Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AFRIQUE DU SUD

200 Noirs assassinés en six mois

Inprecor n° 193, 1er avril 1985 · p. 27 · 645 mots

Afrique australe

NOUVELLES DU MOUVEMENT OUVRIER ET DE L'INTERNATIONALE

AFRIQUE DU SUD

200 Noirs assassines

Men six mois Le 18 février, la direction centrale du Front démocratique uni (UDF) d'Afrique du Sud a été frappée par une vague d'arrestations. Six dirigeants du Front, parmi lesquels Albertina Sisulu, dont le mari est l'un des dirigeants emprisonnés du Congrès national africain (ANC), ainsi que Sam Kikine, dirigeant des syndicats noirs, ont été inculpés de haute trahison, accusation pour laquelle ils risquent la peine de mort. Les six personnes concernées, dont le procès devra avoir lieu le 29 mars, paraîtront sur le banc des accusés aux côtés de huit autres militants de l'UDF arrêtés le 21 août 1984, au moment de la campagne pour le boycott des élections aux nouvelles chambres indienne et métisse du Parlement sud-africain (cf. Inprecor numéro 179 du 10 septembre 1984). Ces élections faisaient partie d'une opération de charme destinée à convaincre l'opinion publique internationale que le système d'apartheid était en train d'être réformé, alors qu'en réalité il s'agissait de maintenir l'exclusion de la majorité noire des institutions politiques.

L'UDF fut créé en août 1983, précisément dans le but d'organiser l'opposition à la réforme constitutionnelle qui sera adoptée le 2 novembre de la même année, et qui préconisait la création de deux chambres, l'une indienne et l'autre métisse. Ce front regroupe plus de 700 organisations de toute sorte (syndicats, associations diverses) unies dans leur opposition à l'apartheid. Au sein de l'UDF, malgré les tentatives du régime de Prétoria pour présenter l'organisation comme un simple front légal de l'ANC interdit, il existe des divergences sur les meilleurs moyens de mener la lutte. L'une des personnalités marquantes du front est l'évêque Desmond Tutu, prix Nobel de la paix en 1984.

Suite à ces arrestations, Patrick Lekota, porte-parole de l'UDF, a déclaré que « l'image fragile de modération (du gouvernement) s'est déjà lézardée ». Il faisait référence à la proposition du régime, diffusée à grand renfort de publicité, de libérer des détenus politiques qui purgeaient de longues peines, à condition qu'ils dénoncent l'utilisation de la violence. Les plus connus d'entre eux, et surtout le plus respecté, le dirigeant principal de l'ANC, Nelson Mandela, ont refusé cette proposition. Le mouvement du Congrès indien du Transvaal, l'une des organisations affiliées à l'UDF, déclara : « Au moment où M. Botha (Premier ministre sud-africain, ndlr.)

s'adresse à Mandela en lui demandant de renoncer à la violence, il arrête et inculpe de haute trahison les dirigeants de l'UDF et d'autres organisations qui ont toujours préconisé le changement pacifique. »

Ce qui préoccupe le gouvernement, ce n'est pas tant les formes de lutte qui seraient favorisées par tel dirigeant ou telle composante de l'UDF, mais c'est plutôt le fait que cette organisation ait consolidé une représentativité et une base de masse sur la base d'une nette opposition au système d'apartheid. Elle revendique actuellement le soutien de 1,5 million sonnes. La croissance de l'UDF s'insère dans le cadre d'une situation de plus en plus explosive dans le pays (cf. Inprecor numéro 185 du 3 décembre 1984). On l'a vu dans la réussite des campagnes de boycott des élections de l'année dernière. On le voit aujourd'hui dans les émeutes, devenues presqu'endémiques, dans les bidonvilles noirs. Ces émeutes se transforment de plus en plus en affrontements entre la population noire et les forces répressives. Leur bilan s'élève à 200 morts depuis six mois. L'exemple le plus récent concerne la fusillade d'Uitenhage, le 21 mars, qui a coûté la vie à 18 Noirs, ce qui constituait une manière particulière pour le régime de commémorer le 25e anniversaire du massacre de Sharpeville. à travers le monde expriment leur opposition aux arrestations et aux massacres commis par le régime d'apartheid. Des messages de protestation doivent être envoyés à : P.W. Botha, Union Building,

South Africa. Transmettre les exemplaires à : United Democratic Front, PO Box 274, Salt River, Cape, South

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