Le occasion en replacement peau le mille le ne nne E 15 juin dernier, le ministre de l'économie, Jean Sourrouille mettait en applil'occasion en remplacement du peso et qui vaut mille fois plus que l'ancienne monnaie (un austral vaut 0,8 dollar). Ce plan repose sur trois points fondamentaux :
réduction radicale du déficit budgétaire, gel des salaires et des prix et réforme monétaire. Dans la présentation de cette orientation économique par le pouvoir, il s'agissait de venir à bout d'une crise économique qui se caractérise par une inflation galopante
(30 % par mois dans la dernière période), une récession dramatique et une dette extérieure qui ne cesse de s'accroître (43,6 milliards de dollars en décembre 1983, le paiement de son service représentait alors par an 160 % de l'excédent de la balance com-
L'endettement demeure pourtant et s'amplifie même. La dette extérieure est passée de 43,6 milliards de dollars en décembre 1983 à 53 milliards de dollars en juillet
1985, et ceci sans compter les 4,2 milliards de dollars empruntés par le gouvernement en août dernier. « En 1984, l'Argentine a payé 5,712 milliards de dollars au titre du service de sa dette, et cette année elle deura payer 5,518 milliards, alors que, dans le meilleur des cas, le solde de son commerce extérieur sera en 1985 de 3,8 milliards » (1).
Quant à la récession, elle s'accentue, l'activité industrielle ayant chuté en juillet par rapport au mois précédent. Le maintien de haut taux d'intérêt a tendance à réduire les investissements productifs tandis que le gel des salaires pèse sur le marché intérieur. Par ailleurs, les prix des principales exportations argentines (blé, soja, maïs)
baissent, diminuant d'autant les rentrées de devises. « Le problème de la dette demeure
Accentuation de la dette extérieure, aggravation de la dépendance vis-à-vis du système capitaliste international, et dégradation du sort des masses populaires soumises à une dure politique d'austérité, telles sont done les conséquences générales d'un plan austral bien impuissant à régler les déséquilibres structurels d'une économie dépendante et les effets de la crise mondiale sur cette économie. C'est bien ce qui ressort de l'article ci-dessous, traduit du numéro 8 de juillet-août 1985 de la sélection cône Sud merciale). entier », comme le déclarait le ministre de l'Economie en août dernier. d'Inprecor. Juan ROBLES
« Jamais les salaires ne feront les frais de l'économie ». C'était là la phrase préférée d'Alfonsin pendant la campagne électorale, qu'il continua d'ailleurs à répéter dans ses premiers discours après son investiture à la présidence le 10 décembre 1983. Mais, le 29 juillet dernier, le gouvernement radical faisait parvenir au Fonds monétaire international (FMI) un mémorandum d'accord dans lequel il promettait que « les salaires resteraient bloqués le temps qu'il faudrait ». Les promesses du gouvernement avaient été définitivement enterrées le 14 juin lors de l'adoption d'une série de mesures économiques qui, entre autres, consacraient le blocage indéfini des salaires. Les félicitations des banquiers impérialistes ne se firent guère attendre après l'adoption du plan austral.
UN PLAN POUR QUI? Si l'on en croit la propagande officielle, le plan « radicale » contre l'inflation, pour pouvoir parvenir à une seconde étape de relance économique du pays. En réalité, le plan a une victime toute désignée :
Le plan austral,austérité de choc,
licenciements et gel des salaires les travailleurs. Il a aussi un bénéficiaire évident : les créditeurs de la scandaleuse dette extérieure argentine.
estimation, mais quelque chose que l'on peut prouver par les chiffres. Ainsi, on peut lire dans une revue indépendante d'Argentine que « par le dernier ajustement de choc, les salaires ont été bloqués au 30 mai et les prix au 13 juin. Dans les deux premières semaines de juin, les prix ont augmenté de 30 à 40 %, ce qui ne sera pas restitué aux salariés étant donné que le réajustement qui se fera fin juin incorporera 90 % de la perte du pouvoir d'achat de mai. De cette façon, il n'y a pas eu parité dans le blocage : les salaires sont gelés sans y inclure la forte hausse des prix des douze premiers jours de juin et cette différence a duré jusqu'à la période où le pouvoir d'achat n'a été retrouvé qu'à 90 %. De cette façon, le changement le plus important du réajustement en cours consiste en une baisse des salaires de 30 à 40 % pour le moins. Si l'or prend en compte que le produit national brut argentin est de l'ordre de 75 milliards de dollars (638 milliards de francs) et que les salaires en représentent moins de 30 %, c'est-à-dire 22 milliards de dollars (187 milliards de francs) la baisse des salaires de 30 % (dans le meilleur des cas) implique un transfert de revenus vers les capitalistes de l'ordre de 6,7 milliards de dollars (57 milliards de francs) en un an » (2).
Et ces 6,7 milliards de dollars, que l'on enlève aux travailleurs, ont déjà leur destination. Environ 2 milliards de dollars (17 milliards de francs) iront s'ajouter au solde commercial excédentaire que l'on prévoit (de l'ordre de 3 milliards de dollars), pour payer les 5 milliards de dollars (42,5 milliards de francs), d'intérêts annuels de la dette extérieure. Les 4,7 milliards de dollars restant « iront grossir les gains des entreprises qui peuvent prospérer malgré la récession, c'est-à-dire celles qui exportent, alimenter le fonds d'accumulation de l'Etat - qui en grande partie se transfèrera vers les initiatives privées, via l'étatisation de la dette privée comme c'est le cas pour la Banque d'Italie - et servir au paiement des intérêts seulement du système bancaire créditeur, mais aussi des capitaux spéculatifs qui affluent pour profiter des hauts taux d'intérêts de l'argent qui sont de l'ordre de 8 % par mois en dollars et des prêts qui ont été contractés pour soutenir la stabilité fictive de l'austral et qui deviendront une autre forte dette extérieure supplémentaire » (3).
Toutes les politiques d'ajustement qui s'appliquent dans les pays étranglés par la dette extérieure ont le même contenu. Au delà des jargons techniques et du caractère apparement scientifique monétarisme, elles convergent vers l'augmentation de la pauvreté et de la dépendance du pays, la réduction de façon croissante des revenus des salariés, l'accroissement du pillage des populations de l'Amérique latine rendues chaque fois un peu plus pauvres. La nouvelle variante introduite par le ministre de l'Economie, Jean Sourrouille, c'est la méthode de choc. Cela signifie une véritable alerte rouge pour notre pays et le reste de l'Amérique latine, car le plan austral « constitue un banc d'essai au sens où il introduit un profond réajustement comme politique de l'Etat, ce qui pourrait devenir un modèle pour d'autres pays d'Amérique latine, dans lesquels ce réajustement s'est arrêté au milieu du chemin ou n'a pas été suffisament fort » (4).
NI « RÉAJUSTEMENT » CONJONC-
TUREL, NI RECETTE ANTI-INFLA-
TIONNISTE, NI FUTUR DÉVELOPPEMENT Il est important de comprendre que le plan de choc argentin comme maintenant celui, plus graduel de l'Uruguay, ne sont pas des mesures transitoires pour assainir les économies sous-développées. Ce réajustement n'a pas pour but d'investir pour accroître l'appareil de production, ni pour assurer l'amélioration de l'habitat,
1. Le Monde diplomatique, octobre 1985. 2. El Periodista, Buenos Aires, numéro 41,
de la santé, des conditions de vie des couches populaires. Les résultats de l'application des recettes du monétarisme orthodoxe sont destinés par les oligarchies locales à la spéculation financière et au paiement du tribut du capital financier international. De telle sorte que cette qu'elle exige de nouvelles et plus profondes spoliations pour maintenir le de l'exploitation impérialiste.
En Uruguay, sous la dictature, plus de 6 milliards de dollars ont été arrachés aux travailleurs et au peuple pour le compte de futurs « décollages » et d'impossibles « reprises de la croissance ». En sous les juntes militaires du terrorisme criminel, on a imposé aux salariés un pillage qui se traduisait par la perte tous les trois ans de l'équivalent revenu annuel par rapport aux revenus qu'ils avaient avant 1976. Dans les deux pays, le retrait des militaires a sur le plan économique, comme d'ailleurs sur tous les plans, un champ totalement dévasté.
Le plan austral, pas plus que les précédents du même genre ne va freiner l'inflation. Pour le monde dépendant dans lequel nous vivons, c'est là un problème structurel alimenté en permanence par les bourgeoisies « nationales » et accru par l'apport des métropoles impérialistes qui se déchargent de leur inflation sur les pays dépendants. On parle de réduire le déficit budgétaire pour éviter l'inflation. Or, maintenant le service de la dette - qui va s'accroître encore avec le plan austral - constitue le principal poste des dépenses publiques qui atteint 37% du total. Avec des taux d'intérêt annuels de 60% en dollars pour attirer les capitaux spéculatifs, peut-on encore parler de contrôle de l'inflation ? Tout cela est une grande arnaque pour continuer à approfondir la crise au service du capital financier monopoliste.
Le 21 juin dernier se sont réunis à
Tokyo les ministres de l'Economie et des Finances des onze pays industrialisés qui dirigent le monde capitaliste. Toute leur analyse monétaire menait à la conclusion que l'augmentation du chômage dans les métropoles impérialistes était la conséquence directe d'une « déviation » de l'épargne vers des placements à court terme. Les « trésoriers des grandes entreprises et les gérants des grandes institutions financières privées ou publiques déplacent d'un marché à l'autre » les capitaux flottants qui composent la « hot money » qui fuit les investissements productifs et se dirige vers les places financières à hauts taux d'intérêt (5). Quand c'est là une réalité de l'économie mondiale, parler de favoriser ou de promouvoir l'investissement capitaliste dans l'industrie et dans l'agriculture au moyen d'« ajustements » ou de « plans anti-inflationnistes » n'est qu'une fable grossière pour imbéciles.
A l'intérieur du circuit capitaliste mondial et sous le joug du capital financier, il n'y a ni « développement » ni possibilité de sortir de la crise.
LES PREMIERES MANIFESTATIONS
RECESSIVES DU PLAN DE « CHOC »
Les porte-paroles de l'Union industrielle argentine (VIA) ont annoncé que les effets du plan seraient « la récession industrielle et la chute du salaire des travailleurs ». Le blocage des prix n'a pas été le coup le plus dur pour les entreprises qui travaillent pour le marché intérieur. Il y a eu aussi « la baisse rapide des ventes de l'ordre de 20 à 30 % de la mi-juin à la mi-juillet et qui pourrait s'accentuer en août alors qu'il n'existe plus de pouvoir d'achat supplémentaire représenté par la moitié des primes qui masquaient en juillet la baisse des salaires réels. Ainsi, la capacité industrielle non utilisée est en moyenne de 30 %» (6). Un spécialiste en économie du travail Alvaro Orsatti, a
CONSIN Dans la banlieue de Buenos Aires, une famille ouvrière fait confiance à Alfonsin. (DR) prévu que « la prochaine enquete sur l'emploi révèlera une augmentation de 100 000 chômeurs par rapport à la précédente » (7)
Les licenciements massifs ont été la forme choisie par les capitalistes argentins et notamment ceux des filiales des monopoles pour se préparer à faire face à la nouvelle situation. Dans la zone industrielle la plus importante du grand Buenos Aires, l'entreprise Ford a donné le signal des licenciements et a dû affronter une forte résistance des travailleurs.
Une plus grande concentration des voilà quel sera le résultat à moyen terme et ceux qui s'adapteront le mieux et le plus vite à la situation auront les meilleures perspectives de survie et de au pillage. C'est dans ce cadre que se situe la fusion réalisée fin juillet de la Banco Rio et de la Banco
La réduction planifiée du déficit budgétaire annonce le licenciement possible et massif de travailleurs de l'Etat. Pour l'instant, comme il n'y a pas émission monétaire de la part de l'Etat « le secteur public s'est financé avec des prêts de l'extérieur » (8). A la fin du mois de juillet, cet endettement devait atteindre déjà les 460 millions de dollars.
Pour conclure : récession, chômage des salaires, augmentation de la dette extérieure. Voilà le seul avenir que nous réserve un plan qui n'a rien à voir avec la reprise économique de l'Ar gentine. Tout démontre une nouvelle fois que sans une rupture radicale avec le cadre capitaliste, il n'y a pas de possibilité d'éviter l'exploitation et la dépendance. E
Juan ROBLES, le 9 août 1985. 5. Le Monde, 26 juin 1985. 6. El Periodista, numéro 47. 7. Clarin, 3 mars 1985. 8. El Periodista, numéro 47.