E plenum du comité central du Parti communiste chinois
(PCC) d'octabre 1934 a décidé d'introduire de façon plus résolue dans la vie urbaine et industrielle du pays le processus de réforme économique initié en fin
Si la réforme économique a d'abord touché le monde paysan et transformé profondément la vie du village avec la décollectivisation des campagnes, c'est maintenant au tour des groupes sociaux à la ville d'entrer dans un processus de transformation.
La réforme économique concerne d'abord un changement des modalités de la vie économique et partant de la vie sociale.
La nécessité de réformer les économies du type dit du « socialisme réel » se fait sentir un peu partout. Mais la réforme chinoise ne serait pas ce qu'elle est avec sa radicalité des transformations des campagnes, ses hésitations et retards dans les modifications industrielles, sans le legs maoiste. Le moins que l'on puisse dire est que l'héritage révèle un lourd passif. Ce est d'abord intrinsèque économie de ce type. C'est une banalité de dire aujourd'hui que la Chine maoiste
- et est encore - de manière très caractéristique une économie de type soviétique. Mais il n'y a pas si longtemps, ce fut une grande surprise pour les observateurs occidentaux de constater ce fait, tant l'insistance était grande alors sur l'originalité maoiste. Le bilan de l'après-
Mao Zedong replace la Chine dans le lot commun des économies « socialistes » avec leurs avantages et leurs problèmes. Si les avantages sont frappants au avec une croissance rapide, les difficultés deviennent progressivement l'aspect majeur de la vie économique : économie de commande, rigide planification centralisa-
Dans le cas chinois, c'est une économie qui est menacée d'asphyxie. Pour aller vite, et ne donner qu'une indication, on peut noter que s'il fallait au premier plan quinquennal 1,68 yuan pour augmenter d'un yuan le revenu national, il en faut 2,74 pour le cinquième plan en cours (1982-1986). L'industrie lourde est envahissante : elle représentait 41 % du
Produit intérieur brut (PIB) en 1978 contre 27,8 % en 1952. Le système économique est si étanche que les différents secteurs économiques ne peuvent communiquer entre eux que par le haut. C'est alors le centre de direction de l'économie qui régente les moindres aspects de la vie économique. Tous ceci appelle à de profondes réformes.
Il ne s'agit pas pour autant de nier le poids du maoïsme et son originalité propre. Mais si le maoisme a eu des effets
Les effets sociaux
de la réforme économique
Usa mise 1978 (1). forme pour la classe ouvrière. divers et souvent perturbateurs sur la vie économique, il n'y a pas imposé une marque originale sur les modalités de fonctionnement du système. C'est ainsi, par exemple, que le maoisme issu d'une révolution menée par des paysans et dans les campagnes, n'a pas donné à la paysannerie et à l'agriculture une place de faveur dans le développement économique. La campagne, où habite 80% de la population, est au contraire la grande délaissée du développement économique durant la période maoïste. La collectivisation rapide en 1955-1956 a enserré le monde paysan dans un réseau contraignant afin qu'elle apporte une contribution importante à l'accumulation industrielle rapide. Peu motivées, les campagnes sont en fait assez stagnantes.
Le paysage urbain est beaucoup plus mouvant. C'est dans les villes en effet que le régime cherche ses nouveaux alliés. La classe ouvrière, peu nombreuse au début, est en pleine expansion du fait de l'industrialisation et devient l'allié Cette classe ouvrière répond positivement aux sollicitations dans la mesure où elle d'incontestables avantages en retour : amélioration de sa condition de vie, premiers temps du régime, accès à une réelle promotion sociale (3).
Mao meurt en septembre 1976, le bilan apparaît globalement néga-
1. Les différentes mesures prévues par la nouvelle réforme économique chinoise étaient ainsi présentées dans Le Monde du 13 octobre
Get l'Etat, celles-ci n'ayant plus à restituer tout leur profit à l'Etat en échange duquel elles disposent librement du reliquat ; réforme du plan comprenant une réduction des réforme du système commercial ; réforme du système de l'emploi par la libéralisation du recrutement du personnel et la différenciation des statuts des travailleurs ; réforme du statut des intellectuels et cadres par l'attribution de responsabilités accrues aux directeurs d'entreprises et une logique d'accroissement de l'éventail des salaires ; instauration dans les entre-
Mais les rythmes, délais, inflexions, bifurcations, qui marquent en œuvre doivent beaucoup aux pressions plus ou moins sourdes des divers groupes sociaux concernés. Le décalage dans le temps entre la réforme à la campagne et à la ville s'explique par la différence d'attitude, d'attente, de crainte et de résistance des deux mondes, urbains et villageois (2).
Dans l'article qui suit nous présenterons dans un premier temps les grands traits et les étapes de la réforme économique, pour analyser dans un deuxième temps les enjeux de cette ré.
tif pour les populations. Les successeurs du grand Timonier font face à une société pleine de tensions, dans laquelle aux maux habituels d'une société encadrée de manière rigide au plan économique social, s'ajoute le poids des tentatives désordonnées faites pour remédier à cette situation. Une réforme économique s'impose donc. Mais quelle réforme et par quelles étapes ?
Si les transformations sont nécessaires, les moyens pour y parvenir sont incertains pour les nouveaux dirigeants de l'après-maoisme. Si immédiatement après la mort de Mao, la presse est remplie d'articles sur les changements à apporter à la vie économique, il faudra en fait attendre encore deux années pour que des solutions commencent à être apportées. Ce sont les deux années qu'il a fallu pour qu'un certain consensus se dégage dans l'équipe dirigeante. Deng Xiaoping se dé gagea du lot et commença à écarter Hua
Guofeng le dauphin (auto ?) proclamé de
Mao Zedong. Commence alors une trajecde réformes balisée par deux importants plenums : le troisième plenum du onzième congrès du PCC de décembre 1978 qui lance le processus et le troisième plenum du douzième congrès du PCC d'octobre 1984, qui relance la réforme et l'étend de façon sytématique au cœur des villes et du système industriel.
Pour suivre le mouvement zigzaguant des prises d'un système de responsabilité similaire aux contrats dans l'agriculture, « les unités de
"ateliers" signeront des contrats de production avec la direction et recevront plus d'argent si elles dépassent les quotas » , modification des salaires et des prix dans le sens de leur adaptation aux critères du marché, productivité
2. Pour une analyse plus détaillée de l'évolution de la situation économique se reporter à et avatars de la nouvelle politique économique en Chine » paru dans Inprecor numéro 69 du
1980 et celui d'Ernest Mandel, « La crise économique en Chine » paru dans Inprecor numéro 94-95 du 16 février 1981.
3. Sur la situation des travailleurs cf. « La situation actuelle de la classe ouvrière », Zhang
Kai, Inprecor numéro 153 du 20 juin 1983.
réformes, fait d'avancées et de reculs, reprenons pour l'essentiel à notre compte la typologie proposée par un chercheur du Centre national de recherches scientifiques (CNRS) français, pour qui les six années de réformes peuvent être décomposées en trois moments (4). LES TROIS PHASES DE LA RÉFORME
ÉCONOMIQUE Dans une première phase, celle du réajustement de 1979 lancé par le plenum de décembre 1978, on en revient sous l'égide du vieux dirigeant Chen Yun, aux méthodes que ce même dirigeant préconisait dans les années 1950. Il s'agit d'améliorer le système classique de la planification centralisée sans vraiment le changer mais en y ajoutant une place pour le marché qui doit servir à l'équilibre à la marge résultats économiques. n'est là que pour répondre aux demandes non satisfaites par le plan, étant entendu que le pian doit tendanciellement satisfaire toutes les demandes.
L'accent est alors mis sur un meilleur accomplissement du plan. Mais l'action est menée au niveau micro-économique, donc au niveau des entreprises, et de plus de façon expérimentale. C'est la province du Sichuan qui sert d'expérience pilote, expérience étendue en 1980 à l'échelle nationale à 6 600 entreprises, représentant 16 % des entreprises mais 45 % de la production et 60 à 70 % des bénéfices.
Ces entreprises sont incitées à accomplir les objectifs du plan. Mais elles peuvent conserver une partie de leurs bénéfices d'exploitation (de 10 à 20 % selon les endroits) et sont d'autre part encouragées à produire hors-quota un surplus qui vise à résorber la demande non couverte par le plan. La logique de la planification reste inchangée, mais on espère remédier aux insuffisances du plan. Il s'agit d'une petite réforme, qui n'est pas étendue d'emblée à toutes les entreprises. Limitée durant la période 1979-1980 aux secteurs les plus rentables, cette réforme permit à ces industries d'accroître leur rentabilité. Vendeurs de rue à Pékin. (DR)
En réalité, la dynamique ainsi mise en place agit à un autre niveau. Non pas tant dans le domaine de la timide politique industrielle, que dans le bouleversement considérable - une véritable révolution silencieuse — qui transforme radicalement et en peu de temps les campagnes (5). C'est à ce niveau que se fraie son chemin la logique du marché introduite de façon adventice. Ce qui n'était au départ qu'un nouveau système de responsabilité destiné à éviter des revenus égalitaires - calculés en points-travails - sans rapport avec le travail effectif ( « la grande marmite » (6)), conduisit à une rapide décollectivisation complète des campagnes, à un partage de fait de la terre et au retour à l'exploita-
Des 1981, la campagne se compose de 180 millions de petites exploitations familiales. Et ce n'était qu'un début. Parmi les divers types de contrats entre le paysan et l'Etat, le plus populaire est celui qui va le plus loin dans la privatisation. C'est le système du « forfait intégral » qui n'impose comme obligation à l'unité familiale que les livraisons obligatoires et l'impôt agricole. Pour le reste, le paysan est libre de son activité. On assiste alors à une différenciation sociale rapide et importante du monde paysan et à l'émergence, acceptée sinon voulue, d'une paysannerie riche. Cette dernière concentre de la terre et accumule du capital par le processus de commercialisation vers les villes de la part des produits qui n'est pas réquisitionnée ou auto-consommée, ce capital peut ensuite légalement s'investir dans des activités spécialisées non directement agricoles.
Très récemment, le gouvernement a même supprimé l'obligation des réquisitions, permettant une plus grande commercialisation des produits de la terre. Cette révolution à rebours s'est imposée par son succès. Succès auprès du monde paysan qui était resté attaché à l'unité familiale. Succès de la politique agricole,, avec une croissance de 7,5 % de la production à partir de 1978. Succès surtout du point de vue des revenus paysans qui ont doublé à prix courant depuis 1978, alors que leur niveau de vie ne dépassait
1977 celui de 1955. Succès si grand, et apparemment si peu perturbaqu'il a fait l'objet d'un consensus parmi les dirigeants du PCC. La réforme s'impose donc en quelque sorte d'elle-
Une seconde phase du processus de réforme intervient ensuite. Au niveau de l'industrie et des villes, la logique du marché et de la rentabilité entre en conflit avec la logique d'un système qui lui est étranger. Si l'on assiste effectivement à un rééquilibrage de la part de l'industrie lourde qui passe de 41 % du PIB en 1978 à 30 % en 1982 au profit de l'industrie d'accumulation pour le reste, le système industriel continue à présenter les mêmes défauts. L'efficacité marginale des entreprises continue à être gravement décroissante. La production reste de faible qualité. Le taux d'utilisation des équipements ne dépasse pas 50 à 60 %. Les prix restent arbitraires sinon irrationnels. Au fond, la petite réforme de 1979 à 1980 a eu un dérogatoire, elle ne faisait que légaliser ce que l'ancien marché noir faisait déjà souterrainement. Et ce qui continuait à être illégal, continuait à se faire souterrainement.
De plus les secteurs menacés de l'appareil de direction de l'économie, par exemple les agences commerciales centrales menacées par la réforme, multiplient souvent avec succès les entraves au développement de ces mesures nouvelles. Et lorsque cette réforme économique mal contrôlée aboutit à une inflation qui atteint autour de 10 à 20 % par an pour la période 1979-1981 pour les biens de consommation et à une grave crise budgétaire due aux dérapages des investissements et au poids grandissant des subventions des produits alimentaires dans les villes, un coup d'arrêt net est donné à la réforme industrielle. L'industrie lourde, grande pourvoyeuse du budget de l'Etat, reprend alors son rythme de croissance rapide.
Pourtant de façon plus limitée, la réforme suit son bonhomme de chemin. Ainsi, pour faire face à l'importance du chômage urbain, une économie privée est autorisée dans les villes avec cependant nombre de restrictions légales de toutes sortes. On compte dès 1983, 2,3 millions de « travailleurs à leur compte ». Ainsi le profit des entreprises qui était remis à ¡'Etat est remplacé par un impôt unique qui représente en principe 55 % du profit brut plus éventuellement une taxe d'ajustement pour compenser les rentes de situation dûes au système des prix. De plus les entreprises sont autorisées à faire
4. Voir W. Zafanolli « La réforme économique en Chine » à paraitre dans la revue EstOuest (Paris).
5. Claude Aubert, « Chine rurale, la révo lution silencieuse », Projet, septembre-octobre 1982
6. C'est par l'expression « manger dans la grande marmite » que les chinois désignent l'égalitarisme qui conduit des travailleurs peu productifs à gagner autant que ceux qui travaillent réellement.
de la sous-traitance, ce qui introduit une souplesse dans la gestion salariale et aide à casser les « bols de riz de fer », problème nous aborderons plus loin. Quoiqu'il on pouvait constater en 1983 « que deux années de réformes suivies de blent pas avoir changé profondément le fonctionnement du système » (7).
Enfin le troisième mouvement de la réforme est celui de la période très récente, couvrant les années 1983-1985 et surtout l'année 1984. C'est l'époque où se dégage un certain accord dans la direction pour aller plus loin dans la logique du marché, de la rentabilité, de la privatisation ; non sans difficultés d'ailleurs. Fin 1983, on assiste en effet à une tentative d'enrayer ce processus, avec « la campagne contre la pollution spirituelle », pollution venue de l'Occident capitaliste. La nébuleuse réformatrice réagit alors en poussant plus loin la réforme, dans l'espoir, Deng Xiaoping étant toujours vivant, point de non-retour.
Durant l'année 1984, jusqu'au plelancée par vagues successives dans le secteur industriel. En mai 1984, la tutelle desserrée et l'autonomie de ces dernières accrue. De plus les entreprises ont maintenant le choix de leurs sources d'approvisionnement et de distribution ; elles ont, en outre, le droit de conserver 70 % de leurs fonds d'amortissement. Le directeur de l'entreprise dispose de la gestion unique de l'entreprise et n'est plus, au moins en théorie, chapeauté par le secrétaire local du PCC. A cet égard, cela représente un retour au système instauré en 1951 et supprimé en 1956 au profit du contrôle direct par le comité du parti. Le directeur d'entreprise dispose aussi du droit de licenciement, d'embauche et de sanctions.
Ces potentialités nouvelles sont considérables. Reste à voir comment elles seront mises en œuvre. On peut douter que •les secrétaires du parti abandonnent aisément leur pouvoir. De toute façon, fin 1984, seulement 2 900 entreprises ap pliquaient ces nouveaux principes.
C'est le plenum d'octobre 1984, qui avec sa résolution sur « la réforme de la acquis de cette orientation, dont le maítre-mot est : augmenter la productivité. On parle d'introduire la vérité des prix ;
devraient progressivement se gler sur la demande et les coûts d'exploitation. Mais changer le système des prix est un vaste programme. Il n'est pas évident qu'on soit aujourd'hui allés très loin en ce sens. Il faut dire aussi que l'on revenait de exemple extrême, le secteur pétrolier a un système de prix qui permet environ 70% de profit, tandis que le secteur charbonnier n'en réalise que 0,7 %. Un rapport de 1 à 100 qui tient à des prix imposés par le gouvernement. Le plenum d'octobre 1984 a aussi décidé que la gestion des entreprises doit être séparée de l'administration économique. Les petites entreprises non rentables sont dévolues par contrat à des collectifs de travailleurs, voire à des particuliers. Le volume des salaires sera indexé sur les résultats de l'entreprise et l'éventail des salaires ouvert. Exit alors de l'égalitarisme anti-producti-
La réforme atteint le niveau macroéconomique avec la réorganisation de la
L'économie sera partagée en trois secteurs. Le premier, où le plan continuera à être un impératif, regroul'industrie lourde notamment. Ce système couvrirait 1 020 grandes entreprises représentant 52% du profit et de l'impôt. Le second secteur, limites encore floues, sera régi de manière directive mais le plan n'y jouera qu'un rôle indirect par le biais du crédit ou des affectations budgétaires. On parle d'un secteur régi par ce système qui couvrirait 48,6 % des industries légères et 72% de leur production. secteur, encore largement embryonnaire, sera privatisé. Cette privatisation concerne les 4,2 millions d'entreprises en zone urbaine qui emploient environ 54 millions secteur peut tendanciellement concerner une partie des entreprises collectives qui occupent actuellement 27 millions d'emplois, du fait de leur souvent déficitaire, être privatisées.
Pour l'instant, il faut constater que l'Etat conserve « la maîtrise des principales sources d'alimentation des circuits Comme le dit un auteur chinois « la main visible » du plan ne se substituera plus à « la main invisible » (le marché), mais agira à la source en règlant les flux économiques. Il est encore trop tôt pour faire le bilan pratique d'un tel projet de réforme économique. Tentons plutôt d'en peser les conséquences sociales sur le monde LA CLASSE OUVRIERE : UN GROUPE
SOCIAL FAVORISÉ Le régime « communiste » est issu de la conquête militaire des villes par des armées paysannes. Il a cependant donné d'emblée une place relativement privilégiée à la classe ouvrière. On peut même dire que la classe ouvrière a occupé la place privilégiée dans le système d'alliance mis en place par le nouveau régime pour consolider son pouvoir. Demandons-nous d'abord ce qu'a représenté et ce que représente numériquement cette classe ouvrière ? Les statistiques ne distinguent pas les ouvriers des employés. Elles ne donnent que des salariés urbains, c'est-à-dire pratiquement toute la population active des villes, du ministre au postier et au vendeur du magasin d'Etat. Nous savons qu'il y avait 100 millions d'ouvriers et d'employés en 1978, dont 67,1 % d'hommes et 112,8 millions en 1982, dont 63,7 % d'hommes. Il y avait 17% de
Dans le secteur industriel proprement dit, on est passé de 2,446 millions d'ouvriers et employés en 1952 à 13,480 millions en 1957 et 44,367 millions en 1979. Pour cerner les dimensions du prolétariat, il faudrait ajouter, pour les villes, le secteur des transports et télécommunications qui représentait 1,129 millions en 1952, 1,669 millions en 1957, 6,725 millions en 1979, ainsi que le secteur de la construction qui employait 1,048 millions en 1952, 2,714 millions en 1957 et 8,093 millions en 1979.
Bref, 60 % environ des 100 millions de salariés urbains de 1979 appartiennent à l'appareil productif (ouvriers et employés). Ils représentent environ 15 % de la force totale de travail. (En 1981, la population active de la Chine était de 433 millions). Ajoutons que les producteurs agricoles représentent en gros, les trois quarts de cette force de travail. Précisons encore qu'en 1979, le secteur métallurgique représentait 3 millions de travailleurs, l'industrie minière 3,8 millions, l'industrie mécanique 9,175 millions et l'industrie textile 2,740 millions.
Il y a lieu de tenir compte aussi de la présence d'un prolétariat à la campagne, mi-paysan, mi-ouvrier, d'environ 20 milsalariés peut-être plus. Au total, il y aurait donc 30 à 35 % de salriés dans la population active chinoise.
Ces chiffres montrent une croissance numérique importante de la classe ouvrière et sa place centrale au cœur des villes. Si une indiscutable mobilité sociale de la classe ouvrière permet à un nombre non négligeable d'ouvriers de commencer une ascension sociale (comme directeurs d'usines ou cadres syndicaux), ce phénomène, qui concerne surtout les premières
Best moins important que les avantages plus durables acquis par
En échange d'un soutien au régime et de sa participation au processus industriel, la classe ouvrière a reçu divers avantages Et d'abord la garantie du travail, la certitude de n'être jamais licencié (c'est le fameux « bol de riz en fer »). Une échelle de salaires à huit niveaux a été établie qui assure une amélioration régulière des revenus selon l'ancienneté et l'âge. Le niveau d'éducation a été fortement amélioré. Si en 1957 20 % des travailleurs urbains (ouvriers et employés) étaient illettrés, ce nombre est tombé à 1,6 % en 1982. Si 19.1% seulement avaient en 1957 un diplôme de l'école secondaire, ce nombre est monté à 72 % en 1982. Chiffres qui se comparent très avantageusement à ceux du monde rural.
Les plus privilégiés des ouvriers et employés appartiennent au secteur d'Etat qui représentait trois quarts des salariés urbains en 1978 et aussi près des trois quarts des salariés industriels (30 millions pour 12 millions au secteur collectif). Or, tout particulièrement dans les entreprises les travailleurs bénéficient de nombreux avantages indirects. A tel point secteur qui représente en gros moins de 20% de la population active totale reçoit presque tous les subsides et bénéfices sociaux. En 1978, on a pu cal-
« Les politiques de la Lémaoisation (1977-1982) ».
culer que les subsides et avantages indirects des employés du secteur d'Etat représentaient en moyenne 526 yuan, c'est-à-dire l'équivalent de 82 % du salaire moyen; avantages auxquels s'ajoutaient encore d'autres qui faisaient du salaire indirect au moins l'équivalent du salaire direct. Or, cette situation n'existe pas dans la paysannerie et si le salaire direct urbain était trois fois plus élevé que le revenu paysan en 1978, l'importance des avantages divers doublait l'écart.
De plus, depuis 1978 la croissance des subsides et des bénéfices sociaux a été importante, dépassant la croissance des salaires. Donc, malgré l'ampleur de l'augmentation des revenus paysans, l'écart ville-campagne continue à être marquant, comme il ressort du tableau suivant :
REVENU ANNUEL (en yuan) Année Secteur de Secteur Revenu l'Etat collectif paysan* 1957 637 43,40 1978 644 614 88,53 1983 865 826 169,00 *Part collective.
L'amélioration de la condition des ouvriers et des employés est aussi démontrée par l'élévation des biens de consommation durables possédés par les foyers urbains. Pour cent foyers urbains, il y a par exemple:
1982 1981 Machine à coudre 73,10 70,41 Machine à laver 16,09 6,34 Réfrigérateur 0,67 0,22 Bicyclette 146,65 135,90 Radio 103,04 100,52 Télévision 73,00 57,65 Enregistreur 17,99 12,97 Appareil de photos 5,57 4,29
On peut donc noter une stagnation du revenu ouvrier entre 1957 et 1978, puis une croissance rapide, l'écart persistant avec le monde paysan. Mais dans ce dernier cas il faut inclure la part croissante de l'activité privée, devenue peu à peu toute l'activité paysanne. Une étude plus détaillée du secteur d'Etat montre, pour l'année 1981, un éventail des revenus qui va de 948 yuan de salaire moyen par an dans la construction à 909 dans les transports, 860 yuan dans l'administration et la recherche, 819 yuan dans l'administration et 852 yuan dans l'industrie légère. De façon générale, les salaires du secteur collectif correspondant sont de 15 à 25 % moindres : 738 yuan pour la construction dans le secteur collectif, contre 948 au secteur d'Etat ; 644 dans l'industrie légère contre 852 au secteur d'Etat. Mais le niveau absolu des salaires et les avantages indirects ne reflètent que partiellement le privilège urbain et en particulier ouvrier. Car appartenir à ces secteurs permet d'accéder à ce qui est littéralement absent ailleurs : l'eau courante, un véritable système sanitaire, des écoles primaires et secondaires de qualité pour les enfants, le cinéma, etc.
La réforme économique, une nouvelle donne pour la classe ouvrière. (DR)
Plus encore, pour faire face au considérable sous-emploi urbain qui créait des tensions sociales dans la Chine de l'après-Mao, on a permis aux ouvriers de prendre leur retraite anticipée et de léguer leur emploi à un de leurs enfants. C'est ainsi que sur les 8 millions de nouveaux ouvriers embauchés en 1979, 3,3 millions d'entre eux héritaient de l'emploi d'un parent, suivant la méthode dite de « subsavantages impressionnants en comparaison de la vie paysanne, impliquaient de la part de l'ouvrier une soumission au régime et plus directement à l'autorité directoriale, en fait le secrétaire du parti. Soumission d'autant plus grande que les avantages étaient liés directement à l'unité industrielle. Impossible à chasser de l'entreprise, sauf faute très grave, l'ouvrier n'avait pas la possibilité de changer d'entreprise. Si les revenus ouvriers sont stagnants surtout durant la révolution culturelle, la faible productivité du travail et les avantages indirects font du statut d'ouvrier des entreprises d'Etat l'un des. plus enviés, en dehors bien entendu des privilèges des hauts dirigeants. Cette situation est tellement enviée que ce statut n'est pas accessible à tous. En sont exclus les apprentis-ouvriers payés à des barêmes limités, corvéables à merci, souvent brimés et ne bénéficiant pas de tous les avantages indirects. Mais au moins les apprentis peuvent espérer entrer dans le corps central ouvrier et attendre le fameux « bol de riz en fer ». Telle n'est pas la situation des ouvriers temporaires. Ceux-ci, nombreux à partir du « Grand bond en avant », sont des paysans qui ont
sous contrat. Ces travailleurs ont les salaire en huit échelons n'est-il pas très été loués à leur commune populaire pour une période déterminée pour travailler dans l'industrie. Payés moins bien que les ouvriers réguliers, ne bénéficiant d'aucun avantage indirect, ils sont renvoyés à leur commune populaire dès la fin du contrat, Malgré tout cela, l'ouvrier gagne plus ainsi champs ! Il y a aussi une catégorie moins bien connue d'ouvriers temporaires d'origine urbaine, souvent des femmes et des très peu qualifiés. Ceux-ci semblent avoir acquis dans les années 1970 la fameuse titularisation. Mais on a peu d'information précise à cet égard.
Une grande partie des tensions dans la classe ouvrière, tout particulièrement pendant le Grand bond en avant et la révolution culturelle, découle des conflits d'intérêt entre secteurs privilégiés et défavorisés de la classe ouvrière. Quoiqu'il en soit, la classe ouvriere, dans sa majeure partie, se reconnait dans le reei égalitarisme qui caractérise l'ouvrier titulaire durant la période maoiste.
UNE NOUVELLE DONNE POUR
LA CLASSE OUVRIERE L'un des objectifs de la réforme économique en cours consiste à casser le « bol de riz en fer », donc les acquis ouvriers, et surtout la garantie du travail à vie. Certes, la prudence est de rigueur. L'attaque et les dénonciations fréquentes dans la presse des dits effets anti-économiques du « bol de riz en fer » n'ont pas mené jusqu'à présent à une remise en cause frontale des privilèges du statut de l'ouvrier des usines d'Etat. Car remettre en question les acquis ouvriers et l'égalitarisme, incontestablement bien par les ouvriers, c'est s'attaquer à l'un des deux grands piliers de la vie du régime (l'autre étant l'encadrement paysan par la collectivisation aujourd'hui abandonnée). A la différence de la situation dans les campagnes, le monde ouvrier a montré qu'il pouvait réagir autrement que silentrouvé ses limites dans la défense de ses
La logique de la réforme poussa cependant à une mobilité ouvrière, incompatible avec les rigidités du passé. Il s'agit rien moins que de permettre des départs, voire des licenciements, d'ouvriers en surnombre dans les entreprises. Et plus encore d'introduire un processus de différenciation dans la classe ouvrière en ouvrant l'éventail des salaires, en adaptant la prime au rendement réel de l'ouvrier et de l'entreprise (9). Deux manières sont proposées pour atteindre cet objectif.
Tout d'abord, il s'agit d'introduire une nouvelle politique d'embauche. A la place des anciens services du travail et du personnel, dont on a pu dire que « c'était un organisme des années 1980, avec une mentalité des années 1960, dans le cadre d'un système de planification des années 1950 », de nouveaux organismes se créent. Il s'agit des corporations des services du travail, chargées de placer des travailleurs mêmes salaires et les mêmes que les autres ouvriers, mais ils ne sont plus titularisés à vie. L'organisme se charge de payer leur salaire durant la période entre deux contrats. Or, ce système contractuel doit être dans le futur, selon le Renmin Ribao (Quotidien du peuple) du 8 mars 1983, la situation de toute la classe ouvrière. On en est cependant encore très loin.
attendant, et c'est là la seconde manière utilisée, le régime tente de contourner la résistance des ouvriers. Les syndicats sont mis à contribution pour empêcher la grève et éduquer les travailleurs dans la nouvelle voie. La tâche est rude. Car un acquis aussi avantageux que vie, qui est probablement l'avantage majeur de ce type de société, ne s'abandonne pas volontiers. La résistance ouvrière est âpre. On assiste à des arrêts de travail et à des manifestations d'hostilité contre les nouveaux travailleurs sous contrat. La pression est vive sur les cadres, lesquels ont souvent les mêmes réactions et intérêts que les ouvriers. Selon du 27 février 1984, « être cadre dans l'industrie ces temps-ci, c'est comme être assis sur un volcan », tant la pression d'en haut et d'en bas est
Le pouvoir tente de gérer cette situation avec tact. Car s'il insiste pour que soit cassée ladite « démocratie ouvrière », il demande aussi que soit écoutée la « voix ouvrière » et que soit encouragée une certaine participation ouvrière, afin, précise le Quotidien ouvrier du 15 août 1984, que les ouvriers « donnent des suggestions aux directeurs mais pas des problèmes ». En outre, le régime tente de convaincre les ouvriers qu'il est de leur intérêt de changer la situation. Le système actuel de
84 Huit
Dessin symbolisant la bureaucratie chinoise. (DR) rigide ? Une statistique fournie au Xème congrès des syndicats en octobre 1983, montre que si 71 % des ouvriers sont au bas de l'échelle avec un revenu d'environ 35 yuan par mois, seuls 2 % sont à l'éche-
7 et 8 qui correspond à un revenu trois fois plus élevé de l'ordre de 90 à 120
Dans l'ensemble, la prudence est de rigueur et le directeur d'entreprise loin d'avoir une complète liberté de manœuvre. On compte sur la réforme des salaires pour faire avancer les choses et faire abandonner les traditions trop égalitaristes. On tend à attribuer les primes de façon flexible et sans limites, tout en pénalisant par l'impôt des hausses de pridépassant la hausse des profits. Et on s'efforce d'introduire des « pénalités » pour non-atteinte encore il n'est pas évident que ces propositions soient appliquées de manière effective. De plus, ces règles sont valables pour les entreprises d'Etat, la situation restant encore incertaine dans les entreprises col-
Tendanciellement et dans sa logique, réforme économique a pour effet
9. Un exemple, sans doute extrême, a donné récemment, qui montre aussi la compétititon des entreprises pour obtenir la main-d'œuvre qualifiée. C'est ainsi qu'une petite ville a offert à quatre techniciens de Shanghai, hautement qualifiés, 10 000 yuan pour l'indemnité de départ, 600 yuan pour les frais de déménagement, 250 à 300 yuan de salaire mensuel, 2 000 yuan de prime au début et 1 % des futurs profits. Le but étant de créer une nouvelle entreprise. Quand on sait que 1 000 yuan par an est un bon salaire !
10. Plus significatif encore, la presse chinoise constate que durant le dernier quart de l'année 1984, les salaires ont augmenté plus que la productivité, ce qui est juste l'inverse du but recherché par la réforme économique.
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