LUSIEURS dizaines de milliers de réfugiés guatémaltè.
ques vivent aujourd'hui sur le teritoire mexicain. Inprecor a présenté à plusieurs reprises ce problème, qui ne manque pas de créer une situation nouvelle pour le gouvernement militaire guatémaltèque, mais aussi pour les militants du mouvement révolutionnaire de l'Unité révolutionnaire nationa-
Les notes qui suivent ont pour but d'examiner la nature des causes et les effets du phénomène tragique que représente le flux migratoire de la paysannerie du nord-ouest du Guatemala vers le territoire mexicain, phénomène dont la méconnaissance à l'étranger amène souvent à une mauvaise compréhension de sa signification, de ses conséquences et de son évolu-
Pourquoi le gouvernement militaire, qui est au pouvoir au Guatemala propose- t-il des solutions si diamétralement contradictoires entre elles pour résoudre ce problème des réfugiés ? Ce n'est un secret pour personne que le gouvernement de
Mejia Victores propose à la fois, d'un côté, le rapatriement et l'internement massif de ces personnes et, l'autre, entérine leur éloignement, renoncant ainsi définitivement à la plus importante richesse que possède le pays, à savoir ses travailleurs.
Nous parlons de rapatriement et d'internement forcé, parce que nous ne pensons pas que quelqu'un de sérieux et de bonne foi puisse croire en l'euphémisme des « zones modèles » destinées à ces populations. Ces zones sont faites sur le
« modèle » et à l'échelle des zones stratégiques construites par les Yankees au Vietnam du Sud. Nous ne pensons pas non plus que l'on puisse prendre en considération les garanties offertes par le gouvernement sur la sécurité de ces populations, alors même que des structures comme l'Université nationale, la haute hiérarchie catholique et l'association nationale des journalistes (APG) se sont retirés de la commission constituée afin de trouver des solutions à la situation de violence omniprésente dans le pays, précisément du fait de l'absence de garanties face à l'accroissement de la répression gouvernementale. Le Guatemala est un pays au sujet duquel le rapport de la Commission nationale bipartite sur l'Amérique centrale, plus connue sous le nom de Commission Kissinger, déclare : « L'un des plus sérieux obstacles pour contenir la révolte armée au Guatemala, c'est le comportement brutal des forces de sécurité. Dans les villes, elles ont commis des meurtres à
La place des réfugiés
le guatémaltèque (URNG) (1). la seule fin d'éliminer des gens qui étaient à peine soupçonnés de rébellion ; dans les campagnes, elles ont tué sans distinction, afin de réprimer le moindre signe d'appui à la guérilla ».
De la réponse à la question posée plus haut découle une série d'explications très importantes, dont beaucoup sont méconnues et qui sont, de notre point de vue, indispensables à prendre en compte pour résoudre correctement les problèmes posés par la présence permanente de réfugiés guatémaltèques en territoire mexicain. Car la solution de fond à cette question des réfugiés ne peut, à notre avis, être envisagée séparément du cours et du développement de la situation de guerre révolutionnaire de libération que mène notre peuple.
UNE NÉCESSITÉ ET UNE MENACE
L'étrange et obscure proposition alternative que font le gouvernement l'armée du Guatemala quant au sort des 46 000 réfugiés reflète la contradiction de fond de la situation actuelle au Guatemala. Paradoxalement, ces 46 000 réfugiés guatémaltèques au Mexique représentent pour le gouvernement de Mejia Victores, pour les classes dominantes et pour les intérêts yankees installés dans le pays, à la fois une nécessité et une menace. Une nécessité, car ces paysans, loin de constituer un secteur économique marginal, ou une masse de chômeurs, comme certains ont voulu les présenter, formaient avant d'émigrer au Mexique, des communautés paysannes de petits propriétaires terriens et semi-prolétaires agricoles dans les zones de l'altiplano du nord-ouest du pays. Certains d'entre eux étaient même des paysans possédant de petites parcelles de terre dans des zones de développement agricole, allant parfois jusqu'à 30 hectares de terrain. Tous étaient des agents actifs de la production et de la vie sociale et culturelle de leurs milieux et de leurs communautés respectives. De plus, la majorité d'entre eux faisait partie d'une main-d'œuvre salariée migratoire (à l'intérieur du pays, ndlr.) qui permettait aux propriétaires fonciers et à la bourgeoisie agro-exportatrice de café, de canne à sucre, de coton et de cardamome, de
GUATEMALA Nous donnons ci-dessous la parole sur ce thème à Rolando Moran, commandant en chef de l'Armée révolutionnaire des pauvres (EGP), l'une des principales composantes de l'URNG. L'article que nous reproduisons a été publiée dans Informador Guerillero, l'organe de l'EGP, du 30 octobre 1984. résoudre le problème de la main-d'œuvre pour la récolte à des coûts si bas qu'elle leur permettait de décupler leurs profits.
Mais ces réfugiés sont aussi une menace, parce que leur présence à l'extérieur du pays représente une injure pour l'image de marque internationale du gouvernement. La situation de répression, de terreur, de misère et de mort, qui a obligé ces réfugiés à abandonner leurs terres, est sans équivalent sur le continent américain et rarement vue dans d'autres parties du monde. Elle accuse le régime. Ces paysans indigènes et ladinos (métis) sont très loin des regroupements semi-tribaux de pauvres et de marginaux de la société, contrairement à ce que pensent beaucoup de gens. Ils sont, au contraire, l'expression vivante et consciente de la rébellion du peuple guatémaltèque, qui démontre, avec sa vie et son attitude qu'il n'est pas disposé à accepter la domination meurtrière des despotes militaires. L'attitude de soumission et de fatalisme que l'on attribue aux regroupements indigènes n'est pas celle de ces réfugiés. Malgré leur analphabétisme involontaire et leur manque de connaissance de l'espagnol, ils constituent une expression vivante et clairement définie de conscience sociale. Ce sont des populations qui connaissent la situation du Guatemala et que l'on ne peut pas tromper avec des promesses de pacotille. Cette conscience sociale constitue, au contraire, une manifestation politique massive et, par certains aspects, elle pré sente un contenu très progressiste.
C'est tout cela qui explique l'attitude aveugle du gouvernement et de l'armée du Guatemala, les provocations, les pressions et les chantages qu'ils utilisent pour imposer une solution à la question des réfugiés qui tienne compte de leurs intérêts réciproques et contradictoires, sans se préoccuper du droit international, de l'opinion publique et du prix politique à payer • pour y parvenir. Ils s'estiment en effet capables de défier toutes ces valeurs, se sachant en définitive couverts par la bénédiction de l'impérialisme yankee.
1. Sur la question de l'unité des organisations antidictatoriales au Guatemala, se reporter à Inprecor numéro 120 du 8 mars 1982 et numéro 152 du 6 juin 1983. Sur le problème des réfugiés guatémaltèques au Mexique, voir Inprecor numéro 190 du 18 février 1985.
De nombreuses associations et personnalités, à l'étranger, croient que les réfugiés constituent une sorte de résidu périphérique de la guerre révolutionnaire qui se développe au Guatemala, notamment à cause des reportages, des témoignages et des visites d'observateurs dans les campements de réfugiés et les récits que ces derniers ont fait sur les atrocités dont ils ont été victimes du fait des expéditions punitives des « kaibiles » (corps répressif, ndlr.). Beaucoup d'observateurs considèrent que ces réfugiés se sont trouvés, par malchance, sous le feu croisé des guérilleros et des « kaibiles », et qu'en conséquence, ne trouvant plus d'endroit sûr au Guatemala, ils auraient choisi le sol mexicain comme refuge. Egalement par méconnaissance, on les a aussi considérés comme des réfugiés économiques, même si les causes d'une émigration économique si subite et si massive demeurent inexpliquées. Et il ne manque pas de gens, comme l'aristocratique déléguée argentine membre du groupe du vicomte Culross de Colville, rapporteur de la Commission des droits de l'homme aux Nations-Unies, pour déclarer, après avoir visité les campements de réfugiés au Mexique l'an passé et avoir vu les mains noueuses d'un paysan âgé, qu'il n'y avait qu'à voir les mains des réfugiés pour se rendre compte qu'ils étaient des assassins nés, capables de toutes les violences.
Comme nous l'avons dit plus haut, les réfugiés guatémaltèques faisaient partie de la population économiquement active du pays. Mais, de plus, ces regroupements de population ne sont pas extérieurs à la problématique politique du Guatemala. Ce ne sont pas de simples produits passifs des vicissitudes qui secouent la société guatémaltèque. Ils font partie d'une réalité qui est méconnue de l'opinion publique internationale, laquelle est manipulée par les médias qui défendent des intérêts sociaux bien particuliers.
Les secousses révolutionnaires réellement touché, dans notre pays, toutes les couches de la population et y ont déterminé de véritables mutations sociales et politiques dans les consciences. Ce phénomène est particulièrement évident au sein des masses paysannes indigènes qui vivent en état d'auto-subsistance dans le nord-ouest du pays et qui, pendant des
Sont été considérées comme des. masses inertes, inconscientes, passives et soumises, auxquelles on pouvait difficilement attribuer le rôle d'acteur de leur propre histoire. Mais ce développement accéléré de la conscience civique collective de communautés que beaucoup de politiciens libéraux considéraient même, auparavant, comme des foyers de la réaction, s'est effectivement produit de manière généralisée et a embrassé toutes les communautés paysannes de ces zones, dans un laps de temps couvrant approximativement les 25 ou 30 dernières années.
Ce sont la crise économique profonde et l'absence de perspectives de redressement dans laquelle se trouve l'économie guatémaltèque - une structure capitaliste dépendante -, ainsi que les conséquences qui en découlent aux niveaux politique, social et administratif, qui expliquent l'éclosion sociale révolutionnaire et la libération des forces sociales énormes jusqu'alors contenues par des structures aujourd'hui en voie de décomposition.
UNE CONTRADICTION
PARTICULIERE Dans le cadre général des contradictions de classe qui bouillonnent dans la société guatémaltèque complexe, depuis 30 ans, parmi lesquelles il y a les contradictions fondamentales qui touchent tounations capitalistes dépendantes agro-exportatrices et sous développées, une contradiction particulière au Guatemala s'est développée de manière croissante. Malgré sa spécificité, elle prend une importance chaque fois plus grande dans l'ensemble des rapports de production et des rapports sociaux du pays. Nous voulons parler de l'affrontement entre, d'un côté, les intérêts des nouveaux capitalistes agro-exportateurs, les cultivateurs de canne à sucre, de coton et de cardamome - autant de produits ayant une perspectidéveloppement dans l'économie guatémaltèque - et, de l'autre, la main-d'œuvre bon marché constituée par les petits propriétaires et les paysans et communautés de l'altiplano du nord-ouest du qui ont été intégrés à une large échelle au système productif des plantations agro-exportatrices de la côte sud du
Jusqu'à l'époque actuelle, le mécanisme des prestations de travail par migration des paysans de l'altiplano ne fonctionnait qu'à petite échelle, de façon localisée et de manière complémentaire pendant la récolte du café, sur les terres des propriétaires fonciers cultivant du café. Fondamentalement, la main-d'œuvre qui était utilisée sur ces propriétés venait des communautés indigènes vivant en lisière des haciendas (fermes) et liées à ces dernières par des relations de métayage et de colonat.
L'introduction massive de la culture de la canne, du coton et de la cardamome portait en elle la nécessité de dégager une main-d'œuvre importante. Les nouveaux capitalistes bureaucratiques ou héritiers des propriétaires fonciers traditionnels, conscients des coûts de production mais avides d'effectuer des super profits, n'ont pas développé de manière généralisée les rapports de production capitalistes dans l'exploitation des nouvelles cultures destinées à l'exportation. Comme c'était le cas pour les plantations de café, ils ont à nouveau utilisé une main-d'œuvre bon marché et temporaire vivant loin des plantations, dans l'altiplano du nord-ouest, dans les communautés de petits propriétaires où l'économie monétaire n'était pas encore développée, ce qui leur donnait la possibilité de payer des salaires beaucoup plus bas que ceux qu'ils auraient dû payer s'ils avaient. employé des ouvriers agricoles installés dans la région depuis longtemps. Les latifundistes du café ont également adopté de façon plus généralisée ce mécanisme, avec, comme résultat, la diminution de la population en métayage et la multiplication des semi-prolétaires migrants.
La généralisation de ce type de relations de travail au cours des 30 dernières années a provoqué un énorme bouleversement des structures socio-politiques ancestrales, en particulier au sein des communautés paysannes vivant en auto-subsistance dans l'altiplano et l'ouest du pays. Ces communautés, formées par divers groupes ethniques descendant des indiens mayas-quiché, avaient maintenu pendant des siècles les traits communautaires spécifiques des zones paysannes, caractérisés par l'auto-subsistance, l'endogamie, l'isolement politico-social, le localisme et la résistance culturelle, comme défense instinctive et naturelle contre l'exploitation et l'oppression des propriétaires fonciers ladinos. Ils ont ainsi préservé les valeurs religieuses, culturelles et sociales reçues de leurs ancêtres. Leurs structures politico-religieuses internes, soumises par la force au pouvoir local des propriétaires fonciers, conservaient néanmoins les valeurs hiérarchiques traditionnelles.
LES TRANSFORMATIONS
FONDAMENTALES
DES COMMUNAUTÉS PAYSANNES
Tout cet ensemble de caractéristiques a subi une succession de modifications vitales résultant de la conjonction de trois facteurs extérieurs qui ont déterminé des transformations fondamentales, sans toutefois altérer l'essence même et les traits saillants de ces communautés, qui, selon nous, ont heureusement réussi à conserver les facteurs positifs qui les caractérisaient.
Ces trois facteurs ont modifié la situation, indépendamment les uns des autres, mais liés par une étroite relation économico-sociale. Il n'y a pas d'ordre chronologique dans leur apparition et leur développement, ni une délimitation stricte de l'extension géographique prise par chacun d'eux sur le territoire national. Mais les trois ont massivement pesé dans
sous-développé et semi-colonial - se coa- teurs déjà mentionnés. Elle a participé, la majeure partie de la zone occidentale du Guatemala.
De ces trois éléments, c'est le facteur économique qui a fait office de catalyseur. Il s'agit, en premier lieu, du développement de rapports de production capitalistes partiels à grande échelle, avec les particularités que nous avons déjà signalées, qui ouvre un horizon national à des groupes et des individus qui se limitaient jusqu'alors à leur communauté ou à leur région. Ce processus les confronte à une série de phénomènes nouveaux ou inconde caractère politico-social, ce qui produit une accélération du développement de la conscience collective face au régime d'exploitation, aux relations de travail, au développement individuel et culturel. Mais étant donné l'état d'immigrants de ces groupes ou individus, cette évolution ne les coupe pas de la relation qu'ils entretiennent avec leur communauté d'origine et ne les assujettit pas tout le temps et inexorablement aux rapports capitalistes de production, de consommation et de fonctionnement social, ni à l'atmosphère d'oppression et d'exploitation qui sévit dans les plantations et dans les zones de population métisse. Ces immigrants ne sont donc pas soumis à la domination de la culture occidentale qui règne dans ces zones de grandes plantations.
Le cumul de ces nouvelles expériences, positives et négatives, est transmis aux communautés d'origine, parfois de façon individuelle, parfois à travers le noyau familial, car cette main-d'œuvre migrante comprend des familles entières, parents et enfants de tous les âges, pour les récoltes du café et du coton. De telle sorte que de retour dans la communauté de la zone d'origine, la généralisation des nouvelles visions du monde et de la vie a un énorme impact politico-social. Et cela sans produire pour autant des ruptures totales dans la sphère culturelle, dans le domaine des structures mentales, des valeurs ethniques et spécifiques de ces regroupements, ce qui se produit par contre souvent quand le processus de prolétarisation de telles communautés est absolu et actif, imposé par les expulsions, l'émigration économique, le chômage et la misère, et qu'il touche des individus ou de petits groupes humains. En simplifiant et en schématisant, nous pourrions dire que le début de la prolétarisation est simultané à celui de la décomposition des communautés paysannes de certaines régions, sans déplacements massifs de populations et sans confrontations directes.
En second lieu, nous avons assisté pendant toute cette période au développement de l'action évangélique des missionnaires chrétiens, qui a pris une grande importance comme reflet et conséquence directe de la naissance de la théologie de la libération, avec son profond contenu social. Cette action, qui cherche à pénétrer les masses populaires exploitées et à leur transmettre une vision chrétienne de la vie, de la coexistence et de la justice, est directement en prise avec les besoins spirituels des masses paysannes qui s'éveillent aux nouveaux rapports économiques.
La mission évangélique interprète les réalités vécues par ces masses paysannes et en même temps enrichit son message de ces expériences directes, des conflits et des inégalités dont elle témoigne. L'action chrétienne s'enracine et se généralise. Elle freine et annule l'influence paralysante et nocive de l'activité religieuse propagée jusqu'alors par la hiérarchie ecclésiastique, qui favorisait et justifiait le pouvoir des exploiteurs et les valeurs morales et culturelles pro-occidentales des classes dominantes. Le résultat en est une réceptivité sociale et civique généralisée des masses paysannes et l'affaiblissement des liens de soumission de ces dernières vis-à-vis pouvoir politique et économique local. De même, et ce n'est pas là le moins important, on assiste à la revalorisation et à la reconnaissance des facteurs d'identité
En troisième lieu, comme facteur décisif, s'est également produite pendant cette période l'apparition d'un mouvement révolutionnaire de guérilla. Avec des objectifs de libération nationale, d'élimination de l'exploitation, de l'oppression et de la répression, avec sa revendication de souveraineté et de reconstruction de la société, avec ses propositions pour la revalorisation de la composition ethnico-nationale de la société guatémaltèque, avec sa perspective stratégique et son action politico-militaire, ce mouvement révolutionnaire de guérilla s'insère dans les revendications et les besoins des masses populaires et les complète. Ces revendications sont suscitées par le réveil social et le développement économique, qui poussent les masses vers la recherche instinctive de la voie politique susceptible de canaliser et de concrétiser leur élan historique pour la transformation de la société. pressions et les projets du mouvement révolutionnaire et des masses paysannes coïncident et se complètent, non ment du fait de l'affinité, en termes de classe, des intérêts en jeu, mais aussi parce que les facteurs adverses - les composantes de l'Etat répressif, dépendant,
VICTORIA!!
lisent par-dessus leurs contradictions particulières en un bloc férocement répressif, discriminateur et réactionnaire. Ce bloc est lié à un système de privilèges aussi anachronique qu'un monstre antédiluvien qui, à l'image de ce dernier, est brutal dans ses derniers soubresauts.
Voilà les éléments du cadre général à l'intérieur duquel nous devons analyser la question des réfugiés guatémaltèques en tant qu'élément déterminant de la situation et non pas comme son sous-produit. LES PROTAGONISTES COLLECTIFS
D'ANNÉES
DE LUTTE RÉVOLUTIONNAIRE
Nous sommes conscients du fait que beaucoup de personnes, beaucoup d'associations ignorent ces particularités. D'autres ne les comprennent pas et d'autres encore ne les croient pas. C'est chez eux que perdurent des images schématiques qui compliquent la recherche de solutions aux problèmes pratiques. Nous sommes fermement convaincus aue si l'on tenait compte de ces considérations, on disposerait d'éléments de jugement qui permettraient de proposer des alternatives nuancées et variées pour trouver réponses au problème des réfugiés considéré dans sa relation intime au développement de la révolution guatémaltèque. Non pas parce que les réfugiés sont des subversifs, comme le proclament les gorilles guatémaltèques, leurs sbires et leurs porte-parole à l'étranger, mais parce qu'ils font partie de tout un peuple qui, non seulement a fait l'expérience de mutations de sa conscience sociale et de son idéologie, mais aussi parce qu'ils ont •été les témoins et les protagonistes, comme collectivité, d'années de lutte révolutionnaire et sont imprégnés de ces expériences vivifiantes.
La paysannerie de l'altiplano du nord-ouest du Guatemala n'a pas seulement fait l'expérience des transformations dues à l'influence directe des fac-
analphabètes, beaucoup d'entre eux ne mique - dans d'autres aspects des rapdans sa grande majorité, à différents niveaux, quantitatifs et qualitatifs, aux luttes révolutionnaires du peuple guatémaltèque de ces dernières années et elle bénéficie des acquis de cette lutte. La réduction et la quasi-disparition du pouvoir local des propriétaires fonciers, oppresseur, discriminateur et exploiteur grandes parties de ce territoire, a libéré beaucoup de forces sociales. permis à des populations entières d'assumer la direction politico-sociale et administrative de leur propre communauté. Elle leur a permis de communiquer entre elles, de rompre l'isolement ancestral, de faire reculer le localisme mais sans perdre leurs valeurs traditionnelles. Cela a permis aux différents groupes ethniques nationaux d'affirmer leur identité et leurs valeurs culturelles, de se reconnaître et de se respecter sans que cette affirmation ne s'oppose aux facteurs de progrès de la société moderne qui peuvent être mis à profit et même développés, sans pour autant obligatoirement aliéner la personnalité de l'individu ou de la communauté.
Ces éléments de conscience sociale en étaient à leur phase initiale de développement et d'expression organisationnelle dans les communautés qui ont été exterminées ou persécutées par le feu et les bombes des « kaibiles ». Cette terreur exercée par les classes dominantes n'est pas seulement le produit d'une fureur ou d'une haine de classe inouïe, c'est aussi le résultat d'une féroce logique économique. Il s'agit de soumettre la population par la force et la terreur à ce système caduc des propriétaires fonciers de l'agro-exportation, dont elle commence à se libérer. Et si cela échoue, il s'agit alors d'exterminer ou de pousser à l'exil tous ceux que l'on ne peut soumettre et qui réafin d'homogénéiser ainsi le LE DEGRÉ DE CONSCIENCE DES RÉFUGIÉS GUATÉMALTEQUES
Les réfugiés guatémaltèques constituent une partie embryonnaire de notre société future. Les longues années de vie commune avec la lutte révolutionnaire leur a donné des traits distincts de conscience et d'attitude qui les différencient de leurs ancêtres. Leur émigration vers le sol mexicain n'obéit pas simplement à l'instinct de survie. Elle correspond aussi à une notion de responsabilité historique, celle de sauver la vie et de préserver l'intégrité de leur communauté et des individus qui la composent, de ne pas accepter le massacre ou la soumission, de maintenir les structures administratives et sociales, éducatives et culturelles à l'abri de l'oppression et de la terreur des « kaibiles », de préserver la perspective du retour sur la terre libérée, à la vie sans terreur et sans répression.
Les grands traits du niveau de conscience des réfugiés guatémaltèques est parfaitement perceptible, et les personnalités des divers organismes mexicains et internationaux qui ont rencontré ces réfugiés le savent fort bien. Ces réfugiés sont parlent pas espagnol, car chez eux la prise de conscience a été plus rapide que l'éducation. Ils souffrent de malnutrition, mais maintiennent avec dignité et fermeté leur identité, leur droit de résister à l'oppresseur. Ils ont fait preuve d'un haut degré de civisme et de responsabilité collective. On peut difficilement trouver un autre cas où 46 000 réfugiés, voire plus, persécutés, martyrisés, malades, aient observé un comportement aussi exemplaire en terre étrangère, y aient maintenu de façon aussi homogène, étendue et constante un respect si total des lois et des normes d'un pays qui n'est pas le leur. Il est difficile de trouver des cas de comportement collectif aussi mesuré, aussi serein, même face à des abus locaux occasionnels et des mauvais traitements de certaines autorités locales. Il est difficile de trouver d'autres exemples d'un degré aussi élevé d'autoorganisation et de discipline, notamment si l'on prend en compte le fait qu'il s'agit de régler la vie collective et la distribution des ressources vitales pour l'existence de milliers d'êtres humains qui, à l'origine, étaient membres de communautés différentes. Dans d'autres cas, ces conditions auraient naturellement pu donner lieu à des conflits, à des délits, à des confrontations et à des rancœurs. Toutes ces personnes ne forment donc pas une grande masse informe de « réfugiés ». Ce sont des hommes et des femmes, des citoyens avec un haut niveau de civisme, de conscience politique, et qui veulent retourner sur leur terre quand elle sera libérée des
Ce cadre complexe de la réalité politique et sociale du Guatemala comprend également des changements importants — même s'ils ne sont sans doute pas aussi fondamentaux pour la structure éconoports de production et des contradictions structurelles de la société, qui affectent d'autres secteurs de classe, comme les ouvriers agricoles et industriels, les couches moyennes urbaines, les petits et moyens commerçants et entrepreneurs, de larges secteurs des quartiers urbains et, dans une proportion qui n'est pas moindre, des intellectuels et des professions libérales, tous étant frappés de plus en plus par la crise économique et la férocité irrationnelle de la répression politique. Mais l'objectif de ces pages n'est pas de traiter des problemes caractéristiques de tous les aspects du cadre social et politique du Guatemala sur lequel se fonde et s'appuye la lutte révolutionnaire de guérilla menée par l'URNG. Ces pages ont comme nous le disions début, de mettre l'accent sur le secteur population qui constitue la masse des réfugiés sur le territoire mexicain et dont le problème a été mis à l'ordre du jour à partir de provocations criminelles et préméditées de l'armée guatémaltèque lorsqu'elle a pénétré dans le camp réfugiés de Chupadero, au Mexique, le 30
LES REVOLUTIONNAIRES ET LES SOLUTIONS ALTERNATIVES
Le problème immédiat des réfugiés guatémaltèques au Mexique, par son ampleur et sa signification, est une question sérieuse pour l'Etat et la société mexicaine. Les révolutionnaires guatémaltèques se sentent investis d'une grande responsabilité et ils sont prêts à collaborer, dans la mesure de leurs possibilités à chercher des alternatives qui permettent de résoudre les problèmes des réfugiés dans le respect total des intérêts et des droits de l'Etat et du peuple du Mexique. C'est