Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

URSS

La dissidence en Ukraine

Inprecor n° 205, 21 octobre 1985 · p. 24-25 · 1 262 mots

URSS et Russie Pologne Stalinisme

La dissidence en Ukraine Selon des informations parvenues récemment à l'Ouest, Vasyl Stous, 45 ans, est mort dans le camp de concentration soviétique de Perm. C'est le quatrième militant du groupe ukrainien pour le resdans un camp, depuis le 21 avril 1984, date de la mort d'Oleski Tykyi, 53 ans, suivie de celles de Youri Lytvyn, 50 ans, tous les deux à Perm, et de Valeri Martchenko, 36 ans, à l'hôpital du KGB de Léningrad, en automne de la même année. Ce groupe, l'un des plus actifs de tous les groupes soviétiques en faveur des droits de l'homme, exista de 1976 jusqu'au début de 1980 et fut victime d'une répression particulièrement féroce. « Tous les membres du groupe », écrit Victor Haynes dans un article publié par l'Alter-

1984), « partageaient cette idée de base que la population était privée des droits civiques fondamentaux et, surtout, ils considéraient que l'Ukraine était une colonie russe. En conséquence, le groupe revendiquait dans ses déclarations le droit de militer pour la sécession de l'Ukraine, ce mot d'ordre étant indissociable de la lutte pour les droits civiques en général. »

Get défenseur infatigable des droits nationaux des Ukrainiens opprimés par la bureaucratie chauvine du Kremlin, ayant déjà passé huit ans en prison et en exil intérieur, Vasyl Stous fut à nouveau condamné à cinq ans de camp en automne 1980. Très impressionné par le déclenchement de la révolution polonaise, il exprima, du camp de Perm, un soutien plein

L'expérience critiquer durement le mouvement en défense des droits de l'homme en URSS, pour ses attitudes élitistes et légalistes. Dans ses notes de camp, Stous affirmait que « la voie syndicale vers la libération pourrait avoir une extraordinaire efficacité en Union soviétique. (...) Le mouvement des groupes d'Helsinki, après tout, passe par-dessus la tête de la population de ce pays. (...) A bien y réfléchir, les événements polonais sont pleins d'enseignements pour le mouvement d'Helsinki, qui était un phénomène timide et respectueux. Ils ont été le fait d'un mouvement d'origine populaire avec un large programme de revendications sociales et politiques, et qui a œuvré dans la perspective de prendre le pouvoir ».

L'actuelle série noire des décès des dissidents ukrainiens dans les camps de

NOUVELLES DU MOUVEMENT OUVRIER ET DE concentration s'est ouverte au printemps 1984 avec la mort d'Oleski Nikitin, mineur de Donbass ayant participé en 1978, avec Vladimir Klebanov, au lancement de la première initiative pour former un syndicat ouvrier libre en Union soviétique. Ces morts successives confortent la conviction que la bureaucratie soviétique s'acharne en particulier contre les dissidents ukrainiens, ce qu'illustre le sort de Danylo Choumouk. Combattant contre la bourgeoisie polonaise dans les rangs du Parti communiste d'Ukraine occidentale (KPZU) avant la Deuxième Guerre mondiale, contre l'impérialisme allemand dans les rangs de l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) pendant la guerre, et contre la bureaucratie du Kremlin durant la révolte dans le camp de Norilsk en 1953, Choumouk est déclaré aujourd'hui par Amnesty International comme étant le prisonnier ayant effectué le plus grand nombre d'années d'emprisonnement pour des raisons politiques, en URSS et dans le monde.

La recrudescence de la répression contre les patriotes ukrainiens coïncide avec les difficultés croissantes que le pouvoir bureaucratique rencontre aujourd'hui dans les régions occidentales de cette ré publique, en Ukraine transcarpatique et subcarpatique. C'est là que s'est développé le premier mouvement d'Helsinki avec une base sociale importante, le Groupe d'initiative en défense des droits des croyants et de l'Eglise d'Ukraine. Incarnant fortement l'identité nationale dans occidentaux d'Ukraine, l'Eglise gréco-catholique, de rite oriental mais unie à Rome, fut incorporée de force par Staline, en 1946, à l'Eglise orthodoxe de Moscou. Les prêtres et les croyants qui n'ont pas accepté cette mesure draconienne d'oppression religieuse et nationale, mènent une large activité clandestine et éditent le samizdat le plus intéressant qui circule aujourd'hui en URSS, la Chronique de l'Eglise catholique d'Ukraine. A la tête du mouvement se trouve Yo-

Avant d'être à nouveau arrêté en février 1985 et condamné à sept ans de camp suivis de cinq ans d'exil intérieur, Terelia, qui a déjà passé 18 ans dans divers camps, prisons et hôpitaux psychiatriques, a lancé des appels aux peuples d'Ukraine, de Pologne, de Lithuanie et de Slovaquie, pour qu'ils opposent une résistance armée à la domination moscovite, tout en exprimant en même temps son admiration pour Solidarité. « La lutte que vous menez avec tout le peuple polonais représente l'espoir qui nous donne, à nous aussi, des forces pour notre résistance », disait-il dans une lettre ouverte adressée à Lech Walesa.

Le mouvement s'oppose à l'invasion de l'Afghanistan, dans laquelle il voit une

L'INTERNATIONALE prolongation, à l'extérieur, de la politique d'oppression nationale appliquée à l'intérieur de l'URSS. « En tant que chrétiens et membres de la nation ukrainienne, et en tant que clergé de l'Eglise catholique ukrainienne, nous exprimons notre protestation contre l'utilisation forcée illégale des jeunes Ukrainiens dans la guerre injuste menée en Afghanistan par le gouvernement de l'URSS », lit-on dans une déclaration de juin 1984. Le samizdat du groupe, déjà mentionné, publie des informations détaillées sur les pertes ukrainiennes durant cette guerre, qui se révèlent être très élevées.

Dans la même Ukraine transcarpatique et subcarpatique, qui était le bastion de la guérilla de l'UPA au début des années 1950 (cf. Inprecor numéro 192 du 18 mars 1985), les groupes armés se sont manifestés à plusieurs reprises après l'ex termination de cette dernière. Selon les sources soviétiques, des « débris de bandes armées nationalistes » se sont réactivées dans la région pendant la révolution polonaise. Le plus actif était, et semble-t-il demeure, le détachement de guérilla du commandant Tchornyi (Noir), toujours selon les mêmes sources. « Le 24 mai 1981, la bande terroriste de Tchornyi a fait dérailler un convoi militaire qui transportait un radar de la base militaire de Viloks'ka ; cela a retardé l' "action polonaise" (le coup d'Etat de Jaruzelski du 13 décembre 1981, ndlr.) de neuf mois », confessent les caciques régionaux dans une note confidentielle.

En juin 1982, Borys Terelia, frère de du groupe de Tchornyi, trouva la mort dans un affrontement armé sanglant avec les forces du KGB. Malheureusement, se plaignent les mêmes cacioues. la mort du « bandit » a rompu le fil menant le KGB aux autres « débris » nationalistes dans une région voisine. L'opération menée par le KGB dans les montagnes des Carpates, en 1982, n'a pas abouti à la liquidation du « groupe de bandits de Tchornyi », apprenonsnous de ce document secret, révélé par la Chronique de l'Eglise catholique d'Ukraine et reproduit entièrement dans le Monde du 7-8 juillet dernier. L'année passée, en Volhynie, autre région d'Ukraine occidentale, quatre personnes accusées d'appartenir aux « débris » de l'UPA, furent condamnées à mort par fusillade.

Selon les mêmes sources soviétiques, ces groupes armés obéissent au Front national ukrainien (UNF) qui, dans une dé-

1984, demande « l'ukrainisation de tous les organes du pouvoir, l'établissement de tarifs douaniers entre nos différentes républiques, l'émis sion de notre propre monnaie et la forma tion de notre propre armée ». Mykhailo Diak, militant de cette organisation, déclare : « Notre activité poursuit un seul

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but : la séparation de l'Ukraine. » L'UNF a passé une alliance avec le Groupe de renaissance roumaine, une organisation clandestine active en Moldavie et aspirant à réunifier cette république soviétique à

Les patriotes dissidents meurent dans « l'archipel du Goulag », chose bouge en Ukraine, avant tout dans sa partie occidentale, et le pouvoir bureaucratique a des raisons une jonction entre cette résistance nationale montante et la résistance toujours vivante de Solidarité, de l'autre côté de la

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