sens de leurs intérêts, notamment en cas ration à la base, dans les tribus rurales.
NOUVELLE-CALEDONIE
Les enjeux du congrès du FLNKS
Les 25 et 26 mai doit se tenir à Hienghène, dans le nord de l'île, le congrès du Front de libération nationale kanake et socialiste (FLNKS), qui devra prendre position sur le statut du territoire proposé par le gouvernement français. connu sous l'appellation de plan Fabius, du nom du Premier ministre qui en a défini les grandes lignes à la fin du mois d'avril, représente un recul défavorable aux indépendantistes par rapport aux par Edgard Pisani, l'envoyé du gouvernement Mitterrand en Nouvelle-Calédonie.
Le plan Fabius, qui doit être adopté par le gouvernement français à la fin du mois de mai, n'offre en effet aucune garantie aux Kanaks sur l'évolution du statut de la Nouvelle-Calédonie dans le de retournement de la majorité parlementaire actuelle lors des élections législatives
1986. Par ailleurs, se fondant toujours sur la volonté de rétablir l'ordre colonial en préalable à tout dialogue avec les indépendantistes kanaks, ce prévoit la militarisation du territoire, avec l'agrandissement de la base militaire de Nouméa et le maintien, voire même le renforcement, troupes coloniales.
comptent actuellement 6 300 hommes pour une population kanake de 63 000 habitants, soit un rapport de 1 à 10 ! La date du référendum d'autodétermination proposée par le plan Fabius est repoussée après les législatives françaises et devra se tenir, au plus tard, avant la fin de l'année 1987. allant dans le sens des revendications kanakes de réserver le droit à l'autodétermination au seul peuple opprimé, n'a été avancée. La Fabius consiste à diviser le territoire en quatre régions, qui seront fédérées en un congrès au sein duquel les représentants de la réaction coloniale devraient être assurés d'avoir la majorité. Toutefois, les Kanaks pourraient obtenir la gestion de deux régions, celle du Nord et celle des tandis que la constituerait un enjeu fondamental de ces devraient se dérouler au mois d'août prochain.
L'objectif du gouvernement français couche de dirigeants kanaks à s'émanciper de leur base sociale et d'une partie de la revendication indépendantiste kanake, en les intégrant à la gestion d'institutions coloniales décentralisées dans les régions. Ainsi, le pouvoir colonial espère diviser le camp du peuple kanak en y introduisant, à terme, des différenciations sociales et politiques et en cassant, dans l'immédiat, la mobilisation populaire indépendantiste. Ce processus de régionalisation des institutions coloniales est donc objectivement destiné à constituer un élément essentiel du projet néo-colonial du gouvernement reculade du gouvernement français par rapport au plan Pisani, tout comme ses nouvelles propositions, se fondent sur le nouveau rapport de forces créé par l'intervention des troupes coloniales contre le peuple kanak ces derniers mois. Le pouvoir colonial a en effet réussi à ré cupérer l'essentiel du terrain qu'il avait dû concéder sous la pression du boycott élec-
Men novembre 1984 par le FLNKS. Paris n'en tient pas pour autant totalement la situation en main. tions kanakes reste très puissante et proenracinée dans la radicalisation due à la prise de conscience nationaliste de tout un peuple et dans la structudes comités de lutte du FLNKS. Néandes problèmes objectifs limitent l'expression et la centralisation de cette mobilisation. Ils ont trait à des difficultés de coordination, aux rapports de forces militaires sur le terrain, et à des difficultés diverses liées au caractère essentiellement rural de la population et à l'éparpillement de ses formes d'habitat. D'autres problè mes sont plus directement liés aux faiblesses propres du FLNKS. Ils relèvent notamment de l'absence d'un appareil central de propagande (presse, radio), du flou du projet politique général de l'indépendance kanake et socialiste, des limites de l'appareil mis en place pour l'autodéfense, et des difficultés de mobilisation à Nouméa, où les Kanaks sont très largement minoritaires du fait de la concentration dans cette ville de l'essentiel de la population européenne.
Le congrès du FLNKS va par ailleurs se tenir à un moment où, au travers des émeutes racistes du 8 mai dernier, la réaction coloniale a nettement montré sa volonté de vider Nouméa de toute présence kanake, inscrivant ainsi l'apartheid calédonien encore plus durablement dans les faits, en perspective des élections régionales qui devraient donner au Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR) la majorité dans la région de
L'enjeu du congrès du FLNKS est ainsi fixé. Il devra à la fois déterminer une position face au plan Fabius tout en maintenant l'unité du mouvement. Mais il aussi qu'il se donne les moyens d'avancer dans la structuration et la centralisation des comités de lutte, dans la réflexion du FLNKS sur les questions stratégiques et tactiques qui sont au centre de la lutte indépendantiste (question de l'autodéfense, de la mobilisation de la population kanake, notamment à Nouméa).
Tout porte à croire que les mois qui viennent seront marqués par d'importants affrontements. Les émeutes racistes du 8 mai dernier sont une preuve du fait que la droite coloniale, largement majoritaire dans la population européenne, est prête à tout pour maintenir intacts ses privilè ges. Le mouvement indépendantiste kanak se devra donc, face à cela, de définir dans les faits une véritable stratégie d'occupation du terrain à l'échelle nationale.m