développe dans la jeunesse et dans un et un emploi stable et durable, et cette
FRANCE
A lutte contre le racisme est l'un des plus importants éléments de mobilisation de la jeunesse depuis environ
• deux ans. Cette question polarise de plus en plus le débat politique. Violences racistes, en général exercées contre de jeunes Maghrébins sous prétexte qu'ils font trop de bruit dans leurs cités ou au café, manifestations souvent très importantes en réponse à ces agressions, voilà un tableau aujourd'hui assez quotidien.
La caractéristique principale de ce phénomène, c'est qu'il touche prioritairement et massivement la jeunesse. Il est courant de voir, par exemple, les cortèges de manifestations antira-
Gilles ROBIN
Qu'est-ce qui a poussé une partie de la presse à rompre avec l'image d'une jeunesse passive et amorphe ? Pour répondre à cette interrogation, il suffit de se rendre dans certains lycées et de rencontrer des jeunes portant le badge « Touche pas à mon pote », en forme de main, et de discuter avec eux. Non seulement ils s'affichent comme antiracistes, mais ils sont aussi prêts à passer à l'action. Ainsi, quelques jours après un assassinat raciste commis à Menton, des rassemblements se sont organisés dans beaucoup de lycées, pour une minute de silence, pour débattre sur le racisme, et même parfois pour aller manifester dans la rue « pour plus qu'on
« TOUCHE PAS A MON POTE »
Ce badge n'est-il qu'une simple mode ou reflète-t-il un phénomène plus profond dans la jeunesse ? Il serait totalement insuffisant d'expliquer le succès de ce symbole antiraciste par le seul fait que quelques personnalités du show-business et de l'intelligentsia l'ont porté.
En premier lieu, parce que les mobilisations antiracistes n'ont pas commencé avec SOS-racisme. Auparavant, il y a eu deux marches nationales contre le racisme, en décembre 1983 et en décembre
1984, qui ont apporté un premier démenti formel aux théoriciens de la bof-génération. La première marche, c'est Toumi
Djaidja, animateur de SOS-Minguettes, qui en avait eu l'idée, alors qu'il était hospitalisé après avoir reçu du plomb dans le ventre par des policiers lyonnais, et ce sont les jeunes de la cité des Minguettes de la banlieue lyonnaise et le père Delorme qui l'ont organisée. La deuxième marche, c'est « Convergence 84 » qui l'a organisée, avec le slogan suivant : « La France, c'est comme une mobylette, pour qu'elle avance il lui faut du mélange ». Pour préparer l'arrivée à Paris, le ler décembre, des mobylettes avaient sillonné tout le
Cela fait donc à peu près deux ans qu'une mobilisation contre le racisme se
"Touche pas à mon pote"
décembre 1984. contexte général où un certain nombre de facteurs contribuent à systématiser et à banaliser la haine raciale. La question du racisme polarise de plus en plus la vie politique française. Un certain nombre de députés réclament un débat sur l'immigration à l'Assemblée nationale. Dans une situation où le Front national devient une force qui pèse sur l'échiquier politique, la structuration d'un mouvement national contre le racisme et le fascisme constitue
La multiplication des discours et des violences racistes renvoie bien évidemment à la crise économique. Ses effets durables, profonds ont provoqué un malaise et un désarroi dans l'ensemble des couches populaires. Les perspectives sont peu encourageantes pour des secteurs importants de la jeunesse, scolarisée ou non te de la crise c'est, pour la plupart des jeunes, d'abord l'impossibilité de mener à bien, voire même simplement de concevoir un avenir professionnel à long terme. Nombre de formations ne permettent pas aujourd'hui ce genre contraignent les jeunes soit à se recycler à court terme, soit à se contenter de petits travaux. Quant aux Travaux d'utilité collective (TUC) proposés par le gouvernement, qui employent les jeunes pour un salaire dérisoire dans des activités sans grand intérêt, ils formalisent une situation de précarité de l'emploi qui existe déjà.
Les projets du patronat et de la bourgeoisie consistent justement à développer les emplois précaires, et tous les discours sur la flexibilité de l'emploi cherchent à faire passer cette dernière notion comme devant procurer une amélioration du
June extension du temps libre. Cette politique tend, au contraire, à créer une force de travail auxiliaire, dont les cobayes sont les jeunes et les femmes, un système de rotation rapide de main-d'œuvre permettant d'institutionnaliser le travail précaire. Cette situation se traduit par une division accentuée de la jeunesse, aggravée encore par les contradictions sociales qui existent entre une minorité de jeunes ayant pu obtenir une formation cistes précédées par des rangées entières de très jeunes collégiens. La volonté de faire quelque chose contre le Front national de Le Pen et les racistes est largement répandue dans les lycées et les collèges, endroits où les jeunes scolarisés passent les trois quarts de leur temps. Cette mobilisation est loin d'être superficielle. Elle occupe d'ailleurs une place importante dans les médias. Parlant des jeunes, le quotidien Libération titrait, en mars dernier, « De la bof génération à la pote génération », en référence au badge « Touche pas à mon pote » lancé par l'association SOS-racisme lors de la marche contre le racisme de force de travail auxiliaire.
Cet état d'éclatement de la jeunesse constitue donc un terrain favorable au développement de discours démagogiques et simplificateurs. Le désespoir face à un avenir professionnel bouché et face à l'absence de solutions à court terme peut nourrir des propos mettant la responsabilité du chômage sur le dos des immigrés. C'est ainsi que les slogans
Front national, comme « Deux millions de chômeurs — deux millions d'immigrés en trop », relayés par d'autres formations politiques bourgeoises sur un ton un peu plus modéré, ouvrent la voie à la violence raciste. Ces propos constituent un encouragement, si ce n'est une légitimation de cette violence. Même si elle n'a pas toujours pour effet de conduire ses partisans systématique, l'équation raciste de Le Pen entre chômage et immigration fait aussi beaucoup dans la jeunesse, contexte d'accentuation des divisions sod'absence de perspectives professionnelles et de vide politique qui résul-
Aux yeux des jeunes générations, l'échiquier politique traditionnel apparaît pour ce qu'il est dans une large mesure :
fossilisé, usé et sans attrait. Le faible attrait des organisations politiques dans la jeunesse témoigne de ce vide. Les partis politiques réformistes, qui sont incapables de proposer des solutions crédibles à la crise, ne peuvent que très difficilement gagner des jeunes. Le mouvement ouvrier, avec ses organisations traditionnelles, n'apparaît plus comme une référence pour la lutte. Les années 1970 sont loin, et cela se traduit par un faible taux de syndicalisation des jeunes et peu d'adhésions aux partis politiques.
Quel est le danger réel d'un développement de l'extrême-droite parmi les jeunes, alors que le mouvement ouvrier organisé n'offre aucun attrait pour la jeunesse et
1. Sur la radicalisation de la jeunesse immigrée, cf. Inprecor numéro 176 du 25 juin 1984.
2. Sur le Front national, se reporter à Inprecor numéro 193 du ler avril 1985.
ne peut donc représenter une référence pour la lutte, et que la classe politique bourgeoise, avec vingt ans de pouvoir politique derrière elle, a quelque difficulté à s'unifier sur un projet commun crédible ? Jusqu'à présent, les succès électoraux de Le Pen ne se traduisent pas par des apparitions régulières du Front *national à la sortie des lycées ou dans les halls d'université, alors que c'est le cas sur les mar-
Même si, pour l'immédiat, le danger principal ne réside pas dans une gigantesque vague d'adhésions de jeunes au Front national, cette formation est néanmoins capable de récupérer l'exaspération de jeunes qui rejettent la politique des formations traditionnelles mais qui veulent, par exemple, se battre sur tel ou tel problème relatif à leurs conditions de travail ou d'étude. On a pu le constater lors des énormes mobilisations de la droite contre la loi Savary (précédent ministre socialiste de l'Education, qui proposait le vote d'une loi touchant très légèrement aux intérêts de l'école catholique), durant lesquelles des militants d'extrême-droite ont tenté d'organiser le débordement de ce mouvement. En de certaines occasions, l'extrême droite démagogique sait utiliser le potentiel de révolte de certains jeunes contre les institutions, contre les lois et l'Etat, et n'hésite pas à leur proposer d'aller en découdre avec la police, comme lors d'affrontements intervenus en mai
Cela dit, ce phénomène est resté jusqu'à présent minoritaire. Mais le milieu universitaire se caractérise aujourd'hui par une méfiance envers les idées marxistes, à la différence d'il y a quelques années, attitude qui peut déboucher sur des discours anticommunistes, assez fréquents exemple. S'en prendre aux « policitiens », à ceux qui veulent « récupérer », « manipuler » les gens, est un discours qui recueille toujours un certain succès. Front national a aussi compris la nécessité de créer un cadre associatif pour se constituer une base électorale et sociale, notamment sur la question du chômage, en créant un comité de chômeurs à Roubaix, ou en s'assurant une influence réelle dans des régions à très fort taux de chômage, comme c'est le cas à Perpignan, où le Front national a obtenu ses plus gros scores dans des élections partielles. Cette manière d'agir est efficace surtout sur un terrain laissé libre par l'immobilisme des organisations syndicales, notamment aux moments les plus forts de leur solidarité avec la politique du gouvernement Mitterrand, avant le départ du Parti communiste français (PCF) du gouvernement, l'été dernier. Le danger d'un développement possible de l'extrême droite dans la jeunesse se trouve là : dans l'organisation d'un cadre associatif (lieux de vie, comités de chômeurs, etc.) qui donnerait très vite un poids social significatif à la démagogie du Front national et aux discours de Le Pen. Ce sont donc les secteurs de la jeunesse les plus directement con frontés aux affres du chômage qui seraient susceptibles de se tourner vers cette formation, si celle-ci avait l'espace politique et les moyens de systématiser l'expérience de Roubaix.
Enfin, le développement de l'audience de Le Pen a pour conséquence l'éclosion de nouvelles sources d'espoir pour de petites formations d'extrême droite qui tentent de profiter de l'audience du Front national.
nationaliste révolutionnaire (MNR) a organisé un meeting à Paris, qui attira 600 personnes relativement jeunes, et il mène campagne contre le commu-
Par ailleurs, les militants locaux du Front national sont souvent moins soucieux de préserver une image « respectable », électorale de leur parti, que de mettre tout de suite en pratique les idéaux qui inspirent leur programme, c'est-à-dire la violence contre le mouvement ouvrier et ses organisations. La Ligue communiste révolutionnaire (section française de la IVe Internationale) et les Jeunesses communistes révolutionnaires (JCR) ont déjà été la cible de telles actions : interdiction physique de réunions sur la Kanaky à l'université de Nantes, menaces contre des camarades de la LCR à Quimper, militants du Front national qui s'infiltrent dans un meeting tenu par Alain Krivine à Caen, avec en poche des grenades artisanales. D'autres organisations ont également été menacées, car cette logique est inhérente au développement d'une organi-
Parce qu'il existe déjà une sensibilisation antiraciste dans la jeunesse, l'extrême droite, si elle voulait s'imposer sur ce terrain, aurait affaire à des ripostes sans doute massives contre ses discours et ses campagnes racistes. Beaucoup d'exemples sont là pour illustrer ce potentiel de riposte qui existe déjà. Dans chaque ville où le dirigeant du Front national est allé tenir un meeting, des mobilisations de protestation ont été organisées, et cette situation existe depuis les élections municipales de 1983. On aurait pu s'attendre, lors des élections cantonales de 1985, à un essoufflement de la mobilisation dans les villes où Le Pen était déjà venu. En fait, c'est le contraire qui s'est produit, si bien que l'ensemble des manifestations qui ont eu lieu à cette occasion contre les meetings de Le Pen ont regroupé plus de manifestants que les participants à ces mee-
Ainsi, par exemple, le 13 février dernier à Belfort, 600 personnes ont défilé à l'appel du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP), de la CGT, du PC et de la LCR. De plus, dans cette même ville, 1 400 personnes ont assisté à un meeting auquel participait notamment Roger Hanin, réalisateur et acteur du film Train d'enfer relatant le meurtre d'un jeune algérien par des légionnaires dans un train, l'an passé. Apt, un millier de personnes ont manifesté contre un meeting n'ayant rassemblé que 150 personnes; à Quimper, il y eût 250 personnes pour conspuer le service d'ordre du Front national ; au Mans, un millier de manifestants ont répondu à l'appel des JCR, de la LCR, des organisations de travailleurs arabes de la ville, des étudiants sénégalais, etc. ; à Pontoise, ce sont 400 personnes qui ont défilé avec les JCR, la LCR et une dizaine d'associations de jeunes issus de l'immigration. Il y a bien d'autres exemples tout aussi significatifs pour montrer qu'il existe un important potentiel de radicalisation antifas-
La composition de ces manifestations est en général très jeune, nombre de lycéens venant par exemple en groupe sur la des tracts diffusés dans leurs lycées. Et c'est aussi à ce genre de faits que l'on peut mesurer l'écho d'une campagne. En effet, tout tract antifasciste ou antiraciste diffusé à la porte d'un établissement scolaire, loin d'être ignoré comme c'est souvent le cas sur d'autres sujets, est lu et suscite tout de suite des réactions et un écho certain.
RENOUVEAU POLITIQUE
DANS LA JEUNESSE Cette situation a produit un début de renouveau politique dans la jeunesse et a amené à une prise de conscience progressive chez nombre de jeunes sur la nécessité de lutter contre l'extrême droite. On peut se demander alors ce qui fait la force de cette mobilisation, qui constitue une véritable lame de fond dans la jeunesse, et qui pourrait bien se prolonger au-delà des élections parlementaires de 1986.
La mobilisation contre le racisme, qui a commencé à prendre une ampleur au niveau national en 1983, n'est pas le fait d'organisations politiques, syndicales, ni même d'organisations antiracistes traditionnelles comme le MRAP ou la Fédération des associations des travailleurs immigrés (FASTI). Ce qu'il y a eu de nouveau dans ce mouvement, au départ, c'est qu'il a été pris en charge par les jeunes issus de l'immigration, pour la plupart des jeunes d'origine maghrébine de la deuxième gé-
Pour la première fois, ces jeunes faisaient leur entrée sur la scène politique, avec la volonté de constituer un mouvement permanent. Le Collectif jeunes est une structure issue de la marche de décembre 1983, implantée dans les banlieues des grandes villes, qui vise à organiser les jeunes contre le racisme et pour l'égalité des droits entre Français et immigrés. Une série de revendications, comme le droit de vote aux immigrés, ont été avancées dans les deux marches nationales antiracistes de décembre 1983 1984. Mais de nombreuses difficultés structuration mouvement permanent, unifié et pouvant centraliser l'ensemble des associations antiracistes locales.
L'ampleur nationale de ces mobilisations antiracistes n'es pas la simple conséquence du volontarisme de ses promoteurs. Elle est aussi due à l'originalité d'un mouvement qui échappait au terrain social contrôlé par les organisations traditionnelles. Quelle crédibilité aurait eu le PCF - organisation qui prône une politique de quotas visant à limiter le nombre d'immigrés par quartier ou par ville et qui
Des jeunes dans une manifestation antiraciste en France. (DR) réclame le renforcement des effectifs policiers - pour impulser et diriger une telle mobilisation ? De la même manière, le Parti socialiste, assujetti à la politique du gouvernement, n'aurait pas pu lancer directement un tel mouvement. A la fin de la première marche antiraciste de décembre 1983, la présence de Georgina Dufoix, ministre des Affaires sociales, avait été accueillie plus que tièdement par les manifestants. Lors de la deuxième marche, en 1984, la participation socialiste était faible et la présence gouvernementale inexistante.
Les JCR ont été partie prenante, dès le début, de la préparation de la marche de 1983. Si la méfiance envers les organisations politiques demeure très vive dans la jeunesse, du fait du manque de crédibilité de nombre d'entre elles et du passif dû à l'absence d'intervention sérieuse dans le domaine de la lutte contre le racisme, les JCR sont néanmoins parvenues à impulser, avec les organisateurs de la mardécembre 1983, des comités antiracistes et à organiser des initiatives diverses (journées ou semaines antiracistes, initiatives contre Le Pen, ripostes aux agressions racistes, etc.)
SOS-racisme est né lors de la marche de décembre 1984. Ce mouvement a rencontré un écho sans précédent, en diffusant massivement le badge en forme de main intitulé « Touche pas à mon pote ». SOS-racisme a obtenu l'appui d'une palette de personnalités du spectacle. Près de deux millions de personnes portent ce badge, dont nombre de jeunes. C'est le mouvement de masse progressiste dans la jeunesse le plus important depuis plus de dix ans.
Afin de donner au mouvement antiraciste une assise concrète à la mesure de son impact médiatique, il est nécessaire que se développent des comités actifs contre le racisme, de véritables comités « Stop-racisme ». De tels comités peuvent aussi éviter que n'apparaissent deux mouvements séparés, avec, d'un côté, celui des jeunes issus de l'immigration et ayant une longue expérience vécue sur la question et, de l'autre, celui de ceux qui partent de zéro dans cette mobilisation, leur prise de conscience ayant été simultanée à l'achat du badge « Touche pas à mon pote ». Les acquis des mobilisations antiracistes de 1983 et de 1984 doivent être amplifiés et trouver un deuxième souffle grâce à SOS-racisme. Appeler les porteurs du badge à passer à l'action. comme le déclarait Harlem Désir, le promoteur du mouvement au lendemain d'un meurtre raciste, ce serait donner un contenu concret au mouvement. Un rassemblement antiraciste est prévu à Paris le 15 juin prochain, qui devrait rassembler des centaines de milliers de personnes. De quoi donner des sueurs froides à Le Pen et à ses amis.
Les JCR s'emploient à construire ce mouvement, à organiser des comités antiracistes qui puissent, localement, sur leur propre établissement scolaire par exemple, rassembler plusieurs centaines de jeunes pour faire quelque chose contre les racistes. La plupart de ses sections ont ainsi acquis, en deux ans, une expérience certaine sur le terrain de l'antiracisme, qui a contribué à modifier leur manière d'ap. paraître en fonction de cette nouvelle radicalisation de la jeunesse. Comment faire de la politique aujourd'hui auprès des jeunes? Comment construire une organisation de jeunesse révolutionnaire dans un contexte où s'entremêlent des mobilisations antiracistes, une révolte contre les discours et les violences racistes, et un rejet souvent très ferme des organisations et de la politique traditionnelle ? Telles sont les questions qui se posent aux militants révolutionnaires. Avoir une orientation et un programme à mettre en avant, organiser « la riposte systématique aux agressions racistes et fascistes », pour reprendre les termes de la motion contre le racisme adoptée lors du 5e congrès des JCR qui s'est tenu en mars 1985, tout en participant quotidiennement à la construction du mouvement antiraciste, tout cela doit permettre aux JCR d'acquérir une expé rience indispensable à leur évolution et à leur mûrissement. Cette orientation ne signifie pas pour autant que les JCR doivent suivre toutes les perspectives des initiateurs de SOS-racisme au détriment de leurs options propres.
Cette radicalisation antiraciste amène à la politique une génération nouvelle de militants. Ceux-ci n'ont pas connu les importantes luttes de la jeunesse scolarisée qui ont marqué la fin des années 1970. A l'issue des deux dernières marches antiracistes, de nombreux jeunes auparavant uniquement antiracistes sont devenus en quelques jours de véritables militants de masse, prenant en charge avec énergie la préparation des mobilisations. L'espoir que soulève ce mouvement s'exprime aussi dans le fait que l'antifascisme, loin d'être un souvenir lié à la période issue de mai 1968, constitue aujourd'hui la base de slogans lancés et repris spontanément par les jeunes lors des manifestations.
La mobilisation de la jeunesse a en quelque sorte occupé le terrain, sur des questions comme le droit de vote pour tous les immigrés ou bien la lutte contre les expulsions, qui intéressent aussi au premier plan le mouvement ouvrier. La classe ouvrière n'est en effet pas absente de cette mobilisation. Déjà en décembre 1983, les participants à la première marche avaient exprimé leur solidarité antiraciste avec la grève des travailleurs de l'usine d'automobiles Talbot-Peugeot, essentiellement des immigrés, en envoyant sur place une imposante délégation. L'émotion qui a caractérisé cette rencontre, de même que la participation de sections syndicales et d'associations de travailleurs immigrés aux manifestations antiracistes, témoignent que la jonction entre les deux mouvements est possible. Du reste, la vente du fameux badge de SOS-racisme a lieu dans les entreprises, où elle est prise en charge aussi bien par de jeunes ouvriers qui ont toujours refusé de se syndiquer que par des cadres du mouvement ouvrier traditionnel. Cela permet de penser que si la jeunesse rejette les syndicats et les partis ouvriers traditionnels, cela ne signifie pas pour autant l'expression d'un désintérêt complet envers toute mobilisation et toute forme de lutte.
Gilles ROBIN, 26 mai 1985.