NAMIBIE La défaite de l'impérialisme portugais au Mozambique et l'échec consécutif des tentatives d'établissement d'un régime fantoche en Angola ont créé un nouveau rapport de force en Afrique australe. Les victoires des luttes de libération dans les anciennes colonies portugaises, et particulièrement l'humiliante déroute des forces sud-africaines en Angola, ont donné une nouvelle impulsion à la lutte de masse contre le racisme et l'impérialisme dans la région. L'impérialisme y a répondu en modifiant la forme de sa main-mise de façon à donner l'apparence de concessions tout en maintenant son contrôle. Cette recomposition assez délicate, qui doit concilier les intérêts conflictuels de différentes forces sociales, s'est d'abord concentrée sur le Zimbabwe, où l'intransigeance du régime raciste blanc a mis toute l'opération en danger. Mais la restructuration de la domination impérialiste en Afrique australe ne s'est pas limitée au Zimbabwe. Le régime Vorster en Afrique du Sud, écrivait le "Christian Science Monitor" à la fin janvier, "est de plus en plus préoccupé par l'absence de progrès dans la recherche d'une solution à la crise rhodésienne. Il est donc déterminé à mettre sa propre solution en avant pour la Namibie... Le but de Vorster est d'installer un gouvernement intérimaire en Namibie vers le milieu de cette année et d'accorder l'indépendance complète au territoire en 1978" L'essence de la solution de Vorster en Namibie - vaste territoire occupé par l'Afrique du Sud au mépris de la législation internationale et de la volonté de la population - est d'empêcher la SWAPO (Organisation du peuple du Sud-Ouest africain), le mouvement de libération du territoire, de jouer un rôle quelconque dans un nouveau gouvernement Vorster a du mal à faire accepter les conversations de Turnhalle à l'étranger. Le 19 janvier 1977, dans une interview au "Rand Daily Mail", le professeur Kerima - un renégat de la SWAPO qui a passé deux années en Europe à tenter de trouver des soutiens au projet namibien de Vorster - disait : "J'ai trouvé que Turnhalle n'avait pas beaucoup de crédibilité à l'étranger". Prétoria a répondu en engageant deux compagnies américaines pour faire du chef Kapuuo, l'un des larbins de Turnhalle, un authentique dirigeant namibien. Le but de la classe dirigeante sud-africaine aux conversations de Turnhalle est de concéder son indépendance formelle à la Namibie tout en y conservant son contrôle réel. Selon les propositions de Turnhalle, aucun changement n'interviendra dans la structure économique. Les entreprises industrielles continueront à être possédées et dirigées par les capitaux sud-africains, britanniques et américains, tandis que les Noirs continueront de servir de main-d'œuvre migratoire à bon marché. La propriété de la terre ne sera pas modifiée.
Pat Jordan & Ric Webster Le nouveau parlement sera composé de quatre représentants pour chaque groupe de la population, mais devra fonctionner par consensus, chacun des groupes possédant un droit de veto. Ainsi, les quatre Blancs, représentant une petite minorité de la population, pourraient bloquer toute proposition qui ne serait pas de leur goût. Enfin Prétoria gardera le contrôle de la défense, de la sécurité, des affaires étrangères, des finances et de la politique monétaire, laissant peu de choses à la discussion du nouveau "parlement". Les troupes sud-africaines resteront en Namibie. Il y a actuellement 45,000 sud-africains armés dans le pays, majoritairement dans le Nord où une zone de tir sans sommation d'un mile (1,6 km) de profondeur a été établie le long de la frontière angolaise. Parmi les 45.000 soldats se trouvent 12,800 hommes des troupes spéciales anti-émeutes et antiguerilla. Quelques africains, achetés par le régime Vorster qui leur a donné des titres leur permettant de parler au nom de différents "groupes de population" , ont accepté la présence de ces troupes. Le pasteur Cornelius Ndjoba, "ministre en chef" de l'Ovamboland, a dit par exemple : "Mon peuple est enchanté de la présence des forces de défense" Les milieux d'affaires sud-africains ont donné un important appui à la conférence de Turnhalle. Ils ont mis sur pied une "Fondation du Sud-Ouest africain" pour canaliser le soutien international au projet de "gouvernement provisoire multinational" . Parmi les compagnies soutenant cette opération publicitaire figurent De Beers, Rio Tinto Zinc, Newmont Mining qui, toutes, possèdent des investissements substanciels en Namibie. Des liens ont aussi été forgés avec les fondations ouest-allemandes; beaucoup de résidents allemands en Namibie sont impliqués dans le projet : Kurt Dalmann, directeur du journal allemand "Allgemeine Zeitung" est un membre influent du comité de planification de la fondation. Cette dernière prévoit d'ailleurs d'organiser des tournées pour les laquais de Vorster en Grande-Bretagne, en Allemagne fédérale et dans d'autres pays européens. A côté de l'opération politique des conversations de Turnhalle, le gouvernement sud-africain intensifie son engagement militaire en Namibie. Il alloue des portions croissantes de son budget "de défense" , sans cesse en augmentation, aux opérations namibiennes et il concentre des troupes sur la frontière entre la Namibie et l'Angola. Néanmoins, la SWAPO a continué à marquer des points, à la fois politiques et militaires. A la mi-janvier, le "Financial Times" rapportait qu'il semblait "qu'une nouvelle base de la SWAPO avait été installée, équipée d'armes en grand nombre, y compris des missiles terre-air et d'engins blindés". La déci-
NAMIBIE sion du Reheboth Volkspartie, le parti des Reheboths (2) qui s'est toujours opposé à la politique sud-africaine en Namibie, de se dissoudre et de rejoindre la SWAPO constitue l'un des succès politiques les plus notables de la SWAPO. Les dirigeants traditionnels de quatre groupes namas (3) firent des déclarations allant dans le même sens; pareillement, la NAPO (Organisation du peuple africain de Namibie), parti de création récente dont le soutien se situe essentiellement parmi les Damaras qui représentent la seconde communauté africaine en Namibie, a annoncé sa dissolution. Selon le numéro de février de la revue "African Development" , les dirigeants de la SWAPO et de la SWANU (4) ont eu récemment des entretiens secrets en vue de mettre sur pied un 'front nationaliste noir' ". Tous ces éléments indiquent que l'exigence de la SWAPO d'être reconnue comme la seule organisation nationale représentative en Namibie peut de moins en moins être écartée. En Namibie comme à l'étranger, la SWAPO a dénoncé les conversations de Turnhalle comme un "monumental exercice de mauvaise foi boer" et a posé un certain nombre de préconditions à sa participation à toute négociation : 1) le retrait de l'armée et de la police sud-africaine hors de Namibie; 2) la levée du blocus de sécurité; 3) l'acceptation par l'Afrique du Sud du droit de la Namibie à l'indépendance et à la souveraineté nationale; 4) la reconnaissance de l'intégrité territoriale nationale de la Namibie; 5) la libération de tous les prisonniers politiques, y compris de ceux qui sont détenus sur l'île de Robben; 7) l'organisation d'élections sous le contrôle des Nations unies; 8) l'abrogation du décret interdisant la SWAPO. Les enjeux Pourquoi l'impérialisme devrait-il tant se préoccuper d'une zone de 824.000 km montagneux et désertiques ? Historiquement, au début du XXème siècle, le conflit entre les impérialismes britannique et allemand plongeait ses racines dans la concurrence à propos des routes commerciales, des terres fertiles dans les montagnes centrales et du rêve de Cecil Rhodes d'une zone africaine s'étendant de l'Egypte au Cap sous contrôle britannique. Mais les enjeux aujourd'hui sont beaucoup plus importants. La Namibie est actuellement le premier producteur de diamants de joaillerie et possède aussi de vastes ressources en lithium, vanadium, plomb, cadmium et zinc. De plus, de nouvelles mines d'uranium, qui approvisionnent la Grande-Bretagne, viennent d'être exploitées. Le Sud-Ouest africain fut créé en 1884 à la Conférence de Berlin par un dictat impérialiste. Ses frontières sont les plus rectilignes du monde - et pour cause. Elles furent tracées à la règle par les représentants des impérialismes britannique et allemand alors qu'ils se partageaient l'Afrique australe. Le Sud-Ouest africain fut attribué au colonialisme allemand, alors en expansion. Il y avait cependant quelques exceptions à la rectitude des frontières namibiennes. La baie de Walvis, dont la situation de seul port sûr de la côte occidentale de l'Afrique australe était d'une importance stratégique (c'est d'ailleurs aujourd'hui la seule ouverture maritime aux exportations namibiennes), fut annexée par la colonie britannique du Cap en 1878. La bande de Caprivi constitua une seconde exception. De 75 km sur 500, elle délimite les frontières de la Namibie avec le Botswana, la Zambie et la Rhodésie. Sa défaite dans la première guerre mondiale coûta à l'impérialisme allemand la perte du Sud-Ouest africain. Celui-ci fut placé sous mandat de la Société des Nations, mais gouverné par l'Afrique du Sud, conformément aux intérêts de l'impérialisme britannique. En 1946, le mandat fut transformé en "administration" des Nations unies, qui la révoquèrent en 1966 après des années de conflit avec l'Afrique du Sud. Pourtant, malgré la décision des Nations unies, la Namibie - ou le Sud-Ouest africain, telle qu'elle fut rebaptisée en 1966 - reste soumise à la domination sud-africaine. En fait, au cours des années 60/70, la Namibie a été de plus en plus intégrée à l'Afrique du Sud, que ce soit sur le plan économi -que ou sur le plan politique. La structure de l'économie namibienne L'économie namibienne est dominée par la production de matières premières et structurée autour des secteurs des mines, de la pêche et de l'agriculture. Elle conserve tous les traits classiques du système colonial : contrôle de l'économie et de l'exportation des matières premières par quelques pays impérialistes; rapatriement des énormes profits impérialistes; conditions de vie proches de la subsitance de la population laborieuse indigène; existence d'une main-d'œuvre de de réserve relativement nombreuse permettant de maintenir les salaires à un bas niveau; utilisation du revenu interne pour couvrir les dépenses infrastructurelles de l'impérialisme. L'extraction de minerai représente l'industrie la plus importante du pays. Les capitaux britanniques, canadiens, français, allemands, japonais et américains possèdent des actions dans l'industrie minière namibienne. En 1972, celle-ci représentait 60% du produit national brut, 60% des exportations et 50% des ressources du gouvernement. Les profits que les multinationales réalisent en Namibie peuvent être illustrées par les exemples de la Tsumeb South West Africa Co. Ltd. et la Consolidated Diamond Mines; en 1972, leurs opérations namibiennes leur ont rapporté, ensemble, 91 millions de dollars. De ce total, 9,8 millions de dollars allèrent aux américains, 1,3 aux britanniques et 35, 2 aux sud-africains. La Tsumeb est une corporation contrôlée par les américains dans laquelle une compagnie britannique, la South West A Africa Co. Ltd., possède une importante minorité d'actions. Le second secteur économique, l'industrie de la pêche et ses annexes, représente 25% du PNB. Les sardines et les anchois sont les deux produits les plus importants. Ils vont aux entreprises sud-africaines qui ont droit à une part de la pêche. Le poisson y est emballé sous le label "produit d'Afrique du Sud" et exporté vers l'Europe et l'Amérique du Nord. Le troisième secteur, celui de l'agriculture, est avant tout basé sur la production de cuir et de peaux de moutons persans Karakul qui sont vendus par la Hudson Bay Company à Londres et qui rapportent aux fermiers blancs de Namibie des profits substantiels. 3,4 millions de peaux de moutons ont été vendues entre septembre 1972 et septembre 1973. A l'étranger, elles étaient vendues au détail 6,5 € pièce. L'économie namibienne n'a pas connu le sort du développement néo-colonial de l'industrie manufacturière qui s'est
produit dans certains pays africains (bien que les secteurs de la construction, de la transformation des biens périssables et de l'assemblage de produits semi-finis importés d'Afrique du Sud aient eu une croissance limitée). Les salaires de subsistance payés aux Africains et le taux élevé de chômage empêchent le développement d'un marché intérieur pour les biens de consommation. L'économie reste donc dominée par le capital étranger concentré dans le secteur des industries des matières premières ou d'extraction. La législation imposée par le régime sud-africain et les taxes sur le capital étranger encouragent au rapatriement de grandes quantités de profit. Les profits non distribués sont taxés autour de 20%, mais tout investissement est déductible; l'industrie minière paie un impôt sur le revenu allant de 22,5 à 30%. En 1974, la législation fut modifiée pour permettre au capital étranger de mieux contrôler ses investissements. Auparavant, 50% de participation locale (c'est-à-dire sud-africaine) était exigée et une prime se montant à 10% de l'investissement devait être versée au gouvernement de Prétoria. Le chiffre de la participation fut réduit à 25% en 1974, ce qui eut pour effet de stimuler à la fois les investissements étrangers et les rapatriements de capitaux. Ainsi, bien qu'il n'y ait eu aucune élévation du niveau de vie des Noirs, le taux de croissance de l'économie a été rapide; ceci est illustré par le tableau suivant des taux de croissance annuels comparés pour les années 1960/69 :
Afrique du Sud 3,8% Tanzanie 1,6% Kenya 1,5% Ouganda 1,7% Angola 1,4% Rhodésie 0,4% Zambie 5,4% Botswana 1,0% (source : "Finance and Development", janvier-mars 1972) Le chiffre donné pour l'Afrique du Sud inclut la Namibie. Dans la brochure sur "le rôle des compagnies étrangères en Namibie", Roger Murray donne le chiffre de 11% comme taux taux de croissance de la Namibie pour cette période. Ceci ne serait pas contradictoire avec le chiffre de 3,8% pour la Namibie et l'Afrique du Sud prises ensemble, puisque le produit intérieur brut de la Namibie ne représente que 4% de celui de l'Afrique du Sud. L'Afrique du Sud et la Namibie Pendant longtemps, le gouvernement sud-africain a refusé de reconnaître l'administration des Nations unies en Namibie. En 1969, la Namibie était formellement désignée comme la cinquième province de l'Afrique du Sud, régie par le décret sur le Sud-Ouest africain. Selon ce décret, les principales fonctions législatives et politiques de la Namibie étaient transférées à Prétoria. La classe dirigeante sud-africaine a deux intérêts majeurs en Namibie. Le premier est économique, surtout en raison de l'abondance de matières premières et de main-d'œuvre à bon marché; le second est stratégique, à cause de la situation géographique de la Namibie entre l'Afrique du Sud et l'Angola. Le régime Vorster conçoit la Namibie comme partie d'une zone tampon comprenant la Rhodésie et les Bantoustans d'Afrique du Sud et protégeant le flanc nord du régime de l'apartheid. Les intérêts sud-africains dans l'économie namibienne sont considérables : 50% des exportations namibiennes vont vers l'Afrique du Sud, tandis que 80% des importations en viennent (particulièrement le pétrole, les aliments et quelques produits manufacturés). L'importance économique de la Namibie est évidente pour des compagnies comme la corporation anglo-américaine Openheimer qui contrôle la De Beers et la Consolidated Diamonds Mine of South West Africa, dominantes dans la production des diamants du pays. Comme le montrent les chiffres de bénéfice réalisé, impôts déduits, en 1971/73, ces intérêts sont spécialement rémunérateurs :
Bénéfices en millions de £ 1971 1972 1973 De Beers 71,6 114,3 166,5 CDM of SWA 22,5 42,6 64,4 Dans les dernières années cependant, l'extraction de l'uranium est devenue un aspect central des intérêts sud-africains en Namibie, en relation avec l'énergie et les armes nucléaires. Le gouvernement français a récemment vendu plusieurs centrales nucléaires à Vorster. L'uranium namibien est extrait conjointement par une association passée entre la Rio Tinto Zinc Corporation et la Industrial Development Corporation of South Africa, qui ont mis en exploitation une mine à ciel ouvert à Rossing. L'IDC, organisme gouvernemental, a investi une somme estimée à 75 ou 100 millions de £ dans le projet de Rossing. Finalement, la Namibie constitue un réservoir de main-d'œuvre noire à bon marché pour l'Afrique du Sud. Selon Jo Morris, dans "le rôle des compagnies étrangères en Namibie" le salaire minimum payé par la corporation Tsumeb aux travailleurs noirs est de 13,3 € par mois, tandis que le personnel blanc débute à 390 f. Les salaires mensuels moyens des travailleurs noirs à la CDM, réputés élevés, se situent entre 24 et 28 livres. Les apprentis blancs touchent trois fois cette somme. La politique des Bantoustans Le tournant pris en 1975/76 par le régime Vorster vers une politique de détente avec les régimes africains noirs et la bantoustanisation de l'Afrique du Sud s'est refletée en Namibie. L'industrie manufacturière sud-africaine aimerait bien étendre ses marchés vers les Etats néo-coloniaux noirs, mais cela implique le maintien d'une main-d'œuvre noire à bon marché à l'intérieur de ses propres frontières. Une expansion du marché intérieur impliquerait une augmentation de la consommation par la majorité noire et la fin de la politique des salaires de misère. Mais la classe dirigeante sud-africaine a constamment rejeté cette option. La politique des bantoustans, dont la frauduleuse indépendance du Transkei (voir Inprecor n°63 du 23.11.76) constitue un premier exemple, est la continuation de la politique raciste de l'apartheid.
NAMIBIE Parallèlement aux bantoustans, toute la législation répressive en vigueur en Afrique du Sud depuis l'obligation des passeports intérieurs jusqu'au décret sur la suppression du communisme a été appliquée à la Namibie. Le déplacement des
Noirs dans les zones blanches ou contrôlées par la police est limité par les passeports intérieurs et, pour demeurer dans une telle zone, une personne noire doit posséder un permis l'autorisant à chercher du travail. De même qu'en Afrique du Sud, le but de cet ensemble de lois est de fournir aux industriels et aux fermiers une main-d'œuvre migrante, noire et à bon marché. Il n'existe pratiquement pas de travail dans les homelands noirs; il en découle un chômage massif et l'existence d'une immense armée de réserve prête à s'embaucher à n'importe quel prix. En Ovamboland, par exemple, le chômage s'élève à 70%. La seule façon de trouver un emploi est de devenir un travailleur migrant et de quitter le homeland pour des périodes de 6 à 12 mois. De 43,000 à 60.000 travailleurs ovambos sont migrants. Les chiffres se décomposent de la façon suivante :
Mines 12 800 Fermes 10 900 Administration et commerce (+) 14 000 Pêche 3 000 Domestiques 2700 (+) tous à Windhoeck, la capitale) Avant la guerre civile d'Angola, 40% de cette main-d'œuvre provenait d'Angola, 53% des territoires ovambos de Namibie et 7% des zones kavangos du nord-est namibien. L'enjeu namibien est donc très important pour l'Afrique du Sud. Non seulement pour les raisons économiques que nous avons énoncées, mais aussi pour des raisons stratégiques et politiques. La classe dirigeante sud-africaine est décidée à créer une zone tampon le long de la frontière nord de l'Afrique du Sud afin d'ériger un barrage contre le flot montant de la révolte des masses africaines qui a infligé une dépar les impérialismes britannique et américain qui tiennent à préserver leurs intérêts économiques cruciaux en Afrique du du Sud, même s'ils doivent pour cela remplacer le gouvernement rhodésien de lan Smith par un régime néo-colonial noir. La montée des luttes de masse en Namibie, et particulièrement la croissance dela SWAPO, menace ce projet. Vorster y répond à deux niveaux : par la répression militaire des Africains en lutte et par la tentative de négocier une indépendance frauduleuse en Namibie, conformément au modèle du Transkei. La SWAPO Selon un entretien accordé au journal "Liberation Support News" nº11/12 par le président de la SWAPO, Sam Nujoma, la SWAPO est née de l'OPO (Organisation du peuple d'Ovamboland) créée à Windhoeck en 1959. En 1960, l'OPO changea de nom pour devenir la SWAPO car "ce nom ne reflétait
Directeur de publicafion : Jean-François GODCHAU pas les aspirations nationales du peuple namibien pris dans son ensemble". Depuis sa création, la SWAPO a dû faire face à une répression permanente. Elle décida en 1966 de lancer la lutte armée. De nombreux militants de la SWAPO sont en prison ou en exil. En juin 67, lors d'une vague de répression contre la SWAPO, 37 Namibiens furent jugés. Vingt furent condamnés à la détention perpétuelle et l'un d'entre eux mourut sous la torture. Cinq autres membres de la SWAPO furent condamnés à la prison à vie en 1969. Au moins 38 autres furent déportés sur l'ile de Robben. Depuis 1969, la SWAPO a fait sienne deux points importants : d'abord qu'une base dans la classe ouvrière est indispensable pour remporter la victoire. Son nouveau programme politique prévoit donc de créer des sections de la SWAPO "dans les zones indu trielles de Windhoeck, Otjiwarongo, Tsumeb, Walvis Bay et Oranjemund". ("Namibia News" septembre 1976). Ensuite que la riposte à la répression sud-africaine impliquait de créer la PLAN (Armée populaire de libération de la Namibie). Le nouveau programme de la SWAPO déclare : "La lutte armée est maintenant la forme essentielle d'expression politique" . Bien que le programme de la SWAPO contienne de nombreux aspects positifs, tels que la nécessité "de combattre toutes les tendances réactionnaires de l'individualisme, du tribalisme, du racisme, du sexisme et du régional isme" (point 4 des statuts), il existe aussi beaucoup d'éléments qui restent ambigus ou carrément absents. Le programme manifeste ainsi des illusions sur le rôle des Nations-unies en appelant au contrôle des élections par l'ONU. II entretient des illusions similaires sur l'Organisation de l'unité africaine. Le point 10 des statuts en appelle "à la coopération étroite avec tous les Etats épris de paix en vue d'établir la paix et la sécurité universelle". L'alinéa a) du chapître sur les "tâches actue lles" se prononce pour "un gouvernement populaire et démocratique" dont la composition de classe n'est pas précisée. Malgré les discours "socialistes" des dirigeants de la SWAPO et en dépit de la lutte héroique de l'organisation contre le régime sud-africain, il est pourtant évident que la SWAPO reste une organisation nationaliste radicale. Mais ces critiques que les marxistes revolutionnaires font au programme de la SWAPO ne doivent pas empêcher la reconnaissance de la lutte tenace qu'elle mène pour l'auto-détermination de la Namibie. Dans cette lutte, la SWAPO a le soutien inconditionnel de la IVème Internationale. NOTES (1) D'après le nom de l'ancienne caserne allemande où elle se tient. (2) L'un des groupes ethniques qui était représenté aux conversations de Turnhalle (3) Autre groupe ethnique, l'un des plus importants après les Ovambos. (4) SWANU (Union nationale du Sud-Ouest africain); avant l'affirmation de la SWAPO elle représentait le mouvement de libération namibien dans les conférences internationales, comme à la Tricontinentale. Elle déclina pour n'avoir pas pu se développer au-delà de sa base d'origine parmi le groupe ethnique des Hereros.
Imprimerie ROTOGRAPHIE, Montreuil.