Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PAYS-BAS

Pétition populaire contre les missiles

Inprecor n° 205, 21 octobre 1985 · p. 26-27 · 1 493 mots

Paix et armements Syndicalisme

PAYS-BAS Pétition populaire contre les missiles

L'axe central du mouvement antimissiles, pour les mois de septembre et d'octobre, est constitué par la Pétition populaire, une collecte massive de signatures dont le but est de montrer encore une fois que la majorité de la population des Pays-Bas est opposée à l'installation des missiles Cruise sur le territoire néerlandais. Environ 80 000 militants du mouvement de la paix sont actuellement engagés dans une campagne de porte-à-porte pour recueillir des signatures sur une carte qui porte le texte suivant : « Au gouvernement et aux Etats-généraux (le Parlement néerlandais, ndlr.) Je m'oppose à l'armement nucléaire. Vers le ler novembre, vous devez prendre une décision sur le déploiement de missiles Cruise sur le territoire néerlandais. Je vous demande de dire "non" au déploiement. »

Cette campagne de pétition a provoqué une polarisation à une échelle de masse. Les partisans du déploiement ont répondu par une contre-offensive plus ouverte que par le passé. Sur des panneaux publicitaires signés par un Comité pour le désarmement bilatéral, des personnalités connues appellent les gens à ne pas signer la carte mais « à la déchirer ». La droite a mobilisé toutes ses forces dans cette campagne, parmi lesquelles l'ancien secrétaire général de l'OTAN, Joseph Luns et le grand industriel Frits Philips, de la société multinationale du même

L'extrême-droite joue manifestement aussi un rôle. Mais l'initiative pour lancer cette campagne contre la pétition est venue de dirigeants du Parti démocrate chrétien (CDA), auquel appartient le Premier ministre milliardaire bers. Le CDA a toujours essayé de maintenir une position intermédiaire sur la question des missiles, mais maintenant que l'heure de la décision approche, il jette bas son masque. Le président de la fraction CDA au Sénat, Bert de Vries, s'est prononcé contre la pétition, en quant qu'il y voit un grand danger : celui que les signataires puissent se retourner contre la « démocratie » après que le Parlement et le gouvernement aient refusé d'accepter le verdict de la pétition.

L'autre parti au gouvernement, le parti de droite libéral, le Parti pour la paix et la démocratie (VVD), a toujours été ouvertement favorable au déploiement des missiles et cette position n'a pas changé. Des dirigeants de ce parti ont fait des déclarations calomniatrices concernant de fausses signatures et sur le fait que des gens auraient été intimidés pour avoir refusé de signer la pétition antimissiles.

Le plus grand quotidien du pays, De Telegraaf, publie des articles presque tous contre la Pétition populaire. Il reprend l'argument suivant lequel cette démocratie, en faisant de sombres allusions aux plébiscites d'Hitler. La droite n'est donc pas très confiante. Lubbers affirma que la décision définitive devrait être prise en faveur du déploie. ment des missiles le ler novembre 1985, sauf dans le cas où, entretemps, l'Union soviétique se serait abstenue de déployer de nouveaux missiles SS-20. Cette décision a été perçue par beaucoup de gens comme une manœuvre minable destinée à faire porter à l'URSS la responsabilité du déploiement des missiles de l'OTAN aux Pays-Bas. Néanmoins, la direction du mouvement Non aux missiles Cruise (KKN) a attendu longtemps avant de prendre de nouvelles initiatives. Des dirigeants du KKN ont même ouvertement déclaré, après le ler juin 1984, que l'heure de l'action de masse était révolue, et cela malgré le fait que seulement quelques semaines auparavant, des centaines de milliers de travailleurs et de lycéens avaient participé à une grève contre les missiles Cruise (voir Inprecor numéro 175 du 11 juin 1984). Il a fallu pas mal de pressions de la part de la base du mouvement avant que la décision ne soit prise, au début de 1985, d'organiser une campagne de pétition.

La collecte des signatures a démarré voilà maintenant trois semaines, et là où il y avait un certain niveau d'organisation, elle a connu un grand succès. Des milliers de gens se sont engagés pour la première fois dans la mobilisation à travers cette campagne. Des dizaines de milliers de militants qui n'ont rien pu faire depuis le ler juin 1984 se sont remobilisés. Jamais il n'y avait eu autant de comités de front unique à la base. Il existe actuellement presque 600 comités pour un peu plus de 700 villes que compte le pays. La grande majorité des habitants des Pays Bas va recevoir au moins une visite, entre le 7 septembre et le 26 octobre, pour leur demander s'ils ont déjà signé une carte ou s'ils veulent rendre celle qui leur a été donnée. D'après les sondages, il semble que, depuis le début de l'initiative, le nombre de ceux qui se prononcent contre le déploiement des missiles représente à nouveau plus de 50% de la population. On estime qu'il y aura au moins 3 millions de signatures recueillies, et peut-être même 4 millions, à la fin de la campagne.

Mais la question centrale est : « Et après ? » Le KKN a appelé à une manifestation le 26 octobre pour marquer le mogouvernement. Fort bien. Mais où ira-t-on à partir de là ? Que vont devenir les dizaines de milliers de gens qui se seront engagés dans cette campagne de signatures ? Là, nous nous trouvons confrontés au rô le de frein joué par le KKN, qui est dominé par les sociaux-démocrates. Le KKN s'oppose de manière explicite à une véritable manifestation pour marquer la fin de la campagne de pétition. Il veut simplement une manifestation modeste pour présenter la pétition à Lubbers, et cela malgré la forte pression des comités de base en faveur d'une action d'ampleur, qui s'est clairement exprimée au cours de l'assemblée nationale des comités de base tenue entre le 25 mai et le 1er juin 1985.

Le KKN ne voit pas l'utilité d'organiser une action pour le ler novembre, jour où le gouvernement doit prendre sa décision. Il refuse d'organiser une discussion sur le thème « Où devons-nous aller après la pétition ? », se servant de l'argument qu'il sera temps de poser cette question si la campagne pétitionnaire ne remporte pas de résultats. Mient-Jan Faber, président du Conseil des Eglises pour la paix

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(IKV) essaye quant à lui d'avancer des formules de compromis entre le « dé ploiement » et le « non déploiement », afin qu'il soit possible au Parti social-démocrate (PvDA) d'entrer au gouvernement aux côtés des démocrates-chrétiens, après les élections législatives qui doivent avoir lieu en mai 1986.

La Fédération des syndicats néerlandais (FNV), plus grande confédération syndicale du pays, qui avait appelé à une grève de 15 minutes contre les missiles le 10 mai 1984, n'encourage que faiblement ses militants pour qu'ils s'engagent dans la campagne de pétition et la mènent dans les entreprises. Le résultat en est que la contribution des syndicats à tous les niveaux dans cette campagne a été moins importante que lors des initiatives précédentes du mouvement de la paix.

Il y a cependant aujourd'hui un nouvel élément qui intervient. Pour la première fois, un secteur du mouvement de la paix a eu suffisamment d'assurance pour lancer une initiative ambitieuse, alors même que la direction nationale du KKN y était opposée. Le ler novembre prochain, des actions sont ainsi prévues dans toute une série de villes à travers le pays. L'élément le plus important sera constitué par une nouvelle grève lycéen ne. Le mouvement Jeunes contre les missiles (JTK) a actuellement 60 sections locales qui s'emploient à organiser cette grève. Dans divers endroits, il y aura des manifestations.

Un secteur du mouvement de la paix essentiellement composé des groupes plus radicaux, organise une « manifestation d'alerte » le 26 octobre, qui suivra la manifestation du KKN qui doit conclure la campagne pétitionnaire. Cette manifestation d'alerte aura non seulement comme objectif de marquer la fin de cette campagne, mais d'attirer l'attention sur la né cessité de maintenir la mobilisation et sur les actions prévues pour le ler novembre. Cette manifestation est préparée par un certain nombre de comités de front unique dans les villes, ainsi que par le JTK, les Femmes contre les armes nucléaires (VTK), le BONK (organisation tionale qui impulse des actions de désobéissance civile), et une seule organisation politique, le Parti socialiste ouvrier (SAP), section néerlandaise de la IVe Internationale. Les autres partis de gauche refusent de s'associer à une initiative qui n'a pas le soutien de la direction du KKN.

Pour l'avenir du mouvement, il est de la plus grande importance que ces initiatives et ces actions soient des réussites. Il est clair qu'il y a deux moyens de renforcer le mouvement de la paix après le ler novembre. D'un côté, il faut maintenir le front uni au niveau national, c'est-à-dire le KKN, et le faire participer à de nouvelles actions. D'un autre côté, des secteurs du mouvement antimissiles doivent prendre des initiatives et lancer des campagnes, même si la direction du KKN ne les appuie pas et surtout si, comme c'est le cas avec la manifestation du 26 octobre, elle s'y oppose explicitement. Sur cette voie, le mouvement antimissiles a fait d'importants progrès ces derniers mois.

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