Inprecor 1974–2004

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MEXIQUE

L'action du PRT face au tremblement de terre

· Inprecor n° 205, 21 octobre 1985 · p. 25 · 1 107 mots

Mexique

MEXIQUE L'action du PRT face au tremblement de terre

Le Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT), section mexicaine de la IVe Internationale, qui vient de faire son entrée à la Chambre des députés à l'issue des élections de juillet dernier, a mis à profit cette tribune pour dénoncer la corruption et la spéculation foncière qui ont contribué à aggraver les conséquences du tremblement de terre qui a récemment touché Mexico et ses alentours, Le député du PRT Pedro Penaloza a déclaré à ce propos : « Nous rendons responsables les autorités concernées de ce qui est arrivé à l'édifice Nuevo Leon », dans le quartier de Tlatelolco. Les centaines de morts causées par l'écroulement de ce bâtiment sont directement dues à la qualité défectueuse d'un édifice qui, depuis cinq ans, était présenté comme dangereux par les habitants du voisinage. Par ailleurs, Penaloza a proposé un moratoire de deux ans du paiement de la dette extérieure, pour pouvoir reconstruire la ville et le pays. Nous reproduisons ci-dessous le Manifeste à la Nation, qui synthétise les positions du PRT sur cette question.

Le tremblement de terre qui a touché le District fédéral (Mexico, ndlr.) et plusieurs Etats de la République, les 19 et 20 septembre, a provoqué de graves dommages à des édifices publics et à des habitations, ainsi que des milliers de morts, de blessés, de victimes et de sinistrés. Notre peuple est en train de vivre l'un des plus grands drames de son histoire. Devant cette situation, la réponse de solidarité de toute la population a été exemplaire. Tout le monde s'est consacré à résoudre les tâches les plus urgentes. Les brigades de volontaires ont contribué de facon décisive à sauver des centaines de blessés.

Dès le premier moment, notre parti a pris part à ce torrent de solidarité. Tous nos militants ont été mobilisés dans les brigades de solidarité et nos ressources ont été mises à la disposition des sinistrés. Les tâches de sauvetage se poursuivent et les besoins en nourriture, en habitations, en eau, en secours médicaux et en travail sont autant de questions prioritaires à résoudre pour ceux qui ont été touchés.

Tous les Mexicains doivent réfléchir aux causes de la tragédie et proposer des solutions alternatives aux problèmes posés car, d'une manière ou d'une autre, nous avons tous été touchés.

Le tremblement de terre, comme toute catastrophe naturelle ou sociale, a mis en lumière les contradictions sociales et politiques du capitalisme et du régime qui le représente dans notre pays.

Le gouvernement a donné des informations qui se contredisaient constamment, ce qui a déconcerté la population. Les gens voient ce qui est en train de se passer et ne croient pas aux versions officielles. L'aide officielle est désorganisée et incontrôlée. En de nombreuses occasions, la force publique a été un obstacle plus qu'une aide dans les travaux. On exalte la participation populaire, mais en même temps on donne l'ordre d'appréhender les volontaires, en les réprimant.

Dans cette catastrophe nationale on ne peut se contenter d'incriminer la nature. Il y a la responsabilité concrète de ceux qui ont donné les permis de construire pour des habitations qui ne répondaient pas aux normes de sécurité et qui étaient de mauvaise qualité. L'édifice Nuevo Leon, à Tlatelolco, dont les gens du voisinage exigeaient la réparation depuis maintenant cinq ans, en est la preuve la plus palpable. Une enquête parlementaire et populaire sur les édifices publics et les habitations détruits permettra de dégager les responsabilités.

Un plan de reconstruction national doit avoir comme priorité la construction de logements pour les milliers de sinistrés. Notre parti a présenté devant la Chambre des députés un projet de décret pour que les loyers soient bloqués, que les terrains vagues soient déclarés d'intérêt public et que l'on construise des logements sur prêtent, pour que soient unités habitables doivent être occupés par les personnes touchées (par le tremblement de terre, ndlr.) La spéculation criminelle sur les terrains urbains et le logement doit être empêchée.

Aujourd'hui, le pays a besoin d'une masse de moyens financiers pour un plan de reconstruction national. Et pourtant, cette année, des millions de dollars seront destinés au payement des intérêts de la dette extérieure. Nous pensons qu'une mesure urgente doit être prise : déclarer le moratoire de la dette pour deux ans, afin de pouvoir commencer la reconstruction de cette ville et du pays.

Le fonds de reconstruction créé par Nacional Financiera est destiné aux écoles et aux hôpitaux, d'après ce qu'a annoncé le gouvernement, laissant ainsi de côté la nécessité de construire des logements, d'autant que le maire de Mexico a annoncé que des espaces verts seraient construits en lieu et place des immeubles détruits. Cette déclaration a suscité de nombreux doutes. Le PRT considère que le fonds pour la reconstruction doit être administré par une commission pluripartite de la Chambre des députés, comme d'ailleurs la supervision de l'aide extérieure et de sa distribution. Les espaces verts peuvent être créés là où se trouvaient les édifices, mais les sinistrés des quartiers comme La Morelos, Roma, Tlatelolco et autres, ont le droit de reconstruire leurs habitations dans la même zone, sans qu'ils en soient arbitrairement délogés. Il faut exproprier de toute urgence les industries de matériaux de construction, afin d'éviter la spéculation.

La solidarité de classe est vitale dans ces moments. Il faut éviter à tout prix que dans les usines qui menacent de s'écrouler, les travailleurs ne soient licenciés. Les droits du travail ne sont pas annulés, comme le prétendent les patrons. En cas de licenciement, les travailleurs doivent être indemnisés conformément à la loi fédérale du travail. Ce désastre national ne peut être pris en charge de façon antidémocratique et corrompue. C'est déjà pour cette raison que le nombre des morts et des sinistrés a été si élevé. Il faut empêcher un nouveau gigantesque commerce sur la reconstruction du District fédéral. Pour qu'il y ait une reconstruction démocratique de la ville, les habitants du District fédéral et des zones proches de la province doivent pouvoir

Les sinistrés doivent participer directement aux décisions pour la solution des problèmes auxquels ils sont confrontés, ce qui requiert leur organisation et une coordination unique.

Le peuple s'est mobilisé, montrant ainsi sa solidarité. Toutefois, ce peuple n'a pas élu le régent de la ville et ne se sent donc pas représenté par lui. C'est pour cela qu'il est fondamental de demander que le peuple lui-même puisse décider

Le PRT s'est engagé et continuera à participer aux tâches énormes que doit affronter notre peuple, pour dépasser les conséquences de la tragédie au travers d'une véritable et profonde transformation de la société où nous vivons.

Comité politique du PRT, Mexico, le 28 septembre 1985.

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