Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AFRIQUE DU SUD

Une victoire pour le mouvement syndical indépendant

Inprecor n° 196, 13 mai 1985 · p. 6 · 875 mots

Syndicalisme Afrique australe

De nombreux faits témoignent de la vitalité du mouvement syndical indépendant des travailleurs noirs d'Afrique du Sud. Il y a d'abord le développement même du nombre des travailleurs syndiqués. Entre 1980 et 1983, le nombre des syndiqués « africains » a, par exemple, augmenté de 200 %, passant de 220 000 à 670 000 membres. Il y a aussi les progrès dans le niveau d'organisation du mouvement syndical et dans son processus d'unité. La perspective de la création d'une centrale syndicale unique est d'ores et déjà un axe de travail pour un nombre important d'organisations syndicales représentatives qui se sont réunies à cet effet dans un cartel et ont tenu plusieurs rencontres sur ce thème (cf. Inprecor numéro 150 du 23 mai 1982).

Enfin, les luttes ouvrières et les mobilisations syndicales parviennent à arracher des concessions substantielles du patronat. Ce fut notamment le cas à l'usine Sasol, une entreprise de fabrication de pétrole à partir du charbon, contrôlée par l'Etat. Dans cette entreprise d'intérêt stratégique pour le régime sud-africain, 6 000 travailleurs avaient été licenciés il y a quelques mois à la suite d'une importante grève intervenue les 5 et 6 novembre 1984. Cette action gréviste contre la politique raciste et répressive du régime sud-africain avait mobilisé environ un million de travailleurs noirs et constitué la grève politique la plus importante de toute l'histoire du pays (cf. Inprecor numéro 185 du 3 décembre 1984).

Le syndicat des Travailleurs de l'industrie chimique (CWIU), membre de la Fédération des syndicats sud-africains (FOSATU), vient de remporter une importante victoire en obtenant la réintégration de 70% de ces travailleurs licenciés et d'autres avantages concernant l'exercice des droits syndicaux. C'est dire la vitalité du mouvement syndical des travailleurs noirs d'Afrique du Sud.

Nous publions ci-après un article sur ce thème, paru dans FOSATU News, organe de la FOSATU, numéro 35-56 de février-mars 1985.

L'accord signé entre le syndicat des Travailleurs de l'industrie chimique (CWIU) et la direction de Sasol va certainement constituer l'un des événements marquants de l'histoire du mouvement ouvrier en Afrique du Sud.

Non seulement le syndicat a réussi à faire réintégrer 70 % des 6 000 travailleurs licenciés pour avoir participé à la grève de novembre 1984, mais il a aussi obtenu de nouveaux droits. Il est remarquable de constater que le CWIU ait survécu à la tentative menée par une société semi-étatique d'écraser l'organisation des travailleurs, sans même parler du fait qu'il ait pu sortir de cette épreuve avec encore plus de droits syndicaux.

RECONNAISSANCE DES DÉLÉGUÉS D'ATELIER

Le plus important de ces nouveaux droits est la reconnaissance formelle des délégués d'atelier du CWIU, lesquels ont maintenant le droit de représenter les travailleurs et de devant les travailleurs rassemblés pendant les heures de travail. Les délégués d'atelier ont aussi le droit de se réunir en assemblée une fois par mois pendant les heures de travail et d'avoir accès au téléphone, ce qui représente un droit important quand il s'agit d'usines aussi grandes que celles de Sasol.

« Jusqu'ici, il y a eu beaucoup de conflits dans les usines Sasol entre les représentants élus des travailleurs, qui essayaient de remplir le rôle de délégués d'atelier, et les cadres responsables des chaînes, qui voulaient les en empêcher », a déclaré Rod Crompton, secrétaire général du

Le syndicat a aussi obtenu l'accès « illimité » aux foyers résidentiels des travailleurs de Sasol, ainsi que le droit d'y avoir un bureau en permanence. Auparavant, le syndicat n'avait droit qu'à une permanence trois jours par semaine. L'accord a été conclu après des mois de négociation entre le CWIU et Sasol.

Pour obliger la société à négocier sur la question de la réintégration des 6 000 travailleurs licenciés, le syndicat a lancé une campagne nationale et internationale. Tous les syndicats qui participent aux discussions actuelles sur l'unité syndicale s'étaient engagés à organiser une grève nationale de solidarité avec les travailleurs de Sasol. Et au cours des manifestations contre l'apartheid qui se déroulent actuellement aux Etats-Unis, l'une des revendications mises en avant est celle concernant la réintégration des travailleurs de Sasol. Certains syndicats américains ont aussi pris en charge cette question.

Au cours du congrès du CWIU, le 2 mars 1985, auquel participèrent tous les délégués d'atelier du syndicat, il fût décidé de modifier l'axe de la campagne, en acceptant l'accord proposé par la direction de Sasol. A ce sujet, Rod Crompton déclara : « L'accord ne signifie pas que nous avons abandonné ceux des travailleurs de Sasol qui n'ont pas été réintégrés. Nous avons simplement décidé de continuer la campagne à l'intérieur des usines. » D'ailleurs, « la direction a donné son accord de principe pour la réintégration de 5% de travailleurs licenciés supplémentaires, en disant que la porte n'avait pas été fermée en ce qui concernait les 25 % restant. »

RECONSTRUIRE L'ORGANISATION SYNDICALE

A l'heure actuelle, le syndicat concentre ses efforts sur la reconstruction de l'organisation des travailleurs dans les usines Sasol Il et III. Un comité paritaire a été créé entre la direction et les syndicats, afin de négocier d'autres aspects concernant la reconnaissance du syndicat qui ne sont pas couverts par l'accord déjà conclu. Et dans les semaines qui viennent, les membres du syndicat seront à nouveau sur pied de guerre.

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