoritaire dont bénéficiait Hugo Blanco par rapport aux autres leaders, du soutien d'un secteur de TUDP, et de l'appui d'un courant maocentriste en crise qui s'était résolu à partilors du PRT, puisque le courant de masse
Le débat interne sur l'ARI. A ce moment, à la fin 1979, les relations internes entre les courants qui composaient le PRT s'étaient déjà beaucoup détériorées. A la divergence existant sur le problème de la revendication démocratique d'élections présidentielles s'en était rajoutée une deuxième, sur le caractère du parti — parti de masse ou parti de cadres -, et une troisième, de nature internationale, concernant la révolution nicaraguayenne.
Le débat sur la participation aux élections et sur les alliances commençait dans un climat interne difficile. Dans un premier temps, la discussion porta sur les conditions à poser à la réalisation d'accords électoraux et, à partir de là, sur les différentes appréciations de la question du tront unique.
Le PRT disposait du candidat qui, du point de vue des masses, était le plus représentatif. Hugo Blanco était indiscutablement soutenu par de larges secteurs qui le reconnaissaient comme leur dirigeant. Le PRT avait un rôle fondamental à jouer dans le processus d'unité en vue des élections de mai 1980. Nous étions dans une situation privilégiée. Pour la première fois, le trotskysme avait l'occasion de prendre la tête d'un front unique basé sur une plate-forme révolutionnaire et dont le représentant était son principal dirigeant.
au parti d'immenses possibilités pour sa construction et ouvrait en même temps, pour la première fois également, la possibilité de regrouper dans un seul bloc les courants révolutionnaires de notre pays pour affronter de manière unie le réformisme et la bourgeoisie. Néanmoins, la majorité du comité central du PRT, surestimant et ne comprenant pas la situation favorable dans laquelle se trouvait le parti, adopta alors une position sectaire sur la question des alliances électorales.
Les accords auxquels on pouvait parvenir avec l'UDP et l'organisation maoïste
UNIR, comme avec les étaient suffisamment clairs et offraient assez d'éléments pour permettre de rédiger une plate-forme électorale sur laquelle appuyer une campagne révolutionnaire. Néanmoins, et bien que nous possédions le candidat à la présidence et des possibilités immenses de défendre notre propre programme dans un cadre unitaire, la réclama que l'on exige comme condition pour une alliance électorale, que cette dernière soit chapeautée par notre mot d'ordre « Le pouvoir aux travailleurs ! » Cette position ne pouvait mener qu'à deux conclusions : soit l'alliance électorale ne se réalisait pas, parce que l'UDP et l'UNIR s'y refuseraient étant donné leur désaccord avec ce mot d'ordre ; soit le PRT contraignait l'UDP et l'UNIR à se rallier pour des raisons opportunistes à un mot d'ordre qu'ils n'approuvaient pas, ce
Le fait que le comité central du PRT ait adopté cette position reflétait tout d'abord un manque de clairvoyance politique et de sens tactique, ainsi qu'une fausse compréhension du front unique, ce qui était encore plus grave. Le PRT considérait que l'hégémonie trotskyste dans le front devait mener à ce qu'il impose ses positions aux autres courants. Le front
unique n'était pas compris comme un pacte pour l'action autour de réels points d'accord, avec des objectifs précis, mais dans lequel chacun des participants conserverait son indépendance d'intervention et d'organisation. Pour la majorité du comité central du PRT, cette conception correcte du front unique était rejetée au profit de celle de l'unité autour de ce qu'il proposait, ce qui était en fait une négation du front unique. (...)
Le comité central du PRT adopta à cette occasion une position qui, dans les faits, impliquait qu'il n'y aurait pas d'alliance électorale possible avec l'UDP ou avec l'UNIR, et qu'il ratait une occasion importante. L'âpreté du débat dans le comité central et la division qui s'était produite à l'intérieur du parti, sur ce point precis, amenerent cette instance du PRI à convoquer une conférence nationale ayant pour objectif de résoudre cette question. Cette conférence rencontra les mêmes problèmes de représentativité que les précédentes et adoptait à une courte majorité la position contraire de celle de la majorité du comité central.
Il convient de souligner qu'une fois de plus le PRT n'avait pas de perspectives. Poussé par le mouvement de masse, il impulsait une alliance électorale, mais il ne savait pas très bien où elle pouvait bien conduire ni quels pas en avant pourraient être faits ensuite. Il n'y avait pas non plus de projet défini dont cette alliance aurait pu constituer une étape. Une fois de plus, le parti péchait par la faute d'une politique à courte vue.
La brève existence de l'ARI (janvierfévrier 1980). Quelques jours après la conférence du PRT, PUDP définissait elle aussi une position favorable à l'alliance électorale et admettait la candidature de Hugo Blanco à l'élection présidentielle, dépassant de cette manière ce qui constituait l'un des points centraux de la discussion. La polémique à l'intérieur de l'UDP et celle menée par l'UNIR s'exprimaient de manière déformée dans le débat concernant le choix du candidat présidentiel, entre Alfonso Barrantes et Hugo Blanco. Le fond du débat était cependant politique. Si Barrantes était tête de liste, il y aurait eu une prépondérance politique « démocratico-populaire » dans le futur front et au cours de la campagne électorale. Si Hugo Blanco était choisi comme candidat, ce sont les positions socialistes qui domineraient et imprimeraient leur rythme à la campagne.
La création de l'Alliance révolutionnaire de gauche (ARI), le 17 janvier 1980 fut rendue possible grâce à l'accord initial
Centre l'UDP et le PRT, auquel s'associèrent ensuite le POMR, l'UNIR, le Parti communiste révolutionnaire (PCR) et le FRAS (Front révolutionnaire d'action socialiste). Ce dernier regroupement comprenait le PC-M, le PSR-ML, une des scissions du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR), le FIR-ML, et l'Action révolutionnaire socialiste (ARS) de Mario Villaran. Dès ce moment un débat sur la représentation dans le front des différentes forces politique.
Le PRT avait décidé de déclarer que TARS était une organisation bourgeoise et que, pour cette raison, elle ne faisait pas partie de l'ARI. Il est vrai que l'ARS, organisation croupion à laquelle ce serait faire beaucoup d'honneur que de la qualifier de parti, avait des origines bourgeoises. Elle était née d'une scission de l'Action populaire (AP) (parti de Belaunde Terry, ndlr.) pendant le premier gouvernement de l'AP (1963-1968), sous le nom d'Action populaire C'était une rupture sur la gauche. (...) Postérieurement, ce groupe appuya le gouvernement de Velasco Alvarado et se lia étroitement au PCP. Villaran donnait des cours dans les écoles syndicales de la CGTP et devint un collaborateur du PCP. Ensuite, ce groupe se divisa et se transforma en Action révolutionnaire socialiste (ARS). Le groupe de Villaran avait donc bien connu une évolution vers le nationalisme petit-bourgeois.
Le veto trotskyste envers l'ARS se transforma en cheval de bataille des maoistes, qui le refusèrent. Ils avaient en effet déjà difficilement accepté leur position de subordonnés dans l'ARI. Néanmoins, et malgré le caractère exagéré de l'exigence du PRT à l'encontre de l'ARS, cette position fut acceptée par l'ARI dans son ensemble, l'intégration de ce groupe ayant été repoussée et celui-ci n'ayant jamais été un membre formel de l'ARI. Malgré cela, le POMR, par décision du Comité paritaire de Pierre Lambert et de Nahuel Moreno (4) se retirait de l'ARI. Cela laissait le PRT dans une situation très difficile. (...)
Peu à peu le débat quitta le terrain purement politique pour se centrer sur la question des candidatures à inscrire sur les listes de sénateurs et de députés. C'est ainsi que l'UDP tenta une démarche pour son hégémonie, en voulant imposer une liste de candidatures qui lui soit clairement favorable extrêmement désavantageuse pour l'UNIR
Cette question devint le centre des divergences et aboutit à ce que les maoistes en profitent pour diviser le front. A de la clôture du dépôt des listes pour les élections de mai 1980, l'ARI éclatait sur une discussion concernant les candidatures. Cette division n'aurait pu être évitée que par une seule organisation, le PRT. En effet, l'unité de l'ARI ne pouvait être défendue ni par le courant maoïste, qui n'acceptait pas de se présenter sur une liste menée par un trotskyste et à laquelle il avait été obligé de se rallier pour ne pas s'isoler, ni par l'UDP, qui était grisée par ses appétits électoraux. Quand le départ des maoïstes du front devint inévitable et que l'alliance pouvait encore, tant bien que mal, se réduire à l'unité entre l'UDP et le PRT, nous n'avons pas su agir avec audace et responsabilité devant les masses. L'ARI disparut en février, après à peine 40 jours d'existence. La responsabilité fondamenmentale de cette situation retombe sur ceux qui, comme nous, avaient pour tâd'unité et d'alternative révolutionnaire des masses, et non pas sur ceux qui ont été guidés par des méthodes opportunistes et manœuvrières. Avec la disparition de l'ARI, le PRT a perdu non seulement la possibilité de gagner à ses côtés un important secteur des masses, mais aussi celle de renforcer ses liens avec un courant révolutionnaire comme l'UDP.
La fin de l'ARI. La fin de l'ARI, avant les élections de mai 1980, marquera un tournant décisif dans les événements, surtout dans les relations politiques, tant entre les classes qu'à l'intérieur du mouvement ouvrier et populaire. Les masses demeurèrent sans alternative sérieuse face aux grands partis de la bourgeoisie et furent obligées de choisir entre l'APRA et l'AP. Avec ce choix, la stabilité politique de la bourgeoisie pouvait s'affermir. D'un autre côté, le PCP et l'UNIR, qui
4. Le Comité paritaire de Pierre Lambert et de Nahuel Moreno est l'éphémère regroupement international mis en place par le courant regroupé derrière l'OCI (aujourd'hui PCI) de France et le courant, alors scissionniste de la IVe Internationale en 1979, dominé par Nahuel Moreno et surtout influent en Argentine et dans quelques pays d'Amérique latine. Cf. Inprecor numéro 122 du 5 avril 1982 et 137 du
avaient été très affectés et isolés, reprirent l'initiative, tandis que l'UDP devint l'ennemi virulent du PRT, avec lequel cette organisation s'était alliée pendant toute la période précédente.
Un processus particulier d'isolement du PRT ainsi qu'une phase de régression s'ouvrit à partir de ce moment-là pour toutes les organisations révolutionnaires. Le PRI avait perdu une occasion très importante. Après la fin de l'ARI, le PRT constitua une alliance électorale avec le POMR et le PST sur la base d'un accord politique identique à celui passé avec l'ARI, avec l'apport du mot d'ordre « Le pouvoir aux travailleurs ! » sur lequel se mènera la campagne électorale de mai 1980.
LA CAMPAGNE ÉLECTORALE campagne. Le PRT se lança dans la campagne des élections générales et présidentielles et, une fois de plus, les tâches qui lui incombaient
Uses capacités d'organisaDes meetings eurent lieu tout le pays et dans les quartiers les plus importants de Lima. Les radios, la presse, la TV furent utilisées, des milliers de tracts furent distribués, et des milliers d'exemplaires de Combate Socialista furent diffusa ses propositions comme jamais
A travers cette campagne, un noyau très important de sympathisants se qui participa aux meetings, aux manifestations et aux actions du PRT. La campagne d'adhésions obtint un grand succès et près de 5 000 peradhérèrent rien et cette affluence importante de nouveaux camarades se perdit dans l'incapacité du parti sur le plan de l'or-
Les résultats. Les résultats électoraux furent favorables à la bourgeoisie de manière écrasante (5). A la son évidente complicité avec les militaires, l'APRA perdit les élections et l'AP les remporta sans avoir besoin d'un cond tour. Des milliers et des milliers de voix de sympathisants de la gauche, démoralisés et désarmés par la division et en absence d'une alternative, se portèrent sur Belaunde Terry, de l'AP, considéré comme un moindre
Avec plusieurs dizaines de milliers de voix, le PRT obtint le score présidentiel le plus important de la gauche, mais la diffé rence avec ses concurrents de était si mince qu'il y eut une quasi équirésultats entre l'UNIR, le PCP, l'UDP et notre parti. C'est ainsi que le rôle joué jusqu'alors par le PRT, celui de dépositaire des voix qui avaient porté Hugo Blanco et le FOCEP à l'Assemblée constituante, touchait à sa fin. Le PRT ne disposait plus, comme c'était le cas jusqu'alors, de l'aval de ces 350 000 voix. C'était la traduction politique de la
Dans un village des Andes. (DR) régression provoquée par la disparition de l'ARI. Le vote pour le PRT était malgré tout le plus homogène de la gauche, puisque c'est ce parti qui fournit le moins de voix au belaundisme.
Lors de cette élection, le PRT obtint un sénateur et deux députés. Pour leur part, le POMR et le PST obtinrent respectivement l'un un député et l'autre un sénateur. C'étaient pour ainsi dire n'avaient pas été inscrites sur les listes dans des endroits préférentiels, ces partis n'auraient pas pu obtenir un seul parlementaire. Malgré cela, le POMR et le PST eurent un comportement déloyal vis-à-vis du PRT tout au long de la campagne.
LA GAUCHE UNIE (IU) Les élections municipales et la formation de la gauche unie (IU). Après l'important ressentiment qui succéda à la défaite électorale de la gauche et face à la convocation d'élections municipales pour le mois de novembre 1980, pour l'unité de la gauche en cette occasion. Si cette unité était effectivement un moyen pour reprendre du terrain politique à la bourgeoisie et si les élecpossibilité de lui imposer une défaite et de construire un rapport de forces révolutionnaire de masse face au régime de Belaunde Terry, cette unité se posait en des termes différents de ceux des élections générales et présidentielles de mai 1980.
En premier lieu, le mouvement de masse n'avait pas obtenu de grandes victoires politiques. Il sortait plutôt de frustration à cause de la disparition de l'ARI et de la débâcle électorale ultérieure de mai 1980. La bourgeoisie était entièrement passée à l'ofavait relevé la tête et, après la fin de l'ARI, il avait la possibilité de récupérer pour son compte l'hégémonie politique sur les masses. Pour finir, le PRT avait perdu le rôle qu'il avait joué jusqu'aux élections du mois de mai. Le vote pour Hugo Blanco n'avait pas été notablement supérieur à celui obtenu par les autres partis de gauche. Ce fait nous transformait en une force de plus parmi d'autres et non, comme cas auparavant, comme les représentants électoraux des masses.
C'est dans ces conditions qu'intervint le débat soulevé par l'initiative du PCR et de certains autres partis, qui proposèrent la candidature d'Alfonso Barrantes pour l'élection à la municipalité de Lima. Comme dans la période antérieure, la polémique qui s'engagea était sérieuse. Mais, une fois de plus, elle exprimait aussi une bataille politique. Notre parti participa dès le début au débat engagé pour l'unité électorale. Nous proposions que la discussion propositions plate-forme politique et nous lançâmes un appel à impulser la formation d'assemblées populaires et à la tenue de réunions ouvertes dans lesquelles seapprouvées les plate-formes et élus les candidats pour chaque sec-
Cette proposition ne fut pas reprise et la solution du problème de l'unité électorale demeura une fois de plus exclusivement entre les mains des seules directions des partis de gauche.
Le PRT était conscient de la nécessité de se battre pour l'unité électorale, mais il était également conscient des dangers que pouvait entraîner une orientation réformiste qui serait hégémonique dans la future alliance. Pourtant, nous n'avons pas pu nous doter d'une tactique qui nous aurait permis de mener la bataille contre les positions conciliatrices afin de
5. Lors des élections de mai 1980, l'AP et son candidat à la présidence, Fernando Belaunde Terry, remportèrent 43 % des suffrages. Contre toute attente, ces élections représentèrent une grave défaite pour l'APRA, qui totalisa seulement 25 % des voix. La gauche régressa par rapport aux scores obtenus lors des élections constituantes de 1978.
les neutraliser et de maintenir en même temps l'unité. Plus encore, nous avons fait cadeau aux réformistes du drapeau de l'unité des masses et de l'opposition au régime de Belaunde Terry dans ces élections municipales de la fin 1980.
Use constitua l'IU pour ces élections, le PRT n'y participa donc pas. Les raisons de cette décision n'étaient néanmoins pas très claires. fondait sa position sur les deux thèmes centraux suivants : ses objections sur la plate-forme de l'IU et le fait de la présence dans le front de partis bourgeois. Au sujet de la plate-forme, il faut signaler que sa critique reprenait l'essentiel bat fondamental entre le PRT et le PCP, et dont l'issue fut une déclaration du PRT dans laquelle celui-ci soulignait ses divergences non pas tant avec ce qui était dit dans la plate-forme de l'IU, mais avec ce qui n'y était pas dit. Nous objections que n'était pas mis en avant le mot d'ordre de « Dissolution des forces armées », qu'on n'y parlait pas de la bourgeoisie n'était pas lancé un appel précis à la constitution d'une centrale syndicale unique. Néanmoins, aucun point de la plate-forme ni celle-ci dans son ensemble, n'étaient en contradiction programme du PRT et nous
Cpu y souscrire, surtout si l'on onsidére que l'appartenance au fron espectait l'indépendance organisation nelle et politique de ses membres.
Ce qui était devenu un obstacle à la présence du PRT dans l'IU, c'était la composition de ce front. On fit objection à la présence de la FRENACATRA, mais cette organisation ne parvint pas à être membre du front. D'autre part, la présence du PSR au sein de n'impliquait aucune capitulation de notre part, du point de vue du contenu de la plate-forme. Le PRT soutenait que le PSR était un parti bourgeois, mais il ne pouvait en faire la démonstration devant les masses sur la plate-forme électorale où avec ce parti n'étaient pas majeures ni distinctes de celles qu'il y avait avec le PCP ou le PCR. Ainsi, objection apparaissait presque comme une question morale et non pas politique. Le parti affirmait que le était un parti bourgeois, mais non pas à partir de la pratique politique de ce parti et d'une analyse de sa composition sociale et des secteurs qu'il prétendait représenter. On affirmait que le PSR était un parti bourgeois parce que plusieurs de ses dirigeants furent, certaine période, membres du gouvernement de Velasco Alvarado. Le manque de rigueur marxiste de cette position et la base subjective sur laquelle elle avait été forgée empêchait non seulement une analyse claire du PSR comme parti nationaliste petit-bourgeois, mais empêchait également la définition d'une orientation politique claire et d'une tactique concrète pour les élections municipales. Nous nous sommes marginalisés nous-mêmes, alors qu'il était gagner la bataille face aux réformistes en s'appuyant justement sur la plate-forme originelle et sur la volonté
En n'entrant pas dans l'IU pour combattre les réformistes, nous « confirmions » pour ainsi de diviseurs dont les autres partis nous avaient affublés lors de la fin de l'ARI et de la campagne électorale de mai 1980. Si le parti ne qualifia pas l'IU de « front populaire », comme le firent le POMR et le PST, et qu'il l'avait analysé comme « un projet de front populaire », le PRT ne traçait néanmoins aucune politique concrète pour combattre ce « projet » et empêcher qu'il ne se concrétise. (...) Cela fut évident lors de la campagne électorale municipale de novembre 1980 où, dans certains endroits, nous avons participé à l'IU, tandis que dans d'autres nous présentions des listes alternatives, alors qu'à Lima nous lui apportions un appui cri-
Le résultat fut désastreux pour le parti, bien que le bilan du comité central ait dit ensuite que cette orientation avait été « correcte ». Nous nous étions mis en marge du processus politique, nous obtenu quelques conseillers municipaux sur les listes de l'IU et nous subi un échec là où nous nous présentions seuls. La lutte pour l'indépendance de classe, pour la mobilisation de masse, pour son auto-organisation et pour une unité de combat, qui pouvait se mener à l'intérieur de l'IU n'a pas été menée. En croyant de manière illusoire « défendre de façon principielle l'indépendance de classe », on faisait en fait le jeu du réformisme et, pour les mêmes contre l'indépendance de classe et pour les conciliateurs.
La campagne électorale municipale de l'IU de novembre 1980, surtout à Lima et dans les endroits où les secteurs les plus conciliateurs avaient des forces, fut d'un opportunisme et d'un réformisme grotesque. Néanmoins, la recherche par les masses d'une alternatiau gouvernement, et la sympathie dont bénéficiait une gauche réunie au sein de l'IU permirent que ce front obtienne un très fort pourcentage dans tout le pays. Ce fut un coup dur pour le de Belaunde Terry, dont les candidats furent battus dans des districts clés de Lima et dans des capitales provinciales importantes, comme Arequi-
Avalisés par le triomphe électoral de l'IU et aidés par notre auto-marginalisation, les secteurs réformistes imposèrent à cette coalition une orientation d'immobilisme et de paralysie qui se caractérisera par le manque d'initiatition permanente et par la « stratégie » de préparation des élections de 1985.
Le nouveau débat sur l'IU. Le bilan du résultat électoral reposa le problème de l'IU. Néanmoins, on ne parvint pas à un accord sur ce sujet et on ouvrit alors un nouveau débat sur la question de savoir si le PRT devait intégrer l'IU. Pour résoudre cette question, une conférence nationale fut convoquée pour mai 1981.
Pendant plus de deux mois, le parti fut entraîné dans une polémique fractionnelle infernale où, une fois de plus, les attaques subjectives remplaçaient le débat politique. Une conférence nationale eut lieu dans des conditions extrêmement tendues et alors que l'unité du parti elle-même était menacée. Malgré tous les problèmes créés par la direction majoritaire d'alors, cette réunion sera le lieu d'un intense débat. Lors de cette conférence, la position contre l'entrée dans l'IU est ratifiée à une forte majorité, mais un nombre important de délégués centreront plutôt leurs interventions sur la crise interne du parti et sur le manque d'attention de la direction vis-à-vis des problèmes des militants. Après la conférence nationale, un groupe de camarades qui proposé au PRT d'intégrer l'IU quitteront le parti après avoir été battus dans le débat politique, ce qui fut une erreur de leur part. On pouvait supposer que le parti avait défini une ligne politique Hugo Blanco prend la parole dans un meeting de rue du PRT. (DR)
et que cela ouvrait une nouvelle phase de son activité. Au contraire, le parti entra de fait dans la période la plus critique de son histoire. En effet, après la conférence nationale, le PRT se retrouvera sans axe politique concret, sans avoir résolu ses problèmes organisationnels de base et, de plus, il sera affaibli par le départ de plusieurs membres de valeur.
Tout au long de 1981, la situation politique empira. La bourgeoisie avait l'initiative, appliquant tous ses plans, imposant sans difficulté ses mesures économiques, menant ses attaques contre les droits politiques des travailleurs et des exploités. Le réformisme, après avoir récupéré l'hégémonie dans la conduite du mouvement de masse, impulsa pour sa part une orientation de démobilisation et de conciliation. Notre parti, bien qu'il eut condamné cette orientation et qu'il eut appelé à la combattre, fut incapable de devenir l'élément déterminant dans la situation politique, faute d'une ligne qui puisse être entendue et assumée par des secteurs significatifs de l'avant-garde.
présence dans d'importants combats ouvriers et populaires ne put rien nous apporter de plus que de gagner la sympathie et le respect de ces secteurs des masses, sans qu'ils ne trouvent en nous une réelle alternative politique. Dans cette situation difficile, le degré d'isolement social du parti atteignit son point le plus grave depuis qu'il existait comme organisation, isolement social qui, joint à l'inefficacité de la direction, rendait plus évidente la crise du parti et l'amena à son point extrême.
Le 2e congrès national du PRT. Le 2e congrès du parti constitua sans aucun doute un pas en avant par rapport au ler congrès. La discussion n'y eut pas ce caractère fractionnel qui avait caractérisé le débat antérieur. La conclusion la plus imde ce congrès fut l'élection d'une direction composée à 70 % par de nouveaux camarades. Ce fait, néanmoins, sera sérieusement limité par les insuffisances du débat politique et organisationnel.
Une fois de plus, les décisions clés furent repoussées à plus tard, et une fois de plus, on s'appuya sur une pratique insatisfaisante considérée comme neuve. Un jugement sur les responsabilités du parti dans le FOCEP, l'ARI et par rapport à l'IU fut éludé, de même qu'on évita de prendre position sur son intervention dans la lutte des classes et sur l'état général de l'organisation dans la période précédente. Ce fait allait constituer l'une des plus grandes faiblesses de la nouvelle di-
La discussion politique fut extrêmement décevante. Le congrès ne proposa pas de plan d'action politique clair pour le PRT. L'attitude du parti face à l'IU ne fut pas discutée, bien que cette question ait été posée dans le bilan du PRT. Il fut décidé que le projet du parti était de se construire en marge de l'IU, en opposant le parti à ce front. Dans ce congrès, on commença à sentir pour la première fois les pressions de Sentier lumineux (SL) sur le parti (6). (...)
En résumé, si le congrès a bien réussi à élire une nouvelle direction libérée dans sa majorité de l'esprit fractionnel, il ne tira pas pour autant de conclusions sur le bilan du parti. Il laissa sans solution des problèmes politiques clés et ne définit pas de projet organisationnel concret.
L'orientation politique et les campagnes. Le problème central auquel était confrontée la nouvelle direction du PRT résidait dans les limites politiques de la situation. Cette direction voulut remplacer une orientation politique propre du PRT par le lancement de deux campagnes, l'une contre la répression et l'autre pour la centrale syndicale unique.
Si ces deux campagnes étaient effecelles présentaient limites : premièrement, elles ne faisaient pas partie d'un projet politique général à plus long terme et, deuxièmement, ces campagnes péchaient par propagandisme, notamment celle portant sur la centrale syndicale unique, et elles ne partaient pas de la nécessité de faire effectuer des avancées concrètes aux masses à partir des expériences qu'elles vi-
Le parti fonctionnait avec le projet de se construire en dehors de l'IU et de s'opposer à ce front. Bien que cela n'eut jamais été formulé de façon explicite, on travaillait en compétition avec l'IU, presque d'égal à égal, en prétendant disputer à ce front la direction des masses. Le parti, en n'ayant pas tiré le bilan de ce qui s'était passé avec le FOCEP, l'ARI et l'IU, n'avait pas une compréhension exacte de l'importance de la question de l'unité pour les masses. De la même manière, il il ne sut pas poser la question de sa cons truction sur le terrain de l'unité. Le parti assuma son isolement comme une vertu.
Le PRT se maintint et confirma son image de parti de combat. Toutefois, cette attitude, qui suscita la sympathie d'importants secteurs populaires, ne tira pas le parti de son isolement, car en se marginalisant de l'IU, il apparaissait comme sectaire. Les efforts des militants, d'une part, et de la direction, d'autre part, ne parvinrent pas à sortir le parti de cet isolement politique. Le PRT ne se développa pas, mais il put continuer à exister grâce aux caractéristiques de la situation et à la politique de l'IU.
L'IU ne parvint pas à être autre chose qu'un front électoral, et comme il n'y avait pas d'élections prévues avant 1983, le problème de l'unité de la gauche passa au second plan durant toute cette période. Nous pouvions être présents à travers nos militants dans les grèves et les mobilisations, mais cette présence physique dans les luttes ne se transforma pas en une capacité de direction réelle du parti sur ces
Pendant toute cette période, l'IU ne fit qu'émettre des communiqués, sans connaître de réel grossissement. Elle se maintint grâce à son activité au Parlement et dans les municipalités. La prédominance du secteur dirigé par Alfonso Barrantes au sein du comité directeur national et l'inexistence d'instances organisées du front à la base firent que l'IU n'intervint pas en tant que tel dans les luttes et les conflits. Cette paralysie et la politique hésitante vis-à-vis de l'APRA permirent à cette dernière d'apparaître comme la tête de l'opposition politique
Cependant, les luttes ouvrières et populaires contre le gouvernement se développaient non seulement de façon dispersée, mais ce qui est plus grave, sans perspectives politiques. ment syndical n'était pas résolue, ni l'unité du mouvement paysan. Le mouvement syndical dut faire face, à cause de la crise et de la récession, à de nouvelles et importantes échéances auxquelles l'IU ne s'attendait pas. Il y avait une profonde séparation entre l'activité politique de l'IU en tant que front et l'activité de ses membres comme militants et dirigeants des
C'est cela qui a permis à un parti comme le nôtre, marginalisé par rapport à l'IU par sa propre volonté, de continuer son activité. Toutefois, ce fait marquait aussi les limites de notre travail effectué en marge de l'IU. Quand il s'agissait d'alternatives politiques, les masses reconnaissaient l'IU comme leur direction, et cela plus parce qu'il représentait l'unité de la gauche et une alternative de changement social radical que pour tout autre raison. Dans cette situation, le parti en arriva à soutenir une politique profondément sectaire vis-à-vis de l'IU. Il identifia tout ce front au secteur contrôlé par Adolfo Barrantes. Il caractérisa la totalité de l'IU comme « réformiste », sans distinguer les divergences existant en son sein et la complexité du phénomène de l'IU.
Le problème de Sentier lumineux En posant le problème de sa construction en dehors de l'IU, le parti était confronté au développement croissant de Sentier lumineux, qui eut lieu surtout à partir de l'été 1982, avec l'assaut donné à la prison de Huamanga et la libération de dizaines de prisonniers politiques.
Déjà lors du 2e congrès du PRT, la pression exercée par cette force s'était faite sentir sur le parti. Beaucoup de camarades qui pensaient que l'IU était « réformiste » et « électoraliste », pensaient aussi que le parti devait suivre les pas de SL pour être conséquent avec son projet ré volutionnaire, puisque SL luttait par le moyen d'actions armées. Il convient d'affirmer que la position prise dès le début par le parti de reconnaître les militants de SL comme étant des révolucontre la répression, était correcte, pendant que d'autres secteurs de la gauche en arrivaient presque à justifier la répression bourgeoise contre eux. Toutefois, si la position de base du parti était correcte, la faiblesse politique de notre projet fut mi se en évidence par la forte pression politique exercée depuis ce moment-là sur les militants et les dirigeants du parti.
6. Pour une analyse du phénomène de la guérilla péruvienne du Sentier lumineux, cf. Inprecor numéro 144 du 28 février 1983.
Le manque de confiance dans le parti amena pas mal de camarades à ressentir une sorte de sentiment de culpabilité de ne pas mener de lutte armée comme le faisait SL. Pendant toute une première phase, le parti ne formula pratiquement aucune critique à l'encontre de SL et se limita à le défendre contre la répression. Dans un nombre de cas non négligeables, nos militants se sentaient plus proches de SL que des militants de l'IU.
Le désaveu public que le parti fit des SL produisit une gêne chez certains camarades qui voullaient que le parti avalise totalement l'action de ce groupe. Cette pression de SL exprimait la faiblesse politique du PRT.
Le front révolutionnaire. Presqu'à la fin de l'année 1982, le PRT formula une politique plus cohérente. Il proposa la création d'un front révolutionnaire se poqu'à l'IU. Cette proposition fut poursuivie jusqu'aux élections municipales de 1983. Le parti modifiait ainsi son orientation précédente, qui consistait à ne faire que s'opposer à l'IU, pour proposer la construction d'un pôle qui se revendiquerait lui aussi de l'unité, mais de l'unité de tous ceux qui étaient contre l'unité avec TIU.
Cette orientation fut celle qui amena le PRT a passer un accord avec le PST et à tenter d'étendre cet accord à d'autres secteurs (7). Cette politique n'aboutit pas. Le PRT parvint effectivement à publier avec le PST certains communiqués dans la presse et à tenir un important meeting sur la place du 2 Mai à Lima, mais l'accord ne put se concrétiser et aucun autre secteur ne se joignit à son appel. Les tentatives d'entraîner à nos côtés les dirigeants de la Fédération minière, le MIR-DNP (Benitès) et le MRS n'aboutirent pas. Unis avec le PST nous restions pourtant dans l'isolement, et même les dissidents de l'IU ne furent pas disposés à passer un accord avec nous. L'explication de cela réside dans le fait que les groupes en marge de l'IU avaient une dynamique assez sectaire. Certains étaient attachés à une orientation similaire à celle de SL, d'autres prétendaient être le seul courant révolutionnaire du pays, ces deux courants étant anti-trotskystes.
La proximité des élections municipales de novembre 1983 et l'urgence d'y présenter une alternative cohérente sur la base du principe « ni avec IU ni avec SL » nous obligea à entreprendre des clarifications nécessaires. La position anti-électoraliste de courants extérieurs à PIU, les du MIR-DNP, groupe pratiquement pas de politique électorale, et la trahison du PST, qui décida au dernier moment de nous laisser enterra définitivement la tentative de construire quelque chose de sérieux en de l'IU. L'échec du front révolutionnaire pour lequel le PRT avait mené une bataille conséquente, fut le résultat non pas d'un manque de volonté de notre part, mais du caractère non-viable historiquement de cette proposition.
Il n'est pas possible de construire aujourd'hui un courant révolutionnaire de masse en dehors du cadre de l'IU. Il n'est pas possible de capitaliser le mécontentement de courants de gauche à l'intérieur du mouvement de masse et d'unifier tous les secteurs révolutionnaires si l'on ne part pas de la reconnaissance de l'IU comme cadre d'un travail commun.
Les élections municipales de novembre 1983. L'intervention du parti dans ces élections a été précédée, il faut le souligner clairement, par une discussion extrêmement importante. Il a été débattu de la question de savoir si le PRT devait participer aux élections. Et ceci n'était pas un débat tactique, mais un débat de principe pour savoir si les révolutionnaires devaient intervenir en général dans les processus électoraux. Ce débat, qui s'est finalement conclu en faveur de la participation au processus électoral, avait prouvé l'existence à l'intérieur du parti d'un courant ultra-gauchiste - prônant l'abstention, le vote blanc ou le vote nul -, expression des survivances du passé du trotskysme en Amérique latine et des pressions de SL.
Le parti se vit obligé d'aller seul aux élections. Il revenait au point de part et au 2e congrès : le PRT s'opposait seul à l'IU. Il voulait opposer, de façon erronée, les positions révolutionnaires à la démarche de front unique. C'était comme si nous voulions amener les masses à choisir entre le soutien à notre politique et la réalisation de leur unité. Cette fausse opposition déboucha finalement sur la débâcle du 13 novembre 1983, où le PRT n'obtint que 0,5 % des votes (8). Notre campagne électorale, surtout dans sa dernière phase, paraissait plus être orientée dans le but d'empêcher le triomphe de 1'1U que dans celui de défendre nos propres points de vue. Notre profession de foi contenait plus de critiques et d'épithètes à l'encontre de l'IU que de propositions pour l'ac-
Ce résultat était non seulement le verdict de la politique municipale du parti, mais mettait sur la sellette ce qui avait été le projet même du PRT : se construire en dehors de l'IU. C'est cette orientation sectaire qui avait échoué et c'est cette orientation qui devait être corrigée.
Le plus grave, c'est que la succession d'erreurs politiques par rapport à l'unité des masses, le sectarisme et le dogmatisme qui nous avaient animés ôtaient au parti le soutien électoral qui était le principal capital politique sur lequel il avait commencé à se construire : le PRT était sérieusement menacé de se transformer en une secte. Le parti était obligé de prendre un tournant ou de se voir condamné à l'isolement jusqu'à presque disparaître comme courant politique important du mouvement ouvrier et populaire.
L'autocritique approuvée par le PRT à la fin 1983 ouvrit une nouvelle phase pour le parti et déboucha sur la formulation d'un nouveau projet : se construire comme parti révolutionnaire dans le cadre de l'IU (9). C'était là un défi difficile et complexe. Le parti avait perdu beaucoup de temps, et ce dernier avait joué en faveur des réformistes, qui avaient gagné du terrain et qui veulent aujourd'hui à tout prix empêcher notre entrée dans ce
Ce nouveau cours a en réalité commencé récemment. Le PRT ne doit pas seulement reconnaître l'IU comme le cadre de l'unité des masses et y travailler, mais il doit réellement commencer à mener une politique révolutionnaire. Nous devons dépasser le propagandisme et le dogmatisme. Nous devons apprendre à nous orienter vers les masses, à cesser de parler pour nous-mêmes ou pour nous convaincre que tionnaires, et commencer à nous préoccuper plus de convaincre les masses de ce que nous sommes au travers de leurs propre expérience.
Le parti doit définir une politique d'alliance à l'intérieur de l'IU, qui lui permette non seulement de gagner la bataille contre le réformisme, mais aussi d'établir des liens qui lui permettent d'avancer vers la construction d'un grand parti révolutionnaire. Le PRT doit laisser de côté la pédanterie et apprendre à agir comme un courant révolutionnaire en cessant de faire comme s'il était le seul courant révolu-
Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT), Combate Socialista, Lima, avril 1984. 7. Sur l'accord du PRT avec le PST, cf. Inprecor numéro 153 du 20 juin 1983.
8. Lors des élections municipales du 13 novembre 1983, l'AP n'obtint que 12% des suffrages, loin derrière l'APRA (35 %), la coalition de la Gauche unie (30 %) et le Parti populaire chrétien (18 %). Alfonso Barrantes, de l'IU, obtint 34 % des voix et remporta la mairie de Lima.
9. L'autocritique du PRT a été publiée dans Inprecor numéro 164 du 9 janvier 1984, en même temps qu'un article tirant le bilan des élections municipales de novembre 1983.