Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NICARAGUA

La politique US en Amérique centrale

· Inprecor n° 199, 24 juin 1985 · p. 20-28 · 9 264 mots

Nicaragua Amérique centrale El Salvador États-Unis

L'impérialisme américain prépare le renversement le Honduras et au sud avec le Costa Rica, où se réfugient les mercenaires de la ES incidents se multiplient aux frontières du Nicaragua, au nord du pays avec contra, qui bénéficient d'une impunité totale pour effectuer des raids et des sabotages meurtriers au Nicaragua. La menace qu'ils font peser sur la révolution sandiniste oblige le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) à riposter, malgré le risque d'une utilisation de ces accrochages dans le cadre d'une provocation impérialiste.

porte-parole costaricain a en effet déclaré que son gouvernement étudiait la possibilité d'appliquer le Traité de défense mutuelle de Rio de Janeiro (1) au cas où les appels lancés à l'Organisation des Etats américains (OEA) et au groupe de la Contadora (Me-

Au même moment, la réunion du groupe de la Contadora, qui s'est tenue en mai, a représenté un premier succès diplomatique pour l'impérialisme. Le Nicaragua a dû accepter que l'Accord initial qu'il avait approuvé en septembre 1984 soit remis en cause, ce qui était l'objectif de l'administration Reagan. Le but est en effet de contraindre le

Sur le plan économique, les conséquences de l'embargo américain se font déjà sentir, et l'aide consentie par les pays de la Communauté économique européenne (CEE), par les gouvernements sociaux-démocrates et par certains pays d'Amérique latine décroît.

Dans toute la région centro-américaine, l'impérialisme accentue sa pression militaire et réorganise ses forces dans un contexte qui devient toujours plus difficile pour la

NUCLEAR ARMS NO

PEACE VES Manifestation de la CND britannique. (DR) époque, elle organisait les marches célèbres contre la base nucléaire d'Aldermaston, chaque année à Pâques. Ce mouvement entra dans une phase de déclin au milieu des années 1960 et fut moribond jusqu'à la fin des années 1970, dans un contexte où la menace des armes nucléaires semblait lointaine et où la détente était à l'ordre du jour. Ce sont les nouvelles stratégies de guerre de l'OTAN elle-même qui constituent le moteur principal du mouvement actuel. Le développement d'une nouvelle génération plus sophistiquée d'armes nucléaires, lié à l'idée américaine qu'il sera possible de mener une « petite » guerre nucléaire dans le centre de l'Europe, va continuer à susciter de nouvelles vagues de combattants pour le désarmement.

Les nouvelles orientations de l'OTAN ne vont pas disparaître, le mouvement contre les missiles non plus. Les débats sur les perspectives du mouvement de la paix britannique se retrouvent dans d'autres pays d'Europe occidentale. Seules les circonstances varient. En Espagne, Felipe Gonzalez, le président du gouvernement, est en train de réorienter le PSOE sur une ligne plus « molle » envers l'OTAN. Aux Pays-Bas, les démocrates-chrétiens sont en train de mettre de l'eau dans leur vin et faiblissent dans leur engagement à ne pas accepter les missiles Cruise dans leur pays. Dans chaque cas, le mouvement de la paix est confronté à la question fondamentale suivante: faut-il continuer les mobilisations de masse ou chercher une autre perspective?

Le rôle des marxistes révolutionnaires au sein du mouvement doit être de n'adopter ni une attitude sectaire par rapport aux développements partiels au sein de la campagne contre les missiles, ni d'exiger que cette dernière adopte une stratégie pleinement socialiste. Ils doivent se battre aux côtés des centaines de milliers de militants d'Europe de l'Ouest qui sont aussi résolus que jamais à bouleverser le statu quo nucléaire. •

Annie BRADY, Londres, 21 mai 1985.

NICARAGUA

La politique US

en Amérique Centrale

du régime sandiniste xique, Panama, Venezuela, Colombie) n'aboutiraient pas. Nicaragua à passer sous les fourches caudines du plan Reagan. lutte révolutionnaire. Jeannette HABEL

C'est le 9 janvier 1983 que les ministres des Affaires étrangères du Mexique, du Venezuela, de la Colombie et du Panama ont décidé, avec l'appui de leurs gouvernements respectifs, d'offrir leur médiation pour le rétablissement de la paix en Amérique centrale. Représentant de gouvernements géographiquement proches de l'isthme centro-américain et de la Caraïbe, ce groupe de quatre pays avait des intérêts divers dans cette démarche. Un intérêt politique tout d'abord, celui d'empêcher une intervention militaire impérialiste directe qui aurait représenté un danger majeur pour les bourgeoisies latino-américaines dans un contexte de crise économique et sociale, particulièrement pour le Mexique pris en sandwich entre ses frontières nord et sud. Un intérêt économique aussi, car la région centro-américaine représente un marché et des débouchés potentiels importants pour les industries de ces pays.

Cette initiative a coincidé avec les tentatives de la CEE de développer ses échanges économiques avec l'Amérique latine. Pour cette région, les pays de la CEE représentent le second marché et la seconde source d'investissements après les Etats-Unis : en 1979, 24% des exportations d'Amérique centrale étaient destinées à la CEE (l'Europe des Neuf, à cette époque). En 1982, l'aide de la CEE a représenté 50 % de l'aide totale à l'Amérique latine. Cette part est ensuite redescendue à 31% en 1983 (2). Cette convergence d'intérêts allait être renforcée par l'arrivée au gouvernement de plusieurs partis sociaux-démocrates européens, alors même que l'Internationale socialiste (IS) avait tenté de prendre pied sur le continent depuis les années 1970, en profitant des limites des tentatives de libéralisation impulsées dans ces pays par les USA (3). La réunion, en septembre 1984, des ministres des Affaires étrangères des pays de la CEE, de l'Espagne et du Portugal, et des dirigeants des pays d'Amérique centrale et du groupe de la Contadora, confirmait l'appui explicite des gouvernements européens présents à l'Accord de paix de Contadora (4). Mais l'aide économique accordée à cette région par la CEE reste très modeste comparée à celle des USA : l'ampleur des problèmes économiques des pays d'Amérique centrale, les conséquences de l'importance de leur dette extérieure ont relativisé encore plus les effets de cette aide de la CEE et accru la dépendance de ces pays envers les EtatsUnis.

Néanmoins, le Parlement européen s'est employé à soutenir les efforts de la Contadora, et la Cour internationale de

1. Le Traité de Rio a été adopté en 1947 et réunit tous les Etats américains, sauf le Canada, dans le cadre d'un accord d'assistance réciproque en cas d'agression visant l'un des Etats membres.

2. Amérique latine, revue du CETRAL, octobre-décembre 1984.

3. Certains pays de la CEE maintiennent toujours des liens étroits avec leurs colonies ou ex-colonies dans la Caraibe. C'est le cas pour l'Angleterre, la Hollande et la France, sans oublier les liens « historiques » de l'Etat espagnol dans cette zone.

4. Il s'agit du texte approuvé par le Nicaragua tel qu'il avait été révisé.

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rédigé concernant les mécanismes de véri- tèlement des installations militaires étranjustice de La Haye a condamné le minage des ports nicaraguayens. L'Internationale socialiste, qui a fait de même, prétend d'autant plus jouer un rôle de médiation et de modération qu'elle est directement liée à des partis qui défendent différentes positions dans le conflit et qu'elle n'entend pas mettre tous ses œufs dans le même panier (5). Elle est cependant limitée dans cette recherche d'une voie médiane par le poids déterminant de l'impérialisme américain dans la région, qui oppose son veto à toute proposition qui ne lui apparaît pas conforme à ses intérêts. C'est la démonstration que vient de faire l'administration Reagan.

C'est l'approbation par le Nicaragua de l'Accord de paix, le 21 septembre 1984, qui a précipité la remise en cause globale de cet Accord par le gouvernement Reagan, désormais gêné dans ses manœuvres diplomatiques par la signature des sandinistes. Le gouvernement américain a alors riposté immédiatement, en réunissant le 20 octobre 1984 les dirigeants du Honduras, du Guatemala et du Costa Rica, pour rédiger des « amendements » à ce texte. Il s'agissait en réalité de présenter un projet contradictoire et de saboter l'Accord signé par le FSLN. Déjà repoussée de trois mois, la dernière réunion du groupe de la Contadora, en mai 1985, a entériné ces efforts. Les pays participants se sont prononcés pour une nouvelle rédaction, comme le souhaitaient les USA, et le renvoi à une date indéterminée de la possibilité d'un accord sur des bases acceptables par les sandinistes.

LA CONTADORA, UN SUCCES DIPLOMATIQUE DE L'IMPÉRIALISME

En fait, l'histoire de la Contadora est marquée par les atermoiements et les pressions directs et indirects des USA qui, tout en lui donnant un appui officiel purement formel, ont cherché à discréditer le processus engagé. L'alternative impérialiste est le plan Reagan. Ce plan est un ultimatum destiné à obtenir une reddition du FSLN en exigeant - sous prétexte de réconciliation nationale — la dissolution de l'Assemblée élue en novembre 1984, de nouvelles élections avec la participation de la contra, une amnistie générale et un cessez-le-feu. Cela pourrait déboucher sur le scénario suivant : le FSLN dialoguerait avec la contra, qui serait ainsi reconnue comme force belligérante ; le dialogue échouerait, car les exigences de la contra équivaudraient à une capitulation des sandinistes; toutefois, la contra serait ainsi légitimée et pourrait donc former un gouvernement provisoire qui en appellerait à l'aide de l'impérialisme pour sauver la « démocratie ». Cette manœuvre a été approuvée par plusieurs présidents latino-américains et elle est au centre des pressions exercées par l'impérialisme sur la Contadora.

L'Accord signé par les Nicaraguayens en septembre 1984 avait déjà fait l'objet de nombreux amendements et rectifications : un protocole additionnel avait été

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COSTA RICA fication et de contrôle de l'application de ce texte. Mais l'essentiel du document initial n'est pas là. Il s'agit d'un texte d'ensemble pour l'Amérique centrale incluant les aspects économiques, sociaux et politiques, qui jette les bases d'une intégration centro-américaine, en proposant la réactivation du Marché commun centro-américain (MCCA) et préparant une réorganisation institutionnelle des différents Etats de la région.

Ce document affirme le droit à l'autodétermination des peuples d'Amérique centrale contre toute discrimination tout embargo économiques, il se prononce contre toute intervention étrangère et contre tout usage de la force. Il définit par ailleurs des bases d'accord sur les problèmes militaires de sécurité en s'opposant à la réalisation de manœuvres militaires internationales, à la présence de bases ou d'écoles militaires étrangères, et réclame l'élimination de celles qui existent déjà. Il préconise aussi un recensement des conseillers militaires étrangers et le retrait de ceux dont les fonctions sont essentiellement opérationnelles, en interdisant tout appui à des forces irrégulières qui luttent pour le renversement de gouvernements en place, en proposant le contrôle des frontières, le désarmement des forces irrégulières et le démantèlement de toutes les installations militaires utilisées contre des gouvernements voisins. L'Accord de la Contadora rejette tout appui financier à des actions de sabotage ou de terrorisme et précise les mécanismes de contrôle des accords en matière de sécurité, qui permettent de vérifier le démangères, le retrait des conseillers militaires, et d'établir une classification détaillée des armes, des équipements, des moyens de transport et des installations militaires des forces armées (police, marine, aviation, infanterie, forces paramilitaires, etc.)

Ce texte réaffirme également la nécessité de « systèmes démocratiques pluralistes », où tous les courants politiques puissent participer à des élections « honnêtes et régulières ». Il préconise enfin la « réconciliation nationale », là où de « profondes divisions » se sont produites, l'instauration d'un dialogue avec « les groupes d'opposition » et une amnistie véritable.

Cette dernière partie ressemble formellement propositions de Ronald Reagan mais, substantiellement, elle est tout à fait différente, car ce processus de dialogue et de réconciliation est envisagé dans le cadre de ce qui fonde l'essentiel du texte, à savoir le retrait des bases et des conseillers militaires, c'est-à-dire amé. ricains pour l'essentiel, et la cessation de toute intervention extérieure. C'est ce que le commandant sandiniste Bayardo Arce appelle I'« esprit bolivarien » du texte, qu'il juge conforme au « projet de la révolution nicaraguayenne ». Autrement dit, il s'agit de proposer un dialogue avec des forces contre-révolutionnaires qui ne bénéficieraient plus de l'appui colossal de l'impérialisme, donc de forces contre-révolutionnaires quasi désarmées, privées de leur atout majeur, tant il est clair que sans l'appui militaire de la CIA, la contra n'existerait quasiment plus. De son côté, le FSLN a déjà affirmé qu'il y avait place, au Nicaragua, « pour toutes les forces qui agissent sur le plan civil » (6), qu'elles pouvaient bénéficier de l'amnistie et rentrer au Nicaragua. Cette mesure concerne notamment tous les paysans enrôlés de force par la contre-révolution.

L'Accord de paix de la Contadora s'inscrit dans un contexte précis. La symétrie que l'impérialisme veut faire admettre, entre l'ingérence soviétique et américaine dans l'isthme centro-américain, masque une situation où les rapports de forces militaires sont écrasants en faveur de la première puissance militaire du monde. Ce rapport de forces est sanctionné par la présence de gigantesques bases militaires US au Honduras, par l'armement considérable fourni à l'armée salvadorienne, par la militarisation du Costa Rica et par la présence de 16 000 contras entraînés par la CIA aux frontières du Nicaragua (7). Voilà ce qui rend le document de la Contadora de septembre 1984 inacceptable

5. Le Parti de libération nationale (PLN) du Costa Rica, l'Alliance démocratique du Venezuela, le Mouvement nationaliste révolutionnaire (MNR) membre du Front démocratique révolutionnaire (FDR) au Salvador, et le Parti de la révolution dominicaine (PRD) de la République dominicaine, sont apparentés à l'IS. Le New Jewel Movement de Grenade, et le FSLN, en sont des observateurs.

6. Daniel Ortega, président du Nicaragua, lors d'une conférence de presse à Paris, le 13 mai 1985.

7. En avril 1984, le Honduras était déjà capable de recevoir 15 000 soldats US de la 82e brigade en une seule après-midi. Pensamiento Propio, Managua, mars 1985.

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Réunion de la Contadora. (DR) pour l'impérialisme. D'autant plus que les mécanismes de contrôle proposés, à la demande initiale des Etats-Unis, sont, de par leur précision, un outil qui ne peut que

Men lumière l'ampleur de l'effort de guerre de l'impérialisme.

L'application intégrale de cet Accord - qui devrait entrer en vigueur après son approbation par les cinq Etats d'Amérique centrale - aurait signifié le retrait des bases et des conseillers américains, sans

La présence conseillers cubains est très limitée, le Pentagone le sait fort bien ; l'armement nicaraguayen est vieux et insuffisant, et si la menace yankee n'existait plus, le peuple nicaraguayen n'aurait aucun mal à défendre seul sa révolution. Quant aux mouvements révolutionnaires du Salvador, ils ne puisent pas leur force dans l'aide étrangère, à la différence des mercenaires de la CIA. Tout cela, l'impérialisme américain l'a bien compris. C'est pourquoi, tout en manœuvrant pour ne pas s'affronter ouvertement à la Contadora, il n'a cessé d'accumuler des préalables, pour finalement opposer son veto à un texte que l'ensemble des pays centro-américains étaient initialement prêts à signer. Les « amendements » suggérés par le conseil de sécurité américain ont pour but d'inverser la logique implicite du texte, en faisant du Nicaragua l'agresseur -ce qui permet, au nom de la prétendue menace sandiniste, le maintien des bases, des manœuvres et des conseillers militaires US -, en proposant une amnistie pour la contra dans ces conditions, en confirmant l'état actuel des rapports de forces militaires, et en établissant sur cette base des mécanismes de limitation des armements. Cela revient en fait à légitimer la supériorité militaire écrasante de l'impérialisme, en exigeant du Nicaragua qu'il renonce à sa défense. Le plan Reagan vient alors à point nommé pour compléter ce dispositif et prendre en étau la révolution sandiniste, sommée de devoir choisir entre l'écrasement militaire et la capitulation. C'est la raison pour laquelle le FSLN a investi tant d'efforts pour aboutir à un accord

C'est au total trois formulations successives de l'Accord de la Contadora que le Salvador, le Honduras et le Costa Rica ont refusé. Le Nicaragua a alors relancé une négociation bilatérale avec le Honduras, en proposant des patrouilles militaires conjointes garantissant l'imperméabilité des frontières. Mais le régime hondurien lui a adressé une fin de non-recevoir.

Désormais, tous les éléments du plan impérialiste sont en place. Les USA ont interrompu les négociations bilatérales de Manzanillo avec le FSLN ; Reagan avait utilisé ces négociations, à la veille de sa réélection, mais leur inconvénient était de mettre trop en évidence le rôle de l'impérialisme US comme interlocuteur prioritaire. Le but du gouvernement américain est, au contraire, de minimiser sa présence. Le Pentagone n'a donné aucune réponse à la nouvelle proposition diplomatique compromis des sandinistes, de prise en compte des besoins de la « sécurité » américaine et de l'existence de bases mili- commerciaux pour le Nicaragua.

taires au Honduras, tout comme les Cubains « tolèrent » la base de Guantanamo sur leur territoire.

La Contadora est donc dans l'impasse. Face aux pressions dont ils font l'objet pour intégrer le plan Reagan dans l'Accord de paix, les gouvernements membres de ce groupe se sont beaucoup contredits. Le président colombien Belisario Betancour a fini par condamner le plan Reagan en le qualifiant de « préparation à la guerre », tandis que le président vénézuélien Lusinchi l'a approuvé, en le comparant aux négociations engagées au Salvador entre le Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN) et le gouvernement. Seul le président mexicain Miguel de la Madrid, clé de voûte de la Contadora, a affirmé que les processus de réconciliation nationale étaient des questions « qui échappent au caractère du groupe dont l'un des principes de base est la non intervention dans les affaires intérieures » (8). Quant à l'Internationale socialiste, elle a adopté en avril dernier un document condamnant le plan Reagan comme un plan de préparation à la guerre.

On peut se demander quels seront les effets pratiques de ces déclarations. Le processus diplomatique de la Contadora semble de plus en plus fictif, de moins en moins en rapport avec la réalité du comportement politique des Etats, même si le but pour les bourgeoisies latino-américaines reste toujours d'éviter une confrontation régionale aux conséquences incalculables.

Le FSLN cherche dans cette bataille diplomatique à opposer au maximum un cadre de résistance latino-américaine aux projets impérialistes, mais il ne peut aujourd'hui se dissimuler le fait que ses efforts viennent de se solder par un échec à la dernière réunion de la Contadora. Et il est peu vraisemblable que la prochaine réunion de la Contadora, malgré l'aggravation de la situation régionale, rectifie ce cours.

L'EMBARGO US, UNE AUTRE VARIANTE DE LA GUERRE Déjà rejeté dans l'Accord de paix de. la Contadora, l'embargo décrété le ler mai par le gouvernement US a fait l'objet d'une condamnation quasi générale, en particulier par l'OEA. Mais il y a loin des paroles aux actes. Pour les bourgeoisies européennes et latino-américaines tout ce qui affaiblit la révolution nicaraguayenne n'est pas si mauvais à prendre. La guerre larvée, l'étranglement lent et progressif sont moins voyants et moins dangereux qu'une intervention militaire directe.

Même si l'embargo économique ne réussit pas à étouffer le Nicaragua, même s'il peut être partiellement contourné, il n'est pas sans effet (9). L'économie nica-

8. Barricada, Managua, 12 avril 1985. embargo inclut l'interdiction tout commerce entre les USA et le Nicaragua. la suspension de tout trafic aérien et maritime, la dérogation au Traité d'amitié, de commerce et de navigation, signé en 1956 sous le dictateur Somoza et qui impliquait certains avantages

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raguayenne était traditionnellement liée aux USA, et il va falloir supporter les conséquences de la pénurie de pièces de rechange pour les machines agricoles et les transports, réorganiser la santé, renégocier l'importation des produits manquants dans un contexte d'aggravation de la situation économique où 40 % du budget est consacré à la défense. L'endettement et le coût de la guerre ont créé d'énormes difficultés. Les besoins en pétrole du Nicaragua représentent à eux seuls 175 millions de dollars par an, soit 40 % du total des exportations. A l'égard du Venezuela et du Mexique — ses principaux fournisseurs en pétrole jusqu'en 1983 — le Nicaragua a une dette de presque un milliard de dollars. Aujourd'hui, l'Iran et l'URSS ont remplacé le Venezuela et les livraisons du Mexique sont suspendues. C'est dans une conjoncture difficile que le président nicaraguayen Daniel Ortega a récemment entrepris un voyage dans les pays de l'Est pour y demander une aide pour la « survie » du peuple nicaraguayen. Et c'est justement le prétexte que choisira Ronald Reagan pour annoncer le blocus économique du Nicaragua, à la veille du sommet des pays industrialisés.

Certes, les pressions économiques de l'impérialisme ne datent pas de cette décision. Récemment, l'administration américaine était intervenue pour empêcher la Banque interaméricaine ment (BID) d'accorder un prêt de 58 millions de dollars au Nicaragua, alors que les 25 membres latino-américains banque en avaient approuvé le principe. En février 1981, le gouvernement des Etats-Unis avait déjà suspendu un prêt et bloqué le chargement de 10 000 tonnes de blé, puis bloqué les prêts des organismes internationaux, empêché l'accès aux sources de financement privées ou officielles des USA, fermé au Nicaragua révolutionnaire les marchés traditionnels, etc. Cette guerre d'usure économique, qui va du minage des ports - qui a provoqué la perte de 19 millions de dollars en exporcoopératives agricoles, avait déjà été envisagée par la commission bipartite du Congrès américain dirigée par Henry Kissinger. Dans ce rapport présenté en janvier 1984, la commission Kissinger écrivait cyniquement : « Le Nicaragua doit savoir l'emploi de la force n'est qu'une dernière extrémité. (...) Nous disposons de mesures non militaires additionnelles qui n'ont pas encore été utilisées, telles que les restrictions économiques et la limitation des contacts diplomatiques. »

Le blocus va affecter tous les secteurs de la vie économique, d'abord en matière d'importations. Les secteurs concernés sont : la santé (70 % de l'équipement médical était d'origine américaine), les transports (35 % des pièces de rechange), l'industrie, l'énergie et les télécommunications. Mais c'est la production agricole, vitale pour l'économie du pays, qui va être le plus durement affectée. Le matériel nécessaire pour les centrales sucrières, pour la récolte du coton et du café, pour l'irrigation provenait des USA, ainsi que les engrais et les produits chimiques divers. En ce qui concerne les exportations, les principaux produits touchés sont les bananes, la mélasse, le sucre. Mais le Nicaragua n'a plus que 16 % de ses exportations en direction des USA. Les plus frappés vont être les moyens et grands producteurs privés, ceux qui ont connu un développement fondé sur l'agro-exportation vers les USA et qui sont habitués à la technologie américaine (10).

L'objectif premier du blocus US est, de toute évidence, d'affaiblir le Nicaragua, de mettre le peuple à genoux par la faim et la misère. Mais l'embargo vise aussi à créer des tensions sociales croissantes. Il n'est pas impossible que l'on assiste à une « radicalisation » du Conseil supérieur de l'entreprise privée (COSEP) et des secteurs agro-exportateurs, à des tentatives de boycott et de sabotage, sans même parler des fermetures d'entreprises par manque de matières premières et de pièces de rechange. Des phénomènes d'accaparement ou de sabotage de la production peuvent se produire : terres laissées en friche, destruction de matériel, pièces de rechange dissimulées, etc. De façon générale, la guerre économique cherche à asphyxier la révolution, à saper sa base sociale pour faciliter ensuite sa destruction.

Il est vrai que les sandinistes avaient déjà, en prévision de cette décision, commencé à diversifier leurs échanges. En 1983, lorsque les USA ont fermé leurs portes aux exportations de sucre, le gouvernement sandiniste a trouvé veaux débouchés au Moyen-Orient et en Afrique du Nord à des prix préférentiels. En 1985, les achats nicaraguayens de produits américains se sont élevés à 110 millions de dollars contre 247 millions en 1980, et leurs ventes aux USA n'ont atteint que 58 millions de dollars.

Par ailleurs, les économies des autres pays d'Amérique centrale vont aussi subir les conséquences de la chute des achats nicaraguayens et les investissements vont se raréfier devant la montée des tensions. Enfin, le recouvrement de la dette nicaraguayenne envers des banques américaines, qui se monte à 225 millions de dollars, sera également compromis. Mais l'objectif majeur de l'impérialisme, c'est de créer une situation de pourrissement interne qui provoque la désaffection de certains secteurs de la population envers le régime sandiniste, en créant des divisions et des ruptures susceptibles de renforcer l'opposition des couches moyennes. On imagine comment le COSEP et la hiérarchie de l'Eglise pourraient utilement tenter de canaliser ce mécontentement et obliger le FSLN à prendre des mesures de coercition contre certains éléments du secteur privé. Une telle politique pourrait créer les conditions propices à une intervention américaine directe, en ressoudant les rangs d'une opposition politique intérieure aujourd'hui divisée et désorganisée.

LA NÉCESSITÉ DE L'AIDE INTERNATIONALE AU NICARAGUA

De quels appuis internationaux dispose le Nicaragua ? Lors de son récent voyage en Europe de l'Est et en Europe occidentale, Daniel Ortega a récolté, suivant le mot d'un journal américain, « beaucoup de sympathie à l'Ouest et un appui financier à l'Est » (11). Le pétrole est fourni pour l'essentiel par les Soviétiques, ce qui était déjà le cas depuis que le Mexique a cessé ses livraisons au Nicaragua, après lui avoir réclamé des paiements anticipés. L'aide soviétique n'est vraisemblablement pas effectuée en devises convertibles dont les Nicaraguayens ont un besoin pressant, mais plutôt en fournitures souvent onéreuses et pas toujours adaptées aux besoins. Des offres d'aide auraient été proposées par la Suède, la Finlande et le Canada. En France, le gouvernement de François Mitterrand n'est disposé à développer les échanges commerciaux avec le Nicaragua que sur la base d'un bénéfice réciproque, ce qui, dans l'état actuel des choses, revient à accepter une diminution substantielle de l'aide, voire même à pas d'aide du tout. La RFA a menacé le gouvernement sandiniste d'exiger le paiement immédiat de toutes ses dettes. Les projets d'aide au développement pourraient également être suspendus en représailles après les déclarations de Daniel Ortega, qui aurait qualifié la RFA de pays complice des USA dans sa politique en Amérique centrale. Le Premier ministre social-démocrate portugais, Mario Soares, s'est borné à exprimer ses craintes d'un alignement du Nicaragua sur l'Union soviétique.

Le gouvernement du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) vient, quant à lui, de manifester son refus de couvrir officiellement les crédits à l'exportation du gouvernement nicaraguayen pour les trois derniers mois. La raison officielle de cette décision, présentée comme « purement technique », serait due au non paiement par les sandinistes des intérêts des prêts accordés depuis 1981. La décision de ne plus couvrir les exportations a été prise le 12 mars dernier par la Compagnie espagnole d'assurance des crédits à l'exportation (CESCE), qui est contrôlée à 50 % par le gouvernement. Cette décision signifie, selon le correspondant du Financial Times à Madrid, que les relations commerciales entre l'Etat espagnol et Managua

10. Les petits, moyens et grands producteurs assurent, selon Envio de mai 1985, 60 % de la production totale du pays.

11. Christian Science Monitor, 25 mai 1985.

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sont complètement bloquées et que le d'agents de la CIA sur place est confirmée.

gouvernement de Felipe Gonzalez n'accordera pas d'autres crédits tant qu'une partie de la dette ne sera pas réglée.

Ainsi, malgré le soutien officiel de ce gouvernement au Nicaragua, il apporte lui aussi sa contribution au blocus américain au nom de la défense de l'économie mixte et du secteur privé. Le fait que Felipe Gonzalez soit aussi le responsable de l'Internationale socialiste pour l'Amérique latine ne peut que donner des inquiétudes supplémentaires au gouvernement sandiniste. L'alignement de fait de nombreux gouvernements latino-américains et européens sur la politique de boycott de l'impérialisme US rend celui-ci plus dangereux, d'autant que l'aide soviétique accordée essentiellement en nature ne sera pas à même d'en compenser les

Il n'est malheureusement pas exclu, comme le montre le déroulement de la dernière réunion de la Contadora, que des gouvernements hostiles à l'intervention militaire directe préfèrent une politique d'étranglement plus discrète et moins compromettante pour les bourgeoisies latino-américaines. LA MILITARISATION DE LA RÉGION

Cette guerre larvée contre le Nicaragua s'accompagne d'une politique régionale déterminée par la nécessité de préparer le renversement du régime sandiniste. La modernisation et la réorganisation des forces armées, le développement d'infrastructures militaires massives, la part des crédits affectés à la guerre dans le budget global attribué aux pays d'Amérique centrale, tout cela prépare les conditions d'une intervention militaire massive au Nicaragua. Le réalignement des forces régionales est spectaculaire. Le Costa Rica, l'ancienne « Suisse » de l'Amérique centrale, qui avait adopté il n'y a pas longtemps un Traité de neutralité perpétuelle, vient d'accueillir les premières troupes yankees destinées à renforcer la « protection » de sa frontière nord. C'est la première fois que des soldats nord-américains sont présents au Costa Rica. En mai dernier, 20 officiers US ont entraîné 750 membres de la garde civile pour former un bataillon de « riposte rapide » près de la frontière nicaraguayenne. Monge, président du gouvernement du Costa Rica et membre de l'IS, a déclaré que son pays ne pouvait se défendre - sous-entendu face à une agression du Nicaragua - « avec des machettes et de vieux mousquets » (12). Des membres de la garde civile costaricaine sont entraînés au Centre régional d'entraînement militaire (CREM) au Honduras, d'autres aux USA et au Venezuela. Deux corps anti-terroristes sont mis sur pied, une unité spéciale d'intervention et la « réserve » de la force publique. Parallèlement, l'Agence internationale de développement (AID) a accordé, en mars, sous forme de don, une aide de 160 millions de dollars à ce pays. Bientôt, l'émetteur « la Voix de l'Amérique » commencera à diffuser en direction de Managua à partir du Costa Rica. Enfin, la présence

Ainsi, avec la reconstruction d'une force armée costaricaine et l'existence de détachements militaires à la frontière nord, le potentiel militaire réactionnaire de cette région limitrophe proche du Nirenforcé. Le Nicaragua se trouve pris en tenaille entre le Costa Rica au sud, le Honduras et le Salvador au nord. Le Costa Rica est une pièce centrale

Au Panama, le « torrijisme » est en déclin (13). La réalisation de manœuvres militaires conjointes entre la garde nationale panaméenne et l'armée nord-américaine montre le degré de coopération que les militaires US peuvent imposer. Enfin, l'impérialisme US envisage même l'installation d'une base militaire à Bélize.

Ainsi, sur un plan régional se construit un « front sud » antisandiniste répondant au « triangle nord » (Guatemala, Salvador, Honduras) de la contre-révolution, au centre duquel se trouve le Honduras, transformé en base US permanente. L'infrastructure militaire gigantesque installée dans ce dernier pays permet le déroulement régulier de grandes manœuvres et d'exercices qui entretiennent la menace d'une invasion du Nicaragua. Le Honduras joue un rôle clé. C'est un poste central de contrôle de l'impérialisme et le point d'appui de la Force démocratique nicaraguayenne (FDN). C'est aussi à partir de son territoire qu'il est possible de faire pression sur les arrières de la guérilla salvadorienne et de contrôler les insurgés guatémaltèques. Le Honduras, véritable épicentre de la lutte contre-révolutionnaire dans la région, a été transformé en protectorat nord-américain. Il est révélateur à cet égard que la signature d'un nouveau traité d'assistance militaire, ainsi que l'installation du centre d'entraînement militaire de Puerto Castilla, ne furent portés à la connaissance du Parlement hondurien qu'en juin 1983, alors que les bérêts verts US étaient déià en train de débarquer. Désormais, les avions salvadoriens ont le droit de survoler le territoire hondurien. Grâce au traité de paix signé entre le Salvador et le Honduras, en 1980, l'entraînement de soldats salvadoriens est possible à Puerto Castilla et des avions de reconnaissance décollent de la base de Palmerola pour informer l'armée salvadorienne des mouvements du FMLN. Les groupes

AÉRIENNES HONDURIENNES 15 B-2 Super-Mystère 25 180-Cessna 10 F-86 Sabre 30 185-Cessna 16 A-37 B Dragon 1 Piper Pa-31 Cheyenne 12 T-37 Tucano 2 S-76 hélicoptères

4 0-2 Push and Pull 2 H-19 Sikorsky 10 C-47 35 UH1H 4 C-54 Skymaster 15 UH10 6 IAI Arava 1 OHA 1 Electra 1 Mescalero 4 C-130 Hercules 12 T-28 A 1 West Wind 6 T-6 Texan 1 Beeck Baron 12 T-33

L'aviation de guerre hondurienne compte 232 appareils aptes au combat, parmi lesquels 55 hélicoptères de guerre, 83 avions de transport et 37 d'appui tactique.

Source : Barricada, 26 novembre 1984.

de la FDN bénéficient eux aussi d'un ravitaillement et d'une aide aérienne quand ils pénètrent en territoire nicaraguayen, les contras sont appuyés par l'artillerie dans leur retraite, lorsque l'armée sandiniste les repousse.

Mais la militarisation de la région n'est pas pour autant un processus unilatéral et sans contradictions. La présence de mouvements révolutionnaires au Guatemala et au Salvador est ancienne. Ils se sont peu développés au Costa Rica et au Honduras. Néanmoins, au Costa Rica les plans américains se heurtent à une tradition antimilitariste et antidictatoriale dans un contexte de crise économique aiguë. Le renforcement des capacités militaires du pays et la présence de mercenaires érodent les piliers traditionnels de l'Etat et de sa relative stabilité antérieure. Au Honduras, la présence de trois forces armées étrangères, la contra, les Salvadoriens et les bérêts verts américains, ainsi que les prébendes dont elles bénéficient, peuvent créer une situation favorable au développement de mobilisations populaires. C'est pourquoi le régime s'emploie plus que jamais à combattre toute opposition : depuis 1982-1983, plus de 80 per-

Sont « disparu », 28 dirigeants et militants ont été assassinés par les forces armées ou des escadrons paramilitaires. L'espionnage et la délation ont été institutionnalisés.

Mais cette militarisation ne s'accompagne pas nécessairement du maintien de dictatures militaires ouvertes. La crise du système de domination impérialiste en Amérique centrale, ainsi que des raisons de politique internationale, conduisent l'impérialisme à adapter son mode de domination. Si le but est de renverser le régime sandiniste, il faut que l'opération soit présentable devant l'opinion internationale, sauf si, comme à Grenade, les forces révolutionnaires fournissent elles-mêmes une justification « démocratique » à l'intervention militaire US.

LA GUERRE LARVÉE

DITE « DE BASSE INTENSITÉ » Le Pentagone travaille dans le cadre d'une stratégie qui combine l'étranglement militaire et économique du Nicaragua, pour préparer les conditions d'une intervention militaire directe qui devrait pouvoir donner le coup de grâce à la révolution au moindre coût humain pour les agresseurs. La guerre d'usure n'exclut donc pas une intervention massive dont les délais ne peuvent être déterminés à l'avance. Si une occasion se présente, comme à Grenade, le Pentagone la saisira. L'accent est mis jusqu'alors sur la guerre d'usure, parce qu'un certain nombre de conditions ne sont pas encore « mûres » pour passer à la phase suivante. Ainsi, la revue nicaraguayenne Pensamiento Propio estime que l'absence de consensus politique aux USA sur cette question et les

12. Financial Times, 15 mai 1985.

13. Le général Omar Torrijos a renégocié. en 1977, les accords sur la restitution du canal de Panama, qui ont pris le nom d'accords Torrijos-Carter. Torrijos est mort dans un accident d'avion en 1981.

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réactions en Amérique latine « ne semblent pas permettre dans l'immédiat que la volonté politique de détruire la révolution sandiniste se réalise au moyen d'une intervention directe des troupes US. On assiste plutôt à la combinaison d'une escalade agressive, tantôt militaire, économique ou politique, accompagnée de tentatives de négociation dans un but de légitimation, mais qui n'impliquent pas une réelle volonté politique de négocier. Cette combinaison d'agression et de négociation donne lieu à une guerre d'usure ou guerre « de basse intensité », qui semble être la dominante de la politique américaine envers le Nicaragua » (14).

Ronald Reagan et la hiérarchie militaire nord-américaine proclament qu'ils n'ont pas l'intention de déployer des forces de combat en Amérique centrale, sauf pour des manœuvres périodiques comme celles qui se déroulent au Honduras, mais ils réaffirment également que les USA doivent être prêts - en application du Traité de Rio ou du Traité interaméricain d'assistance réciproque (TIAR) - à envoyer des forces dans la région, si la sécurité de l'hémisphère est menacée et si les membres de ces pactes militaires sont

« Nous ne nous en sommes pas si bien sortis au Vietnam et nous devons faire mieux la prochaine fois », déclarait un officier nord-américain (15). Faire mieux, cela signifie adapter la stratégie militaire et la stratégie politique. Au niveau militaire, des officiers nord-américains ont été chargés d'une étude sur les conditions d'une intervention. Les questions évoquées sont les suivantes : quel type d'artillerie sera nécessaire pour éviter les dommages « collatéraux », c'est-à-dire les massacres de civils ? Quel est le type d'unités tactiques qui conviennent le mieux aux opérations antiguérilla ? Comment les Américains peuvent-ils constituer les réseaux d'espionnage de telle manière que des informations puissent être rapidement recueillies ? Dans l'action civique, comment les soldats américains peuvent-ils aider les citoyens, de telle sorte que les USA ne se chargent pas des tâches qui incombent au gouvernement local?

Chargement d'armes US au Honduras lors de manœuvres militaires. (DR) Ces questions sont évidemment à rapprocher des leçons que l'impérialisme américain tire du Vietnam et des risques liés à une intervention directe au Nicaragua (16).

INSTITUTIONNALISER

LA DÉMOCRATIE RESTREINTE ?

Pour restaurer la « démocratie » au Nicaragua, comme il se le propose, l'impérialisme doit au moins redorer son blason et se dissocier des régimes les plus réactionnaires. Il lui faut des gouvernements présentables et des interlocuteurs valables pour justifier son énorme effort de guerre et préparer le renversement des sandinistes. Il lui est difficile d'être crédible lorsqu'il condamne le goulag et le « totalitarisme » au Nicaragua, si le major d'Aubuisson règne au Salvador, si la contra est dirigée par d'anciens gardes somozistes, ou si le gouvernement américain soutient l'apartheid en Afrique du Sud.

Les thèmes de la démocratie et des élections deviennent centraux dans la politique impérialiste régionale. De telles élections sont organisées pour donner une légitimité apparemment démocratique et camoufler la militarisation croissante en cours. C'est ainsi qu'après le Salvador, des élections doivent avoir lieu dans la plupart des pays d'Amérique centrale dans l'année qui vient, au Guatemala en octobre 1985, au Honduras en novembre 1985, au Costa Rica en février 1986 et y compris à Belize en décembre. Le modèle colombien, qui combine l'ouverture d'un dialogue conduisant à la réconciliation nationale avec le dépôt des armes par les « rebelles », et une amnistie et leur participation aux élections, a déjà inspiré le cours suivi au Salvador, ainsi que le plan Reagan. Derrière cette symétrie régionale se profile l'étranglement de la révolution

14. Pensamiento Propio, Managua, mars

15. International Herald Tribune, New

16. Kissinger a mis en cause « l'incapacité (de l'administration) à prendre une claire ». Pour lui, les responsables de la politique en Amérique centrale « ce sont les coureurs de fond qui ne sprintent pas, afin de ne pas épuiser leur énergie sur une partie du chemin. Mais le en marche dans cette région par la contre-révolution démocratique. C'est ce que les stratèges américains appellent la « double voie », qui combine l'assistance mili-

Get la répression sélective d'une part, la « démocratisation » du régime et quelques tentatives de réforme d'autre part. Même si le volet démocratique et social n'est dans ce cas qu'une mascarade, la victoire électorale de la Démocratie chré-

June crédibilité internationale et diplomatique non négligeable, et surtout 'combinaison de la recrudescence des activités militaires du régime derrière le paravent démocrate chrétien peut créer de nouvelles difficultés pour le FMLN.

Cette nouvelle tactique impérialiste est nécessaire pour isoler le Nicaragua, mais elle est également liée à la crise du système de domination traditionnel. Les dictatures militaires consolidaient l'alliance entre la vieille oligarchie — les propriétaires terriens et la bourgeoisie exportatrice de produits agricoles et importatrice de biens industriels (bourgeoisie compradore) - et l'armée. Pour désamorcer l'explosivité sociale, il faut maintenant écarter cette vieille oligarchie, briser son alliance avec l'armée, impulser le développement de la bourgeoisie industrielle, imposer une réforme agraire et des réformes institutionnelles. Cette tentative de « réformisme par le haut » s'est jusqu'à présent heurtée à des obstacles de tous ordres. En effet, la dynamique du mouvement de masse rend difficile l'isolement de la vieille oligarchie sans affaiblir l'armée. Or, celle-ci est décisive pour infliger une défaite aux mobilisations populaires et pour écraser l'aile radicale du FMLN au Salvador ou des autres mouvements révolution-

Comment briser la vieille alliance entre l'oligarchie et les militaires au profit de la bourgeoisie industrielle, quand cette dernière est encore en formation, que l'industrie locale est faible et que la situation intérieure est si instable que les capitaux fuient à l'étranger ? Tel est le dilemme impérialiste. Andrès Zaldivar, président de l'Internationale démocrate-chrétienne soutient par exemple la nécessité d'une pouvoir « les oligarchies terriennes appuyées par des groupes armés sans scrupules », ce qui impliquerait « de regrouper les forces démocratiques qui sont en faveur de solutions pacifiques, sans interventions extérieures, qu'elles soient américaines ou cubaines, et de changer profondément les structures économiques et sociales. Ceci permettrait l'émergence d'une vaste classe intermédiaire » (17). Mais la réalisation d'un tel projet, similaire à celui des partis sociaux-démocrates et d'une que l'on court en procédant ainsi, c'est de perdre le marathon. un moment donné, il faut aller de l'avant et savoir prendre une décision ». (El Pais, Madrid, 19 mai 1985.) L'ancien secrétaire d'Etat met en cause ce qu'il considère comme une politique non maitrisée et hésitante de la part de l'administration Rea-

17. Amérique latine, revue du CETRAL,

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Soldats sandinistes en marche vers une zone de combat. (DR) partie de l'administration américaine, réside dans la difficulté d'avoir des alliés intérieurs consistants, une base sociale capable d'appuyer les changements économiques, politiques et militaires nécessaires dans le cadre d'une stratégie contre-révolutionnaire et du maintien d'une armée qu'il faut de surcroît professionnaliser, moderniser, adapter à la nouvelle conjoncture.

Des pays aux ressources infiniment plus puissantes que les petits Etats centroaméricains ont les plus grandes difficultés lorsqu'il s'agit d'engager des réformes partielles. En Colombie, par exemple, les tentatives d'institutionnaliser une démocratie restreinte à la fin des années 1970 répondaient à la montée des mobilisations de masse et à la menace du mouvement de guérilla d'une part et, d'autre part, à la nécessité de faire place aux intérêts du capital financier qui s'est consolidé au détriment de certains secteurs de la bourgeoisie traditionnelle. Le projet de Belisario Betancour, qui inspire la Contadora, comprend quelques réformes économiques, politiques et institutionnelles, ainsi qu'un dialogue avec la guérilla. Sur le plan économique, toutes les propositions de redistribution de la terre se sont pourtant heurtées au refus des organisations d'agriculteurs et d'éleveurs. Quant au programme de réforme des institutions politiques -statut des partis, réforme électorale, réforme fiscale et judiciaire →, il s'est heurté à l'opposition des partis bourgeois dominants et des forces militaires et s'enlise progressivement. La crédibilité de ce projet au sein de la Contadora ou au Salvador est totalement assujettie à sa capacité de régler en Colombie même les conflits politiques et militaires dans le cadre fixé par Betancour.

Il est donc a fortiori plus que douteux que de tels projets de réforme puissent réussir dans des Etats beaucoup plus faibles et dépendants comme le sont ceux d'Amérique centrale. Sur le plan économique, l'exemple du Salvador est éloquent : jusqu'à présent, la réforme agraire a été bloquée. Désormais, la Démocratie chrétienne étant majoritaire au Parlement, elle dispose des moyens législatifs de l'imposer. Il est néanmoins peu probable qu'elle y parvienne.

Les tentatives d'institutionnalisation sur le plan politique et électoral sont plus avancées : des élections doivent avoir lieu dans tous les pays centro-américains dans l'année qui vient. Mais l'instabilité politique, l'absence de traditions électorales, l'imbrication de l'armée dans toutes les luttes d'influence, l'existence de réseaux parallèles et d'une corruption généralisée, les règlements de compte politiques par groupes paramilitaires interposés handicapent l'institutionnalisation impulsée par certains secteurs des classes dominantes en accord avec l'impérialisme.

Au Honduras, les partis dominants sont en crise et fortement divisés avant les élections de novembre. Un front d'opposition, la Coordination démocratique de l'opposition (CODECO), dont l'axe est la Démocratie chrétienne, et une scission de gauche du Parti libéral, s'est créée, avec comme premier objectif la réalisation d'élections non frauduleuses et le projet de « soustraire le Honduras du plan de guerre régional, (...) pour la reprise économique et la stabilité politique du. Honduras ». De façon dévoyée, la crise des partis exprime la profonde crise économique, politique et sociale qui ronge le pays, où « le mélange d'extrême pauvreté, de fort chômage, de conditions sociales constamment détériorées et d'extrême jeunesse de la population est potentiellement explosif », comme le reconnaissait le rapport Kissinger. Il faut y ajouter les conséquences de la présence sur le territoire de trois armées étrangères — américaine, salvadorienne, contra nicaraguayenne -, dont les membres sont souvent mieux nourris et mieux payés que les soldats honduriens. Cette situation ravive le vieux nationalisme anti-salvadorien, tandis que l'occupation militaire du pays donne lieu à ce que les Jésuites du pays ont appelé une « dénationalisation du Honduras ». Les élections, si elles se tiennent, peuvent temporairement masquer cette réalité politique et servir les projets de l'impérialisme, mais elles ne résoudront pas la gravité de la crise que traverse le pays.

Au Guatemala, les difficultés du mouvement révolutionnaire armé favorise une certaine stabilisation du régime. La dictature militaire utilise ce répit et pré pare une nouvelle farce électorale afin de redorer son propre blason et celui de l'impérialisme, en permettant à ce dernier d'accorder une aide militaire plus directe. La participation aux prochaines élections de dirigeants sociaux-démocrates, après 6 ans d'exil au Costa Rica, peut contribuer à légitimer partiellement une des dictatures militaires les plus sanglantes d'Amérique centrale. Un tel intermède pourrait améliorer l'image de marque du Guatemala dans l'opinion américaine. C'est un enjeu assez important pour que l'impéria-

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lisme — par le biais de la Fondation nationale pour la démocratie, institution liée à l'Initiative pour le bassin de la Caraibe de l'administration Reagan - ait fourni une subvention de 125 000 dollars au Centre d'études politiques du Guatemala (CEDEP), institution qui est considérée comme un instrument susceptible de contribuer au développement des « valeurs démocratiques » et faciliter une transition vers la démocratie dans ce pays. La combinaison d'un régime répressif, où les groupes paramilitaires jouissent de l'impunité, avec un semblant de « démocratie pluraliste », sur la base d'un écrasement de l'avant-garde révolutionnaire armée, voilà le schéma que recherche l'impérialisme, au Guatemala comme au Salvador.

S'il est vrai que les élections au Salvador n'ont réglé aucun problème et qu'elles n'ont été qu'un paravent démocratique, elles ont néanmoins représenté un certain bénéfice politique pour le projet impérialiste, facilité l'aide économique et militaire, et diminué l'opposition du Congrès américain. Elles ont également partiellement rompu l'isolement international du gouvernement salvadorien. La victoire de la Démocratie chrétienne a provoqué une crise au sein de l'Alliance républicaine nationaliste (ARENA) d'extrême droite. Mais, malgré ces crises internes et le fait que la Démocratie chrétienne dispose de la majorité absolue dans la nouvelle Assemblée, il ne serait pas étonnant que Duarte se heurte à un blocage institutionnel de la part des partis d'opposition de droite. Certains secteurs de cette opposition de droite veulent ainsi négocier leur participation au fonctionnement de l'Assemblée et obtenir des garanties politiques, d'autres peuvent assumer une attitude de boycott pure et simple, afin d'avoir les mains libres et déstabiliser le gouvernement démocrate chrétien. Pour l'instant, l'état-major de l'armée n'a cessé, depuis les élections, de proclamer son soutien au gouvernement « démocratiquement élu » de Duarte et son respect de la Constitution. Cette attitude n'est pas fortuite, elle correspond à la nouvelle tactique impérialiste et à son projet d'instaurer des gouvernements civils à la place des vieilles cliques militaires, et cela, dans le but d'assurer la survie du régime, de renforcer l'appareil d'Etat, tout en modernisant l'armée pour mieux l'adapter aux nécessités de la contre-insurrection.

Au Costa Rica, le processus électoral se déroule dans un contexte différent. Ce pays a une tradition électorale et un cadre institutionnel distinct. Il est actuellement

Troupes sandinistes à la frontière avec le Honduras. (DR) dominé par le Parti de libération nationale (PLN) lié à l'Internationale socialiste. L'objectif des élections est de prendre acte du réalignement du Costa Rica et de son soutien ouvert à la stratégie contre-révolutionnaire, en utilisant le processus électoral pour créer un consensus dans ce sens, en affaiblissant la tradition pacifiste et neutraliste du pays, qui est incompatible avec le processus de militarisation en cours. La rupture du consensus politique dominant des dernières années entraîne une ré. organisation des forces politiques traditionnelles. Le PLN connaît une crise ouverte, après l'alignement du président Monge sur Washington et son acceptation de la présence des bérêts verts US Néanmoins, l'impérialisme US soutient, par l'intermédiaire du Parti républicain auquel appartient Reagan, le Parti d'unité social chrétien (PUSC) et son candidat à la présidence, Rafael Calderon. L'aide financière massive qui lui est accordée ne laisse aucun doute sur les préférences de Washington, qui souhaite utiliser le discrédit qui pese sur le gouvernement Monge, jugé encore trop modéré, pour imposer un candidat qui concentre sa campagne sur le danger que le Nicaragua fait courir au Costa Rica et critique Monge pour son absence de soutien à l'embargo américain. Des responsables du PUSC affirment même, en privé, que la première décision de Calderon, s'il était élu, serait de rompre les relations diplomatiques avec le Nicaragua, et certains observateurs politiques pensent qu'en cas de victoire, l'installation de bases US sur le territoire costaricain ne ferait plus aucun doute.

Compte tenu de l'usure des vieilles dictatures militaires et de la crise de domination du système oligarchique, l'ins tauration de gouvernements « légalement élus » est une nécessité pour l'impérialis me, pour les besoins de sa domination dans la région. Cette politique est rendue difficile par l'existence de mouvements révolutionnaires armés, par le degré de décomposition de ces régimes et par les contradictions internes de ces pays. La politi-

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que électorale est évidemment partie intégrante de la politique contre-insurrectionnelle, mais comme le disent les révolutionnaires guatémaltèques des Forces armées révolutionnaires (FAR), « cela n'est pas qu'une manœuvre », et considé rer ces élections « comme une comédie et une farce pourrait nous amener à commettre des erreurs politiques sérieuses ». Ces manœuvres électorales sont destinées à isoler le mouvement révolutionnaire, à créer des illusions chez certains secteurs des masses « qui ne voient pas dans la révolution une perspective réelle et immédiate ». Et il n'est pas possible d'ignorer ce processus, « sous peine de s'isoler des masses populaires » dans une période difficile (18). LE MOUVEMENT RÉVOLUTIONNAIRE

SUR LA DÉFENSIVE L'offensive conjuguée de l'impérialisme sur le plan militaire et politique, le réalignement et la réorganisation des forces à l'échelle régionale, la modernisation des armements et la professionnalisation des armées bourgeoises créent une situation plus difficile pour les mouvements révolutionnaires. Au Guatemala, les organisations armées ont subi des reculs. Elles traversent, selon les termes mêmes des FAR, situation difficile » (19). L'effet des bombardements, des déplacements de population regroupées dans des villages « modèles » dans le cadre des programmes dits d'« action civique », la création des patrouilles d'auto-défense, ont permis à l'armée de reprendre le contrôle de certaines zones auparavant tenues par la gué-

Cette dernière n'a pas été anéantie, mais elle est contrainte de se replier en organisant des unités de guérilla mobiles qui ne contrôlent plus de territoire et sont relativement coupées de leur base sociale.

Au Salvador, l'armée s'inspire de la nouvelle tactique politico-militaire appliquée au Guatemala. Selon les conseillers américains eux-mêmes, c'est le statu quo, et une victoire militaire n'est pas pour eux à l'ordre du jour. Bien que les 32 000 soldats qui composent l'armée officielle soient de plus en plus qualifiés, ils ne peuvent pas vaincre les 5 000 à 7000 guérilleros, « qui peuvent encore frapper où et quand ils veulent », selon le colonel américain Edward King (20). Mais les effets des bombardements aériens se font terriblement sentir. La pauvreté des forces du FMLN en armes lourdes et en armement anti-aérien limite ses capacités d'action. Les guérilleros du FMLN sont obligés de se déplacer rapidement, en petites unités, pour échapper aux patrouilles nocturnes, et quelques villages ont pu être provisoirement repris par l'armée. Mais la vigueur de certaines mobilisations de masse, alors que le mouvement arme se reorganise tace à la nouvelle conjoncture, montre que l'on n'est pas proche d'un dénouement ra-

Au Nicaragua, la révolution résiste, malgré d'immenses difficultés, à l'agression impérialiste et aux tentatives d'étranglement économique et militaire. La mission de la contra est de miner l'appui po-

L'armée salvadorienne entraînée par un conseiller nord-américain. (DR) pulaire au gouvernement sandiniste par les économiques et une offensive militaire dirigée contre des objectifs civils, ce qui oblige le gouvernement sandiniste à consacrer une quantité importante de ressources humaines et financières à la défense et de faire en sorte que la crise ne par le capital privé pour affaiblir le mouvement de masse. Militairement et politiquement, la contra n'a pas atteint ses objectifs. Elle n'a pu, par exemple, gagner une base sociale qui lui de s'incruster sur le territoire nicaraguayen. Par contre, les coups infligés par les sandinistes font qu'elle évite les affrontements militaires en se limitant Mais infliger des pertes à des petits groupes qui bénéficient du refuge hondurien implique une supériorité numérique écrasante. Ces nécessités de défense militaire imposent notamment l'organisation d'une défense territoriale efficace, à travers les brigades territoriales de combat, et la mobilisation des jeunes dans le Service militaire patriotique (SMP), avec toutes les difficultés humaines qui en découlent. L'activité de la contra crée enfin un foyer de tension propice à toutes les provocations aux frontières.

Toutes les conditions sont donc réunies pour faire de la crise centro-américaine un conflit de longue durée dans le cadre duquel les stratèges américains et leurs alliés locaux développent une politid'usure et d'étranglement des forces révolutionnaires sur le plan intérieur et international pour préparer une confrontation massive au

Pour cela, l'impérialisme d'abord préparer l'opinion une telle éventualité : c'est le sens de la bataille sur les crédits pour la contra, au Congrès et au Sénat américains. Il doit aussi faire en sorte que le coût humain d'une invasion du Nicaragua soit le plus limité possible, de façon à éviter un enlisement à la vietnamienne. Les USA doivent pouvoir mener cette bataille au nom de la liberté et de la démocratie, ce qui suppose qu'ils trouvent dans ces pays des interlocuteurs présentables. surmonter ou neutraliser les réticences des bourgeoisies latino-américaines, qui sont opposées à toute intervention directe dans le contexte actuel d'explosivité sociale du continent.

Les points marqués par la politique de Ronald Reagan en Amérique centrale font du Nicaragua la clé de voûte de la situation régionale. Toute défaite du Nicaragua serait la défaite des mouvements révolutionnaires. Inversement, le Nicaragua ne peut pas espérer, à court terme, l'aide d'une autre victoire révolutionnaire. Reagan compte sur le temps pour resserrer le nœud coulant autour du cou de la révolution. La direction sandiniste n'a pas le choix : elle donne la priorité à l'effort de car il lui faut d'abord écraser la contre-révolution armée au risque que les conflits frontaliers ne servent de prétexte une provocation impérialiste, quelle qu'en soit la forme, expédition punitive

Cet effort de guerre ne va pas sans contradictions sur le plan économique et social. Le FSLN doit à la fois approfondir le soutien populaire à la révolution par des mesures appropriées, au risque de compromettre la neutralité de certains secteurs, de renforcer l'opposition intérieure et de voir les bourgeoisies internationales se rassembler plus ouvertement derrière Reagan.

Malgré l'agression militaire et la pénurie, le maintien au Nicaragua d'une démocratie pluraliste est un fait sans précédent qu'une campagne internationale de soutien doit populariser contre la démagogie éhontée des croisés de la « liberté ».

18. Panorama, Mexico, avril 1985, bilan de direction nationale des FAR (juin-juillet 1984).

19. Idem.

20. Latin America Regional Report, Mexico and Central America, Londres, 15 février 1985.

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