ARGENTINE Plus de cent conflits, la grève des trains et du métro : la dictature discute d'une «ouverture» pour parer à l'explosion. Un spectre hante l'Argentine : celui du "cordobazo", celui des masses dans la rue érigeant des barricades et poursuivant les forces de police, comme à Cordoba en 1969, sous la précédente dictature militaire. C'est ainsi que le gouvernement de Videla et la bourgeoisie ont vécu les grèves hérofques des cheminots, des travailleurs du métro, des électriciens de Rosario, des ouvriers d'Alpargatas et tant d'autres luttes du mouvement ouvrier argentin, déclenchées en octobre et dans les premières semaines de novembre 1977 Il n'y a pas eu de "cordobazo" mais les militaires ont été obligés de reculer par rapport à leurs plans initiaux; tous les secteurs de la bourgeoisie discutent pour savoir quelle est la meilleure manière d'éviter une nouvelle semi-insurrection semblable à celle de 1969. Malgré tout, la résistance à la dictature a fait un bond en avant. Ceci contribuera à la création de conditions propices à la modification du rapport des forces en faveur des travailleurs, non seulement en Argentine mais dans le cône sud de l'Amérique latine. Trains et métro : une victoire ouvrière Les conflits déclenchés en octobre marquent le point le plus haut atteint par la résistance à la junte militaire depuis le coup d'Etat du 24 mars 1976. Les statistiques publiées par la presse bourgeoise enregistrent un record du nombre d'heures de grève. Il n'y a pratiquement pas eu d'usine ou de secteur qui n'ait formulé des revendications salariales : depuis la simple pétition jusqu'au débrayage, en passant par la résistance passive et la grève du zèle. Des luttes se sont produites dans des entreprises comme Canale, Cristalux, Lozadur, Marshall, Camea, Capea, Selsa, Cantabrica, Imsa, Tamet, Centenera, Molinos, la Banque de la nation, la Banque du Canada et la liste pourrait continuer. La plus importante de ces luttes survenues au cours des premières semaines d'octobre fut la grève de l'usine IKA-Renault de Cordoba, durement réprimée par l'armée. Dans la plupart des cas, les patrons ont été contraints de céder des augmentations de salaire.
Nahuel MORENO Mais la "température" a atteint son maximum lorsque les travailleurs des secteurs publics du chemin de fer et du métro se sont jetés dans la lutte. Les premiers ont spontanément déclenché une grève qui s'étendit rapidement de Buenos Aires à tout le pays, contre les misérables 15% d'augmentation du salaire des fonctionnaires, octroyés par le ministre de l'Economie, Martinez de Hoz. D'autres secteurs se joignirent immédiatement à la lutte. Les travailleurs du métro cessèrent le travail; ceux de l'hippodrome, des lignes aériennes, du pétrole, de l'électricité de Rosario, de certains réseaux d'autocars, etc. firent des grèves partielles. Toutes ces luttes bénéficièrent de la solidarité populaire. Après plus d'une semaine de ce régime, le gouvernement se vit obligé de céder des augmentations de salaires qui variaient entre 30 et 40%. Bien qu'elles ne suffisent pas à rattraper l'augmentation des prix, ces augmentations représentent une victoire considérable pour le mouvement ouvrier. Les militaires ont été obligés de reconnaître la légitimité des revendications des travailleurs et de faire un pas en arrière. Les formes de luttes, elles, on fait un pas en avant : depuis la lutte des cheminots et des travailleurs du métro, la méthode de la grève - avec ou sans occupation - commence à se généraliser. Avant octobre, c'était le travail au ralenti ou la grève du zèle, dans une moindre mesure le débrayage qui prédominaient. Avec la grève du secteur public, la classe ouvrière argentine a remporté la victoire dont avaient été privés les travailleurs de l'électricité (affiliés au syndicat Luz y Fuerza : lumière et énergie) et ceux du téléphone. La résistance s'en est trouvée notoirement renforcée comme en témoigne l'entrée en lutte, après cette victoire, des travailleurs de l'entreprise textile Alpargatas et de la Banque du crédit argentin. Ni grève générale ni nouveau «cordobazo» Durant les grèves d'octobre-novembre, les conditions objectives d'une grève générale étaient réunies. Fait sans précédent depuis de nombreuses années, une grève des transports rencontra la solidarité de toute la population qui exprimait ainsi sa
ARGENTINE volonté d'en finir avec les salaires de misère et la situation imposée par le gouvernement militaire et son plan économique. Presque tout le mouvement ouvrier était en lutte pour des revendications salariales, mais personne ne fit converger ces grèves partielles en une lutte unique contre le gouvernement. Il manquait une direction qui lance cet appel à la grève générale. Un tel "argentinazo" aurait mis en question non seulement la figure détestée de Martinez de Hoz, mais le gouvernement dans son ensemble. La bureaucratie syndicale péroniste est responsable de cette situation. Malgré les interventions militaires dans la CGT (Confédération générale du travail) et dans les syndicats, la bureaucratie conserve une énorme influence; mais elle prit bien garde de ne pas aller trop loin. Il serait pourtant erroné de croire que les directions syndicales ne font pas partie de la résistance ouvrière. La bureaucratie résiste à sa manière, qui n'est pas celle de la mobilisation permanente mais celle de l'utilisation des luttes pour négocier avec la bourgeoisie dans de meilleures conditions. D'une part, la bureaucratie stimule l'éclatement des conflits et les laisse ensuite se développer. C'est ainsi que de nombreux syndicats ont réclamé publiquement des augmentations de salaires, comme ce fut le cas, par exemple, pour les coordinations des secteurs publics, du pétrole, des employés du commerce, des assurances, ou la Commission des 25 (comité de fédérations dont certaines sont placées sous tutelle militaire), etc. Mais, d'autre part, la bureaucratie syndicale péroniste ne pousse pas ces mobilisations de masse jusqu'à la grève générale, ce qui impliquerait un choc frontal avec la dictature. Etant donné que le gouvernement a décidé de lui porter des coups pour appliquer son plan de famine, la bureaucratie résiste à sa manière, avec l'ensemble du mouvement ouvrier. La CGT et des syndicats importants comme l'Union ouvrière de la métallurgie ou le syndicat automobile SMATA ont été placés sous tutelle militaire. Le gouvernement contrôle les fonds gigantesques des services sociaux, auparavant monopolisés par la bureaucratie; il maintient en prison des centaines de dirigeants syndicaux dont le chef de la bureaucratie péroniste, Lorenzo Miguel. D'autres, comme le dirigeant du syndicat Luz y Fuerza, Oscar Smith, ont "disparu"En Espagne, le Parti communiste s'est trouvé dans une situation analogue. Tant que le franquisme leur refusait une part du gâteau, les bureaucrates du PCE ont joué un rôle relativement positif en développant la résistance à la dictature au travers des Commissions ouvrières, ce qui accéléra l'usure du régime. A mesure que le franquisme approchait de sa fin et particulièrement lorsque Suarez est entré en scène, les choses changèrent de couleur. Le régime donna quelques miettes du gâteau au PCE. Suarez légalisa le PCE, reconnut les Commissions ouvrières comme syndicat et ouvrit les portes des Cortes à Carrillo et compagnie. A partir de ce moment, les travailleurs espagnols se retrouvèrent avec un dirigeant légendaire des Commissions ouvrières, Marcelino Camacho, qui ne les appelait plus à faire la grève, mais à la briser (comme en Euskadi), qui abandonnait le drapeau de la République pour brandir la bannière sang et or du franquisme et qui, finalement, acceptait le Pacte de la Moncloa gelant les salaires et réprimant les luttes des travailleurs.
La junte militaire (de g. à d. : Massera, Videla, Mason) Il est probable que la bureaucratie syndicale argentine connaîtra une évolution semblable. L'application du plan de Martinez de Hoz exige la liquidation des grands syndicats ouvriers La dictature veut leur substituer des petits syndicats d'entreprise ou de localités, afin de disperser les forces du mouvement ouvrier. Pour la bureaucratie une telle situation est synonyme de liquidation de son énorme appareil. Tant qu'il en sera ainsi la bureaucratie continuera à être dans l'opposition à la dictature et à jouer un rôle relativement positif. A l'instar du PCE, si elle parvient à se mettre en bonne position pour négocier, elle trahira de nouveau les travailleurs. Mais les révolutionnaires ne peuvent confondre le futur avec le présent. Ce serait faire montre de sectarisme infantile que de refuser de comprendre qu'aujourd'hui il faut pousser à l'unité d'action de toutes les composantes du mouvement ouvrier, y compris la bureaucratie syndicale, pour les salaires, la libération des prisonniers et la récupération des organisations ouvrières. Le front unique des partis bourgeois et du gouvernement Il existe une autre raison pour laquelle la bureaucratie n'a pas appelé à la grève générale : contrairement à ce qui s'est passé sous Ongania avant mai 1969 et lorsque la CGT organisa la grève générale de 1975 qui renversa le fameux Lopez Rega et son plan contre-révolutionnaire (le "rodrigazo"), la bureaucratie syndicale péroniste ne trouve aucun relais politique d'opposition dans le gouvernement et parmi les partis politiques de la bourgeoisie. Ainsi, en 1975, il existait pratiquement un front embrassant les Forces armées, un secteur du péronisme lui-même avec là bureaucratie syndicale et le mouvement ouvrier, l'Eglise, le Parlement et la majeure partie des partis bourgeois. Tel n'est pas le cas aujourd'hui. La bourgeoisie et ses partis politiques craignent le mouvement ouvrier argentin et ne veulent pas risquer de se trouver confrontés à de nouveaux "cordobazos" et "rodrigazos". C'est pourquoi elle préfère négocier les différences qui existent en son sein ou entre elle et les militaires. Dans la tourmente de la grève des cheminots et des autres luttes, la prudence fut donc de rigueur pour les politiciens bourgeois. Même les plus favorables à "l'ouver-
ture" comme Lanusse et Balbin prirent bien garde de ne pas faire de déclarations contre la dictature. Lorsque les journalistes interrogèrent Lanusse sur les grèves, il leur répondit : "Je ne possède pas assez d'éléments pour formuler un jugement. Je crois que les circonstances actuelles sont suffisamment complexes et délicates pour que quiconque n'a pas toutes les informations nécessaires s'abstienne d'émettre un jugement qui puisse gêner les autorités compétentes." L'existence d'un tel front des militaires et de la bourgeoisie contre le mouvement ouvrier ne doit pas conduire à conclure qu'il n'y existe aucune friction ou divergence. En fait, la situation est plus contradictoire. Les progrès actuels de la résistance, fondamentalement provoquée par les revendications salariales, stimule l'opposition de la majorité des partis politiques et de la bourgeoisie nationale à Martinez de Hoz et à son plan. Ce plan porte en effet préjudice aux secteurs de la bourgeoisie liés au marché intérieur, c'est-à-dire 80% de la structure économique du pays. Les bas salaires ont provoqué une réduction importante de la consommation, en particulier dans le domaine de l'alimentation, du tabac, des textiles, de l'électro-ménager et de l'ameublement. En outre, la bourgeoisie nationale (industrielle et agricole) est touchée par les lourds impôts, les taux d'intérêts élevés du crédit bancaire à l'industrie, la suspensions des taxes à l'importation, etc. La politique actuelle de Martinez de Hoz ne favorise que les secteurs financiers, la grande banque nationale et étrangère, les gros exportateurs et les monopoles. Pourtant, s'il est probable que va se poursuivre cette offensive contre le ministre de l'Economie, afin de l'éliminer et de modifier son plan, le problème numéro un pour la bourgeoisie reste politique : comment préparer une solution polifique qui enraye ou canalise la montée ouvrière en cours ? Ainsi s'explique également qu'augmentent les pressions en faveur d'une ouverture préventive souhaitée par une partie du gouvernement, les partis bourgeois et l'impérialisme. La junte militaire et l'ouverture préventive Le début de mise en place d'une ouverture préventive a également contribué à repousser la possibilité de la grève générale : le gouvernement de la junte militaire se garda bien de réprimer les grèves. Au contraire, il reconnut que les salaires étaient trop bas et que les grèves n'étaient pas "subversives". Il suffit d'imaginer ce qui serait arrivé si le gouvernement s'était lancé dans la répression de la grève des cheminots et des autres conflits. Face à une telle provocation, la bureaucratie syndicale se serait vue contrainte de lancer un appel à la grève générale. Il ne faut pas oublier que l'entrée batonnette au canon, du Troisième corps d'infanterie dans l'usine Renault avait provoqué la grève de tous les secteurs de l'entreprise. Faute de cette semi-insurrection le gouvernement peut se maintenir en équilibre. Cependant son instabilité demeure puisqu'il est soumis à un ensemble de pressions qui vont de la résistance ouvrière à la politique d'ouverture de l'impérialisme américain, en passant par les partis bourgeois et le patronat qui tient à préserver le marché intérieur. L'offensive ouvrière n'a pas encore fait vaciller le gouvernement et n'est pas parvenue à lui infliger des défaites politiques majeures telles que le démission de Martinez de Hoz ou d'autres ministres, contrairement à ce qui s'était passé en 1969, après le "cordobazo". Mais le discrédit de la dictature croît parmi les masses en même temps qu'elle s'affaiblit davantage. De toute façon, la progression de l'ouverture préventive reste entravée par l'indécision prédominante dans l'armée. L'offensive actuelle des travailleurs encourage l'opposition naissante au sein du gouvernement lui-même. C'est ce qu'on put constater quand, au cours des luttes, il devint évident qu'un secteur de l'armée commençait à entrer en conflit avec Martinez de Hoz à propos des salaires, donnant ainsi, dans les faits sa caution aux revendications ouvrières. D'abord le ministre du Travail, le général Liendo, puis la Marine, dans son organe de presse officiel "Gaceta Marinera" ", critiquèrent la politique salariale et estimèrent "justifiées" les demandes d'augmentation. Après la défaite de l'aile directement contre-révolutionnaire des Forces armées et avant la levée en masse du mouvement ouvrier, il est probable que les frictions et les chocs iront en augmentant dans les rangs du gouvernement à la recherche d'une solution politique, d'un plan (avec élections limitées, plébiscite ou une autre variante) permettant de canaliser le processus vers la prétendue "convergence militaro-civile". Lors de ces batailles, Massera - le commandant en chef de la Marine et son représentant à la junte - défendra son propre plan politique avec l'appui, entre autres, des secteurs de la bourgeoisie nationale favorables à une politique de développement économique basé sur l'extension du marché intérieur. Videla, pour sa part, tentera de convaincre la hiérarchie supérieure de l'armée de la nécessité de préparer un plan d' "ouverture" pour 1979, au plus tard. Une issue «à l'espagnole»? Quel est le résultat des grèves d'octobre-novembre ? Sommes-nous à la veille d'une étape prérévolutionnaire? Si la variante la plus probable pour l'avenir reste celle d'un changement du rapport des forces en faveur du mouvement de masse, il est évident, pour les raisons déjà exposées ici, que la grève hérofque des cheminots et des autres travailleurs du secteur public n'a pas abouti à des modifications qualitatives dans cette direction. L'accord entre l'armée et les partis bourgeois ainsi que la pression exercée par la politique de Carter - de blocage des masses par les méthodes démocratiques bourgeoises et non exclusivement par la répression - vont ralentir le processus. La peur qu'ont suscité chez la bourgeoisie les grèves du secteur public l'a confortée dans l'idée qu'il valait mieux décider de la répartition du gâteau bourgeois autour d'une table de négociations. Le fait que le processus sera plus lent ne signifie pas que la poursuite de la résistance ne peut pas provoquer d'explosions sociales dans des villes ou des secteurs. Mais aujourd'hui Carter, Videla, les partis politiques - y compris le PC argentin - rêvent-ils d'une issue "à l'espagnole"'?
ARGENTINE C'est ce que semblait indiquer le ministre de l'Intérieur, le général Hargindeguy quand il disait que le processus argentin devrait "emprunter le chemin du centre, avec sa droite et sa gauche" . En Espagne même et après avoir rencontré Suarez, l'amiral Massera - répétant apparemment l'idée exprimée par le ministre de l'Intérieur - déclara qu'en Argentine il existait une place politique pour tout le monde "sauf l'extrême-droite "" la gauche insensée" Mais les militaires et les partis bourgeois n'ont toujours pas de solution : Qui est le Suarez argentin? Les candidats ne manquent pas. L'amiral Massera se démène pour apparaître "présidenciable" en cherchant à gagner les faveurs des politiciens et des syndicalistes. Le chef de file d'un secteur de la bourgeoisie foncière, Jorge Aguado, a lancé un "mouvement d'opinion" qui se définit lui-même comme "libéral" et conforme aux principes du 24 mars 1976. Videla, avec son plan de "convergence militaro-civile", sera-t-il candidat? Lanusse est celui qui est le plus en pointe ; l'ex-président militaire qui organisa les élections de 1973 tentera de concrétiser son vieux projet d'être le candidat de "l'unité nationale" / en obtenant le soutien des forces électorales les plus importantes de la bourgeoisie : le péronisme et|' Union civique radicale (UCR). Tels sont les projets de la bourgeoisie mais le cours de la lutte de classe sera déterminé par d'autres éléments : il ne sera pas facile à la bourgeoisie argentine de répéter l'opération espagnole de Suarez. En Espagne, le prolétariat a vécu 40 ans sous le franquisme et, dans toute son histoire, n'a connu que 5 années de démocratie bourgeoise; le régime possède donc une certaine marge de manœuvre pour instaurer le parlementarisme bourgeois. Par ailleurs, l'expérience espagnole se déroule dans une Europe où le parlementarisme n'est pas encore entré dans sa crise finale. Par contre, en Argentine, comme dans le reste de l'Amérique latine, les marges de manœuvres sont beaucoup plus restreintes. Dans les 40 dernières années, l'Argentine est passée par toutes les phases : gouvernement populiste, coup d'Etat militaire, gouvernement démocratique bourgeois. Le caractère de semi-colonie de l'Amérique latine empêche les bourgeoisies nationales de faire des concessions suffisantes pour leur permettre d'atteindre la stabilité relative des métropoles impérialistes. Dans le cas de | 'Argentine, cette caractéristique structurelle des pays latino-américains se combine avec un facteur subjectif : l'absence d'un dirigeant du type de Péron qui puisse être utilisé comme solution de rechange bourgeoise. Sa morf, en 1974 accéléra le processus de crise, désormais en plein développement, du mouvement de masse nationaliste bourgeois le plus important d'Amérique latine : le péronisme. Le panorama politique de la bourgeoisie est d'autant plus embrouillé qu'outre un Suarez, il lui manque aussi un Carrillo et un Gonzalez argentins. Les seuls candidats possibles pour l'instant sont les bureaucrates syndicaux péronistes. Mais leur crise actuelle, qui est celle du péronisme, leur permettra difficilement de jouer à l'avenir le rôle de trouble-fête et de traîtres qui est celui du PS et du PC en Espagne. Pendant 30 ans, la classe ouvrière d'Argentine est restée péroniste, l'expérience désastreuse du dernier gouvernement de Péron et d'Isabel a provoqué la désillusion des travailleurs. Ceci ne signifie pas, évidemment que le péronisme soit totalement liqui dé mais il ne retrouvera plus sa nature de mouvement de masse telle que celui qui existait en 1973 et qui embrassait l'ensemble de la classe ouvrière, d'autant plus que Péron a dispar La crise du péronisme combinée à la montée du mouvement de masse peut provoquer un important déplacement à gauche des travailleurs. Pourtant, on ne peut écarter d'autres possibilités Irène Rodriguez, dirigeante du Parti socialiste des travailleurs d'Argentine, écrivait déjà dans "Inprecor" (n° 3 du 31 mars 1977) : "La crise du péronisme, dans le cadre de la montée ouvrière, peut donner lieu à un phénomène nouveau. La bureaucratie syndicale, branche spécifique du péronisme, constitue presque un parti dans le parti; il n'est donc pas exclu qu'elle décide de s'organiser en tant que telle, initiant la construction d'un parti travailliste. Si ce processus se réalise, il aura un aspect progressiste car il signifiera un pas en avant vers l'indépendance politique de la classe ouvrière et, en ce sens, il exigera que les révolutionnaires s'y engagent à fond." Elle signalait aussi que : "Parmi les larges masses, l'apparition d'un fort parti socialiste, c'est-à-dire d'un parti ouvrier, sera un pas en avant considérable. En même temps qu'un progrès sur le chemin de l'indépendance vis-à-vis des partis bourgeois il aurait sur le parti travailliste l'avantage d'avancer une solution clairement politique, bien que réformiste. Il introduirait le débat le débat sur la nécessité du socialisme." Face à toutes ces possibilités et aux mancuvres politiques que prépare la bourgeoisie conjointement aux militaires et à l'impérialisme, les révolutionnaires doivent se préparer à lutter pour l'indépendance politique des travailleurs, en impulsant la formation d'un parti ouvrier et socialiste, disposant d'une influence de masse. La victoire de la grève des cheminots, des travailleurs du métro, des électriciens de Rosario et la vague de luttes passées ont renforcé le moral de la classe ouvrière argentine pour entreprendre de nouvelles luttes plus vigoureuses encore. Ces victoires ouvrières et la montée de la résistance ouvre la possibilité de briser dans l'œuf les tentatives d'ouverture politiqu non démocratique, limitée et entachée d'exclusives. Les progrès réalisés renforceront et stimuleront la lutte pour les salaires, qui reste essentielle, pour la récupération des organisations ouvrières (CGT, syndicats et commissions internes d'usines). Ils encourageront la lutte pour la libération des prisonniers politiques et pour l'information sur les personnes disparues, comme a commencé à le faire la Commission des parents de disparus lors de sa marche sur le Congrès, le 14 octobre. La crise et la défaite de la dictature militaire en seront rapprochés. Ces luttes accéléreront aussi la tenue d'élections réellement libres et sans restrictions ainsi que la convocation d'une assemblée constituante.