NOUVELLES DU MOUVEMENT OUVRIER ET DE L'INTERNATIONALE
ETATS-UNIS
La flexibilité "made in USA" Depuis quelque temps, une nouvelle clause est apparue dans les contrats travail aux Etats-Unis : la « double échelle ». Ses conséquences pourraient être catastrophiques pour les travailleurs américains. Selon ce principe, les nouveaux embauchés toucheront un salaire jusqu'à 50 % inférieur à celui des travailleurs en place. Ils devront attendre 20 ans d'ancienneté avant de toucher un salaire complet. La très nette diminution globale des salaires qu'une telle mesure entraîne se trouve aggravée par la mobilité d'emploi des ouvriers. Rares sont ceux qui atteignent 20 ans d'ancienneté. En sont la cause certaines pratiques du patronat américain comme, par exemple, celle de la firme Cudahy, de l'industrie alimentaire qui, procédant à un changement fictif de propriétaire, licencie ses 200 ouvriers syndiqués puis en réembauche d'autres, non syndiqués à un salaire inférieur de moitié. En 1983, Texas Air met en faillite une de ses filiales, rompt les contracts de travail, réembauche à 50 % du salaire antérieur et reconstruit sa filiale. Dans l'industrie automobile, on licencie et on réembauche selon l'évolution du marché. Cette pratique s'est étendue, entre autres, à l'industrie électronique. Dans la Silicon Valley, « paradis » de la nouvelle industrie américaine, on compare volontiers la situation des ouvriers, embauchés le temps d'exécuter une commande, à celle des ouvriers agricoles des années 1930, qui passaient d'une récolte à l'autre au gré des saisons. Mais les saisons qui rythment aujourd'hui la vie sociale américaine sont celles du capitalisme du troisième âge.
Cette évolution correspond aux exigences du patronat liées à sa nouvelle politique industrielle. Dans le secteur textile du géant multinational Du Pont, cette politique se décompose en trois étapes. D'abord, réduire l'emploi (11 000 emplois supprimés lors du premier trimestre 1985) ; ensuite, se spécialiser dans les produits de haute qualité, plus rentables parce qu'une moins grande part de la valeur produite est payée aux ouvriers ; enfin, laisser à de petites entreprises sous-traitantes la production de moindre rendement. L'avantage essentiel de ces petites entreprises consiste dans le fait que le coût social y est de très loin inférieur (salaires plus faibles, protection sociale inexistante, syndicalisation souvent nulle, faillites aisées). Diverses facilités (taxes, subventions) sont accordées par les Etats à ces petites entreprises. En outre, comme on le verra plus loin, la sous-traitance échappe souvent à tout contrôle légal dans le secteur textile. A cette transformation structurelle s'ajoute une transformation géographique. Les entreprises se déplacent, soit vers l'étranger soit vers le sud et l'ouest des USA, où elles profitent des bas salaires, du peu de protection sociale, de la faible syndicalisation, d'une législation favorable et des gouvernements d'Etats dévoués au grand capital. Cette évolution a débuté après la Seconde Guerre mondiale dans le textile et la confection et s'est étendue ensuite, comme une tache d'huile, à l'industrie pétrolière et, aujourd'hui, à l'industrie électronique et nucléaire.
L'influence de cette évolution sur les rapports sociaux apparaît clairement dans les négociations pour de nouvelles conventions collectives qui ont débuté en juin à Westinghouse. La stratégie patronale a été clairement définie ainsi : plus de conventions sectorielles (jusqu'ici les négociations étaient menées sur la base des conventions adoptées par le grand concurrent, General Electric) mais, au contraire, usine par usine. « On ne peut pas fixer les salaires dans une usine de moteurs selon les profits réalisés dans l'électronique », affirment les dirigeants. Là où le patronat est en position de force, il pourra donc imposer ses conditions sans devoir affronter les sections syndicales les plus actives. Et la position du syndicat s'en trouvera gravement affaiblie.
La diminution des salaires et l'affaiblissement des syndicats ne constituent Quatrième Internationale
XIIe
CONGRES MONDIAL de la QUATRIEME INTERNATIONALE janvier 1985
Numero spécial 17/18 septembre 1985 pas les seuls objectifs de la direction. Un autre but, peut-être le plus important, est la diminution, voire la disparition de la protection sociale. Il faut savoir qu'aux USA, la protection sociale est quasi inexistante au niveau national. Seuls les salariés des grandes entreprises des régions fortement syndicalisées ont pu imposer au cours des dernières décennies certaines mesures de protection sociale dans les contrats de travail, telles qu'allocations de chômage, retraites, protection médicale, etc. La disparition de telles mesures offrirait un double avantage à la direction. D'une part, il y aurait diminution du coût salarial global, bien sûr, mais d'autre part, et surtout, cela conduira les travailleurs à accumuler au plus vite le plus d'argent possible pour préparer leur retraite, faire face aux risques de chômage, de maladies, d'accidents (il y a 6 millions de victimes d'accidents du travail chaque année aux USA). Pour cela, ils accepteront plus d'heures supplémentaires et moins de congés, ils seront moins revendicatifs par crainte du chômage sans indemnités. Ainsi s'aggravera une situation déjà existante, entre autres dans l'automobile, comme à la General Motors où, par le jeu des heures supplémentaires, la journée de travail est de 10 à 12 heures par jour, 6 jours par semaine. Dans une usine Ford, la moyenne hebdomadaire est de 58 heures. L'idéologie du « self made man », de l'homme qui assure lui-même son avenir, est propagée à tous les niveaux de la société américaine (TV, école,
- SOMMAIRE -
Note introductive p. 5
Thèses sur la situation internationale p. 6
L'étape actuelle de la construction de l'Internationale p. 27
Révolution politique et contre- révolution en Pologne p. 50
Démocratie socialiste et dictature du prolétariat p. 74
La révolution centro-américaine p. 92
Ce numéro spécial de la revue
Quatrième Internationale contient tous les textes adoptés par le 12e congrès de la IVe Internationale en janvier 1985.
111 p., 55 francs port compris,
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journaux). Elle conduit à trouver une telle situation tout à fait normale, voire sou-
Bien entendu, simultanément, on diminue le tarif des heures supplémentaires. Dans la métallurgie, le travail du dimanche sera désormais de 25 % supérieur au salaire normal, au lieu de 50 % précédem-
Lors des négociations en vue d'un contrat de travail pour la future filiale de General Motors, la Saturn Corporation, la direction a avancé d'autres exigences chères au patronat. Elle veut que les travailleurs aient un statut unique. Cela permettra au patron d'éviter le système des « work rules » (règles de travail) qui fixait entre autres dans le contrat de travail, les tâches à effectuer par chaque type de travailleur. Avec ce système de classification unique, la direction pourra employer des travailleurs aux tâches qui lui convient, quand elle le désire, sans se soucier des règles syndicales. En supprimant les qualifications, elle pourra diminuer les salaires et les emplois.
Tandis que le patronat impose ses conditions, l'administration Reagan veut lui faciliter la tâche, par divers projets de loi. Le premier vise à l'application d'un salaire minimum 19 ans, salaire inférieur d'un quart au salaire minimum actuel. D'autres visent à réduire les limitations du travail des enfants. Dans le même temps, par les coupes budgétaires dans les l'éducation, la suppression des règlements garantissant un enseignement convenable aux enfants des ghettos noirs et hispaniques et la baisse des ressources des parents, le gouvernement fournit au patronat une future main-d'œuvre sous-payée, exploitable à merci. Enfin, le gouvernement veut créer des « zones d'entreprises », avec avantages fiscaux et sans salaire minimum. Elles se situeront dans les régions à fort taux de chômage, là où les travailleurs sont prêts à accepter les plus patronale et gouvernementale légale s'en ajoute une autre, illégale, celle des « sweatshops ». Ces ateliers clandestins installés dans des garages ou dans des entrepôts vétustes, symboles de l'industrialisation du 19e siècle, ont réapparu ces dernières années. Le salaire, aux pièces, y est de trois fois inférieur au salaire minimum légal, la protection y est nulle, les syndicats absents, les conditions de travail très pénibles, le travail des enfants fréquent. Ces ateliers sont essentiellement des sous-traitants de l'industrie électronique et textile, employant en majorité des travailleuses clandestines. On les trouve surtout dans le Sud-Ouest (Silicon Valley par exemple) ou dans les ghettos urbains (il y avait 200 000 travailleuses clandestines à New
La flexibilité made in USA s'applique donc en deux étapes contradictoires. Dans un premier temps, il y a une politique de division des travailleurs (double échelle, sous-traitance, travail des femmes, des enfants et des immigrés). Par les déplacements vers le Sud-Ouest et les contrats négociés usine par usine, le patronat, sans affronter les travailleurs les mieux organisés, impose ses conditions aux autres. Par un double processus de remplacement de l'ancienne classe ouvrière (embauche des jeunes et immigrés, faillites fictives) ou pression sur cette dernière, qui se trouve affaiblie par son isolement, on le véritable objectif, c'est-à-dire la réunification de la classe ouvrière sur la base du nivellement par le bas des salaires et des conditions de travail. Il y a soumission totale aux « lois du marché ». Tout élément des contrats de travail qui répond à un autre critère - par le bien-être des travailleurs — doit être supprimé.
Au temps de l'illusion de la « prospérité générale », les capitalistes niaient le fait que le développement du capitalisme conduit à l'appauvrissement des travailleurs. Aujourd'hui, ils en font le principe même de leur action.