Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ILE DE LA REUNION

Création d'un collectif anti-apartheid

Inprecor n° 200, 8 juillet 1985 · p. 26 · 593 mots

Afrique australe France

NOUVELLES DU MOUVEMENT OUVRIER ET DE L'INTERNATIONALE

ILE DE LA REUNION

Création d'un collectif anti-apartheid Située à seulement 2000 kms côtes de l'Afrique du sud, l'île de la Réunion sous domination coloniale française, entretient de nombreuses relations commerciales avec le régime de l'apartheid. Une fraction de la bourgeoisie coloniale tire profit de ce commerce honteux. Ainsi l'Afrique du sud est le quatrième fournisseur de l'île, et assurait en 1983 15,2% des importations en produits agricoles, 7,4% de ses importations énergétiques (essentiellement du pétrole) et 8,3% des importations de biens intermédiaires. Au total ce sont 44% des importations en provenance de la région et 4% du total des importations réunionnaises qui proviennent du régime raciste.

La constitution en novembre dernier d'un collectif anti-apartheid (CAR) est donc de bonne augure pour la mobilisation des masses réunionnaises contre la politique raciste du régime de Prétoria et en défense des forces qui luttent dans ce pays contre l'apartheid et l'exploitation. D'autant que ce collectif dispose déjà d'une certaine représentativité puisqu'il d'organisations syndicales et culturelles : l'Association des chômeurs de la Réunion d'action lycéen, la CGTR, la CGT-PTT, la CFDT, la Fédération des étudiants de l'Océan indien (FEOI), le Mouvement antifasciste et

(MAFAR), Solidarité océan indien (SOI), l'Union des femmes de la Réunion(UFR), le groupe

Dans son projet de plate-forme soumis à la discussion des organisations du mouvement ouvrier, culturel, syndical et de la Réunion, le collectif anti-apartheid se propose comme objectif de « freiner l'expansion de l'apartheid et de soutenir les militants antiapartheid sud-africains ». Pour cela il réclame du gouvernement français qu'il rompe ses relations diplomatiques avec l'Afrique du sud et s'engage dans un boycott effectif. « Les administrations ne devraient plus acheter des produits exportés par les firmes sud-africaines. Les fédérations sportives devraient boycotter les équipes racistes et rencontrer les associations de sport non-raciales. Les élus de la Réunion doivent prendre position. Toutes les relations culturelles avec les partisans de l'apartheid doivent être suspendues. » affirme ce document. Il précise par ailleurs comme axe concret de mobilisation : la lutte contre les investissements sud-africains, l'arrêt des relations entre les chambres de commerce des deux pays, la mobilisation contre l'établissement aérienne hebdomadaire avec l'Afrique du sud, l'interdiction de séjour à la Réunion représentants des églises racistes sud-africaines.

Ce collectif anti-apartheid s'est déjà illustré par son dynamisme. Une pétition dénonçant le régime d'apartheid a receuilli près de 1000 signatures en quelques semaines et le 20 décembre dernier, date anniversaire de l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises, un rassemblement de lutte contre le racisme et l'apartheid a regroupé environ un millier de participants. Les militants de ce collectif anti-apartheid ont aussi pris en

June intervention sur ces thèmes dans différents rassemblements syndicaux (fête du ler mai de ia CFDT, congrès de

Au mois de mai dernier, le collectif anti-apartheid a participé au festival international de la jeunesse de l'Océan indien, au cours duquel a été inauguré à Saint Louis, municipalité gérée par le Parti réunionnais, Nelson Mandela, du nom du plus vieux prisonnier politique du régime sud-africain. Enfin, à la mi-juin une initiative de commémoration du 9ème anniversaire des événements de Soweto a donné lieu à une manifestation dans la ville de Saint Denis et à un sit in aux flambeaux devant le consulat sud-africain, rassemblement qui eut droit à un écho dans les media locaux et qui se clôtura par une soirée culturelle. Une activité exemplaire pour rappeler que les élus locaux réactionnaires, les Debré, Barre et consorts se sont toujours accomodés des liens économiques et politiques entre la Réunion et le régime raciste sud-africain. •

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