Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

FEMMES

Chômage et avortement

· Inprecor n° 2, 17 mars 1977 · p. 24-28 · 4 303 mots

Femmes Syndicalisme Italie État espagnol

1975, c'était soi-disant "l'Année de la Femme". Ce fut surtout l'année de la démagogie et des promesses qui ne coûtent pas cher. 1976, ce ne fut pas seulement le retour à la réalité, mais l'année où les gouvernements bourgeois ont lancé les attaques les plus dures contre les femmes depuis de nombreuses années. Contre la liberté d'avortement En Grande-Bretagne et aux USA, la bourgeoisie remet en question l'existence de lois progressistes passées il y a plusieurs années. En Hollande, elle s'attaque au statu quo qui, en dépit des lois, permettait à des milliers de femmes d'avorter dans des cliniques quasi "officielles" France, elle refuse d'appliquer la loi dans la majorité des cas. Contre le droit au travail Non seulement le chômage touche massivement la classe ouvrière, mais il touche avant tout les femmes, toute la propagande bourgeoise encourageant les patrons à renvoyer les femmes dans "leurs" foyers. Le droit aux congés de maternité est remis en cause dans plusieurs pays. Les crèches ferment les unes après les autres, les hôpitaux aussi et l'on continue à attendre des femmes qu'elles s'occupent des vieillards, des malades et des enfants... Les femmes n'en ont pas baissé la tête pour autant. La radicalisation s'est au contraire élargie dans la plupart des pays capitalistes avancés, amenant des couches toujours plus vastes de travailleuses à s'engager dans la lutte, que ce soit dans le mouvement des femmes, dans les syndicats ou dans des campagnes ponctuelles. En Italie, en Espagne, en France et en Grande-Bretagne surtout, les directions des organisations réformistes ont été obligées de se prononcer face aux mouvements de masse auxquels elles étaient confrontées. On a vu le PCI tourner sa veste sur la question de l'avortement le printemps dernier, le PCE se faire le champion de l'unité dans la lutte des femmes contre leur oppression, le PCF reconnaître que le viol était une question importante... Leur présence dans les manifestations unitaires impulsées par les groupes de femmes ce 8 mars 1977 n'en est pas assurée pour autant. Mais les thèmes à l'ordre du jour de cette journée internationale des femmes sont un garant de l'élargissement futur de la mobilisation. Les femmes luttent aujourd'hui pour défendre leurs acquis : pour le droit à l'emploi et aux services sociaux qui les libèrent des tâches domestiques, pour le droit à la mater-

Jacqueline HEINEN nité, si elles la veulent, quand elles la veulent et comme elles la veulent. Elles luttent pour leur droit à l'égalité et à l'indépendance économique, elles luttent pour qu'on les considère comme des être adultes et autonomes. Pour l'avortement libre et gratuit pour le droit à une maternité désirée La crise économique généralisée à laquelle la bourgeoisie doit faire face provoque chez elle des réactions identiques dans tous les pays capitalistes avancés en ce qui concerne sa politique budgétaire : faire des économies sur le dos des travailleurs en commençant par des coupes sombres dans les secteurs non rentables. En clair, s'attaquer en premier lieu aux services sociaux, c'est-à-dire aux écoles, aux crèches, au secteur de la santé, à la sécurité sociale, etc... Et dans le budget de la santé, s'en prendre d'abord aux crédits prévus pour les services hospitaliers prenant en charge les avortements, ou se consacrant à des méthodes d'accouchement sans violence. Parce que ça ne rapporte rien, parce que c'est superflu, que c'est même néfaste et que ça donne aux femmes des "idées" quant à leur capacité de décider, de contrôler... C'est ainsi que l'on voit les pouvoirs publics tenter de fermer l'hôpital Elisabeth Garrett Anderson à Londres - un hôpital créé pour les femmes à la fin du siècle dernier, dirigé par des femmes et où travaillent essentiellement des femmes - ou refuser à Paris les crédits nécessaires au fonctionnement de la maternité des Lilas. Celle-ci pratique l'accouchement sans violence et le personnel associe les femmes à des débats collectifs sur leurs rapports à l'enfant, à leur corps, sur le fonctionnement de la clinique, la gestion qui devrait en être collective. Les pressions exercées par l'aile la plus réactionnaire de la bourgeoisie, le poids de l'Eglise et les rapports de force avec le mouvement ouvrier sont bien sûr déterminants dans la façon dont réagissent les gouvernements. Les sociaux-démocrates en Grande-Bretagne ne s'opposent pas du tout à la proposition de "révision" de la loi faite par le conservateur Benyon. Et pour cause : celle-ci ne fait que reprendre plus ou moins le projet présenté voici 18 mois par James White, député du Labour, visant à réduire le délai légal d'avortement, à restreindre les droits des femmes immigrées, à accroître les droits d'accès de la police aux dossiers établis sur les femmes qui avortent, à diminuer le nombre de médecins autorisés à pratiquer des avortements (il faudra désormais avoir exercé 5 ans au minimum) et à fermer les cliniques effectuant des avortements bon marché.

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Tout cela au nom de la santé des femmes, évidemment. Quand on sait qu'il y a un demi-million de personnes sur les listes d'attente des hôpitaux dans ce pays, on comprend que moins de la moitié des femmes désirant avorter aient pu le faire dans les services publics ces dernières années. Aux USA, ce chiffre tombe à 15%, l'essentiel des demandes étant pris en charge par des cliniques privées. Et pourtant, 700.000 femmes sur 1,5 million en 1975 s'en voyaient refuser l'accès. Mais là, Ford et Carter en tête, la bourgeoisie est plus cynique : c'est au nom des économies à faire que le Congrès s'est prononcé en septembre dernier pour la suppression des fonds accordés à l'avortement au niveau fédéral, ce qui se traduirait ni plus ni moins par 300.000 femmes renvoyées chaque année aux " "faiseuses d'anges" ou au désespoir. L'article de loi a été déclaré inconstitutionnel, c'est donc à la Cour suprême de se prononcer, cette même Cour qui vient de débouter les travailleuses de la General Electric réclamant le paiement du congé maternité par l'entreprise... Ces messieurs se sentent d'ailleurs appuyés par l'ombre puissante du Pape qui n'a rien trouvé de mieux à déclarer que si des bébés malformés devaient naître à la suite de la tragédie de Seveso, il ne manquerait pas de bons chrétiens heureux de les adopter. Il prévoit par ailleurs de canoniser une "sainte" qui a préféré mourir en couches plutôt que d'avorter ! Et il a des émules. Au moment où la bourgeoisie belge engage une chasse aux sorcières contre les médecins qui ont le courage de dire qu'ils font des avortements et arrête cinq d'entre eux - dont le docteur Peers dont l'arrestation avait déjà suscité des mobilisations massives il y a quatre ans - au moment où elle intente un procès à l'une de nos camarades à Courtrai pour "propagande illicite sur l'avortement" (on a "trouvé" des brochures là-dessus dans sa voiture...), une campagne d'affiches des autorités communales couvre les murs de cette même ville, préconisant l'allaitement maternel et recommandant aux femmes "d'être maman complètement" Chacun sait que les patrons courtraisiens sont particulièrement progressistes, qu'ils accordent des congés d'allaitement à toutes leurs ouvrières et ne les licencient pas quand elles sont enceintes, mais leur donnent au contraire des congés de 6 mois. Mais l'ironie n'est pas de mise quand on sait que les mouvements anti-avortement sont puissants, non seulement dans les pays catholiques, mais aussi en Grande-Bretagne et aus USA, qu'ils recrutent de nombreux adhérents au sein de la classe ouvrière imprégnée de l'idéologie bourgeoise, qu'au Portugal encore aujourd'hui, des femmes sont et vont en prison pour avoir avorté, que la loi franquiste considérant l'avortement comme un crime est toujours actuelle en Espagne. S'il est vrai qu'à terme la bourgeoisie ne pourra refuser d'accorder - sous une forme plus ou moins dénaturée - un droit démocratique que de nombreuses femmes de la classe dominante elle-même réclament, cela ne change rien au fait que, dans l'immédiat, ce sont les femmes les plus exploitées, les plus opprimées qui souffrent avant tout de cette situation. Celles qui ne peuvent pas s'offrir un séjour en clinique privée, celles qui n'ont pas même couleur de peau, à qui l'on refuse tout bonnement le droit d'avorter ou à qui l'on impose au contraire une stérilisation forcée.

C'est ce qu'a fait ressortir le "Tribunal" sur l'avortement organisé à Londres fin janvier par un front unique des forces de gauche et d'extrême-gauche, à l'initiative du NAC (Campagne nationale pour l'avortement), et avec l'appui de nombreuses femmes du Parti travailliste. La question des conditions de l'avortement y a été longuement abordée, mettant en cause le séjour forcé de trois jours à l'hôpital avec anesthésie obligatoire. Il faut noter que c'est le même type de préoccupations qui s'exprime aujourd'hui dans les groupes de femmes français. Ces derniers sont à l'initiative, avec certains groupes du MLAC, d'une campagne pour l'application de la loi sur l'avortement, s'appuyant sur une charte du mouvement des femmes. Et surtout d'autres préoccupations commencent à apparaître. Celle de la contraception et du choix de la sexualité. A l'image de la mobilisation des femmes italiennes pour la création de "consultori" , c'est un thème dominant de la campagne qui s'engage aujourd'hui en Espagne autour d'un manifeste réclamant l'ouverture de centres de planing familiaux en même temps que la liberté et la gratuité de l'avortement et de la contraception. Celle d'un autre type de maternité, d'un autre type de rapports avec les enfants. De nombreuses travailleuses commencent à s'interroger et se demandent pourquoi on leur apprend depuis toutes petites que leur rôle "naturel" , c'est d'être mères, alors qu'elles n'ont pas le droit d'être enceintes quand elles travaillent, au risque de perdre leur emploi. Pour le droit au travail, pour un salaire égal, pour une formation identique Dans des pays comme l'Espagne, l'Italie ou le Portugal, le taux d'emploi des femmes dépasse à peine 25% de la main-d'œuvre générale, et malgré cela, les femmes sont les premières licenciées, tout comme elles le sont dans les autres pays capitalistes : en Grande-Bretagne, le chômage des femmes augmente deux fois plus vite que celui des hommes; en France, il représente 5,8% de la main-d'œuvre active féminine contre 3, 2% chez les hommes. Et s'il est le résultat de la politique généralisée de rentabilisation du patronat qui touche tous les travailleurs, il résulte plus particulièrement des restrictions de crédits effectuées dans le secteur public et de la volonté délibérée de privilégier l'embauche des hommes à tous les niveaux. Le renforcement des discriminations vis-à-vis des femmes enceintes ces derniers temps, tout comme les mesures prises à l'encontre des femmes mariées dans l'enseignement public en Allemagne et en Suisse en sont une preuve. Les conséquences du décret gouvernemental qui vient d'être passé en Italie plus de nouveaux engagements et l'on verra sous peu 100.000 chômeurs de plus dans un secteur employant des femmes en très grande majorité, mais les fermetures prévues de crèches, écoles, maisons de vieillards, etc... signifieront en même temps l'obligation pour de nombreuses autres femmes de quitter. leur travail pour s'occuper des enfants et des personnes âgées qui ne seront plus prises en charge par des structures collectives.

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FEMMES A New York, on avait compté 3.000 travailleurs de moins dans les hôpitaux publics en 1975 et 4.500 nouveaux licenciements étaient prévus pour 1976. En Angleterre, c'est un milliard de livres qui ont été supprimées du budget des services publics l'an dernier, affectant avant tout le travail des femmes et leurs conditions de vie. Dans ce pays du traditionnel "welfare state", moins d'un tiers des enfants de moins de 5 ans avaient alors accès à une crèche quelconque... alors même que les 4/5 des femmes actives (38% de la main-d'œuvre totale) travaillaient à plein temps. C'est donc à la fois dans le cadre de l'opposition à la politique budgétaire du gouvernement travailliste - et les femmes étaient massivement présentes parmi les 80.000 personnes qui ont manifesté en novembre dernier contre les "cuts" - et de la lutte contre la politique des revenus imposée par les syndicats que se situe la bataille des travailleuses anglaises pour l'exigence d'un salaire minimum et du salaire égal. La victoire des ouvrières de la "Trico" après 21 semaines de grève et de piquets devant l'entreprise a montré que seule l'action directe payait, que le "Equal Pay Act" (loi sur le salaire égal passée à fin 75) n'avait d'effet que si les femmes s'organisaient pour le faire respecter. Le tribunal d'appel quant à lui a bien montré de quel côté il était en rejetant leur revendication pour que la loi soit appliquée, sous prétexte qu'elles ne faisaient pas le même travail que les hommes. Ce sont les conclusions qui ont été tirées lors du "rassemblement sur le droit des femmes" qui s'est tenu à Londres fin février, réunissant plus de 2,000 personnes, et en particulier les femmes actives dans les principales luttes de ces derniers mois, au niveau des entreprises comme des quartiers, dont une délégation massive de la campagne pour les crèches qui se déroule en ce moment dans le nord-ouest de l'Angle-

TOUTE POLITIQUE SUR NOTRE VENIRE

NE SE FERA PAS SURNOTRE DOS!

C'est à des conclusions analogues que sont arrivées les femmes qui luttent, aux USA, pour l'insertion de l'article de la loi sur les droits égaux (ERA) dans la Constitution américaine. Face à l'attentisme des dirigeantes de l'organisation féministe NOW - pour la plupart liées au Parti démocrate - qui ont freiné les mobilisations au maximum pour ne pas déranger

Carter dans sa campagne électorale, les militantes les plus actives de la campagne sur l'ERA, et nos camarades du SWP en tête, se battent pour des mobilisations dans la rue et dans les syndicats qui seules permettront aux femmes de faire respecter leurs droits et de défendre avant tout celles qui sont le plus exploitées - les femmes noires, les Chicanas et les immigrées. Ce qu'il faut souligner, notamment dans les multiples occupations d'usine dans le secteur du textile en France - où la moitié des grèves l'an dernier ont eu lieu dans des entreprises à majorité féminine - c'est que les problèmes posés par les femmes en lutte ne se limitent pas, et de loin, aux questions salariales. Elles posent le problème du droit des travailleuses à la syndicalisation, de la formation, de leur refus d'effectuer des heures supplémentaires en plus de leur double journée de travail, des conditions de travail particulièrement malsaines et des cadences infernales dans la plupart des secteurs où elles sont présentes. Elles se battent pour la reconnaissance de leurs déléguées et pour l'obtention du congé maladie comme dans la grève massive suivie à 90%, qui dure depuis plusieurs semaines et qui a entraîné la fermeture de l'entreprise textile "Induyco" à Madrid. Avec la solidarité de nombreuses autres boîtes, les travailleuses de l''Induyco" mènent une action de boycott de la chaîne des grands magasins "Corte Inglès" dont la direction possède la majorité des capitaux de leur usine. Elles se battent contre le paternalisme du patronat, comme on le voit aujourd'hui dans la grève de la "Puente" - à Madrid également. Face aux lettres de licenciement envoyées par la direction aux parents des ouvrières qui, pour la plupart sont mineures (elles ont entre 14 et 18 ans), celles-ci ont convoqué une "assemblée des parents" . Pour résister collectivement à ces pressions. Pour les convaincre qu'ils devaient réagir en tant que travailleurs et s'opposer aux manœuvres de division du patron. D'une manière générale, on a pu assister à une augmentation importante du taux de syndicalisation des femmes ces deux dernières années ainsi qu'à la création d'organes spécifiques dans les syndicats, commissions féminines syndicales, regroupements ponctuels de femmes pour discuter de leurs problèmes particuliers, voire coalitions non-mixtes des femmes de différents syndicats comme le CLUW aux USA. Et ces structures, souvent, ont été impulsées oar les directions des organisations traditionnelles du mouvement ouvrier. La politique des réformistes L'évolution des positions des dirigeants syndicaux, des PC et des partis social-démocrates ces derniers temps n'est pas pour nous étonner. Mises en cause par la radicalisation montante des travailleuses, les directions des organisations réformistes sont bien obligées de faire preuve de souplesse pour ne pas perdre totalement le contrôle de mobilisations importantes, surtout lorsque celles-ci sont soutenues activement par de nombreuses militantes de leurs propres rangs. D'où la réanimation, durant "l'Année de la Femme" de structures syndicales propres à discuter des problèmes spécifiques des femmes, la mise à l'ordré du jour de débats sur le thème de l'oppression dans les cours de formation de cadres, et surtout la réap-

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parition systématique, dans les plateformes revendicatives, de mots d'ordre dépassant le traditionnel "A travail égal, salaire égal" , et portant sur l'égalité de formation, sur la gratuité et la qualité des crèches, sur le droit des femmes à contrôler leur corps, et même parfois sur la remise en question de la division des tâches au sein de la famille. Ce type de positions - parfois très avancées comme le montre la plateforme élaborée pour la Rencontre nationale des femmes travailleuses de l'Intersyndicale au Portugal en juillet 76, ou celle de la Confédération nationale des syndicats québécois - se limite cependant à des déclarations écrites dans la plupart des cas et ne se traduit que rarement par un soutien actif aux luttes de femmes. Il faut la pression des mouvements de masse tels qu'ils s'expriment aujourd'hui en Espagne ou en Italie pour obliger les directions réformistes à passer à l'action et à tenter de prendre la tête du mouvement. Encore le font-elles souvent de manière sectaire. A Turin, ce 8 mars, le PCI aura appélé à des manifestations sur l'emploi, séparées du reste du mouvement des femmes, évitant de mettre à l'ordre du jour la question de l'avortement afin que la pression de la base ne l'oblige pas ensuite à s'opposer frontalement à la Démocratie chrétienne lors de la discussion de la loi au Sénat qui doit avoir lieu le 9 mars. A Madrid, pour la première rencontre nationale des groupes de femmes travailleuses les 12/13 février, le PCE qui en avait pris l'initiative a soigneusement évité de convoquer les groupes d'entreprise qu'il ne contrôlait pas, limitant de ce fait la portée d'une telle réunion. Il aura fallu 5 mois avant que le direction de la structure intersyndicale de Londres n'appelle à une manifestation de solidarité avec les ouvrières de la "Trico", sous la pression de la Campagne pour la charte des femmes travailleuses, des organisations politiques d'extrême-gauche et de nos camarades de l'IMG en particulier. Quant à la campagne de solidarité avec les ouvrières du textile qui occupent leurs entreprises depuis parfois plus d'un an en France, on l'attend toujours... Ces quelques faits ne font que souligner les contradictions dans lesquelles se trouvent pris les réformistes qui ne peuvent s'engager trop loin au risque d'être confrontés à des questions gênantes sur l'autonomie des organes de grève, sur la démocratie syndicale, sur le maintien des discriminations vis-à-vis des femmes au sein du mouvement ouvrier et qui essaient, en conséquence, par tous les moyens de récupérer, de limiter, de canaliser ces mobilisations par leur attentisme ou par le biais d'organes qu'ils contrôlent entièrement. Cependant, aussi bien l'existence de quelque 2000 commissions femmes au sein du PCI que le travail unitaire entre l'UDI (Union des femmes italiennes, liée au PCI) et le CRAC (Coordination des groupes femmes à Rome sur l'avortement), ou la présence des femmes du PCE dans les groupes de quartiers et dans la coordination hebdomadaire de Barcelone où se retrouvent une soixantaine de groupes, toutes tendances politiques réunies, représentent, dans les faits, une sérieuse limite à cette possibilité de contrôle. Les femmes du PCI, par exemple, ont bien de la peine à défendre la politique de collaboration de classe préconisée et appliquée par leur parti. Dans le débat qui traverse les différents organes de la presse communiste italienne, elles mettent au contraire en question l'acceptation de la politique des revenus et des suppressions de budget dont les femmes sont les premières à faire les frais. De même, elles critiquent la façon économiste dont le parti est intervenu jusqu'ici par rapport aux femmes, se limitant selon elles à une propagande contre la surexploitation dans l'entreprise. Les tâches des révolutionnaires Dans ce cadre, il est évident que les positions défendues par les révolutionnaires peuvent avoir un écho grandissant auprès de couches importantes de femmes de la classe ouvrière. Ceci d'autant plus que de nombreuses mobilisations commencent à mettre en avant des thèmes qui peuvent devenir explosifs au sein des organisations traditionnelles. La question des femmes battues, par exemple, prouve que la violence dont tous les rapports sont entachés dans la société capitaliste se reproduit dans la famille prolétarienne, et qu'elle est y compris le fait de militants actifs du mouvement ouvrier. Et lorsque les révolutionnaires interviennent pour montrer que seul un changement radical de cette société, seule l'élimination du système de profits permettront que naissent d'autres types de rapports entre les individus, de nombreuses femmes aujourd'hui encore influencées ou organisées par les réformistes ne peuvent qu'acquiescer. Parce qu'elles voient bien que cette violence individuelle est le fruit de la fatigue, de l'exploitation quotidienne, des transports qui n'en finissent plus, de l'absence de prise en charge collective des tâches domestiques, qui reposent entièrement sur leurs épaules et font qu'elles non plus, elles ne sont pas disponibles pour tenter de créer d'autres rapports avec leurs compagnons. En se battant pour l'obtention d'équipements collectifs, de laveries bon marché, de crèches de qualité, gérées par les usagers et par un personnel mixte, elles luttent non seulement contre la double journée de travail, mais elles posent la nécessité de la socialisation des tâches domestiques; elles refusent non seulement d'être confinées dans leur rôle, mais elles rejettent l'image de l'homme viril en exigeant qu'il prenne en charge une part de ces tâches. Et si elles ne le font pas explicitement, c'est l'intervention des révolutionnaires qui pourra les y amener. Les militantes du MDM en Espagne (Mouvement démocratique des femmes, lié au PCE) ont certes une analyse incorrecte de l'origine de l'oppression des femmes dans leurs brochures, dans la mesure où elles la situent uniquement en fonction du franquisme, sans mettre en cause le rôle de l'Etat bourgeois, ce qui leur permet de répendre toutes les illusions sur la "démocratie". Mais lorsque, dans ces mêmes brochures, elles attaquent avec virulence la publicité, les mass media, la presse bourgeoise, pour leur façon de traiter les fem.nes en objets sexuels, elles jettent les bases d'une réflexion sur l'importance qu'il y a pour la classe dominante à maintenir cette image, sur le lien existant entre la propagande officielle pour le retour des femmes au foyer dans les périodes de crise, et les fondements mêmes du pouvoir de la bourgeoisie et de son Etat. Par la même occasion, elles mettent en question la passivité des femmes, non seulement dans la vie quotidienne, mais aus-

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FEMMES si dans les organisations ouvrières. Il nous incombe dès lors de souligner que les femmes peuvent jouer un rôle déterminant dans la recomposition du mouvement ouvrier et dans le processus d'unification syndicale : en débattant de manière unitaire de leurs revendications spécifiques au niveau d'une entreprise, elles peuvent contribuer à lancer un débat commun dans les différentes organisations syndicales, par exemple. En se battant pour la défense de ces revendications, elles seront amenées à engager un débat sur la démocratie dans le syndicat. Dans la mesure où elles se heurtent souvent de manière frontale à la politique de collaboration de classe des directions du mouvement ouvrier, les luttes des femmes aujourd'hui sont une occasion privilégiée pour les révolutionnaires de prendre des initiatives centrales aiguisant les contradictions dans lesquelles se trouvent les organisations de la classe ouvrière (cf les campagnes sur l'avortement et sur l'égalité de salaire en Angleterre dans une période où la marge de manœuvre des réformistes au pouvoir est extrêmement mince) et accentuant la défiance des travailleurs à l'égard de leurs directions. Mais c'est aussi l'occasion de développer leurs perspectives stratégiques et de montrer en quoi la révolution socialiste est à l'ordre du jour. La lutte pour le salaire égal pose non seulement le problème d'une lutte centralisée de toute la classe ouvrière pour un salaire minimum, elle pose aussi tout le problème de la formation et de l'éducation en système capitaliste. Au travers de luttes contre la hausse des prix ou pour des équipements collectifs, dans lesquelles les femmes sont en général les premières impliquées, c'est la question du contrôle qui se pose et que nous devons développer. La lutte pour la gratuité de l'avortement et de la contraception, quant à elle, permet de poser la question du système de la santé, de la qualité des soins, de la recherche scientifique et de la nationalisation des trusts pharmaceutiques. Autant d'éléments, autant d'initiatives allant dans le sens d'un développement de l'activité et de l'organisation autonomes de la classe ouvrière dans son ensemble, mais impliquant en même temps que soit posée clairement la nécessité du mouvement autonome des femmes, de sa nature, de ses liens avec le mouvement ouvrier. Les thèmes de la liberté de l'avortement et du droit au travail sont au centre des mobilisation de ce 8 mars 1977 : ils renvoient de fait à l'ensemble des mouvements qui se sont développés depuis un an au niveau international, que ce soit en relation avec les attaques directes de la bourgeoisie ou avec la remise en cause plus profonde de la place qu'elles occupent dans la société, des milliers de femmes sont descendues dans la rue, exigeant leur autonomie sur le plan économique comme sur le plan sexuel, refusant d'être licenciées, d'être battues, d'être violées, revendiquant d'avoir du temps libre, le droit de décider si oui ou non elles voulaient des enfants, de sortir seules le soir sans être agressées, de divorcer si elles le désiraient, d'être reconnues enfin comme des individus à part entière, dans leur travail comme dans tous les aspects de la vie sociale.

5 mars 1977

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