UX élections législatives du 13 octobre 1985, le POS a pour la première fois présenté des listes partout dans le pays. Ceci reflète le renforcement de l'implantation du parti, mais aussi sa volonté politique de faire s'exprimer sur le plan militarisation menée par le gouvernement Martens-Gol tout en dénonçant l'absence d'alternative du côté des réformistes du PS-SP. Il s'agissait de donner une expression politique aux fortes mobilisations contre l'austérité et la militarisation qui, malgré leur
A
électoral un courant dans la classe ouvrière qui refuse la politique ampleur, n'ont pas abouti à des victoires. Frank SLEGERS
Le point fort des luttes des travailleurs contre l'austérité de ces dernières années, la grève générale du secteur public en septembre 1983, a été étouffée par les directions syndicales (1). Et malgré la force du mouvement contre les missiles qui s'est exprimé dans une série de mobilisations de masse, les 16 premiers missiles Cruise ont été installés sur le territoire belge en mars 1985. La direction du CSC, liée aux deux partis démocrates-chrétiens qui sont au gouvernement, a systématiquement cassé des luttes. Quant à la confédération liée au PS-SP, la FGTB, elle a refusé de mener le combat jusqu'au bout. Sans alternative face à la politique d'austérité, plutôt que d'unifier les luttes pour chasser le gouvernement de droite, elle a préféré attendre les élections pour permettre au PS-SP de revenir au gouvernement en alliance avec cette même droi-
Si le PS et le SP ont été tous les deux absents des luttes, il faut quand même noter une différence entre ces deux partis. Le SP flamand, plus faible que le PS francophone, a pris sur certaines questions une position plus ferme. Notamment, il exige un renvoi immédiat et inconditionnel des missiles Cruise, faisant de cette question une condition de sa participation éventuelle au gouvernement. Il esgonfler son poids afin de s'imposer par la suite comme partenaire gouvernemental. LES AXES DE LA CAMPAGNE DU POS
Quant au POS, il a défendu dans ces élections un ensemble de revendications immédiates pour contrer la politique gouvernementale. Deux axes ont été domipréoccupations principales des travailleurs ; les questions du chômage et de la militarisation. Sur la question du chômage, le POS a largement popularisé une proposition visant à créer sur quatre
700 000 emplois, en partant de la satisfaction des besoins humains, notamment en matière de logement. Sur la question des missiles, le POS a exigé le renvoi des missiles déjà installés, le refus des autres, dont le déploiement est prévu, bre 1983.
La campagne électorale
du Parti ouvrier socialiste
d'austérité et de et le retrait de la Belgique de l'OTAN. Pour sortir de la crise capitaliste, le POS a défendu la nécessité d'exproprier les banques et les holdings, c'est-à-dire casser le pouvoir économique du grand patronat pour jeter les bases d'un véritable pouvoir des travailleurs.
La campagne du POS a également été centrée sur la nécessité de chasser le gouvenement de droite, à la diffé rence des campagnes des autres partis de gauche. Mais chasser ce gouvernement pour le remplacer par quoi ? La perspective du PS-SP de revenir au gouvernement en coalition avec la droite était partagée par la direction de la FGTB et probablement par une partie de celle de la CSC, mise à mal par la politique du gouvernement actuel. Face à cela, le POS a proposé une alternative, celle d'un gouvernement des travailleurs appuyé sur un front commun syndical entre les confédérations socialistes et chrétiennes.
La précondition pour qu'une telle perspective se réalise serait une rupture des syndicats chrétiens avec les partis démocrates-chrétiens et la constitution d'un parti des travailleurs chrétiens. Un courant très fort dans le mouvement ouvrier chrétien est déjà convaincu de la nécessité d'un tel parti. Une participation des deux partis socialistes, investis de lourdes responsabilités en tant que partis majoritaires dans la classe ouvrière, à une coalition avec les partis bourgeois démocrates-chrétiens, serait un coup de poignard dans le dos de ces travailleurs chrétiens qui sont prêts à rompre avec la démocratie-chrétienne. D'ailleurs, une telle coalition des PS et SP avec la droite n'apporterait rien aux travailleurs.
DES LISTES PARTOUT
La campagne du POS a connu une dynamique sans précédent. Cela est lié à la fois à la cohésion politique accrue du parti, au progrès de son enracinement dans la classe ouvrière et à son intervention dans les luttes qui se sont déroulées ces dernières années contre le gouverne-
1. Voir Inprecor numéro 160 du 7 novem-
ment Martens-Gol. Mais si la dynamique de la campagne a dépassé largement les prévisions, c'est aussi qu'elle a répondu aux préoccupations majeures de la masse des travailleurs aujourd'hui.
Le POS a déposé des listes dans les trente arrondissements (circonscriptions électorales, ndir.) du pays, pour la Chambre et pour le Sénat. A Bruxelles et en Wallonie, toutes les listes étaient complètes. Des syndicalistes qui avaient été à l'avant-garde des luttes ont été bien représentés sur les listes du POS, la syndicalistes actifs, parmi eux des militants qui ne sont pas membres du parti mais qui ont souhaité se présenter sur ses listes. Ces listes reflètent le développement de l'intervention du POS. Pour la première fois, dix cheminots y sont présentés. La liste à Liège reflète l'engagement du POS dans la lutte du personnel de la ville contre la politique d'austérité qui les a particulièrement frappés, avec la complicité de la municipalité dirigée
June coalition PS-écologistes. Des camarades de tous les secteurs du personnel communal se sont présentés sur les listes du POS à Liège.
Les listes du POS ont été le reflet du rôle premier que joue le parti depuis des années dans les luttes des femmes. 40 % des candidats du POS étaient des femmes. Dans toute une série d'arrondissements, la tête de liste du POS était une femme, notamment dans les deux villes les plus importantes de Flandres, Anvers et Gand. Sur les listes du POS figuraient aussi vingt militants qui jouent un rôle très actif dans le mouvement de solidarité avec l'Amérique centrale.
LE DÉBAT POLITIQUE DANS LA
Dans la partie francophone du pays, il y a eu une véritable percée du POS dans les média. En plus du matériel central de campagne, une série de tracts visaient des secteurs précis de la classe ouvrière, et au lieu d'organiser de grands meetings centraux, le POS a opté pour des réunions plus petites par entreprise ou par secteur syndical, dans lesquelles ses expliquaient les propositions Deux événements de portée considérable se sont produits à l'approche des
Ida Dequeecker, tête de liste du POS à Anvers. (DR) élections, à savoir d'une part la signature d'un accord électoral entre l'interrégionale wallonne de la FGTB et le PS, d'autre part un appel de cette confédération au niveau national pour un vote massif en faveur des PS et SP. Depuis des dizaines d'années un tel événement n'avait pas eu
Mais dans le syndicat, ces initiatives de la direction, prises sans la moindre consultation de la base, ne sont pas passées comme une lettre à la poste. Les syndicats des deux entreprises de la construction métallurgique les plus importantes de Charleroi, les ACEC et Caterpillar, s'y opposaient, tandis que dans la centrale des métallurgistes à Liège la direction syndicale n'a pas osé demander un vote dans le comité provincial après le débat sur l'accord. Partout dans les services publics, l'opposition à cette initiative de la direction syndicale a été forte, notamment dans les secteurs banques et assurances à Bruxelles, qui sont les plus importants des syndicats d'employés de la FGTB.
Ceci a une portée considérable. La politique a fait son entrée dans le syndicat socialiste. Les directions elles-mêmes ont brisé le mur érigé entre action syndicale et action politique. Le POS n'a pas réagi par rapport à cette situation par un appel à l'apolitisme syndical. Au contraire, il s'est adressé aux syndicalistes pour qu'ils s'arment d'une véritable alternative anticapitaliste et d'une autre perspective politique que celle proposée par les directions syndicales, c'est-à-dire qu'ils se battent pour un gouvernement des travailleurs. C'est ce que les militants syndicaux du POS, souvent candidats sur ses listes, ont défendu dans les assemblées syndicales et c'est ce qu'une délégation de son bureau politique a défendu après la conclusion de ces accords au cours des entretiens ave le président national de la FGTB ainsi qu'avec le secrétaire de son interrégionale wallonne.
Frank SLEGERS, Bruxelles, le 12 octobre 1985.