Victoire des partis bourgeois gouvernementaux et progression du PS
Dessin d'un tract de l'interrégionale wallone de la FGTB et symbolisant les points d'accord entre le
BELGIQUE
LA surprise quasi générale, le gouvernement de droite di-
A rigé par le démocrate-chrétien Wilfried Martens et pas
-le libéral Jean Gol, ne sort pas battu mais renforcé des élections du 13 octobre. Les quatre partis de la coalition gouvernementale (1) progressent ensemble de 2,2 % et de 2 sièges.
A gauche, le Parti socialiste (PS) et le Parti socialiste flamand
(SP) (2) progressent ensemble de 3,3 % nationalement et de 6 sièges. Entre ces deux grands blocs, toutes les politiques traditionnelles ont été écrasées le vote utile.
Alain TONDEUR
La bourgeoisie n'a pas subi de défaite le 13 octobre. Le PVV a subi un grave recul, mais les autres partis de la coalition se sont tous renforcés. En Flandre, ce renforcement a surtout lieu au détriment de la Volksunie, laquelle perd plus de 100 000 voix. En Wallonie, le PRL mange un gros morceau de l'UDRT tandis que le PSC ramasse aussi une partie de son électorat.
A Bruxelles, le FDF est en chute libre et l'électorat bourgeois de ce parti va au PSC et au PRL, mieux à même de défendre ses intérêts de classe. C'est surtout l'axe
PSC-CVP qui sort renforcé de ce scrutin, le succès du PRL étant assombri par la râclée qu'a subi le PVV.
UNE DÉFAITE MORALE DU PS-SP
Les partis majoritaires de la classe ouvrière, le PS et le SP, se renforcent également. Le PS progresse de 3,2 % en Wallonie et de 2,7% à Bruxelles, mais le système électoral - notamment la diminution du nombre de sièges à pourvoir dans certains arrondissements - fait que sa représentation parlementaire demeure inchangée. Le SP, par contre, en progressant de 3,2 %, gagne 6 sièges à la Chambre. Pour le PS et le SP, ces résultats représentent une défaite morale. Leurs dirigeants, Guy Spitaels et Karl Van Miert, avaient promis aux travailleurs de chasser le gouvernement Martens-Gol et il s'avère aujourd'hui qu'ils en ont été incapables.
Cela provoque sans aucun doute l'amertume et le désarroi dans les entreprises, surtout parmi les militants de la Fédération générale du travail de Belgique
(FGTB), qui ont répondu à l'appel du bureau national de leur confédération en faisant campagne pour le PS-SP. Pour le PS, le résultat est encore tempéré par le fait que beaucoup de ses voix proviennent du mouvement wallon, en totale déconfiture.
Même si le CVP et le PSC n'ont réocdu terrain qu'une partie qu'ils avaient perdu en 1981, le gouvernement formations par la pression pour séquences pour le mouvement ouvrier. Martens-Gol peut se féliciter que la coalition gouvernementale soit majoritaire partout. Non seulement au Parlement national et en Flandre, mais aussi, et c'est nouveau, dans la partie francophone du pays. Ici aussi, la stratégie suivie par le PS et par la direction de l'interrégionale wallone de la FGTB a fait faillite. Malgré un certain progrès du PS, on est plus éloigné que jamais de la fameuse « majorité progressiste wallone », qui suscita tellement d'espoirs chez de nombreux syndicalistes.
QUELLES PERSPECTIVES
POUR LE MOUVEMENT OUVRIER?
A quoi les travailleurs, les militants syndicaux doivent-ils s'attendre dans les prochaines années ? Pour répondre à cette question, le point de départ ne doit pas être l'impression de déception face au maintien de la majorité de droite, mais une appréciation réaliste des rapports de forces politiques entre les classes. Il n'y a PS et la FGTB. (DR)
SGTB
Les pertes ont été essentiellement enregistrées par les formations communautaires, telles que l'Union du peuple flamand
(Volksunie) et le Bloc flamand en Flandre, et le Front démocratique des francophones (FDF) et le Rassemblement wallon
(RW), qui ont toutes enregistré une baisse. Ceci est vrai aussi pour la formation populiste de droite, l'Union démocratique pour le respect du travail (UDRT). Les deux listes écologistes, quant à elles, ont augmenté leurs scores. Ci-dessous, nous allons évaluer les résultats de ces élections et en déduire les conpas eu, le 13 octobre, un raz-de-marée électoral de droite. Il y a eu, au sein du camp bourgeois, un glissement de voix en faveur du PSC-CVP et du PRL. Il y a eu, parallèlement, une reprise en main de l'aile liée au Mouvement ouvrier chrétien
(MOC) et à la Confédération des syndicats chrétiens (CSC). Ce sont ces deux mouvements combinés qui ont permis à la majorité sortante de se maintenir, malgré le progrès du PS et du SP.
1. Les quatre partis de la coalition gouvernementale sont le Parti social chrétien (PSC) et son homologue flamand, le CVP, de tendance démocrate-chrétienne, et le Parti réformateur libéral (PRL) francophone et son équivalent flamand, le PVV.
2. A l'image de tous les partis traditionnels en Belgique, le Parti socialiste s'est scindé en deux partis complètement indépendants en
1978, suivant le clivage entre les deux principales communautés du pays, les Flamands néerlandophones et les Wallons francophones.
USTÉRITÉ iNÉGALiTES
CHOMAGE
De ce constat découlent deux conclusions très importantes. Premièrement, les travailleurs doivent évidemment s'attendre à ce que la politique d'austérité continue. Mais cette politique continuera sous une forme quelque peu modifiée. D'une part, il y a une tendance générale de la part de la bourgeosie européenne vers une certaine relance de la demande intérieure, afin d'amortir les effets de la récession économique attendue pour 1986. D'autre part, il s'agira pour la bourgeoisie d'agir avec prudence pour éviter que le PS-SP soient forcés de passer à l'action avec la FGTB, et surtout pour éviter que PS et FGTB soient rejoints dans l'action par la CSC et le MOC, selon un scénario rappelant les « grèves des vendredis » sous le gouvernement de Léo Tindemans, en 1977. Ces préoccupations trouvent leur reflet dans le programme du CVP et le mémorandum de la CSC pour le futur gouvernement. Et grâce au renforcement du CVP-PSC dans la coalition, les moyens politiques pour les appliquer existent. Mais, parallèlement à l'action « prudente » du gouvernement, le patronat poursuivra son grand dessein, celui d'affaiblir les organisations syndicales et accroître la division entre travailleurs par tous les moyens possibles. La FGTB sera dans le collimateur. Il faudra donc lutter et construire l'unité des travailleurs dans les luttes.
Deuxièmement, plus que jamais, l'enjeu, si l'on veut ouvrir la voie d'une alternative, est la rupture politique des travailleurs chrétiens avec le PSC-CVP. Cette rupture nécessite une politique adéquate de la part du mouvement ouvrier socialiste (FGTB et PS-SP). Dans cette dernière campagne électorale, la direction de la FGTB nationale et la direction de l'interrégionale wallone de la FGTB ont soutenu la politique du PS-SP, qui consistait à essayer d'affaiblir le CVP-PSC pour être capable de former avec lui un gouvernement de coalition, au nom du « moindre mal ». Cette politique s'est soldée par un échec. Ce n'est pas ainsi qu'on réussira à séparer les travailleurs chrétiens du PSC. CVP. Tout au long de la campagne électorale et dans les mois qui ont précédé, le Parti ouvrier socialiste (POS), section belge de la IVe Internationale, a proposé une alternative (3). Il a proposé que la FGTB prenne l'initiative d'élaborer un programme contre la crise et le chômage, mobilise les travailleurs par une consultation démocratique sur ce programme, propose à la CSC l'unité sur cette base, et s'adresse au PS-SP pour que ces partis aident le MOC à former un parti des travailleurs chrétiens dans la perspective d'un gouvernement des travailleurs. C'est cette alternative qui, plus que jamais, constitue le prolongement politique indispensable aux luttes des travailleurs dans les entreprises et dans le mouvement syndical. •
Alain TONDEUR. Bruxelles, le 18 octobre 1985. 3. Sur la campagne du POS, voir l'article ci-contre.