C'est dans l'unité que réside notre force et la possibilité de notre victoire sur la politique de famine du gouvernement actuel. Ouvriers, paysans, secteurs populaires, opprimés et exploités, tous unis nous avons la force d'imposer l'essentiel de nos revendications légitimes et de franchir dans cette lutte un grand pas en avant pour prendre en main la solution de nos problèmes, qui sont aussi ceux de la nation toute entière.
LA LUTTE POUR LE SALAIRE MINIMUM VITAL
AVEC ÉCHELLE MOBILE EST LA LUTTE POUR UN DROIT FONDAMENTAL Les propagandistes à la solde de la bourgeoisie et de l'impérialisme, et parmi eux, le ministre Rueda Pena, osent affirmer que les travailleurs sont responsables de la crise et qu'ils prétendent déstabiliser le processus démocratique par leur mouvement en cours. Rien n'est plus faux et tendancieux. Ce sont précisément les mineurs de Huanuni qui ont permis, grâce à leur lutte opiniâtre, de réouvrir l'espace démocratique dont nous jouissons aujourd'hui. Il faut rappeler à ces propagandistes maladroits que ceux qui ont désorganisé le pays, ce sont précisément ceux qui affament le peuple, ceux qui ont fait monter les taux de mortalité et de mortalité infantile, ceux qui prétendent anéantir par la faim la force sociale, constructive et créatrice de la classe ouvrière et du peuple travailleur. En somme, ceux qui pillent le pays et qui dévastent ses ressources naturelles et humaines. Ce sont eux qui portent atteinte au processus démocratique et non les travailleurs qui descendent aujourd'hui dans la rue pour réclamer du pain et du lait pour leurs enfants.
Il faut aussi rappeler, à ceux qui prétendent que les travailleurs ne veulent pas des élections parce qu'ils craignent de les perdre : qu'est-ce qui est démocratique dans de telles circonstances, voter ou manger ? Dans ce contexte, la lutte pour un salaire minimum vital est partie prenante du processus démocratique. Elle fait partie de ce droit démocratique fondamental. LA MOBILISATION ACTUELLE NE DOIT PAS SERVIR
DE TREMPLIN A DES ACCORDS PASSÉS DANS LE DOS DU PEUPLE Les mineurs en lutte, comme les révolutionnaires loyaux envers le mouvement ouvrier et populaire, doivent rester maîtres de leur mobilisation. Nous ne pouvons ni ne devons permettre qu'elle soit utilisée par des forces étrangères aux intérêts des travailleurs. Notre lutte ne doit pas servir à faciliter des manœuvres de sommet. Aucune solution, d'où qu'elle vienne, qui tiendrait les masses à l'écart ou se passerait dans le dos des travailleurs, ne peut être utile.
Pour éviter cela, notre unité est fondamentale. Elle doit s'ouvrir à tous les secteurs du camp populaire. Nous devons discuter ensemble, mineurs, ouvriers d'industrie, paysans, ménagères, employés, étudiants, membres des professions libérales engagés politiquement ... Nous devons progresser dans la constitution et la consolidation de nos propres instruments de lutte, qui nous permettraient de commencer à résoudre par nos propres moyens les problèmes du peuple et de la nation. Autrement dit, il devient nécessaire de développer les conseils populaires, les comités et autres organisations de base qui expriment l'auto-organisation des masses contre la faim et contre le danger d'un retour au fascisme. Mais, plus que tout, il est nécessaire d'avancer vers la formation de l'Assemblée nationale du peuple, qui doit se transformer en un véritable parlement populaire pour promouvoir un programme propre des travailleurs.
Mais pour concrétiser tout cela et avancer dans la perspective d'un authentique gouvernement des travailleurs, il est vital de structurer un instrument unitaire et efficace. C'est pourquoi notre parti est favorable à l'accélération du processus unitaire qui a commencé à se dessiner ces derniers jours. C'est une responsabilité incontournable de l'ensemble de la gauche révolutionnaire que de construire cet instrument unitaire pour aider à faire triompher les intérêts populaires, pour renforcer la mobilisation, pour tenir en échec les manœuvres irresponsables qui prétendent tenir les masses à l'écart et passer des accords dans leur dos.
Construire cet instrument, c'est préparer la voie pour dire en même temps : « Dehors Siles ! Non à Banzer et non à Paz Estenssoro ! » Parce que le problème, ce n'est pas Siles Suazo lui-même. Son départ du gouvernement ne constitue pas en soi une solution. Le vrai problème, c'est l'expulsion de toute la classe dominante, qui a démontré son incapacité historique à résoudre les problèmes du peuple et de la nation. Le fond du problème consiste à dire clairement : dehors la bourgeoisie. Dans ce cadre, la construction d'un instrument unitaire et efficace, sur la base d'un programme anti-impérialiste et anti-oligarchique qui parte des acquis du Plan d'urgence de la COB et des conquêtes paysannes, ouvrirait la voie à la formation d'un gouvernement des travailleurs, populaire, anti-oligarchique et anti-impérialiste. Ce gouvernement devra s'appuyer sur les masses organisées et mobilisées pour édifier, sur cette base, une Patrie nouvelle et libre. Dans ce processus auront aussi place les soldats et les officiers qui s'engagent et s'intègrent dans ce projet indépendant mis en œuvre par les travailleurs eux-mêmes.
NOTRE PROGRAMME ET L'UNITÉ Le programme que soutiennent les travailleurs, et qui doit devenir le Programme de salut national, trouve une première expression dans le plan d'urgence de la COB et dans la plate-forme revendicative du présent conflit et comprend l'étatisation du système bancaire, le monopole du commerce extérieur, le salaire minimum vital et l'échelle mobile, l'étatisation du secteur des grands moyens de transport, la dénonciation par l'Etat des dettes contractées par le secteur privé, la nationalisation des mines moyennes du secteur privé, l'application de la loi fondamentale agraire et le renforcement de la distribution coopérative Coraca.
Cette perspective doit faire face aux initiatives de la droite, qui tente de tirer parti de la vacance du pouvoir, que ce soit à travers les élections ou par le biais d'un coup d'Etat. Dans une telle éventualité, l'unité du peuple exploité, c'est-à-dire de toute la nation, constitue le premier des devoirs. Elle doit s'élargir, en s'adressant aux chefs, officiers, sous-officiers et soldats pour qu'ils ne tirent pas contre le peuple mais serrent les rangs en défense des libertés démocratiques, pour la souveraineté nationale face à l'impérialisme. Ils doivent prendre leur place dans le combat des masses et se rattacher à l'effort d'organisation indépendante pour empêcher que notre Patrie ne soit non seulement dé. sarticulée, mais désintégrée. Ils doivent comprendre qu'un gouvernement anti-oligarchique et anti-impérialiste, c'est-àdire un gouvernement des travailleurs, est la seule solution pour sortir de cette crise. Car, face à l'incapacité historique de la bourgeoisie à diriger ce pays, il revient aux travailleurs de prendre en main la direction de l'Etat bolivien.
Comité exécutif national du POR-U, La Paz, le 13 mars 1985.