Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

MEXIQUE

Le PRT au Parlement. Interview de notre camarade Sergio Rodriguez

· Inprecor n° 202, 9 septembre 1985 · p. 10-13, 13 · 3 745 mots

Mexique Syndicalisme Stalinisme Économie mondiale

E 7 juillet 1985 se sont tenues les élections législatives au

L Mexique, Le Pari evolutionnaire des travaileur (PRT, section mexicaine de la IVème Internationale) réussit une percée. Malgré les fraudes électorales dues aux services gouvernementaux,

300 000 voix (1,7 % des suffrages exprimés), ce qui lui vaudra six élus dont deux femmes. Il y a trois ans, aux élections présidentielles et législatives, le PRT restait en dessous du quorum de 1,5 %. Cette progression témoigne de la présence de nos camarades dans toutes les luttes de ces dernières années.

Elle trahit aussi la crise — politique, sociale, économique - qui mine la stabilité « historique » du Mexique.

Un système bâti sur l'idée d'un parti fort — le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) au pouvoir depuis 56 ans - le développement au cours des années 1970 d'une politique de prestations sociales pour les masses populaires, l'incorporation au sein du parti dominant de secteurs ouvriers, paysans et des couches moyennes, une relative autonomie vis-à-vis de l'impérialisme américain ont constitué un véritable socle stabilisateur pour le régime mexicain. Mais la crise économique de la fin

1981 va bousculer cet édifice. Inflation (100 % en 1982), dette extérieure (de 35 milliards de dollars en 1976 à 80 milliards en

1982), dévaluation du peso, attaques draconiennes au pouvoir d'achat des salariés (plus de 40 % de réduction du salaire réel ces deux dernières années), licenciements, etc. caractérisent la situation présente. Cette politique d'austérité, dictée notamment par le Fonds monétaire international, ne restera pas sans

Dès 1982 en effet, les masses mexicaines entrent dans de grandes luttes. Tous les secteurs de la société interviennent :

émergence d'un mouvement de masse de vendicatives imposantes des paysans sur pelons celles du 9 juin 1983 à l'occasion

Eric TOUSSAINT : - Le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), se précomme l'émanation du peuple, comme le garant de la pureté de la révolution mexicaine. En même temps, il a imposé à la population des mesures d'austérité extrêmement dures. Malgré cela et malgré le fait que l'on sache qu'il allait falsifier les résultats électoraux comme auparavant, il est toujours au pouvoir, et ça dure depuis 56 ans ! Il proclame d'ailleurs maintenant qu'il a obtenu 70 % des suffrages exprimés. Ces faits pris ensemble sont difficiles à comprendre.

Sergio RODRIGUEZ : - Le PRI n'a pas obtenu 70 % des voix. Il a peut-être recueilli 55 à 56 % des votes exprimés, lesquels ne représentent que 45 % des

PRI ne se maintient au pouvoir qu'avec le soutien du quart de l'électorat. Mais le problème essentiel n'est pas là. Je pense que nous vivons la crise de domination la plus forte qu'ait connue le PRI jusqu'à ce jour. Cette crise s'exprime à quatre ni-

Le PRT au Parlement

obtient officiellement plus de femmes, marches reMexico, grèves. Rapde la révision des sa-

Tout d'abord, le PRI s'est construit une image anti-impérialiste prononcée qui s'appuyait, à l'époque, sur une opposition réelle aux intérêts immédiats des USA. Le PRI disait aux masses : « Si les USA prennent des mesures de rétorsion contre nous, nous comptons sur votre appui pour répondre à l'impérialisme gringo. » Or, ces dernières années, l'Etat mexicain, sous la conduite du PRI, s'est de plus en plus aligné sur la politique économique et internationale de l'impérialis-

Ensuite, il y a le problème de la relation entre le PRI et la bourgeoisie mexicaine. A l'ombre de l'Etat « priiste » mexicain et sous sa protection s'est formée une bourgeoisie de plus en plus forte, dont les intérêts se rapprochent du grand capital US dans la mesure où l'économie mexicaine est très largement dépendante des USA. Cette bourgeoisie veut donc un alignement encore plus prononcé mexicain par rapport aux USA.

D'autre part, elle veut une rationalisation de l'exploitation capitaliste au Mexique.

Par exemple, elle veut mettre fin à cerlaires et, surtout, pour la défense d'un salaire minimum. Malgré les manœuvres de la bureaucratie de la CIM (Confédération des travailleurs mexicains, principale confédération syndicale), on vit se déclencher ce jour-là plus de 4 000 actions sur tout le territoire. Le plus important mouvement de grèves simultanées depuis les années trente. Quatre mois plus tard, le 18 octobre, a lieu la grève civique nationale ; significative car c'est la première mobilisation d'ensemble, à l'échelle nationale, des secteurs de masse de la campagne et de la ville. En dépit d'une faible participation syndicale, ce sont quelque 1,5 million de personnes qui s'engagent dans des manifestations, des meetings, des prises de terre, des arrêts de travail, des occupations. Plus récemment, le 10 avril 1985, la Coordination nationale Plan de

Ayala et d'autres organisations de masse mettent sur pied, comme l'année précédente, une grande marche revendicative sur Mexico : 50 000 paysans défilent dans la capitale, alors que

70 manifestations régionales en réunissent un million dans tout

Nos camarades du PRT sont totalement partie prenante de ces cinq mobilisations et y jouent un rôle actif. Aujourd'hui, dans cinq Etats, le PRT est la troisième force du pays, derrière le PRI et le PAN (Parti d'action nationale, parti de la droite réactionnaire). Dans ce contexte d'instabilité qui restera celui du Mexique, les propositions du PRT rencontrent un écho croissant. Le renforcement de l'audience aussi bien que des capacités militantes de nos camarades se voient non seulement dans le résultat qu'ils ont obtenu mais par leur capacité de mener pour la première fois une campagne vraiment nationale.

Le contenu politique et le déroulement de cette campagne sont expliqués par Sergio Rodriguez, membre de la direction du PRT, dans l'interview que nous publions ci-dessous. Cette interview a été réalisée juste après les élections, à un moment où on ne savait pas encore l'ampleur de la percée du PRT.

tains acquis de la révolution mexicaine pour les paysans. La réforme agraire mexicaine a permis à une grande masse de paysans d'avoir accès à la terre. Sur ces questions, une partie importante de la bourgeoisie mexicaine veut que l'Etat mexicain mène une autre politique, et elle appuie, pour ce faire, l'autre parti bourgeois, le Parti d'action nationale (PAN).

Troisièmement, il y a la question des rapports entre le PRI et la bureaucratie syndicale. Le puissant mouvement syndical mexicain est dominé par une bureaucratie directement liée au PRI. Mais cette bureaucratie syndicale n'est pas arrivée au pouvoir simplement par la répression des courants de gauche dans le syndicat. Elle a pris le pouvoir parce qu'à une époque, le développement économique du Mexique permettait à l'Etat mexicain d'accorder un progrès économique et social aux

En échange, la bureaucratie syndicale maintenait la paix sociale et faisait une propagande pour le PRI. Au moment où le PRI mène une politique d'austérité très forte, cette bureaucratie, pour survivre, est obligée de prendre ses distan-

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ARRIBA LOS

DE ABAJO

" En haut ceux d'en bas, en bas ceux d'en haut ! ces par rapport au PRI, mais elle le fait très timidement. Dès lors, le mécontentement des travailleurs à l'égard de la bureaucratie syndicale est de plus en plus grand.

Enfin, pendant plusieurs décennies, le PRI a maintenu sa domination sur les masses en obtenant de celles-ci qu'elles se mobilisent pour lui. Maintenant, ça n'a plus lieu. Partout, sur le marché, dans les bus, les gens discutent contre le gouvernement. Une partie importante vote encore pour le PRI, mais il ne bénéficie plus de la mobilisation populaire.

Il y a donc crise du système de domination du PRI sans qu'il y ait encore de véritable alternative de gauche pour sortir de cette crise. Le mécontentement populaire est très important, mais il ne s'exprime pas encore de manière organisée, sauf dans certains secteurs. C'est le mouvements indépendants de masse dans lesquels le PRT joue un rôle très important, par exemple dans la Coordination nationale Plan de Ayala (CNPA),

500 000 paysans. Le problème, c'est que du côté de la classe

PAT onSA

B

» (DR) ouvrière industrielle, on ne connaît pas une telle expression organisée d'un courant lutte des classes. La bureaucratie contrôle encore le mouvement syndical. Ainsi, le prolétariat ne se présente pas encore à la tête de la nation, il ne se manifeste pas encore comme le « caudillo » de la nation s'alliant avec la paysannerie pour mettre en œuvre une alternative ouvrière.

- Avez-vous présenté des listes partout dans le pays, et comment les avez-vous composées ?

- Nous avons présenté des listes dans tout le pays. Elles comportaient 850 candidats pour les postes de députés. Si on y élections régionales, le nombre total de candidats se monte à 2 000.

Le tiers des candidats a moins de 30 ans. Notre liste est celle qui comprend le plus grand nombre de femmes. Nous avons responsables syndicaux, en particulier des secteurs de l'électricité, des chemins de fer, du textile, de l'industrie de la confection. Mais surtout, nous avons des leaders de masse de mouvements paysans indé pendants.

Nous avons mis beaucoup de soin pour composer les listes, et comme nous les avons ouvertes largement à des organisations de masse, nous avons réalisé localement des assemblées électorales pour mettre au point la liste des candidats. Nous avons également donné une place importante à l'organisation de masse du secteur urbain qui est lié à notre parti, à savoir le Bloc populaire révolutionnaire qui organise les luttes dans les bidonvilles et les quartiers.

- Tu viens d'expliquer qu'il y avait une participation d'organisations paysannes de masse à la campagne du PRT. Est-ce que la campagne de 1985 n'est pas néanmoins plus centrée sous le sigle du parti que celle de 1982 ?

- Oui, certainement. En 1982, nous étions encore un très petit parti sans expérience électorale. Nous avions beaucoup d'audace, mais sans racines organisationnelles suffisantes. En 1982, nous avons organisé la campagne électorale autour de la candidature présidentielle de Rosario Ibarra, la figure la plus prestigieuse de la lutte contre le gouvernement pour le respect des droits démocratiques. En 1985, Rosario était toujours candidate aux législațives, elle a fait une tournée de meetings pour la campagne, mais celle-ci était moins centrée sur sa candidature. Quand nous avons commencé la campagne électorale de 1982, nous avions des militants dans 15 des 32 Etats du Mexique, nous avions présenté 171 candidats.

Entre 1982 et 1985, il y a aussi une différence politique. En 1985, pour les élections, nous avons décidé de faire une campagne contre toute la politique du gouvernement et de l'impérialisme. Nous avons mis en avant un programme qui colle aux préoccupations des masses et qui y apporte des réponses populaires correspondant au niveau de conscience des masses. D'autre part, cette campagne se caractérise par un enracinement social plus important, par une capacité organisationnelle meilleure et par un effort militant plus développé.

- Quels étaient vos principaux mots d'ordre ?

- En premier lieu, il faut dire que nous avions choisi deux slogans clef : « Arriba los de abajo ! » (En haut ceux d'en bas !) et « Démocratie, salaire et terre ! »

Normalement, nous aurions pris le mot d'ordre de « Gouvernement ouvrier et paysan » comme mot d'ordre central, mais ce n'est pas la meilleure manière d'expliquer ce que nous voulons. La population mexicaine est très critique à l'égard du gouvernement, elle est contre la corruption, mais elle ne comprend pas tous les liens entre la corruption exercée par le PRI et l'exploitation capitaliste en tant que telle.

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TARRBAT

NIOS 30004)

VOTA

Affiche du PRT avec le visage d'Emiliano Zapata, dirigeant paysan de la révolution mexicaine de 1910. (DR)

Le PRI a mené sa campagne sur le thème de 56 années de stabilité et de paix sociale. Nous avons dit : « 56 années d'exploitation et de corruption! Ceux qui sont à la tête du pays doivent être en bas ! » Et ce slogan est très populaire. Par exemple, dans différentes régions pays, les paysans ont composé trois chansons sur le thème de la campagne « En haut ceux d'en bas! » Et ces chansons sont de plus en plus populaires.

Mais il y a aussi d'autres mots d'ordre plus en rapport avec les problèmes économiques et sociaux. Nous avons mis en avant la revendication de ne pas reconnaître la dette extérieure. Nous avons fait un mélange entre le moratoire sur la dette et la non-reconnaissance de celle-ci. Nous avons expliqué que cette dette extérieure avait déjà été payée par les profits réalisés au Mexique par le capital international et par la fuite des capitaux. Et nous avons dit : « Si quelqu'un doit payer cela, ça doit être la bourgeoisie et le gouvernement mexicains qui ont exploité et organisé l'endettement extérieur et l'évasion des capitaux. » Nous avons aussi dit : « Qui a été consulté pour contracter cette dette ? Qui a été consulté pour la renégocier ? Et si nous payons la dette, quelles conséquences cela aura-t-il sur le niveau de vie des masses? »

Nous avons aussi avancé des mots d'ordre anti-impérialistes du type : « Défense de la nation contre l'impérialisme US. » Mais nous comprenons que cette défense ne peut se faire par une alliance avec la bourgeoisie mexicaine ou certains secteurs de celle-ci ou encore avec le gouvernement. Parce que ceux-ci sont dans une position de subordination totale aux intérêts de l'impérialisme US, surtout au niveau économique. La lutte pour la défense de la nation implique que le prolétariat agisse comme le « caudillo » de la nation en se mettant à la tête des secteurs oppri-

PHT més et exploités du pays et en dirigeant ses coups contre l'impérialisme et ses alliés nationaux, le gouvernement la bourgeoisie mexicaine.

Nous avons aussi mis en avant une série de revendications centrées sur la question de la démocratie. La première chose que nous ayons dite, c'est qu'il n'y a pas de démocratie abstraite. Le premier droit démocratique doit être le droit de manger, d'obtenir un salaire pour vivre décemment, le droit au travail, le droit d'habiter une maison. Nous avons donc posé le problème de la démocratie du point de vue d'un intérêt de classe, c'est-à-dire l'intérêt du prolétariat et des autres classes exploitées, donnant ainsi un caractère social à la revendication démocratique.

Bien sûr, le PRT a aussi posé le problème de la démocratie sous l'aspect plus strictement politique, sous l'aspect des droits démocratiques en général et de la démocratie sur le lieu de travail, c'est-àdire dans l'usine, dans les exploitations agricoles, ainsi que sur le lieu d'habitation et dans les quartiers. Il ne doit pas exister d'obligation d'affiliation forcée au PRI et il faut abolir tout le système de coercition sociale mis en place par le gouvernement.

•- Une campagne électorale, sont pas seulement des slogans. c'est aussi toute une mobilisation des forces du parti et autour du parti. Comment vous êtes-vous organisés ?

- Nous avons adopté un plan de campagne 6 mois avant les élections. Ce plan comprenait toutes les réponses aux questions essentielles : le contenu du programme électoral, le type de liste, le rythme, etc. La question fondamentale était de savoir comment faire participer à la campagne le maximum de gens qui n'étaient pas encore dans le parti. Pour ce faire, nous avons mis en place des comités de femmes et des comités de bidonvilles, pour soutenir certaines candidatures de femmes ou d'habitants de bidonvilles figurant sur nos listes sans être nécessairement membres du parti.

D'autre part, nous avons essayé d'obtenir qu'un maximum de contacts, de sympathisants soient d'accord pour être nos représentants dans les bureaux vote et de dépouillement. Dans la ville de Mexico, près de 4 000 personnes nous ont représenté dans les bureaux de vote ! C'est important, parce que c'est un moyen d'amener des contacts s'identifier au parti. C'est un pas énorme quand on connaît le degré de contrôle exercé par le PRI sur tous les aspects de la vie. C'était aussi important pour le parti, parce que cela permettait de limiter les possibilités de fraude. Enfin, nous avons obtenu que les organisations de masse, paysannes en particulier, qui nous soutenaient, s'investissent réellement dans la campagne électorale.

Pour en arriver là, le parti a fait de gros efforts. Nous avons envoyé des permanents dans certaines régions pour y lancer la campagne. De nouvelles sections du parti se sont créées à cette occasion. C'est le cas notamment dans le nord du pays, où nous avons recruté, dans une seule région, 100 nouveaux militants, dont beaucoup de paysans. Pour obtenir une telle mobilisation du parti, de ses contacts et de gens que nous rencontrions au cours de la campagne, il fallait rompre avec une tradition présente dans toute la gauche traditionnelle, qui consistait à dire que les élections ne sont qu'un prétexte pour faire la propagande du parti et que le nombre de voix obtenues n'est pas réellement important. Au contraire, il fallait affirmer qu'obtenir des voix, c'était important, que c'était le témoignage du crédit que nous avions à un moment donné.

Mais l'objectif fondamental n'était pas non plus celui-là. L'objectif fondamental, c'est que d'ici à la fin de l'année, nous devons recruter plusieurs milliers de base militante grandissante du parti. Il y a des régions du pays, telles que Sonora et Puebla, où des communautés villageoises entières veulent adhérer au parti ou se considèrent déià comme membres du parti. Cela arrive aussi dans des bidonvilles. Jusqu'ici, nous leur disons qu'il faut satisfaire à différentes conditions pour être membre du parti, nous leur disons qu'il y a une différence entre sympathisants et membres du parti. Nous leur disons qu'ils ne sont pas membres du parti. Mais il faut trouver une solution adéquate à ce problème. En tout cas, notre fraction paysanne a fixé comme objectif le recrutement de 500 paysans de plus au parti.

- Peux-tu donner quelques chiffres concernant l'importance du parti et de l'effort qu'il a accompli pendant la campagne électorale ?

- Nous avions, au début de la campagne électorale, 2 000 militants et presque

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3 000 sympathisants organisés. Nous sommes présents dans les 32 Etats du Mexique. Bien sûr, il y a un développement inégal du parti. Dans certains Etats, nous sommes particulièrement forts, comme à Sonora, Basse-Californie, Morelos, Colima, Mexico. Dans d'autres, nous somme faibles, comme à Oaxaca ou a Quintana Roo.

En ce qui concerne la participation aux meetings, aux réunions publiques, on a eu plus de 100 000 personnes. Le 15 juin 1985, à notre meeting final pour la partie centrale du Mexique, nous avons compté 25 000 personnes sur le Zocalo, la place centrale de Mexico, dont 1 500 personnes venues de l'Etat de Puebla, qui firent 6 à 7 heures de bus pour rejoindre le meeting. Au meeting de clôture de la région Nord, dans l'Etat de Chihuahua, il y avait 6 000 personnes, et dans celui de Sonora, il y en avait 4 000.

Nous avons aussi réalisé un gros effort d'affichage. A Mexico, par exemple, où nous avions 40 candidats, nous avons imprimé à 3 000 exemplaires une affiche personnalisée pour chaque candidat, soit en tout 120 000 affiches. On doit y ajouter les affiches générales. Si bien qu'en tout, pour la seule ville de Mexico, nous avons réalisé près de 500 000 affiches!

- Ce qui frappe quand on se déplace dans la ville de Mexico, c'est le grand nombre de peintures murales réalisées par le parti. Cela a dû représenter un très gros effort pour les militants.

- En effet. Il faut savoir que seuls le PRT, le Parti socialiste unifié du Mexique (PSUM, Parti communiste mexicain) et le Parti mexicain des travailleurs (PMT, parti nationaliste radical) réalisent leurs slogans muraux de manière militante. Tous les autres partis recourent à l'emploi de personnes payées pour faire ce travail. A Mexico, on a parlé de la guerre des murs, c'est-à-dire que c'était une bataille permanente pour avoir accès aux murs et protéger les slogans qu'on y avait inscrits. Réaliser de grands slogans, cela prend de 2 à 3 heures.

- Des candidats du PRT ont-ils subi une répression pour leur participation à la campagne électorale ?

- Oui. Quelques jours apres que la liste des candidats ait été rendue publique, la répression a commencé. Notre candidat du district numéro 1 de la ville de Mexico est secrétaire d'un secteur syndical des travailleurs de la Fonction publique. La direction nationale a alors demandé la démission de ce camarade. Après une grosse campagne de défense de ce militant syndical combatif, nous avons obte- 1 nu qu'il puisse conserver son mandat jusqu'à son terme. Depuis lors, il y a eu de nouvelles élections syndicales dans ce secteur, et à cette occasion nous avons renforcé nos positions dans la direction syndicale.

Le plus grave, c'est qu'un jour avant le vote, un candidat indépendant de la lis-

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à 6 « inconnus » qui l'ont agressé dans un quartier de la ville. Nous sommes persuadés qu'il a été tué parce qu'il était candidat. Ce n'est pas rare de voir tuer des militants à la ville ou à la campagne, sans que ce soit revendiqué par la suite.

— Quelle a été l'attitude du PRT à l'égard du reste de la gauche mexicaine ?

- Le PRT a proposé à toute la gauche mexicaine de faire un front unique pour cette élection. Ce front aurait dû comprentre le PRT, le PSUM, le PMT et toute la gauche qui n'a pas été légalisée. Nous pensons que la réalisation de cette unité pourrait changer fondamentalement la vie politique mexicaine, parce qu'elle mettrait fin à la réaction traditionnelle d'une partie importante des travailleurs qui, pour voter contre le PRI, soutiennent électoralement l'autre grand parti bourgeois, le PAN.

Mais les deux autres partis de gauche tion. Ils ont préféré aller seuls, chacun de aux élections. Malgré cela, la gauche vient d'obtenir beaucoup de voix. Par exemple, dans la ville de Mexico, qui compte 18 millions d'habitants, le PSUM, le PRT et le PMT ont obtenu presque 18% de voix dans beaucoup d'endroits. Dans certains arrondissements de Mexico, les trois partis ont obtenu ensemble de 21 à 29 % des voix. Dans plusieurs arrondissements, le PRT a obtenu 5,5 % des voix, le PMT 6,5 % et le PSUM 9 %. En moyenne le PRT obtient 3,5 % des voix de la ville de Mexico soit près de 100 000 voix. La signification de ce succès, malgré la division, a été maintenant perçue par les trois partis, et les secrétariats de ces trois partis ont déclaré que s'ils obtenaient chacun des députés, ils constitueraient un groupe parlementaire unique.

Propos recueillis par Eric TOUSSAINT,

Mexico, le 10 juillet 1985.

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