_ conférence annuelle du 5 au 8 avril 1985. Cétait la
ES Jeunesses du Parti travailliste (LPYS) ont tenu leur première conférence nationale d'une organisation ouvrière, depuis la fin de la grève des mineurs, et donc la première occasion de juger clairement de l'impact des résultats politiques de cette lutte sur une partie du mouvement ouvrier britannique (1). Comment faut-il interpréter les leçons de la grève, les exemples de cette lutte, du mouvement de solidarité et de la direction ouvrière qui a conduit ce combat, telle est la question centrale à laquelle est confronté tout le mouvement ouvrier britannique. La réponse à cette question divise actuellement toute la gauche britannique, et les LYS sont inévita-
La décision du groupe Militant de prendre ses distances avec les résultats politiques positifs de la grève s'insère dans le cadre de l'évolution de la gauche britannique depuis la fin de la grève. En effet, la gauche a été déchirée sur la question de son attitude envers le « scargillisme ». La raison de ce débat, qui bouleverse le mouvement ouvrier, est très simple. La société britannique vient de vivre l'expérience de lutte des classes la plus importante depuis 60 ans. Cette lutte a été menée par la première direction classiste disposant d'une base de masse que l'on ait vue en Grande-Bretagne depuis la grève générale de 1926. Cette direction, rompant avec la collaboration de classe, s'est montrée prête à faire front et à se battre en défense de la classe ouvrière, pendant la grève et après. Elle était donc qualitativement différente de la direction que la classe ouvrière britannique a connue pendant toute la période précédente.
Elle était même différente d'autres directions syndicales de gauche. Elle appuyait des méthodes de lutte combatives, telles que les piquets de masse, et elle a noué des alliances sociales nouvelles avec d'autres couches d'opprimés. En conséquence, un nouveau mouvement social commençait à prendre forme et continue à exister, même au-delà de la défaite de la grève.
Cela a mis à l'ordre du jour des questions politiques nouvelles pour une partie des masses populaires.
Aujourd'hui, le choix qui se pose aux courants qui prétendent constituer la gauche du mouvement ouvrier est de savoir s'ils vont tirer les leçons de la lutte et prendre position, avec le « scargillisme » ou contre lui. C'est un choix fondamental autour duquel la gauche se recompose actuellement. Le débat dans les principaux journaux de gauche reflète cette évolution.
D'un côté de cette ligne de partage, en franche opposition au « scargillisme », se trouvent le dirigeant du Parti travailliste, Neil Kinnock, la « gauche molle » du
Comité autour de coordination travailliste, les eurocommunistes de Marxism Today et le groupe Militant. De l'autre côté se trouvent Arthur Scargill,
Les jeunesses travaillistes
et la grève des mineurs
l'isolement actuel des LPYS. Tony Benn et des milliers de militants du Syndicat national des mineurs (NUM) et de tout le mouvement ouvrier, le mouvement des femmes, et les différentes campagnes de mobilisation de masse.
C'est précisément parce que la grève tout le monde sur les questions politiques fondamentales auxquelles la classe ouvrièrection dont elle a besoin pour se battre
Uses intérets, cette direction devant la base, la nécessité d'organiser l'action politique de masse, les alliances sociales avec les opprimés en dehors des limites actuelles du mouvement ouvrier -, que la véritable nature de l'orientation politique de chaque secteur de la gauche organisée apparaît au grand jour au travers de sa position sur la grève des mineurs.
UNE ÉPREUVE RÉVÉLATRICE Cela est aussi vrai en ce qui concerne les Jeunesses du Parti travailliste. La lutte historique des mineurs a reçu le soutien de la majorité écrasante de la jeunesse ouvrière. La colonne vertébrale de la grève était constituée par des jeunes mineurs. Comme l'a déclaré Arthur Scargill : « Combien de fois avons-nous entendu des gens dire , "'les jeunes d'aujourd'hui ne sont pas comme leurs pères et leurs grand-pères. Ils sont trop occupés à rembourser leurs emprunts-logement". Mais maintenant, nous en avons marre d'entendre les Jérémie du mouvement dire que les jeunes ne se battront jamais aussi bien que la vieille génération qui a construit le que si ceux qui ont construit notre mouvement syndical pouvaient voir la situation d'aujourd'hui, ils salueraient nos jeunes mineurs.»
Les jeunes femmes et les jeunes hommes qui ont dirigé cette lutte dans les communautés minières ont dominé chaque manifestation, chaque rassemblement, chaque piquet de grève. Ils ont dirigé les comités de soutien, organisé les collectes de fonds et l'action de solidarité. Le soutien aux mineurs a suscité des formes nouvelles d'organisation parmi les
GRANDE-BRETAGNE blement traversés par cette interrogation.
Malheureusement, le courant dominant dans les LPYS, c'est-à-dire l'organisation centriste de droite Militant, a choisi cette occasion pour prendre ses distances avec les principales leçons de cette grève, et en particulier avec l'action de Scargill, attitude qui est dans la droite ligne de l'hostilité du groupe
Militant envers presque toutes les vagues de radicalisation de la jeunesse et de la classe ouvrière de ces dernières années.
Ce courant a dénoncé les femmes pacifistes de Greenham Common et ne s'est pas opposé à l'envoi de la flotte britannique aux Malouines, en 1982. Le résultat de cette orientation, c'est plus opprimés et les plus exploités. Les ont dirigé la construction des groupes « Lesbiennes et homosexuels soutiennent les mineurs », « Femmes contre la fermeture des puits » et des groupes de solidarité organisés par des Noirs. Le secteur jeune de la Campagne pour le désarmement nucléaire (CND-jeunesse) a fait le lien entre le nucléaire, l'industrie charbonnière et le chômage des jeunes, de manière beaucoup plus efficace
Les idées politiques de milliers de jeunes ont été marquées par cette expérience de lutte. Tout cela s'est ajouté aux autres mobilisations des jeunes dans la
CND-jeunesse, le mouvement des femmes, le mouvement de solidarité avec la lutte du peuple irlandais et toutes les campagnes de lutte des opprimés. Les alliances nouées entre des jeunes actifs dans ces mobilisations et la campagne de soutien aux mineurs a fait progresser la prise de conscience politique de milliers et de milliers de jeunes. Cela a aidé à créer un courant lutte des classes au sein de la jeunesse. Cette alliance renforce toute la classe ouvrière, en luttant sur des problèmes snécifiques des opprimés et des exploités.
UNE OCCASION MANQUÉE
POUR RENFORCER LES LPYS
Il existait d'importantes potentialités d'organiser durablement cette couche de jeunes qui a été inspirée par la grève des mineurs. Cela a été fait de façon limitée dans certaines régions du pays autour d'actions de solidarité et de campagnes telles que celles menées par la CND-jeu-
L'obstacle à l'intégration de ces dans les LPYS, qui constitue la principale organisation de jeunesse de gauche, est venu de la ligne politique de la direction dominée par le courant Militant.
Pendant la grève, le groupe Militant soutenait formellement les mineurs, organisait des collectes d'argent et participait aux actions de solidarité. Mais les LPYS n'ont pas organisé une seule manifestation na-
1. Pour un bilan de la grève des mineurs, voir l'article de Steve Roberts dans Inprecor numéro 193 du ler avril 1985.
tionale en soutien aux mineurs pour rassembler les jeunes mobilisés pour soutenir la lutte. A aucun moment, les LPYS n'ont critiqué ouvertement la direction du Parti travailliste ou présenté une alternative politique claire à l'orientation de Kinnock.
Le problème, avec le groupe Militant, c'est qu'il faisait passer la nécessité de construire sa propre organisation avant celle de construire une organisation socialiste de masse de la jeunesse. La construction de son propre courant, la vente du journal The Militant et la collecte d'argent pour son organisation ont été priorisés par rapport à la possibilité de gagner des milliers de jeunes aux Jeunesses du Parti travailliste. Cependant, le vrai problème auquel se trouvait confronté le courant Militant était d'ordre politique. Cela s'est clairement perçu lors de la conférence des LPYS d'avril 1985. La participation y était beaucoup plus réduite qu'à la conférence précédente (69 sections de moins), fait significatif pour une rencontre d'un mouvement de jeunesse socialiste qui faisait suite à la confrontation de classe la plus importante en Grande-Bretagne depuis 60 ans. Il n'y eut presque pas de participation de mineurs ou de femmes des communautés minières, aucune volonté leçons politiques de la grève ne fut exprimée.
L'événement de la conférence, ce fut un discours de Ted Grant, principal porte-parole du groupe Militant, lors d'un meeting de son courant organisé en marge de la conférence. L'argumentation centrale de ce discours consistait en une attaque en règle contre la direction Scargill du NUM. Grant affirma même que Scargill et la direction du NUM avaient eu tort de ne pas avoir organisé une consultation des adhérents du syndicat à l'échelle nationale, au début de la grève, et que cela montrait que Scargill « manquait de foi dans la classe ouvrière ». Voilà la seule chose qu'il avait à dire de la direction syndicale qui venait de conduire la grève de masse la plus longue et la plus politique de toute l'histoire de la Grande-Bretagne. Pour le courant Militant, le problème pas tant dans la condamnation de la politique du gouvernement Thatcher, la trahison de la direction travailliste et syndicale, la question des divisions au sein du mouvement travailliste et syndical, que dans la dénonciation de la direction Scargill.
10 Le groupe Militant et les LPYS ont donc refusé de s'approprier les leçons cruciales de la grève des mineurs. Tout le cours de la grève a nettement contrasté avec le cadre politique du courant Militant. Les mineurs et leurs partisans s'organisaient dans des formes et pour des objectifs que le groupe Militant ne partageait pas. Cela fut explicite lors de la conférence du Parti travailliste, en octobre 1984, au cours de laquelle le NUM adopta des positions plus à gauche que celles du courant Militant sur la question des femmes, du droit des Noirs à organiser leurs propres sections dans le parti, des droits des lesbiennes et des homosexuels, et de l'Irlande. Sur toutes ces questions, le
N.U.M, Des piquets du NUM pendant la grève. (DR) groupe Militant s'est aligné sur l'orientation de Neil Kinnock. Alors que le NUM se servait de son poids dans le Parti travailliste pour soutenir la gauche travailliste et ainsi renforcer sa propre lutte, le groupe Militant s'est dérobé devant la possibilité d'utiliser le puissant levier que représentent les LPYS pour mettre en avant des orientations de gauche ou organiser les jeunes pour soutenir les mineurs pleinement au NUM une dynamique qui aurait inévitablement ébranlé le cadre politique du courant Militant. Au lieu de cela, ce courant a confirmé son isolement au sein de la gauche du mouvement ouvrier en s'opposant aux orientations autour desquelles celle-ci va inévitablement s'organiser maintenant. Cependant, les leçons politiques de la grève des mineurs ont aussi trouvé un écho positif à la conférence des LPYS, avec l'émergence, sous une forme embryonnaire, d'un courant lié à l'aile gauche travailliste, s'inspirant de la grève des mineurs, et se situant sur des positions plus radicales que celles de la direction des jeunesses travaillistes dominées par le groupe Militant. La résolution sur la grève, soutenue par ces forces, parlait de tout ce dont le groupe Militant n'avait pas voulu débattre : d'un soutien équivoque à l'orientation lutte des classes de Scargill, de l'organisation des femmes, des Noirs, des lesbiennes et des homosexuels en soutien aux mineurs et d'une opposition ouverte aux trahisons de Kin-
DE DIRECTION ALTERNATIVE
Le meilleur exemple des potentialités de cette gauche au sein des jeunesses travaillistes a été une importante réunion organisée en marge de la conférence par les sections de Noirs du Parti travailliste et par une organisation de la communauté noire de la ville de Liverpool. A ce meeting, plus de 300 personnes ont entendu les orateurs critiquer la capitulation du
N.U. OFFICIAL PICKET Luget ael osvs courant Militant - qui contrôle la municipalité de Liverpool - devant le racisme. Les profondes divisions créées dans la classe ouvrière par le refus du groupe Militant de reconnaître l'auto-organisation des Noirs contraste avec le renforcement de la classe ouvrière par le soutien du NUM aux sections de Noirs et le soutien organisé des Noirs aux mineurs.
Une autre réunion de la gauche, qui a attiré plus de 1 000 personnes, a conclu que la meilleure façon d'avancer vers la construction d'un mouvement socialiste de masse était de s'identifier à l'action des mineurs. Les mineurs avaient montré de mouvement pouvait être construit en adoptant une attitude sans compromis, en n'esquivant pas leurs divergences avec Kinnock et en soutenant l'auto-organisation des opprimés.
Ces meetings ont montré l'existence, sous une forme embryonnaire, d'un courant qui a la possibilité de reconstruire les LPYS à l'image des alliances sociales et politiques nouées pendant la grève des mi-
Le seul autre choix proposé aux militants des jeunesses travaillistes était de continuer à stagner sous sa direction actuelle, isolée des forces de gauche dans le Parti travailliste, dans le NUM et dans tout le mouvement ouvrier, et hostile aux orientations politiques autour desquelles la gauche s'est organisée. Cela ne ferait que renforcer la vulnérabilité des LPYS face aux menaces de retorsions organisationnelles de la part de la direction du Parti travailliste, qui comprend parfaitement les choix auxquels se trouvent confrontés les LPYS et qui ressent aussi le danger que représenterait un mouvement de jeunesse reflétant les forces rassemblées pendant la grève. La bataille pour construire des LPYS de masse et capables de diriger des campagnes derrière une direction qui, comme celle du NUM, fait front et se bat, a néanmoins fait un petit pas en avant lors de cette conférence des jeunesses travaillistes.
Anne KANE, Londres, 14 mai 1985.