Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

CHINE

Le retour de Teng

· Inprecor n° 2, 17 mars 1977 · p. 33-36 · 3 259 mots

Chine Stalinisme

CHINE En 1977, suite à l'élimination du "gang des quatre" , la Chine évoluera vers "la Grande Paix et l'Ordre", telle est la promesse faite publiquement par Hua Kuo-feng, le dirigeant nouvellement couronné de Chine. La promesse de Hua représente, d'une part, la tentative de gagner le soutien de la bureaucratie et, d'autre part, la confiance et l'espoir même des masses. Sans les deux, le successeur de Mao sera condamné à l'échec. La direction de Hua s'est fixée quatre tâches principales en émettant le serment "d'Ordre et de Paix" : approfondir la dénonciation et la critique du "gang des quatre"; renforcer la construction du parti; élever le niveau de l'économie nationale et stimuler des campagnes pour "étudier la théorie politique". Les quatre tâches de Hua Le renforcement de la campagne officielle contre le "gang des quatre" possède à la fois des aspects organisationnels et politiques. Son but primordial est de briser effectivement la vieille fraction maoiste, afin qu'elle ne soit plus apte à reconquérir son pouvoir politique et son influence dans le parti et l'appareil d'Etat, ou parmi la population. Le seul fait de développer une telle campagne indique que la bureaucratie considère le "noyau dur" maoïste comme représentant encore un danger potentiel. Puisqu'il est impossible de l'éliminer complètement d'un seul coup, une campagne systématique s'affirme nécessaire. Ses formes en seront déterminées par les conditions objectives spécifiques à chaque étape. Néanmoins, la campagne contre le "gang des quatre" possède une fonction additionnelle : en lançant cette campagne, la bureaucratie s'alloue une certaine marge de manœuvre. En effet, accuser le "gang des quatre" d'abus bureaucratiques (dénoncés par les masses elles-mêmes) diminue la responsabilité du système bureaucratique lui-même. La campagne pour le renforcement de la construction du parti ne relève pas seulement d'un rituel. Les éléments de la bureaucratie y répondront positivement, bien que pour des raisons diverses. Les problèmes auxquels la bureaucratie doit faire face - instabilité de direction, décentralisation provo-

LE RETOUR

DE TENG

S.S. Wu quée par le fossé existant entre les dirigeants centraux et les appareils locaux et provinciaux, le déséquilibre entre le parti et l'armée, et, plus important, l'affaiblissement du contrôle bureaucratique sur la société dans son ensemble -sont d'une importance vitale pour tous les éléments de l'appareil quel que soit leur position dans la bataille de fraction. Le choix - ou plutôt l'espoir - de développer l'économie représente aujourd'hui la troisième priorité pour la bureaucratie. Ses résultats auront des effets et des conséquences fort importants non seulement pour l'appareil, mais pour toute la société. Ceci est d'ailleurs un des thèmes qui attire le plus l'intérêt des masses. Dans ce domaine, la direction Hua confirme et étend la politique des "quatre modernisations" élaborée d'abord par Chou En-lai. Selon cette politique, l'économie devra obtenir une aide technique et scientifique de la part des pays impérialistes. Le développement industriel doit être accéléré, mais la bureaucratie elle-même n'a jamais indiqué clairement à quel rythme cette croissance industrielle - qui se fonde sur l'exportation de produits agricoles - devrait s'effectuer. La relation entre la croissance économique et l'élévation du niveau de vie des masses reste de même imprécise. La bureaucratie rencontrera ici un de ses principaux problèmes. Puisque les masses ne sont ni démoralisées, ni strictement contrôlées, une orientation de développement économique accéléré (dans le secteur industriel spécialement) se faisant à l'encontre d'une élévation relative du niveau de vie, susciterait au moins une résistance passive (par exemple : ralentissement de la production dans les usines et dans les communes populaires, ce qui d'ailleurs s'est déjà produit) et peut-être même active. Cette dernière ne créerait pas seulement des difficultés économiques, mais aussi politiques pour la bureaucratie. Un exemple de cette résistance active - qui s'est déjà manifestée - n'est autre que le collage d'affiches murales à Shangai par des jeunes intellectuels dénonçant l'obligation pour les jeunes de se rendre à la campagne.

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CHINE La photo officielle des dirigeants chinois aux funérailles de Mao... Le quatrième aspect de la politique présente de Hua Kuo-feng - la campagne massive pour étudier la théorie politique -a pour fonction d'absorber et de canaliser les initiatives déjà prises par les masses. Cette option est déjà vouée à l'échec dans la mesure où, à long terme, les revendications avancées par les masses entrent en collision avec le système bureaucratique lui-même. Cependant, l'adoption d'une telle orientation est importante; elle indique que la bureaucratie ne se sent pas capable de mettre fin au mouvement de masse par l'utilisation ouverte de la force et de la brutalité. Elle va donc essayer de canaliser le mouvement naissant, renonçant à utiliser la force à moins qu'elle n'y soit déjà obligée. Bien que la direction Hua Kuo-feng soit incapable de formuler les moyens concrets d'atteindre les objectifs qu'elle a elle-même fixés, elle a cependant souligné correctement les questions-clé existant actuellement en Chine. Malheureusement, pour Hua et compagnie, il y a peu de chance qu'ils puissent résoudre ces problèmes dans le cadre du système bureaucratique. En fait, malgré la chute du "gang des quatre" et la spectaculaire affirmation de Hua comme dirigeant, il n'y a aucune indication d'une stabilité politique effective de la Chine d'après Mao. Alors que l'ère maoïste de la révolution chinoise se désintègre rapidement - même plus vite que nous l'attendions -elle n'est pas suivie par une période marquée du sceau d'une nouvelle direction stable. L'écartement du "gang des quatre" n'a mis fin ni à la lutte fractionnelle, ni n'a instauré l'unité du parti et de l'appareil d'Etat. Le noyau maoïste au sein du parti a été séparé de ses leaders et inspirateurs politiques, mais ils sont loin d'être sans pouvoir aucun. Ils maintiennent des positions dans le parti et l'appareil d'Etat et, avec leur base de masse encore présente bien qu'affaiblie, ils ont réussi à susciter des résistances dans au moins une douzaine de provinces. Y compris, dans les sommets de l'appareil ne se sont pas produites une recomposition harmonieuse et une régularisation de la direction. Le spectre de Teng continue à planer au-dessus de Hua. Le rôle de l'armée croît à nouveau. Les postes clé qu'elle a occupés dans les chemins de fer l'expriment sans ambiguité. Mais, avant tout, les masses commencent à se débarasser de la confusion et des hésitations créées par les choix politiques de l'automne et l'hiver. Vu tous ces facteurs, la période future sera incertaine pour la bureaucratie. Il serait donc prématuré de caractériser l'ère qui s'ouvre comme étant celle de Hua. Cette situation précaire doit être attribuée à deux phénomènes distincts mais reliés entre eux: la crise de la direction et celle du contrôle bureaucratique. La crise de direction L'aspect le plus frappant de la crise de la bureaucratie chinoise réside dans l'absence d'une nouvelle direction disposant de la confiance de l'entièreté de l'appareil et d'une autorité sur lui, de même que d'un minimum d'autorité parmi les masses. Il manque une cohérence politique et organisationnelle même au sommet. L'équipe Hua Kuo-feng n'est pas encore stabilisée. Elle fut acceptée par le parti - ou plus exactement par d'importantes couches et secteurs du parti -comme la seule équipe transitoire valable, au moins pour l'instant. En conséquence, cette direction - y compris Hua -connaîtra quelques difficultés à assurer sa permanence. Tout le débat autour de la position de Teng Hsiao-ping est tout-à-fait significatif de cette réalité. Durant les derniers mois de 1976, le retour possible de ce dernier à un poste de première importance fut envisagé publiquement. Il semble néanmoins certain que d'importantes divisions persistent au sein des organes centraux de la bureaucratie quant à l'avenir de Teng. D'une part, Hua a été mis en avant comme le successeur de Mao. Ceci contredit les déclarations de Li Sin-lin faites en présence de divers "visiteurs étrangers" concernant la direction collective. D'autre part, parallèlement aux rumeurs et spéculations concernant la rentrée de Teng, la campagne de "critique de Teng" était réaffirmée. Par la suite, la situation se complique encore plus vu le gonflement du prestige et de l'image de Chou En-lai, dont le nom est généralement lié à celui de Teng. On peut en tirer une conclusion : Hua Kuo-feng a conquis sa position non pas à cause de forts appuis fractionnels, mais parce que ses liens avec une fraction ou une autre étaient vagues. Le gros de la bureaucratie, unie autour de la nécessité d'écraser le "gang des quatre", mais divisée sur d'autres questions, jugea qu'elle disposerait d'une plus grande latitude pour maîtriser les conséquences de la purge en plaçant Hua à ce poste. Maintenant, le "noyau dur" maoïste contrôlé - au moins dans les hautes sphères de l'appareil - Hua apparaît décidé à conserver et consolider ses positions. Il est aidé dans cette entreprise par la conviction de la bureaucratie dans son ensemble qu'il serait dangereux de changer de dirigeant suprême quelques mois après la mort de Mao.

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En même temps, Teng reste sur les rangs, soutenu par des secteurs non négligeables de la bureaucratie et disposant d'un appui effectif parmi les masses. Ce dernier facteur a mis à l'ordre du jour la possible réinstallation de Teng, réclamée par les masses dans les rues de Pékin. La perspective du retour de Teng pose une série de problèmes à la bureaucratie. Si la rentrée de Teng se confirmait, quel serait l'avenir de Hua ? Vu sa nouvelle popularité, Teng devrait-il se trouver sous les ordres de Hua? Les cadres du parti et la bureaucratie accepteraient-ils une telle hiérarchie, sans mêms parler des masses ? En outre, si Hua se voyait rabaissé dans l'échelle hiérarchique, comment faudrait-il l'expliquer aux cadres du parti et aux masses ? Pour la bureaucratie elle-même, le destin personnel de Hua est bien moins important que le déclin du prestige de l'appareil. Un changement brusque dans la direction centrale intensifierait inévitablement ce déclin. Hua, évidemment, exploite à fond cet état de chose et, actuellement, il est en train de consolider une équipe autour de sa personne, c'est-à-dire non pas seulement liée à l'orientation générale de Teng et Chou En-lai, mais déterminée à défendre à ses propres positions, soit à s'opposer au retour de Teng. Tout ceci implique que des réalignements futurs s'annoncent au sein des forces anti-maoistes, qui s'étaient unies et avaient œuvré ensemble au renversement du "gang des quatre" mais qui, maintenant, s'opposent entre elles. Un des signes les plus récents de ce développement réside dans la façon dont le retour de Teng est préparé. Les déclarations officielles décrivent désormais le "problème de Teng" comme "une contradiction au sein du peuple" et non plus comme "une contradiction antagonique" , ce qui pourrait être une façon de préparer le retour de Teng avec un minimum de remous. La crise du contrôle bureaucratique Mais la crise de direction au sein de la bureaucratie est simplement un symptôme du problème plus grave de la crise du contrôle de cette bureaucratie sur la société dans son ensemble. Même avant l'expulsion de Teng de la direction, à la veille de la manifestation du 5 avril 76 et même avant la purge du "gang des quatre" , ce contrôle avait déjà été sérieusement ébranlé par de sévères batailles fractionnelles d'un côté et, de l'autre, une profonde démoralisation des cadres locaux du parti. (voir Inprecor n°55, 8.07.76 et n°56, 22.07.76).

En premier lieu, la déstabilisation de la direction centrale amoindrit inévitablement l'efficacité et le fonctionnement de toute la structure bureaucratique, ce qui, à son tour, sape le contrôle social. Plus la politique du parti demeure imprévisible, soumise aux caprices de la lutte de fraction au sommet, plus il est difficile pour les milliers de cadres locaux de prendre des initiatives politiques et de maintenir leurs liens avec et leur contrôle sur les masses. De même, la possibilité pour les masses de prendre des initiatives s'en trouve accrue. Le maintien en place de cadres maoístes, malgré la purge du "gang des quatre", exacerbe encore plus cette situation. S'il est vrai que les "purs" maoîstes n'ont pratiquement aucune chance de jamais revenir au centre de la scène dans l'appareil et que, à long terme, leur seule alternative est de capituler ou de périr, ils peuvent cependant toujours avoir une influence significative sur les développements politiques avant d'être complètement éliminés de l'appareil ou totalement apprivoisés. La résistance des maofstes à la purge a été très énergique dans au moins qutre provinces; dans certains cas, des radios provinciales ont même parlé de situations de "guerre civile". Mais ce qui est plus significatif encore, c'est que les sources officielles ont admis que ces soulèvements déclenchés par les maoîstes n'ont pas été complètement écrasés. Etant donné que les maoîstes qui se trouvaient au sommet de l'appareil ont été liquidés et que la bureaucratie est capable de contrôler les éventuels maoístes dans les couches moyennes de l'appareil, il est probable que ces troubles ont été organisés par les cadres inférieurs du parti et de l'Etat, ainsi que par les cadres locaux recrutés par les maoïstes au cours des dix dernières années. La résistance organisée de ces maoistes représente l'aspect le plus dangereux de la situat ion pour la bureaucratie; mais il faut aussi souligne r qu'il existe une large couche de cadres sympathisants du "gang des quatre" qui, s'ils n'ont pas résisté ouvertement, ont également refusé de prendre une part active à l'application des ordres des nouveaux dirigeants, ce qui affaiblit encore le contrôle bureaucratique global. La bureaucratie est certainement consciente que la liquidation de tous les maoîstes "purs" et de leurs sympathisants est une pré-condition pour le rétablissement du contrôle bureaucratique et d'un certain degré d'unité. Mais la première conséquence d'une telle purge serait un affaiblissement de l'appareil dans son ensemble; en conséquence, les nouveaux dirigeants vont certainement peser soigneusement les risques ... la même, retouchée, après l'épuration de la "bande des quatre.

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CHINE d'une telle action avant d'opter pour elle. Les maoîstes continuent de représenter une force centrifuge alors que la faiblesse globale de la bureaucratie l'empêche de les liquider complètement. Cette situation est évidemment temporaire, mais le contrôle bureaucratique ne peut pas être consolidé si elle n'est pas modifiée. Le fait que l'armée ait dû prendre le contrôle des principales gares du pays témoigne du degré d'érosion du contrôle bureaucratique. Ceci montre que les liens de la bureaucratie centrale avec certaines régions se sont brisés. Cela signifie que l'accroissement du pouvoir de l'armée - ou un partage limité des tâches entre le parti et l'armée ou un accroissement du pouvoir de l'armée sur l'appareil civil de la bureaucratie - fera que la bureaucratie devra supporter les effets d'une plus grande décentralisation, des chevauchements administratifs, de la confusion; les conséquences politiques de cette situation dépendront de l'étendue et de la durée de cet accroissement du pouvoir de l'armée. Dans ce contexte général, il ne serait pas surprenant que des développements politico-régionaux autonomes aient lieu dans un futur rapproché, ce qui accentuerait encore les difficultés de la bureaucratie à consolider son pouvoir. Le mouvement de masse La crise de direction dans l'appareil et la crise générale de la bureaucratie se sont combinées avec la réapparition des masses sur la scène politique, bien que pas au niveau prévu. La dernière initiative de masse significative fut la manifestation du 5 avril 1976 sur la place Tien-An-Men à Pékin. A la suite des arrestations effectuées durant et après la manifestation, at après sa caractérisation officielle comme contre-révolutionnaire et l'éviction de Teng des structures dirigeantes, les masses gardèrent le silence. Contrairement aux spéculations les plus courantes, la mort de Mao ne réactiva pas le mouvement de masse, et l'éviction du "gang des quatre" non plus. Cette réserve, quelque peu surprenante étant donné les conditions favorables pour que les masses fassent entendre leur voix, ne fut pas tant le résultat d'illusions profondément enracinées au sujet de Hua Kuo-feng, mais plutôt une manifestation d'une attitude prudente, attentiste, de la part des masses. Après trois mois sans aucun changement et même sans aucune promesse significative de la part de la bureaucratie - en particulier en ce qui concerne la situation politique et sociale de la population - les masses firent soudain leur réapparition, une fois de plus dans les rues de Pekin. Cette nouvelle montée du mouvement de masse, cependant, est loin d'être mûre politiquement, bien que le mouvement révolutionnaire y trouvera son origine. Un des slogans centraux du mouvement, par exemple, n'est autre que la revendication du retour de Teng Hsiao-ping. Teng est considéré comme une victime de la répression qui a fait suite à la manifestation du 5 avril. Dès lors, les masses manifestent un fort attachement pour l'ancien leader. Elles ont même l'illusion que Teng pourrait améliorer leurs conditions matérielles de vie. Ceci signifie aussi que la bureaucratie en tant que telle n'a pas été mise en question, sauf par les éléments les plus politisés.

Mais la nature des illusions actuelles diffère fortement des illusions en Mao qui prévalaient à l'époque du "Grand bond en avant", par exemple. Les masses ne sont plus soumises aveuglément aux ordres de la bureaucratie. Malgré leurs illusions, elles expriment déjà des revendications et des vœux clairs sur la façon d'organiser la nouvelle société. La seule chose qui reste vague est la manière de réaliser ces souhaits. L'aspect le plus prometteur du mouvement de masse c'est qu'il revendique la démocratie socialiste. Bien que la conception dominante de la démocratie socialiste ne soit pas identique à celle des marxistes-révolutionnaires, elle contient néanmoins des éléments importants. Ils s'attaqueraient aux fondements mêmes de la bureaucratie, si les masses luttent pour leur réalisation : liberté d'expression, liberté d'expression, liberté de presse, de réunion, liberté pour le peuple de choisir lui-même ses dirigeants politiques. La conviction des masses dans la démocratie socialiste se traduit de façon explosive dans la revendication de supprimer la caractérisation de contre-révolutionnaire pour la manifestation du 5 avril. En réclamant cela, les masses revendiquent en fait que la bureaucratie accepte et reconnaisse la valeur du mouvement de masse lui-même. Si la bureaucratie accédait à cette revendication, les masses recevraient en quelque sorte le feu vert pour porter des coups contre la bureaucratie lorsqu'elles en ressentiraient le besoin. Si la bureaucratie repoussait cette revendication, alors un affrontement avec le mouvement de masse deviendrait à l'ordre du jour. Pour la bureaucratie, le choix est des plus difficiles. Cependant, vu l'impact et la force de la manifestation du 5 avril, il est improbable que les masses vont tout simplement abandonner cette revendication ou même la mettre en sourdine, si la bureaucratie tente d'éviter de donner une réponse claire à ce sujet. Ceci implique que, dans la période à venir, la question de la caractérisation du 5 avril 1976 - manifestation révolutionnaire ou contre-révolutionnaire - restera un des points d'accrochage entre la bureaucratie et le mouvement de masse. Il n'est pas du tout exclu que l'anniversaire de la manifestation, le 5 avril 1977, ne devienne un moment important de cet affrontement, si la bureaucratie ne donnait pas de réponse et ne réussissait pas à susciter un espoir au sein du peuple. Jusqu'à maintenant, la crise la plus sérieuse de la bureaucratie s'est affirmée durant la Révolution culturelle et immédiatement après. Mais vu la défaite du mouvement de masse, la bureaucratie fut capable de rétablir sa cohérence et de consolider son ordre. Actuellement, elle est à nouveau en crise, mais cette fois elle est pourchassée par le spectre du mouvement de masse. De futurs historiens vont certainement rattacher cela à la manifestation du 5 avril 1976. Depuis lors, l'histoire politique de la Chine n'est plus seulement celle de la bureaucratie, mais elle devient aussi, et avant tout, celle de la lutte entre les masses et la bureaucratie. Un combat qui continuera jusqu'à la victoire finale des masses sur la bureaucratie.

janvier 1977

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