Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GRANDE-BRETAGNE

La grève des mineurs, un mouvement qui a polarisé la société britannique

· Inprecor n° 193, 1er avril 1985 · p. 15-19 · 5 356 mots

Syndicalisme Grande-Bretagne Femmes

E 3 mars 1985, un congrès extraordinaire du Syndicat plus longue et l'une des plus sanglantes de toute histoire national des mineurs (NUM) décida d'arrêter la grève la du mouvement ouvrier britannique. A l'issue de ce congrès,

Arthur Scargill, président du NUM, déclara : « La grève est terminée, mais la lutte sur les fermetures de puits et sur la question des emplois continue. » La défaite de la grève a été la conséquence directe de la trahison des directions du Parti travailliste et de la Confédération des syndicats britanniques

(TUC). C'est seulement en tirant toutes les leçons de cette défaite que le mouvement ouvrier britannique pourra empêcher que le gouvernement porte de nouveaux coups aux mineurs et étende son offensive à toute la classe ouvrière. Des centaines de milliers d'hommes, de femmes et de jeunes ont participé au mouvement de solidarité qui a appuyé la lutte des mineurs. C'est ce courant de masse qui pourra constituer la base d'une résistance aux attaques à venir.

La motion pour une reprise du travail fut proposée par le syndicat de la région du Pays de Galles du Sud et ensuite adoptée par le congrès extraordinaire, par 98 voix contre 91, sans que soit conclu d'accord avec l'Office national des charbonnages (NCB). De plus, demeurait en suspens la question de l'amnistie pour les mineurs licenciés, qui devrait être négociée au niveau local. Une motion de la région du Yorkshire, repoussée avec le même écart de voix, avait proposé de continuer la grève jusqu'à ce que les mineurs aient obtenu des garanties concernant l'avenir des cinq puits que le NCB proposait de fermer, ainsi qu'une amnistie générale et la réintégration des

710 mineurs licenciés. La commission exécutive du syndicat était divisée à égalité sur la question de la recommandation qu'il fallait présenter au congrès. Elle finit par proposer le maintien du statu quo, c'est-à-dire la continuation de la grève.

Après que le congrès ait pris sa décision, Arthur Scargill remercia « du fond du cœur » les mineurs et les femmes de mineurs pour leur soutien pendant la grève. Le président du

NUM énuméra ensuite ce qu'il considérait comme les acquis de la grève : le NCB avait retiré, pour l'instant, la menace de fermeture des cinq puits ; grâce à la grève, il n'a pas pu appliquer son programme de fermetures pour 1984-1985 ; enfin, il y avait eu une magnifique mobilisation du NUM. « Au cours de cette lutte, les travailleurs des mines ont montré à toute la classe ouvrière que si elle résiste, elle peut empêcher des tentatives de détruire ses industries », a-t-il encore déclaré.

La combativité des mineurs s'est exprimée le 5 mars, jour choisi par le NUM pour la reprise du

180 000 grévistes ont refusé de terminer la grève ce jour-là, la prolongeant même d'un ou de deux jours, pour la plupart d'entre eux comme protestation contre le refus du gouvernesimple de ses adhérents pour une grève

Malgré ces manifestations qui prounationale dans un avenir proche. Pour les vent le maintien de la combativité de la mineurs et leur syndicat, le prix de la débase, il ne fait pas de doute que le Syndifaite est élevé. Deux mineurs sont morts cat des mineurs a subi une défaite majeudurant les piquets de grève, plus d'une re. Dans le passé, la lutte contre des fercentaine demeurent en prison, 710 ont metures de mines région par région s'était été licenciés, dont beaucoup de dirigeants montrée inefficace si elle n'était pas apde base du syndicat, et presque 10 000 puyée par la menace d'une action natiod'entre eux ont été interpellés au cours de nale. Aujourd'hui, après les sacrifices qui la lutte, dont plusieurs milliers attendent ont déjà été faits pendant le conflit, il y a toujours leur procès.

peu de chances que le syndicat national

GRANDE-BRETAGNE

La grève des mineurs :

ment et du NCB de discuter la question de la réintégration des licenciés et de l'arrêt des poursuites judiciaires. L'attitude patronale intransigeante fut contirmée par le président du NCB, Ian McGregor, qui déclara, le 10 mars : « Les gens sont en train d'apprendre le prix de la rébellion et, croyez-moi, nous avons l'intention que cela reste dans leurs têtes. » Dans la région du Yorkshire, 50 % de la force de travail continua la grève pendant deux ou trois jours. En Ecosse, travailleurs ont fait de même, et la totalité des mineurs de la petite région du Kent est restée en grève jusqu'à la fin de la semaine. Quand les mineurs reprenaient le travail, c'était souvent en cortège derrière les banderoles de leur syndicat et en hurlant leur défiance vis-à-vis des patrons et du gouvernement.

La revendication de la réintégration des licenciés a été mise en avant un peu partout dans les bassins houillers. La très grande majorité de ces licenciés avait été condamnée par les tribunaux pour des délits sans importance tels que le « vol » du charbon de mauvaise qualité sur les crassiers ou l'obstruction durant des piquets de grève et avaient été ensuite licenciés par le NCB. Les régions les plus durement frappées par ces licenciements sont l'Ecosse et le Kent. En Ecosse, la direction des charbonnages a refusé de prendre en compte la possibilité de réintégrer ne serait-ce qu'un seul des licenciés. Il y a également un nombre important de mineurs emprisonnés pour des délits liés à la grève. Il y aura une consultation des adhérents du NUM, vers la fin du mois de mars, sur la proposition de la direction du syndicat de percevoir une cotisation spéciale qui rapporterait 95 000 livres sterling par semaine (environ 1 million de francs), afin d'aider les familles des grévistes licenciés. Cette consultation sera un test important pour juger de la loyauté des adhérents à la direction Scargill. Il y a déjà des signes montrant que cette loyauté demeure forte. Six jours après la fin de la grève, Arthur Scargill s'est adressé à une audience enthousiaste de 5 000 femmes de mineurs réunies dans la ville de Chesterfield pour fêter la Journée internationale de la femme.

Un sondage organisé après la fin de la grève a révélé que 68 % des mineurs interviewés soutiendraient le syndicat si ce dernier organisait des grèves pour s'opposer à des fermetures de mines dans leur propre région. Le sondage a aussi montré que 57 % des mineurs étaient pour le maintien de l'interdiction des heures supplémentaires, malgré le fait qu'ils ne recevront aucune augmentation de salaire tant que cette interdiction ne sera pas abolie. La signification de cette tactique de lutte réside dans le fait qu'elle permet de maintenir les stocks de charbon au plus bas niveau possible, ce qui est une façon de préparer dans les meilleures conditions de nouveaux arrêts de travail. même une majorité faibli. Au cours d'un rassemblement dans la région de Staffordshire, le 10 mars, Arthur Scargill a expliqué que même si les 8,5 millions de livres sterling (90 millions de francs) du syndicat qui avaient été saisis par les tribunaux étaient rendus, cela ne changerait rien, parce que cet argent avait été emprunté et devait donc être ont lancé une souscription pour reconstituer les fonds du NUM. En plus, le syndicat vit toujours sous la menace d'une série Le NUM lui-même sort de la grève af- d'actions en justice intentées contre lui

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R5 COAL - NOT DOLE Manifestation de soutien à la grève. (DR) par les patrons et par des mineurs « jau-

Le Comité national des mineurs au travail (euphémisme pour désigner le regroupement des « jaunes »), qui a financé de nombreuses actions en justice contre le depuis un an, a annoncé intention de se maintenir après la grève. Ce comité de « jaunes » est non seulement lié au Parti conservateur, mais à Margaret Thatcher elle-même. ment de sa formation, ses réunions ont eu lieu avec la participation de David Hart, ancien attaché de presse du Premier ministre. Hart a fourni des fonds aussi bien que des conseils à ce comité, et il a joué un rôle de liaison entre ce dernier et des dirigeants conservateurs. nes » ont maintenant annoncé leur intention de lancer une campagne pour modifier les statuts du syndicat, encore une fois en s'appuyant sur les tribunaux bourgeois. La cible numéro un de cette campagne sera la direction du syndicat personnifiée par Scargill.

Le NUM est aussi confronté à la menace d'une scission de presque 20 % de ses adhérents. La région de Nottinghamsyndicat, dont la majorité des adhérents n'ont pas fait grève, a pris ses distances par rapport au syndicat national en modifiant ses statuts, de manière à ne plus être soumis à la règle numéro 51 des statuts nationaux qui traite des questions disciplinaires. Cette région a rompu encore un peu plus ses liens avec le syndicat l'interdiction des heures supplémentaires et en arguant, pour se justifier, des « privations » qu'elle imposerait à

Certains des dirigeants des mineurs non-grévistes ont ouvertement parlé de créer un syndicat scissionniste semblable au syndicat de collaboration de classes « Spencer » (du nom de son dirigeant), dont la création divisa les mineurs après la défaite de la grève générale et de la grève des mineurs en 1926. Cependant, pour résister à ce projet, la direction du syndicat national va tenter de s'appuyer sur le malaise ressenti par beaucoup de mineurs de Nottinghamshire, dû à la manipulation du syndicat régional par les ténébreux personnages qui se dissimulent derrière le Comité des mineurs au travail. Mais, dans l'état actuel des choses, la région de Not-

96, THE MAL VICTI TOTA

COAL

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DOLE

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DOLE

tinghamshire sera exclue du NUM si elle persiste à se moquer des statuts ainsi que des décisions des instances nationales du

Tous ces éléments constituent un affaiblissement sérieux du NUM et représentent autant d'obstacles à ses capacités de lutter dans l'avenir. La défaite du syndicat signifie que Thatcher pourra se servir du sentiment vécu par beaucoup de syndicalistes à la suite de cette grève et qui se résume par une phrase souvent entendue : « Si les mineurs ne peuvent pas sortir vainqueurs d'un affrontement avec le gouvernement, alors qui pourra le faire ? » Ces hésitations vont être renforcées par le fait que même pendant la grève des mineurs, de graves défaites ont été subies par d'autres secteurs de la classe ouvrière, par exemple l'échec de la grève dans l'usine d'automobiles Austin-Rover après l'application des nouvelles lois antisyndicales contre les syndicats concernés.

DES FAILLES AU SEIN

DU GOUVERNEMENT THATCHER

Cependant, il faut mettre au bilan positif de la grève le fait que le gouvernement lui-même a été atteint et affaibli par la lutte des mineurs. Du reste, la ligne des conservateurs a refuser de se réjouir publiquement de la la grève. Cette attitude ne s'explique nullement par un souci quelconque de ne pas blesser la sensibilité des mineurs, mais bien par le malaise répandu dans l'opinion publique de la manière dont le gouvernement s'est comporté au cours du conflit.

D'après un sondage organisé juste avant la fin de la grève, 60 % des personnes interrogées pensaient que Thatcher avait mal négocié les dernières étapes de la grève, en se montrant trop intransigeante. Seulement 34% d'entre elles ont exprimé un avis favorable sur le Premier ministre, ce qui représente le pourcentage le plus bas depuis la période qui précéda immédiatement la guerre des Malouines, au printemps 1982. En outre, sondages les conservateurs ne de peu les travaillistes, vers les centristes de l'Alliance libérale/ social-démocrate de David Steel et de David Owen.

Ces déplacements dans l'opinion publique ne sont que les premiers signes des changements importants qui s'opèrent aujourd'hui dans la société britannique à la suite de la grève des mineurs. A mi-chemin de la grève, Thatcher avait appelé le NUM « ennemi de l'intérieur », comparant même Arthur Scargill au général Galtieri, chef de la junte argentine au moment de la guerre des Malouines. Le ministre des Finances, Nigel Lawson, expliquait quant à lui que le coût de la grève représentait un investissement qui se justifiait s'il obtenait la défaite NUM. Ce coût a été deux fois plus élevé que celui de la guerre des Malouines. Il se monterait à environ 3 milliards de livres (33 milliards de francs), c'est-à-dire 60 livres (660 francs) par tête d'habitant, si l'on y ajoute le coût des opérations policières et les achats d'électricité et de charbon à l'étranger. La société de change Simon & Coates estime que les répercussions en série dans l'industrie charbonnière pourraient ajouter encore 700 millions livres (soit 7,7 milliards de francs) à ce total. Elle estime la perte totale à 2 % du Produit intérieur brut (PIB).

La grève a polarisé la société britannique d'une manière qui a inquiété nombre de personnalités de l'establishment. L'une des interventions les plus controversées du conflit fut celle de l'évêque de Durham, qui fit enrager la droite conservatrice lorsqu'il déclara que les mineurs ne devaient pas être perçus comme ayant perdu la grève. L'évêque, une personne progressiste en matière de théologie, ne faisait qu'exprimer de manière directe ce que disaient en privé beaucoup de personnalités dirigeantes de l'Eglise et Parti conservateur, c'est-à-dire que le coût social de la grève pèserait plus lourd que les avantages retirés d'une défaite écrasante des mineurs. l'establishment libéral, l'action de la police, ainsi que celle des tribunaux pendant la grève, représentait un pas vers l'Etat fort, une évolution sur la voie d'un « gouvernement par coercition » plutot que sur celle d'un « gouvernement par consentement ». En Grande-Bretagne, la police est théoriquement sous la responsabilité des autorités municipales, qui la financent grâce aux impôts locaux. Pendant la grève, cette notion de responsabilité fut jetée sans ménagement par-dessus bord par la création de ce qui fut, en réalité, une force nationale de police mobile, responsable uniquement devant un Comité central de coordination. Ce centre, qui avait été créé à la suite de la grève des mineurs de 1972, fut d'abord utilisé contre les révoltes des jeunes Noirs des quartiers populaires des grandes villes. C'est à partir de son quartier-général de Londres que fut organisée la mobilisation des policiers en provenance de tout le pays pour occuper les zones minières, ce qui remplaçait ainsi, dans les faits, la police locale. L'échelle de cette action policière, ainsi que les techniques anti-émeutes utilisées contre les mineurs et leurs familles, ont donné à la police un profil analogue à celui d'une armée d'oc-

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Le parallèle avec ce qui se passe en Irlande du Nord n'a pas échappé à la population de villages de mineurs comme celui de Grimethorpe, dans le Yorkshire, où les jeunes de la localité sont montés à l'assaut des commissariats et ont mené des batailles rangées contre les policiers. Des barrages routiers ont été dressés par la police pour empêcher les mineurs de se déplacer librement dans le pays. Au cours des 27 premières semaines de la grève, plus de 165 000 mineurs ont ainsi été empêchés de pénétrer dans le Nottinghamshire. Le gouvernement avait décidé de ne pas se servir des nouvelles lois antisyndicales, à peine adoptées, pour tenir tête à la grève, mais de donner carte blanche à

Les inquiétudes soulevées par les pouvoirs toujours plus importants de l'Etat - ce qui contraste nettement avec la propagande officielle du gouvernement sur la défense de l'individu contre les incursions de l'Etat « collectiviste » - ont provoqué des divisions dans le Parti conservateur sur un autre front, celui des administrations municipales. cadre d'une offensive destinée à permettre d'importantes réductions des dépenses sociales, le gouvernement proposa de limiter la possibilité des municipalités de percevoir certains impôts locaux et de développer les services et les équipements sociaux. De plus, les municipalités des grandes villes, en premier lieu le Conseil du Grand-Londres (GLC), sont condamnées à disparaître à court terme, parce que les conservateurs s'opposent orientations de gauche défendues par des personnalités telles que Ken Livingstone, qui est précisément président du GLC. Malgré tout, le gouvernement a quand même subi une défaite sensationnelle l'année dernière sur cette question, grâce à une opposition des membres conservateurs de la Chambre des lords, une institution pourtant connue pour le caractère réactionnaire de ses prises de position.

La chute de la livre, et la montée des taux d'intérêt en Grande-Bretagne qui en fut l'une des conséquences, a exacerbé encore davantage la crise au sein du Parti conservateur. Non seulement la pièce maîtresse de la politique gouvernementale pour cette année — la réduction des impôts - a-t-elle été reportée, mais des contrôles de plus en plus restrictifs sur le crédit menacent d'asphyxier la reprise économique promise depuis longtemps par le gouvernement. Une telle reprise économique, ainsi qu'une baisse du taux record de chômage, qui s'élève maintenant à 13 % même selon les chiffres officiels, représentent des éléments décisifs pour le maintien en place du gouvernement Thatcher au-dela des prochaines élections législatives, qui doivent avoir lieu en 1988. Malgré le fait que ces élections ne soient pas pour demain, beaucoup de députés conservateurs sont de plus en plus inquiets face à la possibilité de perdre leur siège et à celle de voir leur parti perdre le pouvoir. Au niveau le plus élevé, des personnalités telles que l'ancien Premier ministre Edward Heath, ainsi que beaucoup d'autres anciens ministres, ont appelé ouvertement à un changement d'orientation de la politique économique du gouvernement. Etant données les divisions au sein de son propre parti, auxquelles Margaret Thatcher est confrontée, il est évident que le mouvement ouvrier a perdu une chance importante de pouvoir infliger une défaite au gouvernement et de re-

UNE BATAILLE BIEN PRÉPARÉÉ

PAR LA BOURGEOISIE Il est vrai que Thatcher avait planifié la défaite des mineurs depuis dix ans déjà. A la suite de la chute du gouvernement conservateur d'Edward Heath, causée par la grève des mineurs de 1974, un rapport secret fut préparé par un groupe d'études du Parti conservateur. Ce rapport caractél'industrie charbonnière étant « le terrain de bataille le plus probable » pour un éventuel nouveau gouvernement conservateur. Ce groupe proposa un plan en six points pour faire face à

- la création d'une importante force de police mobile pour affronter les piquets de grève ;

- la suppression des allocations sociales des grévistes ;

- l'accumulation de stocks de charbon, surtout dans les centrales électri-

- des dispositions pour pouvoir importer du charbon ;

- le recrutement de chauffeurs de camion non syndiqués pour transporter du charbon ;

- l'introduction d'un système qui permette d'utiliser aussi bien le charbon que le pétrole dans les centrales électri-

Tous ces éléments étaient déjà en place avant le début de la grève et le gouvernement s'en est largement servi. Mais les mineurs, eux, s'étaient aussi préparés pour contrer les plans de Thatcher. Malgré la présence massive des policiers autour des bassins houillers, les piquets de comprenant à certains moments des milliers de mineurs, furent l'une des caractéristiques permanentes de la grève. Quand des mineurs furent arrêtés et que les tribunaux leur interdirent de participer aux piquets, leur place fut souvent prise par leurs femmes. L'action de la police dans les bassins houillers, plutôt que d'intimider les grévistes et la communauté des mineurs, augmenta leur combativité et leur détermination. Bien que les allocations sociales hebdomadaires payées aux familles des mineurs aient été réduites, d'abord à 15 livres puis à 14 livres (154 francs), entraînant de grandes privations, un large réseau de solidarité se constitua en Grande-Bretagne et à l'étranger. Des millions de livres sterling furent ainsi collectées

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avait été poussé vers la grève par le gou- sans qu'il y ait aucune garantie qu'elle pour le mouvement des femmes de mineurs, ce qui permit de fournir le minimum vital aux familles des grévistes.

Cependant, étant donné le niveau record des stocks de charbon existant au début de la grève, l'élément clé qui aurait pu permettre la victoire des n'était pas constitué par ces mesures défensives, mais par la capacité d'imposer une interdiction totale du transport de charbon conjuguée à la capacité d'interdire la substitution du charbon par d'autres sources d'énergie dans les centrales électriques. Pour appliquer de telles mesures, les mineurs dépendaient du soutien du reste du mouvement syndical.

LA TRAHISON DU TUC ET DE NEIL KINNOCK Ce soutien fut accordé en paroles au congrès du TUC en septembre 1984, au moment où les directions syndicales, sous la pression de la lutte des mineurs et le sentiment de leur propre base, votèrent le soutien aux mineurs. Mais il devint rapidement clair que les dirigeants du TUC n'avaient absolument pas de transformer leurs paroles en actions, notamment en organisant la solidarité des syndicalistes des centrales électriques que prévoyait la résolution adoptée au congrès. Au lieu de cela, les dirigeants du TUC poursuivirent une politique à deux niveaux. D'un côté, ils fournirent aux mineurs un soutien financier suffisant pour maintenir la grève, mais, de l'autre, ils se d'exercer une pression sur le syndicat, pour que celui-ci règle le conflit en trahissant ses adhérents sur la question cruciale de la fermeture des puits.

Le tournant décisif du conflit survint vers la fin du mois de septembre, au moment où le gouvernement comprit que le TUC n'apporterait pas à la grève le soutien promis. Le gouvernement conservateur refusa de faire quelque concession que ce soit au syndicat, sabotant les unes après les autres les négociations entre les mineurs, le NCB et le service gouvernemental d'arbitrage des conflits industriels. La dernière trahison de la part du TUC fut la tentative de Norman Willis, secrétaire général du TUC, d'imposer au NUM, au mois de février, un accord négocié entre lui-même d'un côté, Thatcher et la direction des charbonnages de l'autre. Cet accord, qui admettait le principe que des puits puissent être fermés par le NCB pour des raisons économiques, constitue aujourd'hui la base sur laquelle le gouvernement exige la capitulation totale du

Cette trahison des buraucrates du NUM fut organisée avec l'aide active de Neil Kinnock, dirigeant du Parti travailliste. Depuis le début de la grève, Kinnock avait manifesté son opposition à cette lutgénéraux britanniques de l'époque de la Première Guerre mondiale, qui lançaient leurs troupes dans des batailles sans espoir de victoire. Non seulement Kinnock a passé sous silence le fait que le syndicat vernement et la direction des charbonnages (voir chronologie ci-contre), mais aussi que la grève aurait pu être gagnée si la syndicats britanniques s'était servie de son autorité pour assurer un blocus du transport de charbon. Piétinant l'image de gauche qui lui avait permis de gagner la bataille pour la direction du Parti travailliste, Kinnock a soutenu de son autorité l'argumentation de la droite de la commission exécutive du NUM en faveur d'une consultation nationale de tous les syndiqués du NUM, comme préalable à une grève contre !e programme de fermetures de mines avancé par le NCB. En effet, cette consultation nationale aurait pu mettre en minorité les mineurs favorables à la grève.

Cette exigence était reprise et diffusée par l'establishment britannique dans son ensemble, Margaret Thatcher comprise. Leur objectif était de retarder le lancement de la grève par le syndicat en réponse à la provocation du NCB, ce qui permettait de gagner du temps pour que les médias puissent lancer d'intoxication contre la grève. En effet, si la consultation nationale avait été organisée et si la majorité de 55 % des voix requise pour lancer une grève nationale n'avait pas été atteinte, cela aurait effectivement empêché les structures régionales de faire grève contre des fermetures dans leurs bassins, comme cela s'était déjà produit l'année précédente. Au lieu de cela, la direction du NUM a choisi cette fois-ci de démarrer la grève par le moyen de piquets de masse, en partant des régions déjà acquises à la grève, pour entraîner les

En général, cette tactique a réussi. Des régions qui avaient, comme le Pays de Galles du Sud, d'abord décidé de ne pas se joindre à la grève, l'ont fait sous la pression des piquets venant d'Ecosse, du Yorkshire et du Kent. Le Pays de Galles du Sud fut ensuite l'un des bastions les plus solides de la grève, jusqu'à sa fin. La région de Nottingham par contre, avait déclenché la grève dès la première semaine, fut confrontée à une situation contraire. En effet, la direction locale du syndicat, droitière, qui domine la région des décennies, refusa de donner l'ordre à ses adhérents de se joindre aux piquets de grève. En outre, elle créa le Comité national des mineurs au travail et suscita le mouvement de retour au travail.

Par ailleurs, si la consultation nationale avait donné la victoire aux tenants de la grève, il n'y aurait eu aucune garantie que des régions ayant voté contre la grève auraient ensuite accepté la décision de la majorité nationale et quand même participé à la lutte. Dans un puits du nord du Pays de Galles, à Bersham, une consultation fut organisée plus tard, pendant la grève. Le résultat donna une majorité de voix pour que la grève continue, mais les organisèrent néanmoins la reprise du décision d'organiser une consultation nationale dans de telles circonstances aurait simplement donné à la droite un droit de veto sur une grève immédiate, nationale allant dans le sens contraire.

Ayant échoué dans sa campagne visant à forcer le NUM à organiser une consultation nationale, Kinnock porta son attention sur la question des violences commises autour des piquets de grève. Présentant le problème comme étant celui de la violence « des deux côtés », il dénonça la violence des mineurs comme étant « non britannique ». Au congrès du Parti travailliste, en octobre 1984, malgré un vote à une majorité écrasante pour dénoncer les violences commises par la police, Kinnock dénonça de manière « équilibrée » la violence des piquets de grévistes et celle de la police. Il poursuivit en appelant le parti à respecter la légalité, s'il voulait remporter les prochaines élections. Cependant, les faits donnèrent tort à l'analyse de Kinnock selon laquelle la grève était un handicap pour le Parti travailliste au plan électoral. Lors des élections au Parlement européen, en juin 1984, au moment des batailles les plus dures et les plus sanglantes devant la cokerie d'Orgreave, les travaillistes obtinrent des victoires impressionnantes. Ces victoires furent les plus nettes dans les régions dirigées par l'aile gauche du parti, qui s'était ouvertement identifiée avec la grève des mineurs.

LES BASES D'UNE GAUCHE « LUTTE DES CLASSES » Bien sûr, l'absence de soutien aux mineurs de la part de Kinnock ne relevait pas du tout d'un mauvais calcul. Au contraire, il avait clairement reconnu la nature des forces qui étaient en train de se rassembler au cours de cette grève et il en avait peur. C'est ce qu'expliqua Arthur Scargill à l'occasion de la dernière grande manifestation, le 23 février, à Londres : « Au cours de cette lutte, nous avons assisté à l'apparition d'un phénomène complètement nouveau dans la vie politique britannique. Des centaines de milliers de personnes se sont engagées, directement ou indirectement, dans le soutien au Syndicat national des mineurs. Des groupes de soutien se sont constitués, non seulement dans ce pays mais à travers le monde. Une expérience nouvelle, l'apparition de groupes de soutien constitués par des femmes, a inspiré des travailleurs non seulement ici mais partout en Europe. Ce que l'establishment n'a pas encore compris, c'est que nous avons créé notre propre mouvement de résistance, comparable à ceux qui existaient lors de la Deuxième Guerre mondiale. » Au cours de ce conflit, le NUM a essayé de populariser cette idée d'un nouveau mouvement de résistance au sein de la société britannique, ayant à sa tête les ouvriers de l'industrie.

Dans le mouvement syndical, les mineurs étaient la force motrice d'une alliance qui rassemblait trois syndicats, ceux des mineurs, des cheminots et des sidérurgistes. Ce bloc fut constitué pour lutter contre les restructurations capitalistes et les menaces de fermetures qui pèsent sur ces industries. Bien que pendant la grève la direction droitière du syndicat de la sidérurgie ait rompu ce bloc en refusant d'assurer un

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« Mettons Thatcher au chômage ! » Manifestation de femmes de mineurs à Sheffield. (DR)

une expression politique au sein du Parti l'image de gauche de Kinnock ait été très

STOP

THATCHER

ISTRATE

blocus du transport de charbon, l'alliance entre les cheminots et les mineurs a tenu bon, ce qui a renforcé la cohésion entre le NUM et les syndicats des transports. Dans la période qui vient, cette alliance aura une importance centrale, lorsque Thatcher commencera son offensive attendue contre le syndicat des cheminots.

En dehors du mouvement ouvrier, les mineurs se sont alliés au mouvement antinucléaire pour s'opposer à la construction de centrales nucléaires et pour lutter pour le désarmement unilatéral de la GrandeBretagne. Les femmes de mineurs ont ouvert leurs réunions à d'autres militantes ont tissé des liens solides avec les femmes pacifistes de Greenham Common.

Le NUM a également développé son activité en direction du Parti travailliste. Des mineurs et des femmes de mineurs ont adhéré au parti et ont consolidé des contacts faits pendant la grève avec des militants travaillistes de base, qui ont été à l'origine de la plupart des 400 comités de soutien à la lutte à travers tout le pays. Le NUM a suivi une trajectoire originale au sein de la gauche, en étant le seul syndicat à soutenir le droit des Noirs à l'auto-organisation dans le parti, à voter en faveur du regroupement pour le droit des femmes, et à soutenir les revendications des homosexuels et des lesbiennes.

L'unité des forces rassemblées par le NUM au cours de sa lutte, qui a trouvé

CENTRE

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THATCHER

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SCRAP MorCRECOR

Boulin r weekly 20p constitue la première ébaudepuis 60 ans, d'une aile gauche « lutte des classes » dans le mouvement britannique, c'est-à-dire depuis où le Parti communiste britannique à ses débuts avait créé un tel courant dans les syndicats, et qui fut aussi implanté dans l'aile gauche du Parti tra-

Cependant, l'une des grandes faiblesses de la dernière grève des mineurs fut le manque d'organisation systématique de ces forces pour en faire un courant capable de lutter contre les conservateurs tout en surmontant la politique d'obstruction menée par la droite travailliste. L'absence d'un tel courant avant la grève, qui aurait pu lutter pour une politique combative des syndicats, a affaibli la lutte contre le sabotage des dirigeants syndicaux de la droite et du centre. D'autres secteurs plus faibles du mouvement ouvrier, qui devront faire face aux conservateurs dans la période qui vient, vont ressentir cette absence de façon beaucoup plus aiguë que les mineurs. Un tel courant devra aussi lutter pour mettre en place dans d'autres syndicats des directions du type de celle de Scargill, c'est-à-dire des directions qui rejettent la collaboration des classes et qui se battent pour des actions de masse de la classe ouvrière contre les conserva-

Cette lutte trouvera aussi son expression au sein du Parti travailliste. Bien que

JOBS

NOT

BOMBS

RENINDANT

voekly 20g largement ternie par son action pendant la grève, la dynamique unitaire dans le parti entre ses différentes fractions en vue des prochaines élections législatives, va probablement le mettre à l'abri de toute attaque en tant que dirigeant du parti.

à tous les autres niveaux du parti il va y avoir des batailles autour de la nouvelle ligne de démarcation créée par la grève des mineurs.

Des tentatives d'organisation de la gauche du Parti travailliste et des syndicats ont déjà commencé. Mais, bien qu'il soutienne de tels développements, Scargill lui-même s'en tient à l'écart, comme le fait d'ailleurs également Tony Benn, principal dirigeant de la gauche travailliste. Il faudra créer une forte dynamique unitaire pour que la force énorme du courant de gauche qui s'est cristallisée lors de la grève des mineurs ne s'effrite pas et puisse être consolidée. Une telle initiative pour organiser la gauche du Parti travailliste ne va pas résoudre les problèmes de direction du mouvement ouvrier que la grève des mineurs a mis en évidence, mais elle construction d'un véritable travailleurs » qui, à la différence des traîtres du genre de Kinnock et Willis, se ferait le champion de la lutte de la classe ouvrière sur la route vers le pouvoir des

Steve ROBERTS, 20 mars 1985.

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