Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GUADELOUPE

La mobilisation pour la libération de Georges Faisans

Inprecor n° 202, 9 septembre 1985 · p. 26-27 · 989 mots

Georges Faisans C'est parce qu'un enseignant français avait frappé un élève guadeloupéen en clamant, « les nègres, c'est à coups de pied qu'il faut les mener », et que Georges Faisans, membre du Mouvement pour la Guadeloupe indépendante (MPGI) avait riposté en blessant légèrement d'un coup de coutelas l'auteur de cette agression raciste, que le militant indépendantiste fut incarcéré puis condamné à trois ans de prison par la cour d'appel de Basse-Terre, en Guadeloupe, en juin 1985, malgré la demande de mise en liberté du procureur de la République. C'est ce jugement inique, survenant après de lourdes condamnations contre les militants indépendantistes ces dernières années, qui amena la population guadeloupéenne à riposter massivement en organisant, à Pointe-à-Pitre, capitale de l'île, des barrages routiers pendant près d'une semaine au mois de juillet dernier.

La mobilisation, impulsée par un comité de coordination unitaire pour la libération de Georges Faisans - dans lequel se retrouvaient la totalité des organisations indépendantistes, dont nos camara(GRS), section antillaise de la IVe Internationale, et de nombreux syndicats, parmi lesquels le Mouvement d'action syndical unifié (MASU) —, ne cessa qu'avec la libération du militant indépendantiste, le 29 juillet. C'est sans doute le caractère unitaire de cette mobilisation qui, compte tenu des traditions de sectarisme des organisations indépendantistes et nationalistes les plus importantes de Guadeloupe, constitue l'élément le plus significatif de cette ample mobilisation.

Nous reproduisons ci-dessous un article publié dans Révolution socialiste, organe du GRS du mois d'août 1985, qui tire les principales leçons de cette semaine

La mobilisation victorieuse de la semaine du 22 juillet marque une étape dans la lutte du peuple Guadeloupéen. Ce n'est certes pas la première fois que des milliers de Guadeloupéens se battent pour défendre un droit ou conquérir un mieux être. Cela s'est déjà produit, dans les dernières décennies, pour des questions de salaires, dans des affaires électorales, contre le racisme et pour la dignité. Mais c'est la première fois qu'une mobilisation combine les différents éléments suivants : un engagement prolongé, un engagement de milliers de gens, un engagement actif, un engagement coordonné unitairement par la totalité des organisations indépendantistes. Une telle expérience représente et cristallisera un progrès de la conscience et de la combativité des masses populaires. Faire fructifier cet acquis au profit d'objectifs plus ambitieux et centraux, décupler l'énergie militante libérée dans le sens de la solution de nos problèmes, telle est la tâche des anticolonialistes conséquents.

Ceux-ci ne peuvent se cacher l'existence de certaines limites :

-le maintien en dehors de l'action d'une partie du mouvement ouvrier paralysé par l'attitude contre-révolutionnaire communiste guadeloupéen — le fait que, même si le mouvement s'inscrivait dans le contexte général de la lutte pour la libération nationale, ses acteurs n'étaient pas tous déjà gagnés à la

Il n'empêche qu'un pas en avant important a été fait, donnant une dimension particulière à la responsabilité de nos organisations indépendantistes. dre, nous soumettons d'ores et déjà quelques réflexions et suggestions à débattre avec les travailleurs, les jeunes, les anticolonialistes, leurs organisations.

La morgue colonialiste a reçu un coup ; il faut aller plus en avant dans sa destruction. Tout d'abord, aussi insignifiant que soit le personnage (l'enseignant français auteur de l'action raciste à l'origine de l'affaire, ndlr.), le raciste au pied léger, il faut imposer son expulsion sans délais. Cette œuvre de prophylaxie sera obtenue par la mobilisation populaire, puisque les « autorités » s'en révèlent incapables.

Ensuite, la rapidité du renforcement répressif montre l'urgence de la signature entre organisations anticolonialistes d'un pacte solennel et public de solidarité sans faille contre toute répression présente et à venir. Les batailles épuisantes pour imposer la fin des exclusives et du sectarisépuisés seront consacrés à l'action anticolonialiste.

Dans l'immédiat, nous proposons un engagement commun à considérer toute vague de licenciements (pour motifs répressifs ou autres) comme une attaque contre tout le mouvement populaire et

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appelant, comme tel, une riposte unitaire d'ensemble.

Par ailleurs, la Guadeloupe entière ayant vécu à l'heure de Pointe-à-Pitre, nous proposons l'organisation d'une campagne unitaire de meetings dans tout le pays afin de débattre, avec tous, du sens de ces événements dans le cadre général de la lutte de libération nationale et sociale. Cette campagne permettra également de populariser les exigences les plus urgentes de l'heure, qui nous semblent être l'expulsion des forces de répression de notre pays, l'expulsion des racistes et ultras qui peuplent l'appareil d'Etat colonial, l'expropriation au profit de la collectivité des entreprises qui prétendent, par le li cenciement, aggraver le problème de l'emploi au pays, la réalisation par la pression populaire d'un programme de réforme agraire, la mise en place d'Assemblées populaires démocratiques pour débattre et agir sous le contrôle des travailleurs.

L'heure est à l'action créatrice L'heure est à la prise en main des problèmes par les masses ! Place à la Guadeloupe laborieuse, debout et unie !

RECTIFICATIF

Dans le numéro 199 d'Inprecor, nous avons publié une liste de signatures tché coslovaques de l'Appel de solidarité avec le Nicaragua parue dans Le Monde du 8 mai 1985. Cette liste était incomplète. comportait des orthographes erronées, mais surtout ne précisait pas que, quand les signataires étaient membres de la Charte 77 ou du VONS, ils ne s'engageaient qu'à titre personnel.

Ce dernier point n'est pas mineur : pour demeurer, la Charte Tr doit rester pluraliste. Récemment, une polémique l'avait traversée parce que certains de ses membres avaient signé ès qualité un document sur la conception de l'histoire en Tchéco slovaquie, d'inspiration plutôt chrétienne conservatrice (voir ce débat dans le numé ro 190 d'Inprecor).

Voici donc la liste des signataires telle que nous l'a communiquée l'agence Palach Press : Jiri Dienstbier, ancien journaliste, Eva Kanturkova, écrivain, Jiri Hajek, ancien ministre des Affaires étrangères, Ladislav Hejdanek, philo sophe, Vaclav Maly, prêtre catholique, Milos Rejchrt, pasteur protestant, Jaroslav Sabata, ex-membre du comité central du Parti communiste, psychologue, Gertruda Sekaninova-Cakrtova, avocate et ancien membre du Parlement, Anna Sabatova, Petr Uhl, ancien enseignant.

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