Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

INDOCHINE

Une guerre criminelle

· Inprecor n° 20, 20 janvier 1978 · p. 3-4 · 1 484 mots

Indochine URSS et Russie Stalinisme Chine

Les affrontements entre le Vietnam et le Cambodge

Une guerre criminelle

INDOCHINE Déclaration du Bureau du Secrétariat unifié de la IVe Internationale Le Vietnam et le Cambodge viennent de s'opposer en un conflit frontalier meurtrier. Il reste difficile de savoir quelle fut l'ampleur réelle des affrontements qui se sont produits et quel est l'état exact de la situation militaire sur le terrain. Mais nul ne saurait pour autant sous-estimer la gravité politique de ces confrontations. Les premiers incidents de frontière entre les deux pays remontent au lendemain même de la défaite impérialiste en Indochine et n'ont jamais durablement cessé depuis. Ce fait, déjà monstrueux en lui-même, était connu avant les récents événements : deux peuples qui avaient longtemps lutté conjointement contre un ennemi commun étaient engagés dans des combats fratricides. Le cor flit vietnamo-cambodgien prenait une nouvelle dimension politique le 31 décembre 1977. La radio cambodgienne annonçait la "rupture temporaire" des relations diplomatiques entre le Kampuchea et le Vietnam; elle dénonçait à cette occasion "l'invasion de son territoire" par les forces armées du Vietnam et les "crimes" qu'elles auraient commis contre les ressortissants cambodgiens, allant jusqu'à comparer le régime de Hanol à celui de l'Allemagne hitlérienne. Peu après, le gouvernement vietnamien publiait une déclaration dans laquelle il dénonçait à son tour les "atrocités" que les troupes cambodgiennes auraient perpétrées à plusieurs reprises sur son territoire; il affirmait agir en état de "légitime défense" et réclamait l'ouverture immédiate de négociations pour régler le différend frontalier. La profondeur du fossé séparant aujourd'hui deux régimes, pourtant issus de luttes conjointes de libération, apparaissait ainsi brutalement au grand jour. Les conséquences de ce conflit vietnamo-cambodgien ne sauraient être sous-estimées. Il crée une situation qui pourrait dégénérer en une confrontation militaire plus importante. Son coût humain et matériel pour les populations du Vietnam et du Kampuchea est d'ores et déjà exorbitant, alors que celles-ci doivent faire face aux terribles difficultés léguées par le passé pré-colonial, par un siècle de domination française et plus de trois décennies de guerres impérialistes. Ce conflit peut porter un coup sérieux aux luttes révolutionnaires en cours dans le sud-est asiatique, notamment en Thailande, après que la défaite subie par l'impérialisme en Indochine eut ouvert une période favorable à leur développement. Ses conséquences internationales peuvent s'avérer elles aussi graves. La lutte des peuples indochinois contre l'impérialisme américain avait largement contribué à faire perdre de son crédit politique et de sa légitimité morale à Washington. La crise vietnamo-cambodgienne apporte aujourd'hui une aide non négligeable à l'opération de Carter visant à redorer le blason de l'impérialisme américain. Depuis la victoire des luttes de libération au Vietnam, au Laos et au Kampuchea, en 1975, la presse bourgeoise internationale s'est emparée de toutes les mesures bureaucratiques et antidémocratiques prises par l'un ou l'autre régime pour alimenter sa campage anticommuniste. Ce fut tout particulièrement le cas en ce qui concerne le Cambodge dont les dirigeants ont adopté de brutales mesures de répression sociale de masse. Maintenant, les mass media se sont saisies du différend frontalier entre le Vietnam et le Kampuchea pour discréditer encore plus le combat révolutionnaire, l'internationalisme et la lutte pour le socialisme. Sans tenir compte de l'histoire du mouvement ouvrier international des 50 dernières années, il est impossible de comprendre comment un tel conflit a pu naître entre deux régimes se réclamant du socialisme. Il illustre en effet de façon dramatique le prix terrible que les travailleurs continuent à payer pour la victoire du stalinisme en URSS et dans le mouvement communiste international. Le stalinisme, attaché à la défense des intérêts nationaux étroits de la bureaucratie du Kremlin au nom de la "théorie" du "socialisme dans un seul pays", a provoqué la destruction de la Ille Internationale en enterrant le programme de la révolution mondiale : l'internationalisme révolutionnaire sur la base duquel le Komintern avait été fondé après la victoire d'Octobre 1917. L'une des conséquences les plus pernicieuses de ette dégénérescence fut, dans les pays qui avaient renversé le capitalisme, l'abandon d'une véritable coopération internationaliste et le développement des rivalités nationales. Cette tendance fut illustrée de façon

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INDOCHINE exemplaire par la domination du Kremlin sur l'Europe orientale et par l'éclatement du conflit sino-soviétique. Sans ce triomphe de l'idéologie stalinienne du "social isme dans un seul pays", l'acuité de la confrontation vietnamo-cambodgienne serait inconcevable. Le conflit sino-soviétique a d'ailleurs joué un rôle direct dans la dégradation des rapports entre le Vietnam et le Cambodge. La responsabilité propre de Moscou et de Pékin doit être soulignée. Hier, au nom de la "coexistence pacifique" , la direction soviétique s'est refusée à fournir aux peuples d'Indochine le type de soutien qui aurait permis de mettre un terme rapide à l'escalade américaine et aurait considérablement réduit le coût d'une épuisante lutte de libération contre l'impérialisme le plus puissant du monde. Plus, juqu'à la dernière minute, Moscou s'est refusé à rompre avec le régime fantoche de Lon Nol au Cambodge, par crainte des sympathies pro-chinoi ses de Sihanouk et des Khmers rouges. Quant au PC chinois, il a dernièrement couvert l'orientation bureaucratique et nationaliste de l'actuelle direction cambodgienne afin de s'opposer au renforcement de l'influence vietnamienne dans la région. Aux yeux de Pékin, les dirigeants vietnamiens sont coupables de s'être refusés à condamner le "social-impérialisme" russe comme "l'ennemi principal des peuples du monde" . Les directions soviétique et chinoise couvrent toutes les deux leur "allié" dans le conflit vietnamo-cambodgien, au nom de leurs propres intérêts nationaux étriqués de bureaucratie d'Etat. Le poids international du stalinisme et la formation stalinienne des directions vietnamienne et cambodgienne expliquent pour une part l'ampleur du réveil des nationalismes en Indochine. Du fait aussi des antagonismes historiques exacerbés volontairement par l'impérialisme, du moule façonné par plus de trente années de luttes de libération nationale longtemps isolées et, aujourd'hui, en raison des déformations bureaucratiques profondes qui caractérisent ces régimes, aucune des directions - vietnamienne, laotienne ou cambodgienne -n'a échappé à cette évolution. Le rejet de principe par la direction cambodgienne de toute forme de coopération réelle entre les trois pays indochinois, la fermeture des frontières du pays, le nationalisme exacerbé qui caractérise son orientation politique en sont l'expression la plus extrême et sont certainement pour une part dans la violence du conflit actuel. Mais chacun de ces régimes est caractérisé - bien qu'à des titres divers - par de profonds traits nationalistes. A l'heure où les partis "eurocommunistes" viennent renforcer les illusions réformistes dans les "voies nationales au socialis-

, le danger est grand de voir l'Indochine, après avoir été un ferment d'internationalisme pour des générations politiques, devenir le symbole d'un triomphe prétendument inévitable des chauvinismes nationaux. Il faut au contraire lutter sans relâche pour la renaissance d'un véritable internationalisme révolutionnaire et donc œuvrer à la construction de son instrument irremplaçable : l'Internationale, le parti mondial de la révolution socialiste. Il faut affirmer qu'il en va de l'intérêt des masses travailleuses indochinoises qu'une coopération croissante à tous les niveaux - économique, militaire et politique - s'engagent entre le Vietnam, le Cambodge et le Laos : c'estainsi qu'ils pourront rassembler leurs forces face à l'impérialisme en vue de relever leurs ruines. Cependant une telle coopération ne saurait être imposée ; les structures fédératives qui lui sont nécessaires ne peuvent naître que de la mobilisation révolutionnaire des masses indochinoises dans le strict respect des droits des minorités à disposer d'elles-mêmes. C'est en cela que la lutte pour l'internationalisme est intimement liée au combat pour l'établissement d'une véritable démocratie socialiste au Vietnam, au Kampuchea et au Laos, pour l'instauration du pouvoir des conseils ouvriers et paysans dans des Etats-Unis socialistes d'Indochine. Aucune des directions indochinoises ne peut avancer un tel programme de démocratie socialiste. Mais la question la plus urgente qui est aujourd'hui posée par l'éclatement de ce conflit est celle de l'arrêt immédiat des affrontements armés. Il est encore impossible de porter un jugement définitif sur les responsabilités directes qui incombent aux diverses parties en cause dans la dégradation du différend frontalier entre le Vietnam et la Cambodge. Le monopole total exercé sur l'information par chacun des régimes et leur pratique systématique de la diplomatie secrète - qui vont toutes deux à l'encontre des traditions léninistes - constituent évidemment un obstacle de taille dans cette voie. Mais ceux qui ont pris hier et prendraient demain l'initiative de l'usage des armes devront en porter la responsabilité devant les masses indochinoises et le mouvement ouvrier mondial. Il est criminel d'engager les populations vietnamienne et cambodgienne dans des affrontements sanglants au nom d'un différend frontalier, et le tout au nom du socialisme ! L'usage des armes doit être banni du règlement d'un tel problème. La question frontalière doit être réglée par la voie d'une négociation menée de manière ouverte et publique.

Le 16 janvier 1978 •Saravant •Pakse Piteau An Khe Qui-Nhoi CAMBODGE die Daricie Beatesni Bar-Me-Thuet 16 tat-Binh Dalat CamPhan Ra PHNOM-PENH •Bien-Hoa Phan-Thiet ỔHO CHI MINH-VILLE (SAIGON) VIETNAM Pronge il GOLFE MER DE CHINE DE STAM

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THAILANDE

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