Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

Des sondages qui en disent long

Inprecor n° 193, 1er avril 1985 · p. 27 · 509 mots

Pologne

Des sondages qui en disent long Les sondages d'opinion effectués en Pologne par le Centre de sondage de l'opinion publique (CBOS) ne jouissent pas d'une très haute renommée, à la différence des enquêtes réalisées par les universités ou par l'Académie des sciences. La manipulation des questions, le maquillage des réponses et l'utilisation des résultats aux fins de propagande sont en grande partie responsables de cette mauvaise réputation. D'autant plus que le CBOS, comme nombre d'autres institutions actuellement, est dirigé par un militaire, le colonel Stanislaw Kwiatkowski. Pourtant, une fois n'est pas coutume, les résultats d'un récent sondage méritent d'être connus. Nous les citons d'après l'hebdomadaire de l'Organisation technique suprême (NOT), Przeglad Techniczny, numéro 6, du 10 février 1985, et un journal du Parti ouvrier unifié polonais (POUP), Try1984. D'après ce sondage, plus de 78% des ouvriers travaillant dans les grandes entreprises considèrent que la ouvrière n'exerce que peu d'influence sur la gestion de l'Etat et que l'impact de cette classe sur la politique du POUP est plus que celui des autres groupes so. question « Qui gouverne la Pologne ? », seulement 5,8 % des ouvriers répondent « la classe ouvrière ». « Il est significatif, commente Przeglad Techniczny, que selon d'autres catégories sociales, ceux qui pensent que c'est la classe ouvrière qui gouverne la Pologne sont bien plus nombreux. » Deux tiers d'ouvriers considèrent que ce sont eux qui pâtissent le plus de la crise économique, et trois quarts des sondés pensent que rien n'autorise à attendre une amélioration de la situation économique, et en particulier l'augmentation de la production et du niveau de vie. 79,4 % des personnes interrogées affirment que les conflits sociaux ont pour fondement la situation matérielle de la population, alors que pour 62,2 % d'entre eux, il faut rechercher la cause de ces conflits dans les divergences politiques à l'œuvre dans la

Le résultat de ces recherches, écrit pour sa part Trybuna Robotnicza, témoigne que les opinions et l'orientation idéologique des ouvriers sont fréquemment formées par les moyens d'information non officiels. Il faut entendre par là la presse clandestine de Solidarité. « Au cours des dernières années, écrit Przeglad Techniczny, l'intérêt des ouvriers pour la participation à la vie politique du pays (c'est-àdire ses instances officielles, ndlr.) a diminué. 56 % des personnes interrogées au cours de ce sondage affirment ne pas être intéressés par ces questions. »

Une autre institution officielle a réalisé un sondage d'opinion parmi les jeunes ouvriers de cinq grandes usines: FSO (Polski Fiat) de Varsovie, le chantier naval A. Warski de Szczecin, le complexe sidérurgique H. Cegielski de Poznan, l'aciérie Huta Katowice de Dabrowa Gornicza, l'aciérie Lénine de Cracovie. Selon Rzeczywistose, hebdomadaire de l'aile national-stalinienne du POUP, du 7 octobre 1984, la majorité des personnes interrogées a exprimé « le manque de confiance envers les nouvelles institutions socio-politiques » et considère l'action en leur sein comme une perte de temps, car il serait illusoire de croire que ces institutions représentent les intérêts des ouvriers, que ce soit au niveau de l'usine, de la région ou du pays.

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