Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

MILITARISATION

La 4e convention de l'END s'est tenue à Amsterdam

Inprecor n° 201, 22 juillet 1985 · p. 27 · 1 274 mots

Paix et armements

NOUVELLES DU MOUVEMENT OUVRIER ET DE L'INTERNATIONALE tions en Europe était déterminante pour mouvement de la paix à Managua, ainsi

MILITARISATION La 4e convention de l'END s'est tenue à Amsterdam

La quatrième convention du Mouvement pour le désarmement nucléaire Europe (END) s'est tenue du 3 au 6 juillet derniers à l'Université libre d'Amsterdam. Elle a réuni plus de 1200 participants venant de tous les pays d'Europe occidentale et des autres continents. Les comités de paix officiels des pays de l'Est, se souvenant sans doute du désaveu magistral qu'ils avaient subi à Pérouse l'année dernière, ont refusé de participer à cette rencontre (cf. Inprecor numéro 180 du 24 septembre 1984). Et, à une exception près, les pacifistes indépendants de l'Est s'étaient vu refuser leur visa pour s'y rendre. A l'image des rencontres précédentes, la conférence ne donnait qu'une vision très déformée de la réalité des mouvements de paix, de nombreux activistes, peu convaincus de son utilité, refusant d'y participer. D'une manière générale, la question du fonctionnement de la convention fut au centre de nombreuses critiques des participants. Ceci dit, cette convention qui intervenait à un moment de redéfinition de la plupart des mouvements de paix européens, deux ans après le déploiement des premiers missiles, a mis en évidence le caractère international de la mobilisation anti-guerre.

Lors de la séance d'ouverture, outre les représentants des deux pays européens qui symbolisent le mieux à l'heure actuelle la résistance à la militarisation - la Hollande et l'Etat espagnol - la parole fut donnée à un pacifiste indépendant de Hongrie et à une habitante des Iles Marshall, porte-parole du mouvement pour un Pacifique dénucléarisé et indépendant. Elle insista sur le fait qu'une mobilisation déterminée peut faire reculer le gouvernement américain, en citant comme preuve les succés du mouvement antinucléaire de sa région, né en 1982, qui a contraint les Etats-Unis à fermer certaines de leurs bases dans la région et à arrêter les essais nucléaires, et qui poursuit son action en stoppant les bateaux transportant des armes nucléaires.

Chaque journée de la convention s'articulait autour d'un thème central. La première journée fut consacrée aux campagnes pacifistes à l'Ouest. Les exposés introductifs firent ressortir l'hétérogénéité des divers mouvements. Au scepticisme exprimé par une militante de Berlin-Ouest répondait la combativité de la représentante de la commission anti-OTAN de Madrid. Une activiste des Etats-Unis rap pela combien la poursuite des mobilisale mouvement anti-guerre de son pays, qui est axé à la fois contre les armes nucléaires et contre l'intervention en Amérique centrale. Exprimant le peu qu'elle faisait des négociations au sommet, elle insista sur la nécessité de développer un mouvement à la base, autour d'actions concrètes, seule chose que Reagan puisse éventuellement comprendre ». Le porte-parole du CND britannique, comme la plupart des autres intervenants, l'accent sur le nouveau défi que constitue le projet de l'Initiative de défense stratégique (IDS) pour l'avenir du mouvement (cf. Inprecor numéro 195 du 29 1985). Cette préoccupation, qui se vit confirmée par les débats en commissions, ne s'est pourtant pas traduite par des propositions d'action commune sur ce thème, tout comme sur la question de l'OTAN. Seul le mouvement hollandais a décidé d'organiser aux Pays-Bas une conférence commune avec le mouvement anti-OTAN, le 14 décembre prochain.

La seconde journée consacrée aux relations entre les mouvements de paix de l'Est et de l'Ouest laissa beaucoup de participants sur leur faim, en raison même de la difficulté à approfondir le débat en l'absence des principaux intéressés, et ce malgré l'intérêt de certains forums, notamment sur le type de solidarité que le mouvement de paix occidental devrait développer à l'égard de Solidarité. Il s'avéra néanmoins que les efforts effectués depuis par des pacifistes de divers pays — d'Allemagne de l'Ouest, d'Italie et de France en particulier - avaient permis d'enclencher un débat entre les groupes indépendants à l'Est, grâce à de multiples recontres bilatérales avec Solidarité clandestin, avec la Charte 77, avec le groupe « Dialog » de Hongrie ou avec le Groupe de la Confiance de Moscou. Cela se traduisait par les nombreuses contributions écrites adressées par des groupes à la convention ou répondant à l'« Appel de Prague » lancé par la Charte 77 en mars dernier - un texte s'interrogeant sur la signification même d'une Europe dénucléarisée et démocratique, dans le cadre des systèmes sociaux existants.

Suite au forum qui s'est tenu à Berlin-Ouest en février dernier, une nouvelle rencontre est prévue à Milan en février 1986 en vue de discuter du rôle des accords d'Helsinki auxquels les pacifistes de l'Est font systématiquement référence et d'adopter une plateforme sur les principaux points stratégiques fondant l'existence d'un mouvement de paix européen de l'Est et de l'Ouest.

La troisième journée, consacrée aux relations des mouvements occidentaux avec le tiers monde fut l'une des plus intéressantes, en particulier grâce aux contributions des pacifistes des Philippines, d'Afrique du Sud et du Nicaragua présents à la convention. Décision a été prise de mettre en place une « ambassade » du qu'une coordination sur la question de l'Amérique centrale au sein du mouvement pacifiste. De leur côté, les organisations pacifistes norvégiennes ont lancé un appel à une marche pour la paix en Amérique centrale, pour la fin de cette année. Tout cela témoigne de la prise de conscience de ce que la lutte des peuples contre l'impérialisme est indissociablement liée à celle des mouvements de paix contre la militarisation.

Sur l'ensemble de ces questions, il faut souligner l'approche timorée d'une grande partie des membres du comité de liaison influencé par leur vision pessimiste de la situation, quand bien même plusieurs d'entre eux posent des questions réelles sur l'avenir du mouvement et sur la nécessité d'élargir son champ d'activité. Tout le problème étant que pour eux, « activité » signifie débat et non action. A l'inverse, il faut souligner le rôle dynamique qu'ont joué les femmes tout au long de la convention. Dans une adresse aux congressistes, elles ont mis l'accent sur le lien entre la lutte pour la paix et la lutte contre l'austérité à propos des dépenses fabuleuses engagées autour des projets IDS et Eurêka, disant par ailleurs leur désaccord avec le mode de débat actuel. Elles ont décidé d'organiser un réseau des groupes de femmes du mouvement de la paix et les déléguées des pays méditerranéens organiseront une rencontre à Rome en décembre prochain sur le thème des effets sociaux de la militarisa-

Au total, la somme des initiatives proposées montre qu'une grande partie des participants à cette convention entendait aller plus loin que le simple échange d'idées souhaité par les organisateurs. Les syndicalistes ont mis en place un groupe de coordination permanent et publieront un bulletin sous la responsabilité du groupe syndical du CND. Les jeunes ont décidé d'une semaine d'action du 21 au 27 octobre 1985 sous un sigle commun, le groupe de jeunes du CND se chargeant de sortir un bulletin de liaison. Le caractère éclaté de ces propositions est partiellement le reflet de la richesse et de l'hétérogénéité du mouvement à l'échelle internationale. Mais il n'en reste pas moins qu'il aurait été possible de tracer des perspectives d'action, même limitées, sur un thème comme la guerre des étoiles, qu'il aurait été possible d'organiser véritablement le soutien aux mouvements des Pays-Bas et de l'Etat espagnol confrontés à des échéances décisives qui auront des répercussions pour tous les mouvements pacifistes.

Une nouvelle convention aura lieu en 1986. Son utilité dépendra pour beaucoup de la capacité, - et surtout de la volonté -, des organisateurs à respecter les critiques émises sur le mode de fonctionnement et à organiser des débats de manière à ce que ce type de convention débouche aussi sur des actions communes à tous les mouvements.

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