Entretien avec du mouvement d
L ment. Maire la te regie philie accordraven de Fonds
A crise qui mine le régime philippin s'approfondit lentemonétaire international (FMI) et la baisse du taux d'inflation, qui a passé de 50 % en 1984 à peut-être moins de 20 % en 1985, l'économie du pays demeure enlisée dans la récession. L'impact social de la chute des exportations industrielles et agricoles est considérable.
Face aux licenciements massifs, le mouvement ouvrier, dont l'épine dorsale est constituée par le Mouvement du ler Mai (KMU), se bat dans des conditions très difficiles. Durant le premier trimestre de 1985, 130 grèves ont été officiellement recensées. La répression continue à faire des morts parmi les travailleurs en lutte.
La crise agricole pèse de tout son poids. Les prix des engrais, des pesticides et autres moyens de production indispensables à l'agriculture de la « révolution verte » devenant absolument prohibitifs, des paysans se tournent à nouveau vers des semences et des modes de culture traditionnels, notamment dans l'ile méridionale de Mindanao. Alors que le marché intérieur se rétrécit, la réorganisation d'un secteur en déclin comme celui de la canne à sucre risque de laisser sans emplois des centaines de milliers d'ouvriers agricoles, dans un pays où le chômage touche déjà les 20 % de la population active et le sous-emploi grave dépasse les 50 %. Le renforcement régulier de la guérilla, animée par le Parti communiste des Philippines (PCP), se manifeste dans des régions aussi diverses que Mindanao au sud, Negros - le royaume du sucre - au centre et Bicol dans l'île septentrionale de Luzon.
Loin de s'affaiblir, la répression se fait toujours plus lourde, toujours plus dramatique. Durant les six premiers mois de 1985, l'organisation de défense des droits de l'homme Task Force Detainees (TFD) a recensé 341 cas de torture dûs aux forces gouvernementales. Durant la même période, 110 cas de « disparition » ont été notés. Ces chiffres sont encore incom-
La répression des manifestations de masse, qui se poursuivent de manière chronique, a pris dans l'île de Negros les allures d'un massacre. Le 20 septembre, veille de la date anniversaire de l'imposition de la loi martiale, en 1972, environ 5 000 manifestants, pour la plupart des ouvriers du sucre frappés par un chômage massif, se sont réunis à l'appel d'une nouvelle coa lition de forces antidictatoriales et anti-impérialistes, la Nouvelle alliance patriotique (BAYAN). Des éléments de l'armée gouvernementale et des forces paramilitaires du régime ont ouvert le feu, 15 minutes durant, sur cette manifestation pacifi que. Plus de 20 personnes ont trouvé la mort, 20 autres ont été gravement blessées, et 200 manifestants ont disparu. On craint que nombre d'entre eux aient aussi perdu la vie.
Sur le plan politique, le régime Marcos s'avère toujours incapable de se réformer, malgré les pressions. Le général Fabian Ver, accusé d'avoir fomenté ou couvert l'assassinat en août 1983 du dirigeant d'opposition Benigno Aquino, retrouvera probablement, grâce à un procès truqué, son poste de chef d'état-major, et cela alors que Washington aurait souhaité son remplacement définitif par le lieutenant-général Fidel Ramos, actuel chef d'état-major par interim. Le président Marcos vient de renforcer sa mainmise sur le personnel de la Comelec, la commission chargée de superviser les élections. Dans ces conditions, l'opposition parlementaire, reste, pour l'essentiel, imppuissante.
Si le régime tient, campé sur des positions construites sur neuf années de loi martiale (1972-1981), il ne peut ni surmonun représentant e la paix philippin ter la crise économique et sociale et la montée des forces révolutionnaires, ni colmater les brèches qui se sont ouvertes en son sein. Il est probablement significatif que, pour la première fois dans l'histoire du pays, un mouvement « réformateur » s'affiche ouvertement aujourd'hui dans les forces armées (AFP).
La genèse de ce « Reform the AFP Movement » (connu aussi sous le nom de « We Belong Movement ») remonterait à quatre ans. Depuis la fin 1984, il semble avoir réellement pris corps, regroupant peut-être 1 500 officiers sur les 13 000 que comptent les forces armées, pour nombre d'entre eux des lieutenants et des lieutenants-colonels. Ces officiers semblent ne soutenir que mollement le général Fidel Ramos, très apprécié des Américains pour son professionalisme mais néanmoins cousin de Marcos, et s'inquiètent beaucoup de la montée en puissance de la coterie des officiers proches du président et de sa femme Imelda, comme le commandant en chef de l'armée de terre, le général de division Josephus Ramas.
La portée internationale de cette profonde crise du régime est d'autant plus grande que l'archipel philippin occupe une position stratégique de toute première importance. Les EtatsUnis possèdent dans l'ile de Luzon deux immenses complexes militaires autour des bases de Subic Bay et de Clark. La base aérienne de Clark, siège de la 13e armée de l'air US, est la plus importante dans la région et peut accueillir tout type d'avion, y compris les bombardiers B-52 et les avions-ravitailleurs C-135.
La base navale de Subic Bay peut répondre aux deux tiers des besoins en maintenance de la Te flotte américaine, qui est forte de 90 navires, 550 avions embarqués et 70 000 hommes. Là encore, c'est la base la plus importante du genre hors du territoire des Etats-Unis. Le réseau militaire US des Philippines, qui couvre l'archipel, offre un centre de communication de première grandeur et de très gros moyens d'observation.
Les Philippines représentent l'un des principaux pivots du dispositif militaire mondial de l'impérialisme américain. Il fait face au Vietnam et sert d'arrière aux bases du Japon. Il constitue un maillon central des forces US du Pacifique et de l'Océan indien et un centre clef de coordination des opérations de la zone couverte par la 7e flotte, qui s'étend de la côte Ouest des Etats-Unis à la côte Est de l'Afrique. « A bas la loi martiale », « luttons pour la démocratie », Manille,
IBAGSAK Al
BATAS MILITAR
PAGLABAN A
DEMOKRASY
Paul PETITJEAN : — Quels groupes notre organisation a eu des liens avec les
Ce réseau militaire signifie aussi que les Etats-Unis sont directement présents dans l'archipel. Les dangers d'une intervention directe de l'impérialisme américain contre le mouvement populaire philippin est donc très réel, très actuel. Les militaires des mouvements anti-intervention, des mouvements antimissiles, des mouvements de la paix internationaux doivent d'ores et déjà agir pour prévenir une telle intervention et pour exiger le démantèlement de ces bases, capables de recevoir et de diri.
ger les forces nucléaires, y compris les sous-marins Polaris équipés d'engins balistiques intercontinentaux.
Nous avons interviewé Roland Simbulan, qui représentait la Coalition pour des Philippines dénucléarisées (NFPC) à la conférence internationale qui s'est tenue en juillet dernier à
Amsterdam (1). Auteur d'un livre sur les bases américaines (2), enseignant à l'université des Philippines, militant syndical, il explique dans cette interview l'enjeu militaire et stratégique représenté par l'archipel, le combat mené dans le pays contre ces bases et contre la mise en marche d'une centrale nucléaire parse retrouvent dans le NFPC ?
Roland SIMBULAN : - Je représente le secteur enseignant, je suis membre de l'Alliance conscients
(ACT-Phil). Le NFPC compte également des représentants d'autres secteurs : les travailleurs avec le Mouvement du ler mai
(KMU), les étudiants avec la Ligue des étudiants philippins, ainsi que des groupes chrétiens, des organisations paysannes et des coalitions locales telles l'Alliance antinucléaire de Bataan. On trouve également des organisations des jeunes et celles des femmes, comme le groupe GABRIELA et l'organisation des Femmes conscientes des Philippines. Aujourd'hui 83 organisations sont représentées, alors qu'au moment de sa création en 1980 le NFPC n'en regroupait que 40.
- Comment a commencé ton engage-
- Les professeurs de l'Université des
Philippines ont leur syndicat, les Professeurs et employés unis de l'Université des
Philippines (UNITE UP, ce qui signifie aussi en anglais « unissez-vous ! ») dont je suis le secrétaire. En réalité, c'est une alliance des organisations des différentes facultés. Mais cette alliance fonctionne plus ou moins comme un syndicat, bien qu'en tant que fonctionnaires nous ne soyons pas en principe autorisés à se syn-
TACT-Phil, organisation nationale enseignante. Comme membres de l'ACT-Phil, nous militons dans le mouvement enseignant et sommes partie prenante des autres efforts multisectoriels dans lesquels l'ACT-Phil est active. Voilà comment j'ai commencé à militer au NFPC, à travers es-tu venu à participer à la conférence de l'END ?
- Les mouvements pour la paix, en particulier Pax Christi, TIKV, et Novib
(4), tous participants actifs à la confé.
rence de l'END, m'ont invité, tout comme ils ont invité d'autres représentants du
Tiers Monde pour discuter des questions
« Nord-Sud ». C'est la première fois que ceinture de feu du Pacifique. groupes pacifistes européens. Par contre, nous avons déjà eu des liens étroits avec les groupes pacifistes nord-américains, en particulier avec le Mouvement pour le gel nucléaire, ainsi qu'avec les mouvements japonais, australiens, néo-zélandais ceux des îles du Pacifique.
- Selon toi qu'a accompli la confé- Aucune action concrète n'a été planifiée. Cependant je pense qu'il est significatif de voir que des questions touchant le Tiers Monde ont été abordées. Cela tend à montrer que les mouvements européens sont prêts à se lier aux mouvements du Tiers Monde qui s'occupent des mêmes questions. Je pense que cela constitue un tournant pour les mouvements pacifistes européens. Nous pensons qu'en dernière analyse le succès des luttes ici en Europe comme dans d'autres pays capitalistes occidentaux beaucoup des liens qu'ils sauront tisser avec les luttes du Tiers Monde. Pour une grande part les victoires dans le Tiers Monde, particulièrement en ce qui concerne les luttes pour l'indépendance et l'auto-détermination, conditionneront le succès ou l'échec des luttes dans les pays capitalistes avancés.
- En ce qui concerne les luttes dans le Tiers Monde, pour l'instant ce sont surtout celles d'Amérique centrale d'Afrique du Sud qui ont été abordées dans le mouvement de la paix. Ces questions sont bien sûr très importantes. Mais étant donné ce qui se passe aux Philippines, il semble que ce point devrait également être abordé. De ce que tu en sais, la question philippine est-elle en passe d'être débattue par le mouvement pacidirectement impliquée Philippines, les groupes pacifistes américains ont mis cette question au centre de leurs débats, comme l'a fait remarquer un représentant américain le deuxième jour de la conférence.
- Quel est l'étendue de la présence ticulièrement dangereuse. Cette dernière, construite par la soaméricaine Westinghouse et équipée d'un réacteur du même type que celui de la centrale de Harrisburg, aux Etats-
Unis, devenue tristement célèbre à cause de l'accident de Three
Mile Island, est située dans une zone sismique active, susceptible de subir de nombreux tremblements de terre propres à la
Plus grave encore, elle se trouve au pied d'un volcan en sommeil, le Mont Natib, et non loin d'autres volcans, dont l'un était actif récemment. Selon l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), « l'éruption du Mont Natib est une possibilité réelle » (3). La population alarmée de la région considérée, à Morong, dans la presqu'île de Bataan, à proximité de
Manille, a mené une grève générale, du 18 au 20 juin 1985, qui a paralysé les activités économiques de toute la zone.
Dans son interview, Roland Simbulan donne enfin une appréciation d'ensemble sur le développement des luttes aux Phi-
- Les Etats-Unis ont 5 bases majeures aux Philippines : la base aérienne de
Clark, la base navale de Subic, le centre aérien de Wallace, le centre de communications de San Miguel et le camp de John
Hay. A cela, il faut ajouter plus de 20 centres identifiés d'importance secondaire, disséminés dans le pays. Je fiés », car il y en a d'autres non identifiés dans des zones stratégiques. Les Etats-
Unis maintiennent de façon permanente pas moins de 15 000 hommes en uniforme, pour l'essentiel des marines et des membres des forces aériennes et navales.
Il y a en plus 3 000 employés soi-disant civils qui travaillent en fait pour la CIA ou pour l'Agence pour la sécurité nationale (NSA), et qui dépendent administrativement du département américain de la
Défense. Ajoutons qu'il y a à tout moment environ 5 000 marins appartenant aux navires de la Te flotte US, lesquels peuvent mouiller à n'importe quel moment dans la base de Subic. Cette base fournit environ 70 % des besoins en fournitures et en pièces de rechange des navires de la Te flotte opérant à l'Est de
Hawaï.
Après la débâcle américaine au Vietnam, les bases philippines ont pris une importance accrue. Washington les considère maintenant comme sa ligne de front face au bloc soviétique. Nous avons également certaines des installations C31 (5) les plus importantes du système américain. Cela de la stratégie de nous place au centre guerre nucléaire américaine. On n'a nullement besoin d'avoir des armes nucléaires parce que les installations C31 font partie de l'infrastructure américaine. Ces installations serviront à localiser avec précision les différentes cibles éventuelles
1. Voir Inprecor numéro 201 du 22 juillet
2. The Base of our Insecurity, Roland G.
Simbulan, Balai Fellowship, Metro-Manila, 1983.
3. Cité par Simon Watt et Conrad Taylor, dans un dossier sur cette question publié dans
Inside Asia numéro 3-4 de juin-juillet 1985.
4. IKV : Conseil œcuménique, principale coordination pacifiste néerlandaise.
Novib : Organisation pacifiste non gouvernementale et non religieuse basée aux Pays-Bas.
5. C31 : Commandement, contrôle, communications et renseignements.
en cas d'attaque américaine contre l'Union soviétique. Aussi, si l'on se met à la place de l'URSS, ces objectifs seraient parmi les premiers à atteindre.
- Que faites-vous concrètement pour vous débarrasser de ces bases et des autres installations?
- Nous pensons que la campagne contre les bases n'est qu'un des axes de la lutte plus large contre la domination américaine. Nous ne séparons pas ces deux aspects parce que nous pensons que les bases ne seront jamais démantelées tant qu'il n'y aura pas eu de changements structurels significatifs dans la société philippine. Mais la campagne contre les bases se doit d'être une campagne spécifique. Aussi devons-nous fournir une information technique. On ne peut se contenter de centrer ses attaques sur la violation de la souveraineté nationale. En informant, nous mobilisons les gens.
Certaines personnes ont commencé à militer en travaillant sur cette question. Mais contrairement aux mouvements occidentaux qui se sont principalement bâtis autour d'une campagne unique, nous devons lier cette question à d'autres aspects de la domination américaine dans les domaines économique, politique et culturel. La majorité de nos groupes affiliés ont des programmes d'ensemble, des programmes politiques et économiques. Ils perçoivent la question des bases comme un aspect sur lequel il est possible de faire campagne à des moments donnés. Je dis « à des moments donnés », Les femmes du NOW protestent contre le régime du président Marcos. (DR)
M ROMEO СИРУТО PRAIN 3 parce que nous venons de mener une « Welgang Bayan», c'est-à-dire une grève générale populaire, dans la province de Bataan où une centrale nucléaire devait entrer en fonctionnement en février 1986. A l'origine cela aurait dû se faire en 1982, mais jusqu'à présent nous avons réussi à en retarder la mise en marche grâce à de massives campagnes de mobilisation.
Notre coalition a décidé de lancer une grève populaire pour dramatiser la protestation populaire. Aussi les 18, 19 et 20 juin derniers, pas moins de 45 000 personnes ont pris part à cette action, paralysant totalement la province. La plupart des grévistes étaient des travailleurs. Des vingt grandes entreprises installées dans la zone de traitement des produits destinés à l'exportation de Bataan (qui est une concentration d'entreprises étrangères), trois seulement ont pu maintenir leur activité. 75% des travailleurs de cette zone ont pris part à la grève. De nombreuses communautés, organisées par l'Alliance anti-nucléaire de Bataan, affiliée au NFPC, se sont également mobilisées Des douze villes de la province, huit étaient complètement paralysées. Des
Use sont dressés, la plupart des commerces sont restés fermés. Trois jours durant, les gens sont restés sur les barrages malgré les pluies battantes. On a connu quelques moments d'angoisse.
- De nouvelles forces continuentelles à rejoindre le mouvement ?
- Un développement significatif réPALAAIN JISTICE 1i
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cent a été la politisation du syndicat des travailleurs des bases, c'est-à-dire la fédération du personnel civil philippin travaillant dans les installations américaines. Dans le passé, ces travailleurs avaient ete un obstacle à tout mouvement contre les bases parce que les autorités américaines les payaient relativement bien. Ce qui signifie pas pour autant qu'ils aient reçu un salaire décent, mais il était supérieur au salaire moyen dans le pays. Aussi dans le passé le syndicat avait-il agi comme un syndicat-maison. Cependant, récemment, il s'est radicalisé. De plus, c'est l'un des plus gros syndicats du pays. 25 000 civils philippins travaillent à temps plein sur les bases américaines, qui constituent le deuxième employeur du pays, après le gouvernement philippin. La plupart des travailleurs sont syndiqués.
Une autre question importante a été les révélations que nous avons faites au sujet de l'utilisation de ces installations afin d'intervenir dans les développements internes du pays. Ce à quoi je fais particulièrement allusion est le déploiement de deux unités des Forces d'opération spéciales. J'ai rendu public ces déploiements lors d'une intervention faite le 12 juin dernier devant le Rotary Club de Angeles City. Le jour suivant la presse reprenait l'information, 24 heures plus tard l'ambassade US, dans une déclaration, confirmait la présence de ces unités mais niait qu'elles étaient utilisées de la manière dont j'en avais parlé. J'avais identifié le premier escadron opérationnel déployé à Clark, et le Groupe spécial de combat de la Marine basé à Subic. J'ai pu obtenir les
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plans de la construction militaire pour laquelle le Congrès devait donner accord, et j'ai découvert que, tandis que dans le passé on envoyait les membres des Forces d'opération spéciales aux Philippines pour se reposer ou transiter, on déploie maintenant les deux unités de façon permanente. Le 31 mai dernier, Gamma-TV, qui a son siège à Paris, a réalisé une interview de Marcos au cours de laquelle il a déclaré que si les choses devenaient incontrôlables, il ferait appel aux troupes de combat américaines. Des officiels haut placés ont commencé à faire courir le bruit qu'une autre puissance aiderait la guérilla du NPA. Ce sont des signes plutôt alarmants.
- Que penses-tu de l'étape actuelle de la lutte du peuple philippin ?
- La lutte embrasse pratiquement l'ensemble du pays. Auparavant le problème était celui de l'extension ; aujourd'hui il s'agit de se consolider. Le conflit a atteint une étape critique parce que la capacité du mouvement populaire vient de plus en plus à rivaliser avec celle du camp opposé. Dans un tel contexte, nombreuses éventualités sont possibles et l'une d'elles est une intervention militaire américaine. La révision des accords sur les bases, signée avec les EtatsUnis en 1979, donne le droit aux Américains d'opérer en dehors de leurs bases pour maintenir la sécurité de leurs instal-
De plus l'Accord de défense mutuel de 1947 permet aux Etats-Unis d'intervenir s'il y a menace d'agression
- Jusqu'à quel point avez-vous pu unifier l'opposition autour de cette question ?
— Les dirigeants traditionnels de l'opposition sont ce qu'on pourrait appeler le secteur de l'oligarchie déchue de ses droits politiques. Quand la loi martiale fut déclarée en 1972, Marcos a monopolisé le pouvoir. Ce secteur est donc purement et simplement anti-Marcos, et très pro-américain ; ces représentants, tels Laurel et Kalaw (6), maintiendraient le statu quo y compris la domination américaine que ce soit au niveau militaire,
E
Manifestation populaire à Manille en novembre 1983. (DR) économique ou politique. Ces gens essaient de courtiser l'impérialisme américain. Ils ne veulent absolument pas discuter de la question des bases ou de celle du FMI. Les Etats-Unis veulent réconcilier ce secteur de l'oligarchie avec Marcos afin de répondre de manière plus efficace au l'opposition populaire. Même après l'assassinat d'Aquino, la politique américaine continue de présenter deux facettes. Elle accorde son soutien à Marcos tout en promettant à l'oligarchie certaines concessions. Elle fait pression sur Marcos pour qu'il accorde des concessions afin d'avoir une seule oligarchie philippine solide, comme avant l'instaurration de la loi martiale.
- Nous assistons à l'émergence en Europe d'une tendance au sein des partis et des syndicats sociaux-démocrates à se tourner vers les forces sociales-démocrates aux Philippines, même si les sociaux-déliés à l'Eglise ressemblent plus à des démocrates chrétiens.
- Leur point de vue s'exprime dans quelques organisations politiques comme le PDP-Laban (7). Je ne connais pas l'étendue de leurs forces. Leur base potentielle est l'Eglise catholique. Mais de nombreux éléments de cette Eglise s'identifient plus avec les masses qu'avec les sociaux-démocrates. En fait, de la Défense, Enrile, a déclaré que pas moins de vingt prêtres et religieuses catholiques avaient rejoint la guérilla. Quant aux bases américaines, est contre leur démantèlement et contre l'arrêt du stockage et du déploiement des sociaux-démocrates aient beaucoup d'influence aujourd'hui. Cependant ils font partie de l'opposition, en ce sens qu'ils militent dans certaines organisations.
Le mouvement populaire philippin divers secteurs. Ce n'est pas un mouvement réellement homogène, en ce philippine compte divers que certains secteurs ou intérêts manifestent leurs propres sentiments au travers organisations indépendantes. Nous encourageons de telles initiatives, y compris celles des milieux d'affaires. Mais tout en les encourageant, nous croyons important que les gens s'organisent non dans le seul but de créer leur propre organisation mais pour être partie prenante de la lutte plus large à l'échelle de toute la société philippine. Ils peuvent avoir leurs propres liens avec l'Europe, chose que l'on ne veut aucunement empêcher.
Cependant, il faut également bien comprendre que les organisations de ce que nous appelons « les masses fondamentales », c'est-à-dire les organisations des paysans et des travailleurs doivent dominer. Cela pose un problème pour la construction des alliances. Parfois les politiciens traditionnels réclament les mêmes droits que les représentants de grandes organisations ouvrières. Le peuple ne le permettra pas. Les organisations de paysans et de travailleurs ne luttent pas pour que ces gens se retrouvent au pouvoir, elles luttent pour que les besoins et les aspirations de la majorité des Philippins
Par exemple, certains gens d'affaires voulaient que Jaime Ongpin, président de l'une des plus importantes entreprises minières du pays, occupe une position importante dans le front large d'opposition. Les syndicats ouvriers, en particulier le KMU, ont refusé. Ongpin ne voulait même pas reconnaître le syndicat affilié au KMU dans sa compagnie. Les travailleurs ont dû se mettre en grève pour obtenir la reconnaissance de leur syndicat. Dans toute coalition, il est normal d'avoir des luttes, qui sont l'expression d'intérêts divergents. Même dans notre coalition, nous avons des représentants de divers groupes. Le président honoraire du conseil d'administration est l'ancien sénateur Tenada, la présidence étant occupée par l'évêque Nepomuceno.
Si les gens sont réellement sincères, on peut débattre de nos divergences. Il n'y a rien qui ne peut être résolu. Je pense qu'aux Philippines nous avons eu beaucoup de succès coalition. Nous avons pu attirer les éléments progressistes de l'Eglise dans le front large d'opposition. Certaines personnes disent que l'Eglise ne peut pas travailler avec les groupes marxistes mais nous avons vu que cela a été possible aux Philippines.
Propos recueillis par Paul PETITJEAN, Amsterdam, juillet 1985. Salvador Laurel et Eva Estrada Kalaw sont des dirigeants de l'Organisation démocratique nationaliste unifiée (UNIDO), qui regroupe 12 formations de l'opposition traditionnelle. Cf. l'article de Paul Petitjean, « La division de l'opposition lors des élections truquées de mai dernier » paru dans Inprecor numéro 178 du 23 juillet 1984.
PDP-Laban : Parti démocratique philippin-Combat, qui a repris le flambeau du parti Laban, lancé par Benigno Aquino en 1978, après l'assassinat de ce dernier en 1983. La veuve d'Aquino, Corazon, est des dirigeantes principales du PDP-Laban. Voir l'article d'Inprecor déjà cité.