Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GUADELOUPE

Conférence des dernières colonies françaises

Inprecor n° 195, 29 avril 1985 · p. 26-28 · 1 488 mots

France Syndicalisme

La conférence des dernières colonies de l'empire Les 5, 6 et 7 avril s'est tenue au Moule, en Guadeloupe, la Conférence internationale des dernières colonies de la France, convoquée à l'initiative de l'Union populaire pour la libération de la Guadeloupe (UPLG). S'y sont jointes les organisations anticolonialistes suivantes : le Front de libération nationale kanake et socialiste (FLNKS) de Nouvelle-Calédonie, qui était représenté par Yann Céléné Ureguei, ministre des Affaires étrangères du gouvernement provisoire de Kanaky, le Mouvement pour l'indépendance de la Réunion (MIR), les élus indépendantistes de Guyane et l'Union des travailleurs guyanais (UTG), le Mouvement pour l'indépendance de la Martinique (MIM) et le Conseil national des comités populaires (CNCP de Martinique), ainsi que le Front démocratique des Comores pour l'île de après l'accession des Comores à l'indépendance. Deux organisations n'ont pu être présentes, le Front de libération de la Polynésie et le POMARE-parti, lui aussi

Parmi l'ensemble des organisations et personnalités invitées, seuls les représentants des organisations métropolitaines du Parti socialiste unifié (PSU), de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), section française de la IVe Internationale, du Parti communiste marxiste-léniniste de France (PCML), du CEDETIM et du Syndicat des avocats de France (SAF) ont pu assister à la Conférence. Le gouvernement français avait en effet pris

Page 27

des dispositions policières pour interdire l'entrée de la Guadeloupe aux invités étrangers. De nombreux visas aussi été refusés à des personnes susceptibles de se rendre à cette rencontre. De nombreux représentants d'organisations solidaires de cette initiative ont donc envoyé des messages de soutien. On peut citer ceux de l'ANC d'Afrique du Sud, qui souhaitait un « plein succès à cette conférence », de la SWAPO de Namibie, qui avait décidé, en mars 1985, « de déléguer un camarade pour participer au nom de (ce) mouvement à cette rencontre internationale », du groupe parlementaire des

RFA, du groupe AlternatifsVerts du Parlement européen, de Jean Ziegler, membre du Parti socialiste suisse, du Conseil mondial des Eglises et de plusieurs associations de juristes démocrates de différents pays.

La presse était largement présente à cette Conférence des dernières colonies françaises. Il faut dire que la déclaration du secrétaire d'Etat aux DOM-TOM (Dé-

Get territoires d'outre-mer), dénonçant la tenue de cette conférence et la présence du ministre des Affaires étrangères du gouvernement provisoire de Kanaky, ont contribué à donner un large écho à la réunion.

Par ailleurs, la presse, qui s'était trouvée quelque peu prise au dépourvu par les de novembre 1984, anticipe et amplifie aujourd'hui, à des fins purement journalistiques, un « effet kanak » dont les conséquences sont à ce jour plus modestes sur les luttes des autres colonies françaises que ce que les médias veulent bien en dire. Il n'en est pas moins vrai que la situation guadeloupéenne, par exemple, est l'une des plus avancées du point de vue des mobilisations anticoloniales et du développement des mouvements indépendantistes de tout l'empire colonial français.

La rencontre du Moule, qui s'est terminée par un rassemblement public de plusieurs milliers de personnes, dans le nord de l'ile, a incontestablement constitué un succès pour les organisateurs, même si ces derniers s'attendaient à réunir plus de monde, le dimanche 7 avril. Les rodomontades de l'extrême-droite locale, qui avait appelé la population à s'opposer à la conférence, ont fait long feu, tout comme l'idée de certains ultras d'effecà la manière de leurs homologues caldoches à Thio, un pique-nique sur la plage proche de l'hôtel des Alizés, où se tenait la conférence.

Les organisateurs guadeloupéens, militants et sympathisants de l'UPLG, s'étaient donnés les moyens d'assurer le bon déroulement des travaux, l'accueil et la sécurité des participants, démentant ainsi les cris d'alarme d'un Toubon et les protestations d'un Michel Debré.

La Conférence des dernières colonies de la France a décidé la mise en place d'un comité de liaison des organisations indépendantistes des DOM-TOM, dont la première tâche, confiée à l'UPLG, qui en assure le secrétariat, sera de populariser les travaux et les décisions de ce weekend. Une démarche diplomatique commune en direction de l'ONU est envisagée pour obtenir la réinscription des colonies françaises sur les listes des pays à décoloniser. Cette démarche diplomatique unitaire vient se superposer aux initiatives propres du FLNKS pour amener des pays du Pacifique à parrainer auprès du comité de décolonisation de l'ONU l'inscription du cas de la Nouvelle-Calédonie. Le besoin de cette action autonome, justifié par l'état de développement de la lutte indu peuple kanak en Nouvelle-Calédonie, a été réaffirmé en Guadeloupe par le représentant du FLNKS. Il n'est donc pas encore dit que la démarche collective envisagée par les différentes organisations anticolonialistes présentes à la Conférence des dernières colonies de la France puisse véritablement être suivie

Malgré son écho indéniable dans les médias et les échanges auxquels elle a donné lieu dans les différentes commissions, de travail, il ne semble pas que cette conférence puisse, à court terme, donner le jour à une structure de coordination permanente et efficace des mobilisations et luttes indépendantistes DOM-TOM. Tout d'abord parce qu'en Guadeloupe des exclusives ont été lancées par l'UPLG contre la participation à la conférence de nos camarades du Groupe révolution socialiste (GRS), section antillaise de la IVe Internationale, et du Groupe Combat ouvrier, organisation sœur de Lutte ouvrière. Sans même parler de l'absence de démarches envers les courants autonomistes, cette conférence n'a pas fait le plein de tous les courants indé-

Ce faisant, la dynamique unitaire locale, qui aurait pu s'enclencher à cette occasion, s'est trouvée limitée. Les discussions à l'intérieur des commissions

Men place dans cette conférence (commissions sur la situation économique et sur le droit international et la décolonisation) s'en sont trouvées appauvries. Il n'y eut par exemple pas de réel débat sur la question du contenu de l'indépendance nationale, puisque les courants guadeloupéens et martiniquais quant du socialisme en avaient été tenus à

Mouvement d'action syndicale unifiée (MASU), force syndicale à la direction de laquelle participent des camarades du GRS, avait été invité aux seules séances publiques, tout comme le Mouvement pour la Guadeloupe indépendante (MPGI). Le MASU refusa donc une participation amoindrie et un strapontin dans cette conférence à laquelle, en tant que force syndicale anticolonialiste, il aurait dû avoir accès de plein droit, tandis que le MPGI préféra intervenir lors de la séance de clôture sur la question de l'unité anti-

Pourtant l'on pouvait noter, malgré le caractère contradictoire de certains propos tenus par les dirigeants de l'UPLG, aussi bien sur les orientations programmatiques que sur la question de l'unité, certaines avancées intéressantes dans les formulations de cette organisation. Pour un courant nationaliste comme l'UPLG qui, il y a quelques années, clamait « un seul

June seule organisation, un seul chemin, l'indépendance », il n'est pas négligeable de l'entendre aujourd'hui affirmer que « la révolution nationale ne sera pas l'œuvre d'un seul parti. (...) Elle doit aussi être une révolution populaire et satisfaire les intérêts des ouvriers et des paysans. (...) Le pouvoir politique doit comprendre nécessairement des représentants des ouvriers et des paysans. Il doit préserver le droit de critique, de grève et de manifestation des masses ».

Par ailleurs, l'invitation faite à la LCR, la vente à plus de 50 exemplaires du livre Nouvelle-Calédonie, la révolte kanake lors du meeting de clôture, et l'interview du représentant de la LCR à RadioTambou, la radio libre de l'UPLG, sont aussi des signes positifs de l'évolution des rapports de cette organisation forces anticoloniales qui se réclament du

D'autre part, il faut souligner le fait que les organisations anticolonialistes qui à cette conférence n'ont pas toutes la même représentativité sur le terrain. Cela témoigne d'ailleurs de l'inégal développement des idées et des mobilisations indépendantistes dans les DOM-TOM. C'est là une difficulté objective à l'unification réelle des luttes anticolonialistes. Mais cette Conférence des dernières colonies françaises n'en constitue pas moins un petit événement historique et pourrait représenter, malgré ses limites, comme le souhaitait le message de la LCR, « un premier pas vers un rassemblement unitaire encore plus large des forces anticolonialistes des DOM-TOM ».

Par ailleurs, la présence d'un représentant de la LCR a pu être mise à profit par nos camarades du GRS pour organiser une réunion publique en Martinique sur la Nouvelle-Calédonie, de nombreux entretiens radiodiffusés en Martinique et en Guadeloupe (Radio Caraibe Internationale, RFO, mais aussi Radio Balisier, pro-

Parti progressiste martiniquais d'Aimé Césaire, et Radio Kon Lambi, proche du Parti communiste martiniquais), ainsi que des séances de vente en librairie du livre Nouvelle-Calédonie, la révolte kanake, qui est déjà diffusé à plus de 200 exemplaires aux Antilles.

RECTIFICATIF

Une erreur, dont nous nous excusons auprès de nos lecteurs, s'est glissée dans l'article d'Ernest Mandel,

« La situation de l'économie mondiale au début 1985 » et publié dans Inprecor numéro 193 du ler avril

1985. Dans un tableau de la page 6 consacré à la part des produits totaux aux Etats-Unis, il fallait lire, dans la seconde colonne : « Capital engagé dans la circulation (y compris rente foncière) ».

Page 28

INPRECOR, 2 rue Richard Lenoir, 93108, Montreuil

FRANCE

Une erreur sur cette page ?