la grève civique nationale
Interview de deux responsables syndicaux,
ES prochaines semaines vont être marquées, en Colombie, par la préparation de dical se sont déjà investis dans l'organisation de cette mobilisation populaire. Les militants du Parti socialiste révolutionnaire (PSR), section colombienne de la IVe Internationale, en sont aussi totalement partie prenante. Nous publions ci-dessous l'interview de deux dirigeants de cette organisation, membres de son comité central, et qui participent par ailleurs à la structure de direction nationale mise en place pour prépa-
Le camarade Nicolas Estrada est dirigeant du syndicat des chantiers navals de Cartagène, le CONASTIL, et président de la plus importante fédération syndicale de sa province, l'Union des travailleurs de Bolivar (UTRABOL), qui fait partie de la principa-
Daniel Libreros est, quant à lui, dirigeant du syndicat national des fonctionnaires, la FENALTRASE, et membre de la Commission pro-centrale unitaire, qui est un organisme mis en place pour débattre des conditions de la création d'une future centrale d'ores et déjà retirées des Commissions du dialogue, tout en admettant le fait qu'elles restent ouvertes aux discussions sur les « formules institutionnelles ». Fayad, dirigeant du M-19, a annoncé dès le 25 mars que la trêve était rompue, malgré le fait que son mouvement se maintienne dans les structures de négociation. D'un côté comme de l'autre, on fait le compte des fusils.
Aussi, la préparation de la grève civique nationale concentre toutes les évolutions politiques et sociales. Elle peut permettre l'augmentation de l'expression du mécontentement populaire et l'organisation de la lutte ouvrière à un niveau supérieur, favorisant l'amélioration du rapport de forces des secteurs combatifs contre les bureaucraties de droite. Cette situation clarifie la politique du régime aux yeux des masses et restreint les marges de manœuvre démagogiques de Betancour. Elle permet que s'opèrent des progrès vers l'unité d'action des organisations de guérilla et du mouvement syndical. Elle définit aussi avec plus de rigueur les projets politiques distincts de chaque courant qui se précisent dans le camp des forces de la guérilla tout comme au sein de la gauche.
Pour les socialistes révolutionnaires, la préparation de la grève civique nationale constitue un axe central d'intervention. La participation à cet effort de mobilisation est la forme la plus concrète d'intervention dans une telle situation politique où les révolutionnaires ne peuvent en aucun cas servir de couverture aux manœuvres démagogiques du gouvernement Betancour, dont la volonté d'obtenir la trêve avec la guérilla et de mettre en place des réformes démocratiques s'est surtout concrétisée par les plans d'austérité et par une répression croissante. d'une telle compromission, l'organisation indépendante du mouvement ouvrier dans le combat pour ses revendications économiques et sociales, affrontant de plein fouet le gouvernement de Betancour, est la condition sine qua non pour s'opposer à la militarisation et à la politique droitière du régime, et préparer une alternative populaire. C'est dans le cadre de cette orientation a doit se définir une politique révolutionnaire.
La grève civique nationale conjuguera, à travers l'action de masse, les luttes démocratiques, qui sont le premier emblème de la mobilisation, et des revendications sociales diverses, dont celles du mouvement ouvrier qui se trouveront à l'avant-garde.
Le succès de cette initiative permettrait de transformer le rapport des forces entre les classes dans le pays. Elle permettrait aussi de replacer les initiatives populaires au devant de la scène politique, au moment où le contexte international fait de la Colombie une région clef pour l'avancée des projets bellicistes de Ronald Reagan en Amérique centrale ou, au contraire, pour la survie et l'extension de cette révolution centro-américaine menacée.
Jorge BUARQUE, Bogota, 20 avril 1985.
membres du PSR rer la grève civique. le centrale syndicale du pays, l'Union des travailleurs colombiens (UTC). syndicale unitaire des travailleurs.
« INPRECOR » : - Quelle est, dans ses grandes lignes, la situation politique actuelle et comment vient s'y intégrer la discussion préparatoire à la troisième grève civique nationale ?
Daniel LIBREROS : — Le fait le plus marquant est que la situation économique et sociale s'est énormément détériorée. Cela est dû à la mise en place par le gouvernement du Parti conservateur de Belisario Betancour d'un plan d'austérité instaurant le blocage des salaires, organisant des attaques contre le service public et imposant l'augmentation des impôts. Le taux d'augmentation des salaires ne peut ainsi dépasser les 10 %. Tous ces facteurs se conjuguent avec les dernières exigences du Fonds monétaire international (FMI), qui réclame encore plus d'austérité. Pour y répondre, le gouvernement présente un ensemble de mesures législatives au Parlement, qui institutionnalisent les attaques contre le mouvement populaire, limitent les droits des négociations collectives et renforcent les mesures contre les droits des travailleurs.
C'est dans cette situation qu'a eu lieu la discussion des accords de trêve et de Les gavroches de Bogota. (DR)
Vers
dialogue que le gouvernement a signés avec le mouvement de guérilla, il y a de cela un an. On connaît actuellement une offensive généralisée contre ces accords. La trêve est systématiquement violée, certains des amnistiés se retrouvent aujourd'hui à nouveau emprisonnés, des dirigeants guérilleros ont été torturés et assassinés dans les zones rurales, et le gouvernement a annoncé que les bandes paramilitaires ne seront pas poursuivies. Finalement, ces accords ne se sont nullement concrétisés sous la forme de réformes politiques.
La mobilisation pour la grève civique nationale représente la meilleure manière d'affronter cette situation. Cette grève peut être un extraordinaire mécanisme de lutte pour en finir avec le plan d'austérité, éduquer le mouvement de masse et créer un meilleur rapport de forces en sa faveur.
- L'élection du président Betancour marque un changement par rapport au précédent gouvernement de Cesar Turbay Ayala, quant aux relations avec la guérilla. Comment se développe ce processus et comment en est-on arrivé aux Accords de paix de 1984 ?
D. L. : Le mouvement guérillero, mais aussi tout le mouvement populaire dans son ensemble, ont subi de dures attaques durant la période du gouvernement Turbay, de 1978 à 1982. Le pouvoir exécutif avait imposé un Statut de sécurité pour contrer la guérilla, mais aussi pour s'attaquer aux droits des travailleurs, en restreignant de manière drastique le droit de grève.
La menace que représentait la guérilla rurale et urbaine était utilisée par le pouvoir pour justifier tout acte de répression : arrestations massives, tortures systématiques, enlèvements, militarisation des campagnes. Un fait important à noter, c'est que pendant toute cette période, la guérilla a rencontré un écho de plus
Belisario Betancour. (DR) en plus grand au sein de l'opinion publique, surtout à partir du moment où le Mouvement du 19 avril (M-19) a organisé l'occupation de l'ambassade dominicaine à Bogota et qu'il a pris en otage 12 ambassadeurs, en février 1980. De plus, peu après, un important vol d'armes a démontré ses capacités opérationnelles. L'opinion publique a commencé à voir dans ces actions une réponse aux agressions du régime. Durant toute cette période, la guérilla paysanne a par ailleurs conservé ses positions.
C'est à ce moment précis qu'app it un fort mouvement démocratiqu dans les villes. Quelles sont ses caractéristiques ?
D. L. : En effet, durant les deux dernières années du gouvernement de Turbay Ayala naît un fort mouvement démocratique, qui milite pour les droits de l'homme, contre les tortures et la militarisation du pays. C'est ce qu'on a appelé les forums pour les droits de l'homme, sorte de front démocratique comprenant certaines personnalités des deux grands partis bourgeois qui dominent la vie politique et les institutions, le Parti libéral et le Parti conservateur. Les forces de la classe ouvrière ont eu une présence très importante dans ce mouvement, surtout lors de la première réunion. Cependant, vu la composition de la direction du mouvement impulsée par le Parti communiste colombien (PCC), les représentants syndicaux et ouvriers ont été relégués au second plan au profit de personnalités bourgeoises.
Toute la campagne électorale présidentielle de 1982 a été dominée par le thème de la paix et toutes les candidatures ont intégré dans leur programme le thème des négociations avec la guérilla. Aussi bien le candidat officiel du Parti libéral, l'ex-président Alfonso Lopez Michelsen que le candidat conservateur, Belisario Betancour, ont fait des promesses de rétablissement de la paix.
Betancour, enfin parvenu au pouvoir lors des élections de mai 1982, proclama amnistie un mois plus tard. Cette décision reflétait bien la pression exercée par la mobilisation pour les droits de l'homme, ainsi que par l'action de la guérilla qui n'avait pas été vaincue. Mais, avant tout, Betancour comprit qu'attaquer militairement la guérilla serait finalement revenu à renforcer encore son crédit aux yeux de l'opinion publique. Aussi tenta-t-il de lui retirer le profit de toute initiative politique. Il s'agissait de mettre en œuvre une grande opération pour désarmer politiquement la guérilla et mettre en avant le nouveau gouvernement, qui apparaître comme l'initiateur de la campagne pour les droits de l'homme. C'est pour cela que Betancour mit sur pied une Commission de paix regroupant toutes les personnalités qui avaient participé aux forums, en y incluant des représentants de la gauche et des secteurs des deux principaux partis. C'est cette commission qui servit d'intermédiaire dans les négociations de trêve avec la guérilla. La majorité des prisonniers politiques seront alors libérés et on nota une diminution de
Au début, la guérilla, surtout le M-19, a réagi de manière confuse à cette offensive politique du pouvoir. Alors que Betancour, lui, en profite pour reprendre à son compte certaines des revendications que la guérilla avait avancées sous le régime de Turbay : la lutte contre l'état de siège, la libération de tous les prisonniers politiques, la défense des droits de l'homme, la lutte contre les tortures.
Mise à part l'hésitation de la guérilla sur la tactique - celle-ci ne considère pas alors comme un axe central la nécessité de lutter pour la dissolution des bandes existe également un stratégique plus vaste. Celui-ci a trait aux conséquences du reflux des luttes paysannes depuis les années 1970, et surtout aux conséquences du ment accéléré d'urbanisation. 70% de la population vit en effet actuellement dans
Ice qui représente un poids considérable dans la nature des conflits sociaux et politiques de ces dernières
C'est dans ces conditions que la guérilla accepte de négocier avec le gouver-
-La négociation se fait en deux étapes. En premier lieu, les Forces armées révolutionnaires colombiennes (FARC), liées au PCC, signent un accord sur la base de la promesse gouvernementale de présenter au Parlement un ensemble de propositions concernant la réforme agraire, des mesures sociales et des réformes politiques qui devraient remédier à la situation de contrôle hégémonique des deux grands partis bourgeois se traduisant par le bipartisme dans l'appareil d'Etat. Il était également prévu une révision des modalités des
Au début, le M-19 avait étudié la possibilité d'un accord commun avec les FARC face au gouvernement, mais peu de temps après, le M-19 se retira de ce processus unitaire et engagea, deux mois plus tard, des négociations pour son propre compte avec le gouvernement. Un accord fut finalement trouvé aussi avec cette organisation. Jaime Bateman, dirigeant du M-19 décédé quelque temps après dans un accident d'avion, donnera le nom de Dialogue national à ce processus d'ensemble, comprenant la mise en place d'une commission consultative où se trouvaient des représentants ouvriers, des patrons et des émissaires de l'Etat. Cette commission sera chargée d'émettre des propositions dans le cadre de la négociation. Toutefois, ces propositions devaient ensuite être re•censées par le gouvernement, qui devait les présenter au Parlement.
Il s'est agi, en fin de compte, d'une grande opération démagogique du gouvernement, dont la véritable volonté était de ne pas appliquer ces réformes démocratiques. Betancour prétend done conserver un langage réformiste sans effectuer de véritables réformes, et institutionnaliser ainsi l'offensive économique et politique contre le mouvement de masse.
— Quels espoirs cela a-t-il créé au sein du mouvement syndical ?
Nicolas ESTRADA : Dès lors que l'on parle de dialogue et de paix, cela rencontre un important écho au sein mouvement de masse. Le résultat le plus évident de cette situation est un accroissement rapide, à l'intérieur du mouvement syndical, des courants favorables à la guérilla. Ces courants sont actuellement majoritaires parmi les forces de gauche, comme cela s'est vu au cours des rencontres ouvrières, paysannes et syndicales des 16 et 17 mars derniers à Salitre. Il est actuellement évident que la guérilla ne représente pas seulement des appareils militaires, mais dispose également d'une influence importante au sein même du mouvement de masse.
- Quelles sont les conclusions de cette rencontre, dont tu viens de parler, et comment s'enclenche la préparation de la grève civique nationale, dont l'organisation est prévue, pour l'instant, pour le premier semestre de 1985.
N.E.: Il y avait, lors de cette rencontre nationale, plus de 7 000 dirigeants et militants syndicaux. Elle s'est déroulée à la suite d'une série de réunions régionales dans lesquelles ont été débattues à la fois des questions relatives aux conflits locaux et à la perspective d'une grève civique nationale. Il s'agit en fait, à travers ces diverses initiatives, de parvenir à unifier les efforts et les réponses de tous les secteurs sociaux contre les offensives du gouvernement Betancour. C'est pourquoi nous avons discuté de la manière 'd'articuler entre elles les revendications économiques et politiques, tout en considérant que l'axe central de la mobilisation devait être celui de la lutte politique. C'est ainsi que commence à s'organiser en Colombie un mouvement de luttes politiques, dans lequel les ouvriers vont occuper une place prépondérante.
Pour bon nombre de militants, les
luttes et les réformes démocratiques doivent se concrétiser dans des objectifs de réformes sur les questions agraires, politiques, salariales et d'urbanisme, qui permettent aux partis politiques de s'exprimer en dehors du cadre du bipartisme. Ces réformes doivent permettre un important débat sur la situation du pays.
- Cependant, à la rencontre de mars dernier, ce sont essentiellement des courants de gauche qui étaient présents. Une grande partie du mouvement syndical s'en est tenue à l'écart. Dans cette situation, comment voyez-vous les moyens de garantir la réussite de la grève civique na-
N.E. : En effet, il est sûr que lors de la rencontre de mars dernier, 99 % des délégués étaient influencés par les courants de gauche. Cela limitait évidemment la représentativité de cette réunion. Les trois centrales syndicales contrôlées par la bureaucratie de droite - l'Union des travailleurs colombiens (UTC), la Confédération générale des travailleurs (CGT) et la Condes travailleurs colombiens (CTC) - n'y ont pas participé, et seulement quelques fédérations étaient repré-
Toutefois, des tâches bien précises de mobilisation ont été définies lors de cette réunion, et nous avons déjà connaissance de certains résultats. Par exemple, ma fédération, l'Union des travailleurs de Bolivar (UTRABOL), qui fait partie de l'UTC, a proposé de mettre à l'ordre du jour du comité national de l'UTC le soutien de cette centrale à la grève civique nationale, et ce soutien a été ap-
L'UTC est la centrale qui dispose de la plus grande influence dans le secteur industriel. Il est clair que la position de la direction de l'UTC en soutien à la grève civique nationale correspond à sa volonté de maintenir son influence bureaucratique. Mais, néanmoins, cela indique aussi une certaine pression de la base. Le Front syndical démocratique, qui est une alliance au sommet des directions de l'UTC, de la CTC et de la CGT, réalisée dans le but de freiner le processus d'unification syndicale en cours, va également devoir débattre de l'appel à la grève civique nationale. Je pense qu'il sera donc tout à fait possible de réaliser cette grève civique nationale cette année.
- Un des thèmes discutés à la rencontre de Salitre a été l'analyse des précédentes grèves civiques nationales, celles de 1977 et de 1981. Quelles leçons ont été tirées de ces précédentes initiatives ?
N. E. : Ces deux expériences sont très importantes, mais aussi très différentes l'une de l'autre. La grève de 1977 a représenté un mouvement d'intensification des luttes populaires, auquel ont participé une grande partie des secteurs syndicaux. Par contre, en 1981, on se trouvait dans une situation où le mouvement ouvrier et populaire était sur la défensive. Toutes les composantes du mouvement syndical n'y ont pas participé et la bureaucratie de droite s'est retirée à la dernère minute de la participation à cette action.
Actuellement, en 1985, il n'existe pas une situation de montée généralisée du mouvement de masse, mais il existe néanmoins déjà une réactivation des mobilisations populaires et paysannes. Les luttes syndicales commencent à apparaître au travers de conflits comme celui d'Ecopetrol, des ports et d'autres entreprises importantes. D'un autre côté, la crise économique et sociale crée des conditions favorables pour l'organisation du mécontentement populaire à travers la grève civique nationale.
Les éléments décisifs pour obliger le Front syndical démocratique à participer seront l'importance des pressions provenant de la base syndicale et des comités de préparation de la grève, dans les syndicats et les quartiers. Cela devra limiter les capacités de manœuvre de la bureaucratie
- Une des caractéristiques de l'évolution du mouvement syndical est la lutte pour la création d'une centrale unique. Ce processus est cependant partiellement gedepuis le mois de décembre dernier. Comment la grève civique nationale pourrait-elle avoir une influence pour débloquer positivement la situation syndicale en ce domaine ?
N.E. : Le processus d'unification syndicale a débuté fin 1983 et se poursuit actuellement. Cependant, il y a une grave incohérence : jusqu'à aujourd'hui, la discussion est restée limitée aux seuls dirigeants et militants actifs des syndicats, sans aucune participation de la base syn dicale elle-même. Les trois centrales, dirigées par la bureaucratie de droite, ont saboté ce processus d'unification syndicale. dants, ce sont les organisations politiques de gauche qui ont eu la plus grande influence. Au niveau régional, on est parvenu à certaines concrétisations de cette ba-
Men forçant les organisations syndicales à une prise de position claire en faveur de la constitution d'une centrale unitaire. Dans la province de Santander, par exemple, il s'est constitué une fédération unique des quatre grandes centrales et du courant syndical indépendant. C'est une expérience très importante, parce que c'est le premier endroit où a été rompu le plafond des 10% maximum de hausses des salaires institué par le régime. Il a ainsi été concrètement démontré que l'unité était essentielle pour l'efficacité même de la lutte syndicale.
Ce processus a énormément influencé la province de Bolivar, où se trouve mon syndicat, l'UTRABOL. Il regroupe 5 000 travailleurs et 32 syndicats, dont 12 syndicats ruraux. Il y a à peu près cinq mois de cela, les positions « lutte des classes » ont obtenu la majorité au congrès de cette fédération régionale et j'en ai alors été élu président. Cette victoire nous a permis d'avancer dans la coordination des luttes et dans la création d'une commission pré paratoire à la grève civique nationale. Les syndicats de la CSTC liée au PCC, ont présenté une demande d'affiliation à notre fédération, ce qui constitue un grand renforcement et une plus grande capacité d'attraction sur des secteurs syndicaux indépendants, comme par exemple les secteurs influencés par le Parti communiste marxiste léniniste (PCML).
La prochaine fédération unique pays sera donc l'Union des travailleurs de Bolivar. Et nous nous rapprocherons ainsi de plus en plus de la construction d'une centrale unitaire au niveau national.
D. L. : La préparation de la grève civique nationale nous permet en effet de débattre aussi du processus d'unification à partir de la base, avec la participation que nous connaissons dans la commission pro-centrale unitaire provient du caractère restreint de ses débats. En profitant de la nouvelle conjoncture créée par la préparation de la grève civique nationale, la commission pro-centrale unitaire va organiser, en août prochain, une conférence sur l'unité syndicale. Tous les secteurs syndicaux y seront invités, et on y avancera le projet d'un congrès de fondation de la centrale unitaire des travailleurs, pour 1986.
- Face à cette conjoncture dominée par la grève civique nationale, comment évoluent les organisations de la guérilla ?
D. L. : On assiste à une évolution très positive, celle de la transformation des groupes guérilleros en mouvements politiques. L'Armée populaire de libération (EPL), bras armé du PCML, existe actuellement dans les principaux centres urbains. Cette organisation dispose de locaux, d'un hebdomadaire et d'une revue mensuelle. Le M-19 organise de grandes manifestations autorisées, comme qui a réuni environ 20 000 personnes à Bogota, le 15 mars dernier. Les FARC se sont transformés en mouvement politique, l'Union patriotique, avec un programme de réformes démocratiques.
C'est une évolution positive, étant donné qu'il y a un renforcement du rôle de la guérilla dans la conjoncture actuelle Mais, de par les conditions objectives de la lutte des classes, l'objectif du régime est d'accentuer les plans d'austérité, d'institutionnaliser les mesures réactionnaires en maintenant les bandes paramilitaires contre la lutte paysanne. C'est cette situation, précisément, qui conduit à l'autodépaysanne. L'impasse brève échéance dans les négociations avec la guérilla, combinée avec le développement de la lutte populaire, peut conduire à une nouvelle situation dans le pays.
C'est cela qui justifie que l'axe central de l'intervention du Parti socialiste révolutionnaire (PSR), section colombienne de la IVe Internationale, soit la préparation de la grève civique nationale, en tant que grande grève de masse, active et efficace, impulsant le processus d'unification syndicale.
Propos recueillis par Jorge BUARQUE,
Bogota, 20 avril 1985.