Le testament d'Abu Taher :
la révolution inachevée
Un article récent éclaire les journées révolutionnaires de 1975. Il relate le rôle qu'y joua un militant socialiste, pendu plus tard en criant : «Vive la révolution!» La campagne pour les prochaines élections législatives des 12 et 19 mars 1978 est déjà lancée. A droite c'est la "désunion sacrée" : les gaullistes du Rassemblement pour la république (RPR), emmenés par Jacques Chirac, viennent de rompre l'engagement qui les liait à leurs partenaires de la "majorité présidentielle" de Giscard d'Estaing. Ils les accusent d'avoir secrètement constitué un front destiné à faire pièce à leur hégémonie au sein de la droite. Le RPR a donc annoncé qu'il reprenait sa liberté de présenter des candidats où bon lui semblerait sans se soucier de la convenance des trois autres partis avec lesquels il avait signé voilà peu une plate-forme électorale. A gauche, l'alliance conclue par le Parti socialiste et le Parti communiste français lors de la signature du Programme commun de gouvernement en 1972, après avoir cédé le pas à la compétition acharnée qui devait mener à la suspension des négociations de réactualisation de ce programme, vient de se transformer en division ouverte. Le PS a publié sa propre version du programme commun sur laquelle il fera campagne aux élections législatives. Le PCF s'apprête à faire de même. En attendant, il vient de décider, lors de sa conférence nationale des 7 et 8 janvier dernier, de ne prendre aucune position en ce qui concerne sons désistement en faveur d des candidats du PS au 2e tour de ces élections, avant de connaître son propre score. La crise est donc là et bien là : il n'y a plus ni union de la gauche, ni programme commun. En mars 1977, l'Union de la gauche, la coalition regroupant le Parti communiste, le Parti socialiste et le Mouvement des radicaux de gauche, remportait les élections municipales. Tous les sondages d"intention de vote indiquaient une majorité absolue pour les organisations ouvrières. La poursuite par le gouvernement Giscard-Barre de sa politique d'austérité ne faisait qu'accentuer le discrédit du bloc au pouvoir. Dans cette situation, les organisations syndicales organisaient une grève nationale le 24 mai qui, malgré son absence de perspectives était marquée par les manifestations de rue les plus massives depuis mai 1968. La manière dont la bourgeoisie se préparait à l'éventualité d'une arrivée de l'Union de la gauche au gouvernement a été fournie par Giscard d'Estaing lui-même qui vient d'écrire : "Le succès de l'opposition aux élections municipales en accréditant la probabilité de sa venue au gouvernement transformait la nature du Programme commun : de simple plate-forme que l'opinion accueille toujours avec un septicisme éprouvé, il devenait le "journal officiel" des décisions qui seraient prises par le gouvernement en cas de succès de l'opposition." Le septicisme éprouvé de l'opinion, dant parle Giscard, c'est celui des banquiers et autres patrons assurés de la pérennité de leur domination. Sans qu'aucune épreuve décisive de la lutte des classes n'ait été traversée par la classe ouvrière, la campagne des élections législatives s'ouvre dans une situation politique modifiée, à la suite de la division qui s'est installée entre le PC et le PS. La crise entre le PC et le PS est devenue la préoccupation majeure de la classe ouvrière à laquelle ses organisations avaient promis le changement par le succès électoral du Programme commun signé par le PC, le PS et les radicaux de gauche. La reconstruction du PS grâce à l'alliance avec le PCF En signant en 1972 le Programme commun, le PS effectuait un tournant politique qui rompait avec la tactique des 25 années précédentes, En concluant un accord de collaboration de classes qui pouvait impliquer la participation du PC au gouvernement, le PS répondait à un objectif clairement indiqué par François Mitterrand : il s'agissait de reconquérir, dans une période de montée des luttes ouvrières, le terrain occupé par le PC. Le bilan de ces cing dernières années montre que le but du premier secrétaire du PS a été largement atteint. En 1972, le PS était minoritaire électoralement par rapport au PC et ne disposait que de minces appuis syndicaux grâce à son poids dans le Fédération de l'Education nationala (FEN) et dans la centrale syndicale très minoritaire regroupant les travailleurs les moins conscients, Force ouvrière (FO).
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En 1978, le PS a largement dépassé le PC en poids électoral puisque les intentions de vote le situent aux environs de 27% alors que le PC stagne à son niveau de 1967, soit 21%. De plus, le PS a commencé à conquérir une nouvelle implantation en gagnant la majeure partie de l'appareil de la deuxième centrale syndicale, la Confédération française démocratique du travail (CFDT).
L'espérance d'une accession di PS au gouvernement - et des prébendes qui en découlent -a entraîné l'afflux de nouveaux adhérents, issus de l'appareil d'Etat, très pressés d'occuper des fonctions en son sein. Même si le PS a réussi à gagner des cadres syndicaux, la couche dirigeante de ce parti est différente de la bureaucratie traditionnelle de l'ancienne SFIO (Section française de l'Internationale ouvrière) qui provenait largement de la bureaucratie syndicale jusqu'aux années 50. Les origines fort diverses des militants du PS et les tensions politiques ont créé des problèmes qui ont jusqu'à présent été maîtrisés par l'autorité de François Mitterrand. Ses deux participations à une campagne présidentielle ont conféré au personnage un poids politique particulier dans les institutions de la Ve République. Sa stature de dirigeant d'organisation ouvrière a été fabriquée par le Parti communiste lorsque celui-ci fi appel à lui pour être le candidat unique de la gauche en 1965. A cette époque, François Mitterrand n'était que l'animateur d'un groupuscule bourgeois qui faisait une cure d'opposition après avoir été ministre dans la quasi totalité des gouvernements de la IVe République. C'est grâce à l'audience que François Mitterrand conquit en 1965 que celui-ci put, quelques années plus tard, adhérer au parti socialiste pour en devenir immédiatement le premier secrétaire et présider à la reconstruction de la social-démocratie française. Le parti socialiste espérait bien recueillir les fruits de sa nouvelle position acquise dans le mouvement ouvrier. La réactualisation du Programme commun était pour le Parti socialiste l'occasion de manifester le nouveau rapport de forces qui s'était instauré entre lui et le PC. En décrétant que ce serait "non, non et non" aux propositions du PC, François Mitterrand entendait signifier qu'il était le maître du jeu : ce faisant, il indiquait à la bourgeoisie qu'il était le mieux placé pour endiguer, par-delà les propositions du PC, les revendications de la classe ouvrière. En même temps, il signifiait aux travailleurs que l'heure était aux choix "raisonnables" qu'impose la gestion d'un régime capitaliste en crise. Alors que le PS, il y a cinq ans, ne parlait que d' "autogestion" et de vouloir "changer la vie" , l'approche des responsabilités gouvernementales craquelait ce vernis démagogique. Tout au long des derniers mois, le PS se refusa à inscrire à son programme les revendications syndicales concernant l'augmentation du salaire minimum, n'acceptant celles-ci qu'en janvier 78 devant la popularité de cette exigence revendicaPour mener à bien sa politique de collaboration de classes et continuer à se développer, le PS a à la fois besoin de maintenir une alliance avec le PC et de continuer à passer des accords avec la bourgeoisie. C'est pourquoi le PS évite tout affrontement direct avec Giscard en suppliant celui-ci de conserver un rôle d'arbitre dans la campagne électorale, afin de se ménager des possibilités de collaboration dans le cas d'une accession au gouvernement. C'est pourquoi le PS tient, à bout de bras, le petit parti bourgeois du Mouvement des radicaux de gauche. Afin d'occuper le maximum de terrain électoral face au PC, le PS a négocié avec ce parti bourgeois un accord de répartition des circonscriptions. Dans la grande majorité des cas, le PS n'aura pas à souffir de la concurrence des radicaux de gauche qui appelleront les défenseurs de la propriété privée à voter pour le PS. Mais, en contrepartie, le PS a cédé trente circonscriptions sûres qui assurent les radicaux de gauche de disposer d'un groupe parlementaire dans la prochaine Assemblée nationale. Ce petit parti bourgeois sera ainsi surreprésenté au Parlement et disposera des moyens institutionnels lui permettant de jouer le rôle de groupe charnière quelle que soit l'issué des prochaines élections. C'est une opération politique que le PS n'avait pas tenté lors de la précédente campagne électorale parce qu'il était à l'époque, trop faible. Cinq ans d'alliance dans la cadre de l'Union de la gauche lui ont permis de se reconstruire et d'être aujourd'hui suffisamment fort pour fabriquer une organisation bourgeoise au nom de laquelle il justifiera demain de nouveaux reniements. L'échec de la tactique du PCF Six ans après la signature du Programme commun, le bilan est lourd pour la direction du PCF. Le PC a enregistré un échec sur le terrain électoral, ayant dô céder la première place au PS. Pour la direction d'un parti qui s'était prévalu d'être le premier parti de France de 1945 à 1958, puis le premier parti ouvrier, c'est là un échec sévère en raison de l'éducation électoraliste fournie à la majeure partie des cadres du PC. Le PC a aussi enregistré un échec sur le terrain de l'encadrement des luttes de la classe ouvrière. Depuis 1968, le monopole politique qu'exerçait le PC sur la classe ouvrière est remis en question. Il ne peut empêcher un enracinement croissant de l'extrême-gauche révolutionnaire parmi les travailleurs, comme en témoigne la progression des oppositions de lutte de classe dans les syndicats. Mais le PC n'a pas non plus réussi à empêcher la constante progression de la CFDT, à direction socialiste, dont les effectifs ont crû de près de 50% depuis 1968, alors que la CGT stagne au cours de cette même période. La signature du Programme commun a certes permis au PC de disposer d'un débouché politique crédible fondé sur la collaboration de classes. Le PC a pu ainsi différer les affrontements sociaux et politiques avec le gouvernement, au nom de ce débouché politique. Mais le cadre politique constitué par l'Union de la gauche n'a pu enrayer la perte d'influence du PC sur la classe ouvrière. Ce double échec du PC le place dans une situation difficile. Dans un rapport de forces électo-
ral défavorable vis-à-vis du PS, il peut devenir en cas d'accession au gouvernement, une simple force d'appoint ne disposant pas des avantages institutionnels qu'une organisation réformiste gagne en occupant l'appareil d'Etat bourgeois. Perdant son monopole politique sur la classe ouvrière, il traverse une véritable crise d'identité par rapport à son histoire stalinienne qui en avait fait le seul parti de la classe ouvrière. Ces difficultés, liées à la place qu'occupe le PC dans la classe ouvrière française, sont aggravées par l'approfondissement de la crise du stalinisme. Les échecs rencontrés par la direction du PC ne peuvent plus être justifiés par les nécessités de l'obéissance aux directives de Moscou comme au temps de l'apogée du stalinisme. La direction du PC doit rendre compte à ses militants de l'application concrète de son orientation dans le cadre des frontières nationales. En ce sens, les choix tactiques du PC sont de plus en plus déterminés par les impératifs nationaux qui fondent sa politique de collaboration de classe et qui permettent à son appareil de se maintenir comme bureaucratie ouvrière. Les éches rencontrés par la direction du PCF sont sufisamment sévères pour qu'on puisse les considérer comme les facteurs du changement de tactique du PCF sans rechercher une hypothétique "main de Moscou". Le PCF a donc décidé de changer la tactique qui avait abouti à la reconstruction du PS à son détriment. La question cruciale pour lui est celle du rapport de forces à l'intérieur du mouvement ouvrier. Après avoir mené une polémique de deux mois au cours de laquelle le PC a accusé le PS d'avoir tourné à droite, le secrétaire général du PC, Georges Marchais, a présenté, au cours d'une conférence nationale en janvier l'enjeu des élections de mars 78 : "Le choix offert aux Français est donc clair. Ou bien, le 12 mars au soir, le Parti communiste ne disposera pas d'un soutien suffisant et quels que soient ceux qui dirigeront le pays, le changement ne pourra pas se réaliser. Il sera remis à plus tard. Ou bien le Parti communiste bénéficiera du poids suffisant pour agir et le changement, donc la victoire, pourra s'imposer. Voilà donc la question essentielle du prochain scrutin : le nombre de voix obtenu par le Parti communiste au premier tour. Poser le problème autrement, vouloir régler la question du second tour avant le premier, ce serait abandonner la lutte pour un accord sur un bon programme et donc rayer d'un trait de plume la possibilité même du vrai changement. " Georges Marchais devait préciser la question du poids suffisant : "21% ce n'est pas assez, 25% ce serait bien." Le PCF annonce ainsi crûment que, pour lui, l'enjeu principal des élections de mars 1978, c'est son résultat électoral. Il subordonne sa décision de se désister pour les candidats du PS qui seraient arrivés devant lui au premier tour à son propre nombre de voix. Les règles électorales de la Constitution française fixent un système d'élections à deux tours : au premier tour une majorité absolue est nécessaire pour être élu, au second tour, une majorité relative suffit. Battre les candidats bourgeois exige donc qu'a l'issue du premier tour, les candidats des partis ouvriers se retirent en faveur de celui qui est arrivé en tête. Sinon, c'est la perpétuation de la majorité gouvernementale d'autant que tous les partis gouvernementaux ont annoncé leur décision d'appliquer la règle du désistement entre eux. Le PC menace donc de laisser le gouvernement Giscard-Barre en place s'il juge n'avoir pas recueilli un nombre suffisant de voix. Même si le PC a cyniquement étalé sa volonté de faire passer ses propres intérêts avant ceux de la majorité de la classe ouvrière, le PC laisse encore ouverte toutes les éventualités. De fait, si le PC a tiré le bilan de ses échecs passés, il n'a pas encore de tactique de rechange. Dans le cadre de leur polémique avec le PS, les dirigeants du PC annoncent leur volonté de refuser l'austérité de gauche. Mais dans le même temps, ils cautionnent la politique menée par les partis communistes espagnol et italien qui approuvent l'austérité dans leur pays respectif. Surtout, aux discours résolus du PC pour dénoncer la gestion de la crise, correspond un refus systématique d'unifier les luttes ouvrières contre cette même austérité. Autant dans une période de démoralisation et de reflux de la classe ouvrière, une organisation stalinienne peut développer une phraséologie "gauche" sans risque de mouvements sociaux d'envergure, autant les caractéristiques de la période actuelle, marquée par la montée de la combativité et de la conscience ouvrière, interdisent le recours prolongé à ce genre de tactique. En fait, le PC n'a pas rennoncé à vouloir aller au gouvernement mais il entend y mettre la condition de conserver son monopole politique sur la classe ouvrière. Dans la première phase de la polémique avec le PS, le PC a centré le débat sur le nombre des entreprises à nationaliser et sur les modalités de désignation des directeurs de ces entreprises nationalisées. Ce n'était pas un prétexte, mais la volonté de centrer la discussion sur les garanties que pourrait obtenir le PC en cas d'arrivée au gouvernement. En raison du poids que possèdent le PC et ses militants syndicaux dans la plupart des groupes industriels nationalisables, c'était vouloir obtenir en contrepartie d'une arrivée au gouvernement les avantages nécessaires pour consolider l'encadrement de la classe ouvrière. Le PS s'est refusé à accorder les garanties exigées par lePC. Celui-ci a été amené à mettre en question la possibilité d'une victoire électorale des organisations ouvrières, préférant prendre le risque de différer son arrivée au gouvernement plutôt que de participer à une expérience où il pourrait voir restreindre son influence parmi les travailleurs, sans aucune contrepartie. Mais il s'agit tout au plus pour le PC de différer son accession éventuelle au gouvernement, en se ménageant la possibilité d'y accéder plus rapidement si le résultat des élections marquait un infléchissement dans l'évolution des rapports de forces au sein du mouvement ouvrier. En effet, en dehors de cette perspective d'accession au gouvernement, le PCF n'a aucune autre stratégie de rechange qui lui permette de conserver son contrôle que la classe ouvrière dans la cadre d'une politique de collaboration de classes.
Tous les détours tactiques, si heurtés soient-ils, du PCF, s'inscrivent dans ce cadre stratégique auquel le PC ne peut renoncer en raison de sa trajectoire historique de parti stalinien en crise dans un processus de social-démocratisation. La division de la classe ouvrière L'Union de la gauche s'est donc désunie à la veille de la campagne des élections législatives. L'ouverture de la crise n'a pas modifié les rapports de force électoraux qui indiquent toujours une possible majorité de voix pour le PC et le PS, sans que cela entraîne une majorité en sièges à l'Assemblée. Quelles que soient les incertitudes qui pèsent sur les sondages, il semble que le PCF aitmaintenu ses positions tout au long de la première phase de la polémique. C'est là une donnée qui signifie que le PC a mené une tactique s'appuyant sur les exigences revendicatives des travailleurs les plus durement touchés par l'austérité, et sur de profonds réflexes anti-sociaux-démocrates dans la sphère d'influence du PCF. En fait, les rapports de force entre les classes n'ont pas concrètement été modifiés par la crise de l'Union de la gauche. C'est précisément la montée de la classe ouvrière qui rend de plus en plus inadapté le système politique de domination de la bourgeoisie instauré en 1958 par le général de Gaulle. Une majorité en voix pour le PC et le PS ouvriraient de toutes les façons, une période d'instabilité politique à la faveur de laquelle de nouvelles formes de collaboration de classes pourraient se nouer. L'ampleur des illusions portées par les partis réformistes explique pourquoi le PC et le PS ont pu se permettre de rompre, pour aujourd'hui, leur alliance électorale tout en conservant chacun de leur côté la confiance de la fraction de la classe ouvrière qu'ils influencent. Ainsi, l'ouverture de la crise de l'Union de la gauche prouve que celleci n'était pas la dernière solution de la bourgeoisie face à une montée de la classe ouvrière qui serait irrésistible. La montée de la classe ouvrière est encore limitée, elle est d'ores et déjà suffisante pour contrarier le fonctionnement des institutions de la Ve République, mais laisse ouverte la possibilité de solutions de collaboration de classes qui laisseraient le PC hors du gouvernement. Dans cette situation, tout en claironnant leur rupture pendant la campagne électorale, le PC et le PS s'efforceront d'en maîtriser tant bien que mal les effits. Ainsi, la polémique n'a pas jusqu'ici atteint les municipalités d'Union de la gauche où les militants du PC et du PS les plus investis dans la gestion des affaires de la bourgeoisie continuent à collaborer. Des directives précises du PC et du PS ont mis les municipalités à l'écart de la crise; ce qui témoigne tout à la fois d'une volonté politique des directions des partis ouvriers et de l'aspiration de la couche des militants les plus intégrés à cette gestion à maintenir ces cadres concrets de collaboration de classe.
Les deux principales centrales syndicales ont chacune choisi leur camp en lançant des appels au vote plus ou moins déguisés pour le PC ou le PS. Il n'empêche que la CGT et la CFDT n'ont pas relayé nationalement entre elles la polémique PCPS. Les secrétaires généraux de la CGT et de la CFDT se sont même crus obligés de déclarer qu'ils étaient d'accord pour l'action ensemble, alors qu'ils n'ont aucune perspective concrète à offrir. Leur volonté de préserver les possibilités d'unité d'action témoigne de la volonté des appareils réformistes de ne pas créer les conditions d'une rupture irréparable. Les directions de la CGT et de la CFDT amortissent les conséquences de la rupture qui entraîne, par contre, aux échelons intermédiaires des deux centrales syndicales, des discussions acerbes se nourrissant de la division entre le PC et le PS. Ce n'est pas sans difficultés que le PC et le PS se sont brutalement engagés dans leur politique de division et ont heurté de front une profonde aspiration unitaire qui a été dévoyée pendant des années au profit de l'Union de la gauche. La direction du PCF doit, notamment, faire face aux interrogations de nombreux militants qui discutent de la validité de l'orientation suivie par leur parti. La responsabilité principale de la division, n'est-elle pas à chercher dans une politique de collaboration de classes qui a exclu une intervention unitaire des travailleurs dans le débat sur le programme et les revendications ? Tel est le fondement de regroupements critiques qui commencent à naître au sein du PCF. En accusant le PS d'avoir tourné à droite, c'est son propre bilan que la direction du PC met en cause. Pour offrir des réponses à ces interrogations, comme pour s'adresser à la majorité de la classe ouvrière, seule une bataille politique pour l'unité ouvrière afin d'arracher le succès des revendications et de chasser le gouvernement Giscard-Barre correspond aux exigences de la situation. Le PS et le PC doivent s'unir pour former un gouvernement dont les travailleurs exigeront qu'il rompe avec la bourgeoisie et qu'il satisfasse leurs revendications. Les responsabilités du PC et du PS sont équivalentes dans la rupture qui vient de se produire. Au refus du PC de s'engager à se désister pour le candidat ouvrier le mieux placé, correspond le refus du PS d'accepter les revendications mises en avant par les confédérations syndicales. Il n'empêche que PC comme PS sont d'accord pour conserver l'économie de marché et la Constitution de 1958. Alors que la campagne des élections législatives de mars 78 s'ouvre dans une période de crise mondiale du capitalisme où l'austérité frappe la classe ouvrière, le PC et le PS abordent cette campagne en étant majoritaires dans le pays sans fournir aucune proposition de lutte pour le socialisme. D'improbable, le succès électoral d'un bloc gouvernemental discrédité est devenu possible, si la division bureaucratique l'emportait sur l'aspiration de la classe ouvrière à l'unité de ses organisations sur les tâches qui exigent la satisfaction des revendications et la rupture avec la bourgeoisie.