Un bilan de la politique gouvernementale d'Olof Palme portante d'une augmentation de ses expor- dans les élections municipales a été beau-
SUEDE
EUL parti social-démocrate au pouvoir en Europe du
S nord, le Parti social-démocrate des travailleurs (SAP)
s'est trouvé confronté aux élections législatives du 15 septembre 1985. Pour la première fois depuis longtemps, un gouvernement réformiste a dû défendre devant son électorat, dans un des bastions de la social-démocratie européenne, un record d'austérité, de rationalisation capitaliste et de réduction des dépenses sociales. La Suède a d'ailleurs toujours constitué un certain modèle de capitalisme, celui de l'Etat-providence, c'est-à-dire la prétendue troisième voie social-démocrate entre le capitalisme et le modèle « socialiste » des pays de l'Est. Ces élections ont donc attiré l'attention à l'étranger, en tant que test de la capacité du pays capitaliste « le plus responsable socialement » de résister aux tempêtes de la crise économique
Malgré une baisse continue du niveau de vie de la grande majorité des Suédois depuis le retour au pouvoir du Premier ministre social-démocrate Olof Palme, après les élections législatives de 1982, le SAP a réussi à remporter une victoire de justesse, le 15 septembre dernier. Cependant, les sociaux-démocrates ont perdu 7 sièges, pour se retrouver avec 159 élus
Tom GUSTAFSSON
Le fait qu'ils aient réussi à se maintenir de justesse au pouvoir n'a pas empêché les sociaux-démocrates de fêter ce qu'ils ont présenté comme une grande victoire, pour eux-mêmes et pour l'Etat- providence. Ils ont mené campagne avec le mot d'ordre « La Suède est sur le bon chemin », en défendant le bilan de leur gouvernement depuis 1982. Mais certaines couches de travailleurs, surtout les travailleurs qui ne touchent que de bas salaires et ceux qui sont occupés dans les services sociaux, ont vécu très amèrement ces trois ans. Pour eux, l'idée que la Suède était sur le bon chemin a été plutôt dure à avaler.
Cela étant, on peut se demander pourquoi les pertes du SAP sont restées relativement limitées. D'abord, il faut tenir compte du fait que, pour l'instant, la crise ne se fait pas ressentir trop durement. Quant au taux officiel du chômage, il n'est que de 3% bien qu'il soit en réalité de 6 à 7%, si on comptabilise les travailleurs en stages de reconversion. Donc, on n'assiste pas encore à une mise en cause importante de la crédibilité des sociaux- démocrates. D'ailleurs, au cours de la campagne électorale, ceux-ci ont pu soigner leur image réformiste en s'attaquant aux conservateurs et en les accusant de vouloir liquider totalement l'Etat-providence.
En plus, il faut se rappeler que ces élections sont survenues après trois ans de prospérité économique relative, au cours desquels la Suède a profité de façon im-
Erosion de l'électorat
du Parti social-démocrate
tions. portants. tations, en particulier vers les Etats-Unis. Mais cette conjoncture ne va pas durer, et l'économie suédoise abordera une récession dans les conditions les plus défavorables depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Le taux de chômage, bien que réduit par rapport aux niveaux existant dans d'autres pays d'Europe, reste élevé dans le contexte suédois, et les sociaux-démocrates seront obligés d'opérer des ré. ductions de plus en plus importantes des dépenses réservées aux services sociaux et au service public en général. Là-dessus, ils ont clairement proclamé leurs intentions, tout en conservant le silence sur les moyens à utiliser, mais ils vont certainement s'attaquer à de nombreux acquis des travailleurs obtenus au cours de ces dernières décennies.
SOCIAUX-DÉMOCRATES
ET EUROCOMMUNISTES Le type de campagne qui a été menée par les sociaux-démocrates pour ces élections peut fonctionner comme un boomerang, à l'avenir. L'écart entre leurs paroles électorales et les mesures qu'ils devront prendre risque fort de porter atteinte à leur crédibilité, surtout parmi les travailleurs peu payés et les chômeurs. On peut déjà percevoir les premiers signes d'une baisse de la crédibilité du SAP, en constatant l'écart entre leur score dans les élections législatives et les résultats des élections municipales qui ont eu lieu en même temps. En ce qui concerne les législatives, ils n'ont perdu que 50 000 voix dans tout le pays, mais leur perte de voix sur les 349 que compte le Parlement. Comme en 1982, ils ne peuvent donc former un gouvernement qu'avec l'appui du Parti de la gauche communiste (VPK), de tendance eurocommuniste, qui se retrouve avec 19 sièges au lieu de 20 avant les élec-
Le bloc SAP-VPK détient donc 178 sièges contre 171 pour les trois partis de l'opposition de droite.
A la gauche de la gauche traditionnelle, la seule campagne d'envergure nationale a été celle animée par le Parti socialiste
(SP, section suédoise de la IVe Internationale). Le SP, qui a obtenu quatre fois plus de voix qu'aux élections de 1982, a fait élire son premier conseiller municipal et a enregistré des scores supérieurs à 1% dans plusieurs centres industriels im-
A droite, il y a eu une modification significative des rap ports de forces entre les partis bourgeois. Le grand perdant a été le plus important des partis de droite, le Rassemblement modéré, conservateur, qui est tombé de 86 à 76 sièges, perdant ainsi la majorité au sein du bloc bourgeois. Le Parti du centre a également connu un important revers, passant de 56 à 44 sièges, tandis que le Parti libéral augmentait de façon significative sa représentation au Parlement, en passant de 21 à 51 sièges.
coup plus importante, surtout dans les quartiers ouvriers, les zones industrielles et les quartiers à forte concentration immigrée (les immigrés ont le droit de vote aux élections municipales, mais aux législatives, ndlr.) Un autre indice est constitué par le taux d'abstention. Traditionnellement, le taux de participation élections est très élevé en aux ur des 90 % e tiest reste assez ide, cette fois-ci, mais il y a quand même eu une baisse globale de 1,5 %, qui a été beaucoup plus importante dans les quartiers ouvriers et immigrés.
Les eurocommunistes du VPK tentent, en Suède comme ailleurs, d'occuper le terrain réformiste de gauche laissé vide par l'évolution à droite de la social-démocratie. Le VPK aurait dû être bien placé pour attirer les voix des électeurs sociaux- démocrates qui critiquent la politique du gouvernement Palme. C'est effectivement ce qui avait été prévu par les sondages avant les élections. Mais pour progresser ainsi aux dépens de la social-démocratie, il aurait fallu que le VPK mène une campagne dirigée contre la droite, contre l'austérité, en défense des services so ciaux, et qu'il lie tout cela à des critiques précises de la politique menée par Palme depuis trois ans et de ses conséquences telles que la montée du chômage, la baisse du niveau de vie (surtout après la dévaluation de 16 % de la couronne suédoise en octobre 1982). Ils auraient pu renforcer leur électorat en critiquant la politique social-démocrate sur la question de l'immigration, des réfugiés politiques, de l'environnement. Mais ils ne l'ont pas fait.
L'orientation centrale du VPK con-
fendent au Parlement et dans les munici- treints mais significatifs de la classe ousiste à essayer de jouer le rôle de force de pression de gauche sur le gouvernement. Or, il faut constater que ces derniers temps cette politique a été d'une efficacité très limitée. Le parti a été amené à soutenir une série de mesures d'austérité après avoir obtenu des concessions vraiment minimes de la part des sociaux-démocrates. Il a été obligé d'abandonner certaines de ses revendications principales, telles que l'exigence que soient abolies des taxes indirectes sur les denrées alimentaires et d'autres produits de premiè-
Le VPK est donc sorti des élections en perdant 0,3 % des voix par rapport à 1982, dans une situation où il aurait pu obtenir des gains. Le centre de gravité du parti se déplace de plus en plus vers sa fraction parlementaire. Paradoxalement, le fait que l'existence d'un gouvernement de gauche dépende de lui place le VPK dans une situation très difficile. Si les eurocommunistes ne votent pas pour les propositions du SAP, ce sont les partis de droite qui deviennent majoritaires. Les sociaux-démocrates ont donc la possibilité de faire du chantage. Si le VPK ne plie pas, il s'expose à l'accusation classique des sociaux-démocrates, celle d'être un parti d'« agitateurs » et de « staliniens ». Cette accusation a suffisamment de résonance au sein de la classe ouvrière pour que la direction du VPK réfléchisse sérieusement avant de se permettre d'assumer une telle position.
Il existe pourtant des éléments qui, au sein du VPK, s'opposent à la politique de concessions au gouvernement. Déjà à la fin 1982, le président de la section du parti dans la ville industrielle de Skara avait quitté le VPK, avec une douzaine de militants, pour adhérer au SP. On peut prévoir une augmentation des tensions à l'intérieur du VPK, pas forcément dans l'immédiat, mais au fur et à mesure que l'orientation de la direction du parti se concrétisera. LA RECOMPOSITION DE LA DROITE
Du côté des partis bourgeois, le phénomène principal des élections a été le renforcement de la position des libéraux aux dépens des deux autres partis. On peut y voir là le reflet d'une certaine hésitation de la part des forces politiques bourgeoises face à la perspective d'une attaque frontale contre les acquis des travailleurs. Il y a deux éléments d'explication à la percée des libéraux. Le premier se trouve dans le type de campagne qui a été mené par les conservateurs, très agressive, largement inspirée par les exemples de Reagan et de Thatcher. Autour de Ulf Adelsohn, les jeunes loups du parti ont fait leurs premières armes au cours de cette campagne. Cette nouvelle génération de dirigeants conservateurs, connue sous le nom de « blanc-becs », fait preuve de plus d'enthousiasme que de maturité politique. Elle veut mener l'offensive autour de ces idées, mais elle manque d'expérience dans l'action politique.
Les « blanc-becs » ont donc mené une campagne qui allait trop loin pour
NOG MED GÄVOR
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Socialistiska partiet « C'en est assez des cadeaux aux patrons », clame cette affiche électorale du SP. (DR) une partie importante de leur électorat. Ils exigeaient des réductions drastiques des dépenses sociales pour les crèches, pour l'aide aux citoyens du troisieme age, pour la santé, les allocations-chômage, etc. Ces propositions ont constitué l'axe principal de leur campagne, liées à une politique fiscale qui favorisait très clairement les couches les plus aisées aux dépens des pauvres. De plus, les « blanc-becs » ont tenté d'introduire un style de à l'américaine, proche du show-business, ce qui allait contre les traditions du pays. Par exemple, l'un de leurs dirigeants eut l'idée d'aller prendre un bain dans le réservoir d'une centrale nucléaire, ce qui choqua la bonne bourgeoisie suédoise. Le même dirigeant fit des déclarations radicales sur la question de l'immigration, exigeant que le gouvernement fasse pression sur les autorités de la RDA, pays par lequel transitent nombre de réfugiés iraniens, irakiens et tures avant d'arriver en Suède.
Ce style agressif a été très mal perçu par la base traditionnelle des conservateurs, qui est constituée par les couches moyennes, les membres des professions libérales, telles que les professeurs et les enseignants, ainsi que parmi certains secteurs d'ouvriers qualifiés bien payés. Cette campagne des conservateurs répondait aux aspirations de certaines couches vraiment réactionnaires parmi la jeunesse, qui ont rejoint le parti, mais elle s'est heurtée à la résistance de sa base traditionnelle, ce qui a permis aux libéraux de mordre sur une frange importante de l'électorat des conservateurs.
De leur côté, les libéraux se sont présentés comme les défenseurs à la fois de l'économie de marché et de la responsabilité individuelle. Tout en défendant les piliers essentiels de l'Etat-providence, ils ont déclaré que des réductions des dépenses sociales étaient nécessaires. En fait, si l'on regarde bien la politique qu'ils dépalités, ils vont aussi loin que les conservateurs, mais en cultivant une image plus modérée que ceux-ci. En plus, ils ont l'avantage d'avoir, en la personne de Bengt Westberg, un dirigeant relativement jeune et qui n'est pas sali par les scandales qui ont éclaboussé d'autres hommes politiques suédois.
L'autre grand perdant de ces élections a été le Parti du centre, de Torbjoern Faelldin, qui fut Premier ministre de 1976 à 1978 et de 1979 à 1982. Ce parti avait progressé dans les années 1970, parce qu'il était perçu comme une sorte de parti « vert » bourgeois, à cause de son opposition apparente à l'énergie nucléaire. Cette image a été beaucoup ternie lors de son passage au gouvernement et avec les orientations qu'il a dû appliquer sur les questions de l'environnement.
Au cours de ces élections, on a assisté à une petite percée d'un parti vert, qui a obtenu des scores significatifs dans un certain nombre d'endroits, mais cela ne représente qu'un aspect d'un mécontentement croissant envers les partis traditionnels et d'une recherche d'alternatives. Un vide commence à se manifester à la gauche des partis traditionnels. Certaines couches de syndicalistes et de jeunes, qui sont écœurés par la politique du gouvernement social-démocrate, commencent à se poser des questions et à chercher des solutions nouvelles. Il faut s'attendre à un phénomène et à une montée des tensions entre les directions et la base des partis ouvriers réformistes. Mais, pour une partie d'entre eux, ces gens ne se considèrent pas simplement comme étant à la gauche des partis traditionnels. Il existe, surtout parmi les jeunes, un sentiment de rejet de traditionnelle. Ils ne se situent pas forcément dans le cadre de gauche-droite, mais ils sont ouverts à des propositions alternatives.
Ce mécontentement a trouvé différentes formes d'expression. Il existe maintenant un phénomène qu'il faut considérer avec attention, à savoir que dans 52 municipalités, il n'y a pas de majorité, ni pour les partis ouvriers ni pour la droite, les sièges restants étant détenus soit par des groupes affiliés au parti vert au niveau national, soit par des regroupements locaux. Il est vrai que les Verts ont obtenu 1,5 % aux élections législatives contre 1,9 % en 1982. Mais, dans ce type d'élection, il y a une forte pression pour le vote utile, puisqu'il faut dépasser le seuil des pour avoir des élus. Cette pression est pourtant beaucoup moins forte pour les élections municipales, et c'est là que les Verts ont pu consistant de ce mécontentement.
DES RÉVOLUTIONNAIRES
C'est dans cette situation de mécontentement croissant vis-à-vis de la gauche officielle qu'il devient possible pour les révolutionnaires, même dans un pays aussi riche et stable que la Suede, de trouver une audience parmi des secteurs res-
vrière, à la condition, bien sûr, qu'ils se L'organisation de jeunesse indépendante montrent capables de lier leurs propositions aux préoccupations des travailleurs qui se détournent des partis réformistes. Dans ces élections, la seule alternative au plan national, à la gauche des partis réformistes, fut celle animée par le SP. Toutes les autres formations de gauche, depuis les maoistes droitiers ou ultra-gauches jusqu'à la scission pro-Moscou du VPK, le Parti communiste ouvrier (AKP), ne se sont pas présentées. L'AKP avait d'abord décidé de participer aux élections, mais il retira sa liste à la dernière minute.
Les médias ont passé sous silence la campagne du SP, qui n'a pas eu le droit ne serait-ce qu'à une seconde d'antenne à la télévision nationale, ni du reste à la radio nationale ou à la radio locale de Stockholm, ni à une seule ligne dans la grande Dans ces conditions, le score des révolubon. Ils ont obtenu 16 200 voix aux élections législatives et quelques milliers de plus aux élections municipales, ce qui représente moins de 1 %, mais c'est quatre fois plus qu'en 1982. Ils ont obtenu leur premier conseiller municipal dans la ville industrielle de Köping, à l'ouest de Stockholm, et ont manqué de peu d'avoir des dans plusieurs villes industrielles importantes, par exemple dans la ville minière de Kiruna dans le nord du pays et à Borlange, Umea et Nacka, près de
Le SP a obtenu 1% des voix à Köping, 1,5 % des voix à Orebro, 1% à Göteborg (deuxième ville du pays et principal centre industriel) et à Stockholm. Par ailleurs, les voix provenaient presqu'exclusivement des quartiers ouvriers et immigrés, endroits où, dans une série de villes, il a obtenu des scores allant de 4 à 6%. Dans les quartiers étudiants, les révolutionnaires ont souffert du vote tactique des gens, c'est-à-dire que les personnes considérées ont voté pour eux niveau national, en général pour le VPK. Mais ce phénomène a été beaucoup plus dans les quartiers ouvriers. travailleurs qui avaient décidé de voter pour le SP l'ont généralement fait aux
La campagne des révolutionnaires a été centrée sur une opposition complète à la politique d'austérité et sur la défense des groupes les plus désavantagés, c'est-à-dire les immigrés, les réfugiés et les jeunes sans emploi ni toit. La campagne a aussi insisté sur les questions internationales telles que celles concernant la Pologne, l'Amérique centrale et l'Afrique du Sud. Le SP a joué un rôle très actif dans l'organisation des Métallurgistes contre l'apartheid (voir la page « Solidarité anti-apartheid » dans Inprecor numéro 205 du 21 octobre 1985).
Le mot d'ordre de la campagne était « Les travailleurs et la jeunesse protestent lors des élections de 1985 ». De sérieux efforts ont été faits en direction d'autres organisations d'extrême gauche, d'organisations d'immigrés, etc., pour que la campagne soit aussi unitaire que possible.
« Benny » a participé à la campagne, comme l'ont également fait deux organisations d'immigrés. Des militants inorganisés ont été invités à participer aux listes, et là où un travail sérieux a été fait dans ce sens, les résultats ont été positifs. Le SP a donc essayé de mener une campagne unitaire et non sectaire, dont le parti constituait la colonne vertébrale, était largement d'autres forces qui étaient d'accord sur la nécessité de construire une alternative
Cette campagne a représenté un important pas en avant, à la fois vers la mise en place d'une alternative ouvrière à la politique des partis réformistes et pour la construction du SP. A l'avenir, le phénomène du vote tactique ne jouera pas contre les révolutionnaires de la même façon qu'auparavant. Le bon résultat obtenu par le SP lui permettra de peser plus fermement sur les formations de gauche qui n'ont pas participé aux élections. Il va falloir continuer le débat avec eux.
UNE NOUVELLE SITUATION
En ce qui concerne le SP lui-même, des possibilités nouvelles s'ouvrent à lui aujourd'hui. Il lui faut, pour cela, apparaître comme un courant capable d'impulser des actions unitaires sur les questions politiques décisives tout en servant à la fois d'étincelle pour lancer ces actions et force pour les relayer par des campagnes de longue haleine. La situation en Suède est différente de celle qui existe dans certains autres pays où, comme au Danemark, il existe une série de formations à la gauche de la social-démocratie. Cela donne une importance accrue au rôle du SP, qui doit développer une politique de front unique en direction du SAP et du VPK, mais en sachant qu'il devra constituer l'axe de la plupart des actions qu'il impulsera. Il faut éviter le danger sectaire tout en comprenant l'importance du rôle du SP.
Dans cette nouvelle situation, la direction du SP a adopté une série de mesures pour renforcer le parti et lui permettre de profiter des possibilités qui se présentent. Il a été décidé de mettre en place une structure pour accueillir les sympathisants du parti, ceux qui le soutiennent politiquement et financièrement. Ceux-ci seront invités à participer aux activités principales du parti, sans pour autant s'investir de la même manière que les militants. Un objectif a été fixé, celui de réunir 500 sympathisants dans cette structure, et cela avant le prochain congrès du parti, au printemps 1986.
Le SP a pour perspective de créer de nouvelles sections dans une dizaine de villes, à la suite de cette campagne électorale, et aussi de développer son activité dans des quartiers où il a obtenu des scores importants mais où il est encore absent. A Stockholm, le parti va se donner les moyens de mieux apparaître publiquement, grâce à sa librairie et à une série de réunions ouvertes où des travailleurs auront la possibilité de venir discuter avec des militants. Plus généralement, le SP va tenter de changer de style et de ton, en ouvrant plus largement la discussion dans son hebdomadaire, Internationalen, et dans d'autres publications, c'est-à-dire qu'il va faire des efforts pour adapter ses débats actuellement internes aux milliers de gens qui se tournent vers lui et les faire participer à ces débats. Toutes ces mesures se concrétisent dans une campagne de recrutement sur le mot d'ordre « Notre parti est le vôtre, adhérez maintenant ! ».
Des efforts particuliers vont être entrepris en direction des jeunes et des femmes. Le SP comprend l'importance de compter dans ses rangs des militants plus âgés, d'abord parce que cela montre que le parti n'est pas une organisation éphémère et ensuite parce que, surtout dans les entreprises, il est important de pouvoir compter sur des militants ayant 40 ou 50 ans, expérimentés et respectés par les travailleurs. Cependant, dans la mesure où l'âge moyen des militants augmente chaque année, il faut faire un effort particulier pour recruter des jeunes. C'est la raison pour laquelle le SP aidera les Jeunesses socialistes, organisation de jeunes en solidarité politique avec le parti, dans son activité concernant le racisme, l'austérité, le logement, le chômage, l'organisation de nouvelles couches de
Le pourcentage de femmes est important parmi les sympathisants du parti, peutêtre même majoritaire, mais le parti lui-même n'est composé que pour un tiers de femmes, et la proportion diminue dans les directions. Ce phénomène nécessite des mesures adéquates pour favoriser l'intégration des femmes. De plus, étant donné les effets particulièrement durs de la crise sur les femmes, le parti va s'investir davantage dans des campagnes en défense des revendications des femmes. Par exemple, il est engagé dans des luttes contre les pratiques discriminatoires à l'embauche, notamment par la société minière LKAB et la société sidérurgique Sandvik. La campagne centrale pour la réduction de la semaine de travail comprend des aspects spécifiques à l'intention notamment ceux qui ont trait à la bataille contre le travail à temps partiel des femmes, pour le droit à de vrais emplois, contre les tentatives de refouler les femmes dans les foyers et contre la réduction des dépenses destinées aux crèches.
La direction et les militants du SP sont conscients du fait qu'il existe aujourd'hui des possibilités de construction du parti que personne d'entre eux n'a connues depuis l'apparition du courant marxiste-révolutionnaire en Suède à la fin des années 1960. C'est pour répondre à ce défi qu'ils multiplient actuellement les initiatives pour renforcer leur organisation et augmenter ses capacités d'intervention dans la lutte des classes.
Tom GUSTAFSSON, Stockholm, le 16 octobre 1985.