Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NOUVELLE-CALÉDONIE

Une nouvelle phase de la lutte du FLNKS

· Inprecor n° 193, 1er avril 1985 · p. 26 · 1 031 mots

Claude Gabriel était le pseudonyme de Claude Jacquin, membre de la direction internationale du milieu des années 1980 au milieu des années 1990, très actif dans sa Commission Afrique.

Syndicalisme

l'exemple de son secrétaire général Eloi récemment concrétisée par des avantages

NOUVELLE - CALEDONIE

E Front de libération nationale kanake et socialiste

FNS) a appelé, pour le 20 avril 1985, une journee

• internationale de solidarité avec la lutte du peuple kanak pour l'indépendance. A cette occasion, des initiatives de solidarité doivent avoir lieu dans le Pacifique. Le FLNKS a en effet demandé aux organisations syndicales de la région de s'engager à organiser des opérations de boycott des intérêts français. En

De notre envoyé spécial Claude GABRIEL

Lorsque le FLNKS s'est formé en septembre 1984, il n'était encore qu'un cartel d'organisations regroupant l'Union calédonienne (UC), le Parti socialiste l'Union des lations mélanésiennes (UPM), le Front uni de libération kanak (FULK), l'Union des syndicats de travailleurs kanaks et exploités (USTKE), le Comité de revendication des terres de la côte Ouest, ainsi que le petit Groupe des femmes kanakes et exploitées en lutte (GFKEL). Le Parti de libération kanake (PALIKA) présent au congrès de fondation ne décidera d'intégrer définitivement le FLNKS qu'à la fin du mois de novembre 1984.

Le FLNKS s'était constitué autour de la perspective d'un départ des indépendes institutions coloniales

- Conseil de gouvernement et Assemblée territoriale - auxquels la plupart d'entre eux participaient, et de l'organisation du boycott des élections territoriales du 18 novembre 1984. Les événements qui ont suivi la mobilisation du 18 novembre vont modifier quelque peu les données de départ, notamment en renforçant l'unité au sein du FLNKS, même si de nombreux problèmes subsistent encore, relatifs notamment aux difficultés d'organisation de la lutte pour l'indépendance.

L'affrontement du mois de novembre

1984 avec l'Etat colonial a bouleversé les consciences et fait rapidement progresser l'unité à la base et la prise de conscience collective du fait national kanak. Aujourd'hui, un grand nombre de militants se considèrent plus comme des militants du

FLNKS que comme l'une des organisations composant celuici. La création de comités de base du

FLNKS dans les tribus a incontestablement représenté une avancée dans l'unité du peuple kanak.

Les derniers mois ont aussi mis à l'épreuve les directions de ces diverses organisations et la cohésion de leurs mouvements respectifs. Ainsi, la base militante de l'UC, la formation la plus importante

Une nouvelle phase

de la lutte du FLNKS

du mouvement indépendantiste, s'est for tement radicalisée, vivement marquée par Machoro, promoteur de l'occupation de Thio et qui fut assassiné par les forces coloniales le 12 janvier 1985. La direction de l'UC doit dorénavant tenir compte de cette évolution.

Des partis comme l'UPM et le PSC ont de leur côté beaucoup de mal à maintenir une existence formelle et un réel fonctionnement de parti, nombre de leurs membres s'affirmant résolument et avant tout comme militants du FLNKS. Leurs structures internes, trop faibles, ne leur ont pas permis de maintenir l'encadrement de leurs militants de base après la fondation du FLNKS. Le FULK se retrouve dans une situation intermédiaire, le PALIKA défend son originalité. Ce dernier considère que l'unité actuelle, à laquelle il participe, favorise la radicalisation générale de la population. Tout comme l'UC, il a conservé sa propre structure de parti et prend grand soin de maintenir sa cohésion propre au sein du FLNKS. Partisan d'une « indépendance kanake révolutionnaire et socialiste », le PALIKA rejette dans sa totalité le plan de l'envoyé du gouvernement français, Edgard Pisani, rendu public le 7 janvier dernier. Mais, considérant qu'il faut d'abord faire progresser le rapport des forces global, il ne croit pas nécessaire de lancer prématurément des débats stratégiques au sein du

Le syndicat USTKE tournait plus ou moins au ralenti depuis quelques temps. Bien qu'il ait un rôle décisif et particulier à jouer dans la lutte pour l'indépendance, il ne lui a pas été facile d'articuler ses activités à celles du FLNKS, dont le centre de gravité demeure situé dans les tribus des zones rurales, tandis que celui de l'USTKE concerne surtout Nouméa et sa région. L'opposition à la politique du gouvernement territorial de Dick Ukeiwé et à celle de la mairie de Nouméa, dirigée par Roger Laroque, membre du Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR), constitue cependant un moyen de relancer son activité revendica-

France, l'Association information et soutien au droit du peuple kanak (AISDPK) organise, également le 20 avril, une manifestation nationale à Paris. Des initiatives de solidarité auront aussi lieu dans d'autres pays européens. Nous publions ci-dessous un court reportage concernant l'évolution actuelle en cours au sein du FLNKS.

politique. La politique réactiondes autorités s'est par exemple matériels donnés aux ministres ou par la décision du maire de Nouméa de licencier les agents municipaux ayant participé à la manifestation du FLNKS d'il y a quelques semaines à Nouméa. Le lundi 25 mars, une grève a été appelée conjointement par l'USTKE et l'Union des syndicats d'ouvriers et d'employés de Nouvelle-Calédonie (USOENC), syndicat non indépendantiste celui-là, parmi le personnel municipal. Des piquets de grève ont été formés devant les ateliers municipaux, et la grève pourrait s'étendre au secteur Un autre problème, au niveau de la direction du FLNKS, est celui des rapports entre, d'une part, le bureau politique, comprenant deux membres de chacun des différents partis composant le Front et, d'autre part, le gouvernement provisoire de Kanaky, présidé par Jean-Marie Tjibaou. Alors que les rangs indépendantistes ont grossi, dans la dernière période, avec l'arrivée de centaines de nouveaux militants et sympathisants qui se réclament du FLNKS, le bureau politique du Front conserve toujours la forme initiale d'un cartel de représentants des différentes composantes du FLNKS. Cela ne facilite pas la maîtrise de la division des tâches entre le gouvernement provisoire et le bureau politique du Front, ce que le congrès du FLNKS, qui s'est tenu à Nakety au début février 1985, avait d'ailleurs déjà souligné. Cette dualité de direction entre le bureau politique du FLNKS et le gouvernement provisoire, au sein duquel, par exemple, le PALIKA refuse d'être représenté, peut être la source d'une certaine désorientation pour une base militante radicale qui a parfois du mal à saisir la responsabilité de ces deux structures différentes dans certaines décisions. Cet état de fait devra d'autant plus se clarifier qu'approchent des échéances importantes pour le mouvement indépendantiste dans les mois qui viennent. Claude GABRIEL, Nouméa, 25 mars 1985.

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