YOUGOSLAVIE largement rendu compte dans Inprecor (voir notamment les numéros 181 du 8 octobre 1984, 188 du 21 janvier 1985 et
191 du 4 mars 1985).
Leur procès en appel a eu lieu, mais le verdict n'est pas encore connu.
L'issue de ce procès est pourtant loin d'être certaine et les pressions de l'opinion publique se sont avérées tres importantes jusqu'ici dans cette affaire. Mais le risque est considérable que
DOCUMENT
A la Cour suprême de la République socialiste de Serbie :
Au gouvernement de la République socialiste de Serbie :
Aux comités centraux de la Ligue des communistes serbes et de la Ligue des jeunesses communistes:
A l'opinion démocratique dans le pays et à l'étranger :
Le 4 février 1985, la cour fédérale de
Belgrade nous a condamnés, Miodrag
Milic, Milan Nikolic et Dragomir Olujic, respectivement à des peines de prison de
2 ans, 18 mois et 1 an, pour le soi-disant crime de « propagande hostile ». Ceux qui ont suivi notre procès savent que dans cas l'accusation n'a pas été chaque capable d'apporter les preuves nécessaires pour étayer ses poursuites. En plus, il procès est devenu clair au cours du qu'aucun de nos textes cités par l'accusation n'avait été publié ni lu publiquement, ce qui veut dire qu'en réalité nous avons été condamnés pour des paroles que nous n'avons pas prononcées et pour des pensées que nous n'avons pas exprimées publiquement. Les peines ont été imposées non pour un crime quelconque, mais pour ce qui représente certainement un devoir fondamental d'un intellectuel, du moins dans une société démocratique.
Nos textes cités devant le tribunal traitaient tous d'aspects divers du passé ou du présent de la Yougoslavie et nous avions eu l'intention de les soumettre au jugement critique de l'opinion publique yougoslave. En nous condamnant pour cette forme complètement légitime d'activité intellectuelle le tribunal a méprisé de façon flagrante la Constitution yougoslave (les articles 166 à 169 qui garantissent à tous les citoyens certains droits et libertés essentiels) et divers accords internationaux dont la Yougoslavie est signataire (la Charte de l'ONU, la Déclaration sur les droits de l'Homme de l'ONU ainsi que l'Acte final d'Helsinki). Le tribunal a
Lettre ouverte
des trois de Belgrade
- à la Présidence de Yougoslavie, Bulevar Lenjina 2, Beograd. - à la Cour qui est saisie de l'appel, Vrhovni sud S.R. Srbije, Nemanjina 27, Beograd. également violé le Code pénal yougoslave (notamment les articles 1 et 8) ainsi que les procédures légales. Bien que nous soyons apparus comme accusés, c'est en réalité nous qui défendons la Constitution yougoslave contre ceux dont le devoir public est pourtant de la protéger.
Au cours du procès, nous avons démontré l'absence totale de fondement de l'accusation, qui n'a pu présenter aucune devant le tribunal. Nous avons donc en réalité été condamnés pour délit de « pensée non-officielle ». Ceci étant le nous n'avons pas d'autre moyen de défendre nos droits constitutionnels, notre liberté et notre dignité humaine que celui, extrême, de déclarer maintenant que nous entamerons une grève de la faim à l'instant où nous serons arrêtés et contraints à purger notre peine, en exigeant que toute l'accusation qui est portée contre nous soit rejetée ou au moins que le procès soit rejugé, avec plus de respect pour la Constitution yougoslave.
Nous avons fait appel contre nos peines; mais, bien que plusieurs mois se soient passés, aucune décision n'a été prise par le tribunal supérieur, ce qui constitue évidemment une forme sup plémentaire de pression que l'on nous fait subir.
Nous ne voulons pas jouer le rôle de boucs émissaires. Nous exigeons que s'arrête la longue chaîne de répression qui a commencé avec les arrestations de 28 personnes le 20 avril 1984. Elle a déjà fait une victime (Radomir Radovic, qui est mort prétendument par suicide), de nombreux autres ont subi des mauvais traitements physiques au cours de l'enquête policière et nous-mêmes avons subi des formes diverses de pressions et de harcèlements.
Une telle répression ne peut qu'être nuisible : nous avons tous besoin de la на осано.
paix véritable du respect pour la constitution et les lois de la Yougoslavie, ainsi que de la possibilité de penser et des compromis se soient faits entre les fractions du régime :
trois des inculpés ayant de fait bénéficié d'un arrêt des poursuites, les trois qui restent et qui ont signé cette lettre risquent de servir de boucs émissaires pour satisfaire l'aile dure de la bureaucratie yougoslave. Les protestations sont donc très importantes dans ce contexte. Elles peuvent être envoyées :
d'agir de façon libre et créatrice. C'est essentiel pour que notre pays surmonte sa crise actuelle sociale et économique, laquelle est très profonde, ce qui sera impossible sans une véritable démocratie socialiste, qui libérerait les énergies créatrices du peuple tout entier.
Au cours de notre procès, nous nous sommes déclarés eurocommuniste (M.Milic), socialiste et démocrate (M.Nikolic) et
Ces engagements marxiste
(D.Olujic).
sont évidents à la fois dans nos textes cités au cours du procès et dans d'autres que nous avons déjà publiés. A la différence de beaucoup en Yougoslavie qui feignent un tel engagement par intérêt personnel, nous le considérons comme une question de libre autodétermination.
En même temps, nous voulons que les autorités comprennent clairement qui ils envoient en prison.
Belgrade, 13 mai 1985.
Miodrag Milic,
Dalmatinska 90,
Beograd.
Milan Nikolic,
S.Kovacevica 1,
Zemun.
Dragomir Olujic,
Knez Miletina 40,
Beograd.