ES derniers mois, les médias des Etats-Unis ont fixé leur complote de USA avec le regime dapartheid dr Atre le
• complicité des USA avec le régime d'apartheid d'Afrique du Sud. Etant donné que ces médias sont constamment à la recherche d'informations « nouvelles » et que celles d'hier sont rapidement écartées par des événements nouveaux, ce fait, à lui seul, témoigne de la profondeur du d'opposition aux liens entretenus par le gouvernement et des grandes sociétés américaines avec ce régime raciste.
La presse a été particulièrement gênée par le développement d'un mouvement de protestation à grande échelle parmi
Dianne FEELEY
D'une certaine manière, les protestations étudiantes d'aujourd'hui sont comparables à celles des années 1960, bien que différentes sous certains aspects. On y retrouve le même sens d'indignation morale qui nourrissait les protestations étudiantes de la génération des années
1960. En tant que composante de la communauté universitaire, les étudiants ont exigé que ces institutions renoncent à leurs porte-feuilles d'actions dans les sociétés exerçant une activité en Afrique du
Sud. Ils ont bloqué les campus et organisé des piquets, rebaptisé des bâtiments universitaires en l'honneur de Steve Biko,
Nelson Mandela et sa femme Winnie Mandela, et organisé des cours autogérés. Ils ont participé aux manifestations qui ont été organisées dans les grandes villes devant les consulats sud-africains depuis novembre 1984. Le 24 avril 1985, des étudiants venant de plus de 80 campus ont participé à la journée d'action nationale pour le retrait des investissements en Afrique du Sud.
L'aspiration à mettre fin à la complicité avec le régime sud-africain n'est pas nouvelle. Déjà au milieu des années 1960, des étudiants de l'université de Columbia à New York avaient organisé une retraite massive de leurs dépôts à la Chase Manhattan Bank, laquelle est l'un des principaux bâilleurs de fonds du gouvernement sud-africain.
Il y avait eu des protestations sur des campus, tels que celui de l'université de
Cornell, à la suite de la rébellion de Soweto en 1976. Comme les protestations des années 1960 et de la fin des années 1970 ont été directement influencées par les mobilisations qui se déroulaient à l'époque en Afrique du Sud, celles d'aujourd'hui reflètent le niveau actuel de la lutte là-bas. Le fait que le mouvement antiapartheid au sein de la communauté noire en Afrique du Sud soit dirigé par des étudiants et par des syndicalistes a également favorisé le développement du mouvement de solidarité aux USA.
Depuis le soulèvement de Soweto, un certain nombre d'Eglises, d'universités et de syndicats ont retiré leurs investissements des sociétés et des banques qui
Mobilisation anti-apartheid
aux Etats-Unis
par les explosions sur les campus. sentiment font des affaires en Afrique du Sud. A la fin de 1984, 40 universités avaient pris des mesures de désinvestissement total ou partiel. De plus, des dispositions législatives pour renforcer le retrait des investissements d'Afrique du Sud ont été adoptées par 5 Etats et 20 villes. Tous ces succès ont eu lieu sous la pression de mobilisations impulsées par des syndicalistes et des représentants de la communauté noire. Dans plusieurs cas, la lutte était menée par des fonctionnaires qui exigeaient que de retraite soient désengagés des investissements dans des sociétés qui possèdent des sièges et des usines en Afri-
LE POIDS DES INTÉRETS US Une base solide a donc été établie pour la campagne pour le désinvestissement. Jusqu'ici, le succès le plus impressionnant a été constitué par la campagne menée ces dernières années contre la société Polaroïd, qui fabrique des appareils et des équipements photographiques. Cette campagne, qui partait de la base et dans laquelle les employés mêmes de Polaroid se sont engagés, démasquait la sale affaire de la fourniture par cette société de matériel photographique au gouvernement d'Afrique du Sud et à l'armée de ce pays. En 1977, après avoir fait des affaires pendant 29 ans avec l'Afrique du Sud, cette société s'est retirée du pays.
La Chambre de commerce américain en Afrique du Sud et un regroupement de sociétés sud-africaines ont reconnu qu'il semble y avoir « une pression qui monte » en faveur du retrait des investissements nord-américains. Ils ont pris l'ini tiative inhabituelle de lancer une contre offensive destinée à parer à cette pres. sion. Ils ont notamment payé un supplément publicitaire de dix pages dans le numéro d'octobre 1984 de la revue Fortune.
L'engagement financier global nord-américain en Afrique du Sud, comprenant des investissements directs, des prêts bancaires et des prises d'action, s'élevait à 14 milliards de dollars (140 milliards de francs) en 1984. Les investissements US du les étudiants. Après avoir conclu que les étudiants d'aujourd'hui n'avaient rien à voir avec les étudiants contestataires des années 1960, les médias furent pris complètement au dépourvu
Récemment, la presse avait dessiné un profil des étudiants des années 1980 comme étant dépolitisés ou bien accordant leur soutien à la politique reaganienne, des étudiants repliés sur leur vie privée et leurs carrières et travaillant avec acharnement afin de devenir des « yuppies » (1). Ce fut donc avec d'autant plus d'avidité que cette même presse a rendu compte de l'explosion sur les campus d'actions contre l'apartheid.
en janvier 1978, que « l'effet global des investissements américains a été de renforcer l'auto-suffisance économique et militaire du régime d'apartheid en Afrique du Sud ». Beaucoup de sociétés concernées produisent directement des biens dont ont besoin les forces armées sud-africaines. General Motors et Ford fabriquent des voitures et des camions qui sont utilisés par la police et par l'armée, IBM vend au gouvernement des ordinateurs qui sont employés pour moderniser et améliorer les données permettant un contrôle renforcé de la population, de grandes sociétés américaines - parmi lesquelles Exxon,
Mobil, Texaco et Standard Oil of California - fournissent du pétrole à l'Afrique du Sud, violant ainsi l'embargo imposé par l'OPEP. La Fluor Corporation of California a aussi fourni des usines de transformation du charbon en pétrole, d'une valeur de 4,2 milliards de dollars, afin d'aider le régime à résister à cet embargo.
Les sociétés américaines contrôlent actuellement 75 % du marché des ordinateurs en Afrique du Sud, 23 % du marché des automobiles, 40 % du marché des producteurs de pétrole et une part importante du marché de biens électroniques. Les investissements américains représentent un appui important pour des secteurs clef de l'économie, surtout en ce qui concerne l'utilisation des technologies de pointe. Plus de 350 sociétés américaines possèdent des succursales en Afrique du
Sud. Pour la période allant de 1979 à
1982, le taux moyen des bénéfices sur les investissements était de 19%. D'ailleurs, plus de 125 banques américaines ont prêté de l'argent, soit au gouvernement sud- africain, soit à des clients privés de ce pays.
Des sociétés telles que Phelps Dodge
- qui occupe le 7e rang parmi les investisseurs américains en Afrique du Sud - profitent du système d'apartheid pour
1. « Yuppies » (Young Urban Professionals) : terme qui désigne une couche sociale qui s'est largement développée ces dernières années aux USA, constituée par de jeunes ingénieurs, cadres et techniciens, ainsi que par des membres des professions libérales. Jouissant de salaires élevés, les membres de cette couche se caractérisent par une consommation de luxe au niveau des biens matériels et des loisirs.
augmenter leurs bénéfices. Dans sa mine de spath fluor, Phelps Dodge paie ses travailleurs noirs moins de 4 francs de l'heure. Ces travailleurs font plus de 60 heures par semaine et dorment à 12 par chambre dans des foyers de travailleurs migrants. C'est la même société qui, sous la protection de la police de l'Etat, a cassé le syndicat dans ses mines de cuivre de l'Arizona. Les liens entre ces faits ont été compris par les syndicats américains.
En septembre 1984, le Syndicat de la sidérurgie a déclaré que « les travailleurs noirs opprimés d'Afrique du Sud et les travailleurs américains se battent contre un ennemi commun, les grandes sociétés et leur soif de profits. Nombre de sociétés américaines qui profitent de l'apartheid sont aussi coupables de racisme ici, dans ce pays ».
LA SIGNIFICATION
DE LA MOBILISATION ANTI-APARTHEID AUX USA Il y a pourtant deux différences frappantes entre les protestations étudiantes d'aujourd'hui contre l'apartheid et celles d'il y a 20 ans. Tout d'abord, il y a une conscience des liens qui existent entre les orientations du gouvernement Reagan en politique intérieure et en matière de politique extérieure. Ce gouvernement se range toujours du côté des grandes sociétés contre les intérêts de la majorité des travailleurs. Ensuite, on assiste à l'engagement des syndicats dans la lutte contre l'apartheid.
On compte déjà, parmi les syndicats qui s'opposent au maintien de liens économiques avec l'Afrique du Sud, le Syndicat unifié du textile, le Syndicat unifié des travailleurs de l'automobile (UAW), la Fédération américaine des employés des Etats, des comtés et des municipalités (AFSCME), le Syndicat unifié de la si-
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Deux poids, deux mesures dans la politique américaine Nous reproduisons ci-dessous un extrait d'une interview de Chester Crocker,
dérurgie, l'Association nationale de l'éducation, le Syndicat unifié des électriciens, le Syndicat international des dockers et magasiniers, la section 1199 du Syndicat des travailleurs de la Santé, la section 65 de l'UAW, le Syndicat des travailleurs de la fourrure, du cuir et de la confection.
De nombreux syndicats ont noué des liens avec les syndicats noirs indépendants d'Afrique du Sud et se sont rendus dans ce pays afin de s'informer sur les conditions de travail des populations sud-africaines. A leur retour, ils ont publié des rapports et organisé des tournées aux USA pour les syndicalistes sud-africains. En mars 1985, Emma Mashinini, secrétai-
Mineurs d'Afrique du Sud. (DR)
re général du Syndicat sud-africain des travailleurs du commerce et des métiers de l'alimentation, syndicat noir non affilié à une confédération syndicale et qui représente 50 000 travailleurs dans le secteur du commerce de détail, Edward Mogane, président du Syndicat des travailleurs du bâtiment et des métiers annexes, fort de 130 000 adhérents et qui est affilié au Conseil des syndicats d'Afrique du Sud (CUSA), et Nelson Nthombeni, président du Syndicat national des travailleurs du textile, qui est affilié à la Fédération des syndicats sud-africains (FOSATU) forte de 110 000 adhérents, ont pris la parole au cours d'une conférence sur les syndicats et l'Afrique du Sud
C'est dans ce contexte que 500 dockers réunis en congrès de leur syndicat à San Francisco ont levé la séance pour se rendre au campus de Berkeley exprimer leur solidarité avec 156 étudiants de l'université de Californie qui venaient d'être interpellés pour leurs activités anti-apartheid. Ces derniers exigeaient que l'université abandonne ses 1,6 milliards de dollars d'investissements dans des sociétés ayant des activités en Afrique du Sud. Pour leur part, les dockers refusent de charger ou de décharger des bateaux sud-
A l'université de Columbia à New York, les étudiants ont exigé que l'administration s'engage à se débarrasser des actions - d'une valeur de 42 millions de dollars — qu'elle possède dans des socié•tés ayant des activités en Afrique du Sud. Des employés de l'université, qui se battent pour une convention collective, ont étroitement collaboré avec la Coalition pour une Afrique du Sud libre. De nombreux travailleurs du campus se sont rendus à des rassemblements quotidiens organisés à midi et après le travail. Une bonne partie du travail de soutien à l'oc-
cupation engagée par les étudiants sur un secteur de l'université a été prise en charge par des syndicalistes, souvent des Noirs, dans les quartiers populaires de la ville. Un syndicat de camionneurs, qui avait retiré ses propres fonds de retraite d'une institution ayant des rapports avec l'Afrique du Sud, a donné un chèque de 1.000 dollars dans un premier temps, et s'est engagé à donner 100 dollars par jour d'occupation, une action qui a finalement duré 22 jours. L'AFSCME a fourni une grande nappe en plastique qui servait à protéger l'endroit occupé par les militants et à les protégeant des pluies du printemps. D'autres syndicats ont offert des couvertures, de la nourriture et assuré une aide légale. Chaque jour, des délégations de syndicalistes se sont rendues sur le campus pour y apporter des déclarations de soutien.
Ce qui s'est passé à Berkeley et à Columbia s'est répété sur d'autres campus à travers tout le pays. A chaque fois, les syndicats ont fourni un soutien matériel et ont participé aux rassemblements et aux piquets de protestation anti-apartheid Dans les années 1960, la situation de plein emploi et la prospérité économique générale déformaient la vision politique de nombreux militants, même les plus engagés, contre la guerre du Vietnam, les empêchant de tirer des conclusions plus générales de cette mobilisation antiguerre. Mais aujourd'hui, le parallèle entre les orientations gouvernementales en politi que intérieure et en matière de politique extérieure est beaucoup plus évident et plus clair. De plus, le contraste entre le soutien américain à l'Afrique du Sud et son hostilité envers le Nicaragua (voir encart) aide à éduquer les étudiants et les travailleurs sur la nature du gouvernement américain.
A l'université de Columbia, la décision a été prise de mettre fin à l'oceupation d'avril 1985 et de développer la mobilisation plus en profondeur à Harlem, quartier noir par rapport auquel l'université a toujours gardé ses distances. Une série de conférences est prévue pour l'automne 1985, grâce auxquelles les étudiants pourraient créer un réseau militant national efficace. Pour l'instant, des manifestations dans les villes, à la fois au sujet de l'Amérique centrale et de l'Afrique du Sud, vont se dérouler pendant l'été. Des actions symboliques de désobéissance civile ont lieu quotidiennement devant les consulats sud-africains dans les grandes villes, comme à New York et à Washing. ton.
Toutes ces initiatives donnent le sens de l'évolution du mouvement, à la fois vers l'élargissement de sa base de soutien, nourrie par les énergies et les ressources des étudiants et des travailleurs, et vers l'approfondissement de l'opposition entre l'engagement du gouvernement US à l'égard de l'Afrique du Sud et les aspirations de la grande majorité de la population aux Etats-Unis et à l'étranger.
Dianne FEELEY, 25 juin 1985.
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Bilan de la grève régionale du Transvaal