Des personnalités suisses pour la non intervention en Amérique Centrale
NE délégation de personnalités suisses s'est rendue en
Amérique centrale, du 19 avil au 2 mat dernier, Electait des personnalités suivantes, représentatives d'un large échantillon de l'opinion: Léni Robert, députée au
Conseil national, mandatée par la Fédération des partis écologistes ; François Borel, député au Conseil national, mandaté par la fraction parlementaire du Parti socialiste suisse (PSS) ;
Rosmarie Baer, députée au Grand conseil de Berne et présidente du conseil communal de Muri, membre du Parti radical-démocratique (PRD, principal parti bourgeois suisse) ; Ira Stamm, membre du PRD ; Ewald Kaeser, président jusqu'en 1984 de la
Fédération des travailleurs du textile, de la chimie et du papier
(FTCP) ; Antoine Cochet, secrétaire central de la Fédération des cheminots (SEV) ; Jean-Pierre Babey, vicaire provincial de l'Ordre des capucins ; Johanna Schneiter, juge, mandatée par la commission des droits de l'homme de la Fédération des églises protestantes de Suisse (FEPS) ; Jacques Schneider et René Ho-
Etienne RUBIN
La représentativité de cette délégation, tout comme son voyage et les conclusions qu'elle en a tiré, est le reflet d'un long travail en commun de ses participants. Il n'aurait pas été possible de réaliser une telle délégation sans un long travail de préparation préalable, dans lequel de nombreux contacts se sont établis entre personnes d'opinions et d'appartenances politiques différentes.
LE REFLET D'UN LONG TRAVAIL
EN COMMUN
Le mouvement de solidarité avec l'Amérique centrale a connu, en Suisse, ces cinq dernières années, une croissance et un élargissement importants. Certes, il a aussi connu des hauts et des bas. Mais on peut tracer plusieurs étapes distinctes dans ce processus de croissance.
Dans un premier temps, juste après la révolution sandiniste du 19 juillet 1979, l'effort principal a été consacré à la mise sur pied d'un réseau efficace de comités de solidarité dotés d'un secrétariat professionnel. Dès le départ, l'accent a été mis sur le développement d'un travail de soutien politique et économique. Le soutien matériel a vite impliqué un appui direct à des projets concrets de reconstruction et de développement au Nicaragua.
En outre, de nombreuses tournées en Suisse d'orateurs et d'oratrices, de groupes culturels et de représentants d'organisations de masse des différents pays d'Amérique centrale ont servi de stimulant à la construction de ces comités.
Dans une deuxième étape, des initiatives centrales furent réalisées, comme des manifestations de rue et, surtout, le Forum de solidarité avec l'Amérique centrala paix, que centrale. gnant au Guatemala. en Amérique centrale. le, en janvier 1983 . Ce Forum fut l'occasion d'un premier rassemblement politique national du mouvement de solidarité. Il marquait aussi l'élargissement de la solidarité aux révolutions salvadorienne et guatémaltèque. Il est alors apparu nécessaire de se lier à des secteurs spécifiques de la solidarité, en particulier le mouvement syndical, les mouvements chrétiens influencés par la théologie de la libération et les communautés chrétiennes de base en Amérique latine. C'est à cette époque que l'Union syndicale suisse et l'Oeuvre d'entraide ouvrière suisse lancèrent une campagne « Une heure de salaire pour le Salvador ». Il faut toutefois noter que le mouvement syndical, s'il s'engage beaucoup plus dans la solidarité qu'à l'époque de la guerre du Vietnam, ne produit pas les mêmes efforts militants que, par exemple, les mouvements chrétiens. DES BRIGADES INTERNATIONALES ET DE LA SOLIDARITÉ CHRÉTIENNE
Les mouvements chrétiens se sont, en effet, avérés être une source de solidarité très féconde et active avec l'Amérique centrale, permettant de franchir une troisième étape dans le mouvement anti-intervention en Suisse. Un élément essentiel de ce travail a été l'organisation d'une Rende solidarité l'Amérique centrale, qui s'est tenue en janvier 1984, avec la participation d'environ mille personnes.
Cette rencontre a décidé d'envoyer des Brigades pour la paix sur la frontière nord du Nicaragua. De telles brigades ont pris exemple sur les brigades de solidarité qui, dès la fin 1983, ont connu un important développement. Ces brigades, grâce aussi à la création d'un poste de coordina-
NICARAGUA-SOLIDARITE lenstein, accompagnateurs et secrétaires de la Conférence pour l'autodétermination et la non-intervention en Améri-
Le voyage avait été décidé par la Conférence suisse pour la paix, l'autodétermination et la non-intervention en Amérique centrale, qui s'était tenue le ler décembre 1984 à Berne, capitale du pays. La délégation avait reçu l'appui financier des principaux organismes d'entraide humanitaire du pays
L'une des principales conclusions de la délégation, qui ressortait de la déclaration de presse publiée à son retour du Nicaragua, était qu'il fallait aider ce pays. Cette déclaration, que nous reproduisons ci-après, souligne également la terreur ré-
Afin de continuer son travail d'information et de solidarité, la délégation a décidé de créer une Communauté de travail suisse pour la paix, l'autodétermination et la non-intervention tion à Managua même, ont rassemblé des personnes venant de milieux très divers.
Assez rapidement, les brigades se sont diversifiées : brigades d'un mois de non-spécialistes pour des projets financés par les comités de solidarité ; brigades ouvrières composées d'ouvriers et d'ouvrières qualifiés, d'une durée de 6 à 8 mois ;
des brigades de santé, également de longue durée. Ces brigades n'ont pas d'effet public spectaculaire immédiat. Par contre, elles jouent un rôle très important dans la transmission, à la base, d'informations et de convictions concernant le Nicaragua. A terme, cela crée des effets mobilisateurs en boule de neige qui ne sont pas négligeables.
LA NAISSANCE D'UN LOBBY
ANTI-INTERVENTION
AU NIVEAU INSTITUTIONNEL
Il manquait, cependant, un maillon dans la chaîne de la solidarité : le développement d'un travail précis de pression en direction du gouvernement suisse. Pour pouvoir exercer une pression sur les positions gouvernementales, il faut certes construire un large mouvement anti-intervention. Mais il est également nécessaire de disposer d'un instrument permettant justement d'accomplir ce travail précis de pression. Cela a été l'objectif principal de la Conférence pour la paix, l'autodétermination et la non-intervention en Amérique centrale. Celle-ci a d'ailleurs annoncé dans sa déclaration de presse son intention de créer une Communauté de travail suisse pour la paix, l'autodétermination et la non-intervention en Amérique centrale.
Etienne RUBIN,
Berne, 10 mai 1985.
UD