Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

MEXIQUE

Une « démocratie » sous haute surveillance

· Inprecor n° 206, 4 novembre 1985 · p. 20-25 · 6 008 mots

Mexique

Fraudes massives et le déroulement des éle L tion des organisations politiques sont tres complexes. s E système électoral mexicain et les modalités de légalisarépondent au souci du régime du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) d'afficher une apparence démocratique tout en maintenant dans des limites très strictes l'expression du pluralisme politique. Cette situation est le produit de la réforme politique impulsée par l'ex-président mexicain Lopez Portillo, en 1977-1978, sous la forme d'une réforme institutionnelle (Loi du 6 décembre 1977) et d'une réforme électorale (Loi sur les organisations politiques et les procédures électorales - LOPPE - du 30 décembre 1977). Ainsi étaient définies les conditions du système très particulier de la représentation proportionnelle et de la reconnaissance légale des partis politiques, suivant un schéma en deux temps, d'abord à titre conditionnel, puis de manière définitive. A ces dispositions s'en est rajoutée une autre, accordant un statut d'« association politique nationale » aux organisations ne regroupant pas les 65 000 adhérents requis pour la reconnaissance définitive en tant que parti politique, mais pouvant justifier au minimum l'existence de 5 000 adhérents. Une campagne de signatures de personnes se reconnaissant comme électeurs et partisans des différents partis et associations politiques était nécessaire pour valider leur représentativité suivant les critères définis par le régime. Trois partis furent tout d'abord reconnus à titre définitif, avant les élections législatives de 1979 : il s'agit du Parti d'Action nationale (PAN, droite réactionnaire), du Parti authentique de la révolution mexicaine (PARM) et du Parti populaire socialiste (PPS). Trois autres partis obtinrent une reconnaissance à titre conditionnel, qui leur permit néanmoins de participer aux élections législatives de 1979 : il s'agit du Parti communiste mexicain (PCM), du Parti socialiste des travailleurs (PST) et du Parti démocratique mexicain (PDM).

corruption ont marqué ictions du 7 juillet 1985

Des modifications ont ensuite été apportées à la LOPPE, en 1980 et 1982. La plus importante d'entre elles a établi l'obtention automatique de la reconnaissance définitive pour tout parti recueillant au moins 1,5 % des voix à l'échelle nationale lors d'une consultation électorale, ainsi que la perte de la reconnaissance dans le cas contraire. La Chambre des députés est composée de 300 membres élus au scrutin majoritaire à un tour (uninominal) et de 100 membres élus au scrutin proportionnel (plurinominal). Les deux votes ont lieu séparément. Seuls les partis ne disposant pas de 60 élus au système du scrutin majoritaire peuvent participer à la distribution des sièges à la proportionnelle parmi les 100 qui sont réservés à cet effet. Avec ce système électoral, le PRI est assuré d'une forte majorité tout en maintenant l'apparence d'un pluralisme politique au niveau de la Chambre des députés. Il lui est aussi possible d'utiliser l'appareil d'Etat qu'il contrôle pour influer sur les résultats en sa faveur dans le vote uninominal et pour manipuler la pondération des résultats des autres partis au scrutin plurinominal. Le PRI garde ainsi la haute main sur leur droit à la légalisation et sur leur représentation parlementaire.

Ainsi, lors des élections du mois de juillet dernier, le PRI, avec 64,8 % des suffrages exprimés, a remporté 292 des 300 sièges répartis au scrutin majoritaire, soit 7 de moins que dans l'Assemblée élue en 1982. Le PAN a aussi vu sa représentation diminuer entre les deux élections. Avec 16,2 % des suffrages exprimés en 1985, il passe de 1 à 6 élus obtenus par le vote majoritaire, mais voit le nombre de ses élus au scrutin proportionnel passer de 50 à 32, du fait de l'augmentation du nombre des autres partis en lice pour un nombre toujours identique de sièges à répartir.

Le Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT), section mexicaine de la IVe Internationale, fondé en 1976, n'était pas

Panneau électoral lors de la dernière campagne. (DR)

CHAPULTEPEC

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l'enregistrement, en 1978, du Parti com- portionnelle. Seuls participent à la prévu au programme de cette réforme politique. C'est donc seulement après de longues batailles démocratiques qu'il est finalement parvenu à obtenir son droit à la légalisation. Cette lutte remonte à l'année 1977.En 1979, le PRT n'eut droit qu'au statut d'association politique, qui ne lui a pas permis de participer en tant que tel aux élections de 1979.En 1981, le PRT revint à la charge pour revendiquer l'ouverture d'une nouvelle série d'enregistrement de partis politiques à la veille des élections législatives et présidentielles de 1982. Après une première et ferme opposition des autorités, le PRT obtint néanmoins satisfaction en juin 1982 et put dès lors se lancer dans la bataille électorale, en avançant la candidature de Rosario Ibarra de Piedra (1). Malgré une fraude massive, qui empêcha notamment le PRT d'obtenir un groupe d'élus à la Chambre des députés, le gouvernement fut néanmoins contraint de reconnaitre que la candidature du PRT à l'élection présidentielle avait obtenu plus du fameux 1,5 % des suffrages nécessaires pour

Edgardo SANCHEZ RAMIREZ

Le système électoral en vigueur, produit de la réforme politique des années

1977-1978, est arrivé à la limite de son développement. De nouvelles modifications devront y être apportées, à défaut de quoi il entrera définitivement en crise.

C'est là le résultat du processus électoral fédéral de cette année. La réforme politique de Lopez Portillo visait à canaliser sur le terrain électoral, et par l'intermédiaire de l'amnistie de 1978, une opposition croissante au régime, qui profitait particulièrement à la gauche. On prétendait ainsi répondre à la détérioration de la forme de domination politique traditionnelle de la bourgeoisie au Mexique, ouverte avec le mouvement de 1968.

LA RÉFORME POLITIQUE EN CRISE

Le schéma politique initial comportait des partis politiques légalement enregistrés, et un statut différent pour ce qui était classé sous le terme d'associations politiques. Ces modalités ont dû être moau moins en deux occasions.

L'idéologie prédominante au sein du régime était d'éviter la multiplication des partis politiques. De cette façon, le processus de légalisation de partis s'équilibrant sur le plan politique semblait se clore avec muniste mexicain, du Parti socialiste des travailleurs et du Parti démocratique mexicain. Mais, en 1981, le régime accorda un enregistrement conditionnel pour les élections de 1982 au Parti social démocrate (PSD) et au PRT.

Il était évident, ne serait-ce que par le simple fait que le PRT était de création récente, que ce dernier n'entrait pas dans les calculs initiaux de la réforme politique conçue entre 1977 et 1978. Une première modification importante du schéma de la réforme politique intervenait avec l'enregistrement « définitif » du PRT sur la base des résultats des élections de 1982, même si on empêchait par ailleurs ce parti de groupe parlementaire à la

Chambre dés députés. La perspective suivant laquelle le PRT, comme d'autres organisations de gauche qui étaient enregistrées légalement en tant qu'associations politiques, se retrouverait dans l'orbite du

PCM ne se réalisa donc pas.

Usa crise actuelle. En ratifiant, après les élections de 1985, à la fois l'enregistrement du PRT et du Parti mexicain des travailleurs (PMT, organisation que l'on peut assimiler à la gauche indépendante, ndlr.), dans le cadre d'une Chambre des députés considé rée comme « la plus pluraliste » selon les propos d'un représentant du régime, le schéma de légalisation des partis politiques était de nouveau modifié. Alors que les forces de gauche les plus représentatives ont maintenant réussi à imposer leur reconnaissance légale, la logique la plus probable de la politique du régime sera d'empêcher l'accès à la légalité à de nouvelles formations politiques.

Mais, en définitive, le problème de l'enregistrement de nouveaux partis est en train de passer au second plan. L'éventail actuel du nombre des partis politiques semble devoir se stabiliser. Nous assistons plutôt une crise qui apparaît sous un autre angle. S'il y a en effet un plus grand nombre de partis qui participent aux élections, c'est toujours avec le même nombre de députés élus à la représentation proportionnelle. C'est là l'autre aspect de la réforme électorale qui arrive à son point limite, celui du système d'élection mixte à dominante majoritaire. Ce système implique l'élection de 300 députés au vote à la majorité relative et de 100 autres sur la base de la représentation prorépartition proportionnelle les partis qui ont moins de 60 députés au vote à la majorité relative. Le PRI en est donc exclu. Ce système avait pour objectif de présenter une Chambre des députés prétendument pluraliste, puisque toutes les nuances de l'opposition étaient repré sentées dans ces 100 députés élus à la proportionnelle, mais sans que autant le contrôle majoritaire du Parlement n'échappe au PRI.

Or, ce système reflète chaque fois un peu moins le poids réel des partis politiques dans l'électorat. Deux faits l'attestent. Le premier, c'est que même si un parti augmente son nombre de voix, cela n'implique pas toujours qu'il obtiendra un plus grand nombre d'élus, puisque les sièges répartis, à la proportionnelle restent bloqués à 100 personnes. Ainsi, le PAN, bien qu'il ait connu un développement électoral important dans les trois dernières années, dispose aujourd'hui de avoir droit à l'enregistrement définitif au titre de parti politique, mais il faudra encore attendre plusieurs mois pour que les autorités en conviennent définitivement. Cet attentisme permit d'empêcher le PRT de pouvoir présenter des candidatures dans certaines régions lors des consultations municipales. C'est finalement le 7 octobre 1982 que le PRT sera enregistré légalement en tant que parti politique à titre définitif.

Lors des récentes élections législatives de juillet 1985, les candidats du PRT ont recueilli 1,58 % des suffrages exprimés au scrutin plurinominal, obtenant ainsi six élus (dont deux femmes) à la Chambre des députés (2). Ce résultat officiel ne tient pas compte de l'ampleur de la traude organisée par le PRI.

Nous publions ci-dessous de larges extraits d'un article paru dans La Batalla, la revue du PRT, numéro 12 de septembreoctobre 1985, qui détaille les limites de la réforme politique du régime mexicain, son évolution dans la période récente et moins de députés qu'en 1982. Cela est dû, d'une part, à l'augmentation du nombre des partis politiques en lice et, de l'autre, au fait que lors des élections de 1985 il y avait cinq circonscriptions plurinominales au lieu de quatre, comme en 1982.

La bizarrerie du système électoral mixte interdit donc de reconnaître les droits démocratiques d'un parti sans en léser un

En plus de toutes les restrictions de la loi et des avantages qu'elle offre au

PRI, ce dernier bénéficie en dernière analyse d'une politique où c'est le gouvernement lui-même qui définit l'opposition qu'il veut et le poids parlementaire qu'il accepte qu'elle ait. Si la réforme politique a permis que certains courants politiques, notamment de gauche, puissent avoir une représentation parlementaire dans des limites déterminées par le régime, la politique électorale de l'actuel gouvernement veut maintenant, à l'intérieur de ces limites, pouvoir encore établir quelle est la place exacte que doit occuper chacun de ces partis. C'est tout cela qui introduit une limite au système électoral actuel.

LA MAGIE DES CHIFFRES

Du point de vue du gouvernement, il est difficile de trouver de quoi redynamiser ce schéma en crise. Il ne peut continuer à enregistrer d'autres partis, bien au contraire, il voudrait plutôt en éliminer quelques-uns. Il ne tolère pas au sein du

Parlement l'accroissement du poids et de la représentation des formations d'opposition, dont l'influence grandit pourtant dans la réalité. Il lui sera désormais difficile de contrôler la volonté antidémocratique du PRI de « dessiner » sa propre op position, ce qui ne manque pas de jeter le discrédit sur le régime. La seule carte que le gouvernement s'est gardé comme possibilité de palier à cette situation, c'est d'ouvrir le Sénat à l'opposition.

La gauche révolutionnaire, et particulièrement le PRT, doit se préoccuper de

1. Sur le bilan de la campagne électorale du PRT pour les élections présidentielles et législatives de 1982, cf. Inprecor numéro 134 du

2. Sur les résultats du PRT lors des élections de juillet dernier, cf. Inprecor numéro 202 du 9 septembre 1985.

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La fraude et la manipulation du vo- le PRI, les chiffres officiels mêmes monparticiper à cette lutte pour les droits démocratiques. Celle-ci commence par la bataille pour avoir des représentants dans les bureaux de vote en nombre suffisant, non seulement afin d'éviter la fraude du PRI, mais de manière à pouvoir obtenir des éléments fiables pour évaluer notre audience et celle des autres partis. Tant que nous ne changerons pas cela, seul le gouvernement - et ceux qui sont chargés du processus électoral - sauront avec précision le contenu de cette information im-

Nous pouvons tirer un certain nombre de conclusions politiques des résultats du vote du 7 juillet dernier. Tout d'abord,

June abstention importante, peut-être la plus grande depuis nées, au moins depuis 1961, dernière anoù nous disposons des chiffres. On également une baisse du vote en faveur du PRI. Au-delà de la manipulation « officielle » des chiffres, le PRI est le parti dont le nombre de voix a le plus baissé. Ces deux éléments - abstention et baisse des voix du PRI - reflètent le mé. contentement vis-à-vis de la politique du gouvernement, l'un d'une façon passive et l'autre dans l'appui électoral apporté aux autres partis. Le PAN n'a, quant à lui, pas pu maintenir le niveau de progression qu'il espérait après sa précédente réussite électorale. Il a consolidé et accru le nombre de ses suffrages dans certaines régions, notamment dans le Nord, mais il n'a pu le faire dans l'ensemble du pays et surtout pas dans le District fédéral de Mexico. Globalement, le vote pour le PAN a stagné ou même baissé, d'après les statistiques officielles. En revanche, le poids de la gauche s'est maintenu, si on le compare avec les élections de 1982. Nous faisons notam-

LA MUJER ORGANIZADA FORTALECE LA LUCHA y VIVIENDA ment référence aux partis indépendants de la politique du gouvernement actuel, le Parti socialiste unifié mexicain (PSUM), le PMT et, bien sûr, le PRT (3). S'il est sûr que le PSUM a maintenu sa tendance à la baisse et que le PRT a vu se réduire ses voix dans le District fédéral, le poids de ce secteur de la gauche se maintient globalement, malgré l'augmentation de l'abstention. te entreprises par le gouvernement avaient pour but les objectifs suivants : réduction de l'abstention, triomphe du PRI au scrutin uninominal avec une majorité absolue, réduction du poids du PAN, augmentation du poids des partis fantoches et baisse du poids de la gauche indépendante du gouvernement. Sur s'agissait presque de faire perdre au PSUM sa troisième place en voix et d'acculer le PMT et le PRT à la limite légale requise (1,5 %), comme forme de pression et de menace sur leur avenir, pour montrer ainsi à ce secteur oppositionnel comment le régime entendait le marginaliser dans la

Le chiffre des abstentionnistes a été d'emblée manipulé par le gouvernement, à la fois pour éviter une perte de légitimité du PRI et, ensuite, pour utiliser une partie de ces votes qui n'existent pas en vue de les attribuer aux partis qui l'intéressaient. Selon les calculs, non seulement du PRT mais aussi du PAN, du PSUM et du PMT, l'abstention était d'environ 60 % des inscrits lors des récentes élections de 1985. Selon les chiffres officiels qui remontent à 1961, l'année où le taux d'abstention a été le plus important fut celle de 1979, avec 50,67 %. Pourtant, les chiffres officiels prétendent le situer aujourd'hui

BPR BLOQUE POPULAR

REVOLUCIONARIO

DEMOCRACIA

Vola Le PRT en congrès, en mars 1985. (DR) à 49,45%, ce qui reflète une tentative de cacher la réalité. En rapport avec l'abstention comme en rapport avec les autres indices, nous ne prenons pas seulement comme référence 1982, mais aussi 1979, car il y avait en 1982 des élections présidentiellles, et donc une plus forte participation électorale qu'aux législatives de 1979 et de 1985.

Concernant la baisse des votes pour trent qu'au niveau du scrutin uninominal, ce parti passe de 69,74 % des suffrages exprimés en 1979 à 69,27 % en 1982 et à 64,99 % en 1985. Même si pour le PRI, le vote plurinominal n'est pas important et qu'il utilise surtout ce scrutin pour gonfler les résultats chiffres en ce domaine (66,56 % en 1979,

Men 1982 et 60,07 % en 1985) confirment aussi bien la baisse du PRI que la manipulation de ces votes en faveur d'autres partis, si l'on compare les résultats du PRI sur ce scrutin avec le vote uninominal en sa faveur (4).

3. Le PSUM est le produit de la fusion de l'ancien Parti communiste mexicain avec plusieurs groupes nationalistes et staliniens.

4. Le PRI est le seul parti qui enregistre un plus grand nombre de suffrages à l'élection au scrutin uninominal qu'à celle du scrutin plurinominal. Cette différence de 607 132 électeurs correspondrait, d'après le PRI, à des personnes ayant voté pour ce parti au scrutin majoritaire, et pour un autre parti sur les listes plurinominales, ce qui est peu crédible. Une autre explication de cette différence renvoye aux manipulations électorales du régime, qui ont permis de gonfler artificiellement le résultat du PRI au scrutin uninominal, scrutin grâce auquel le PRI a assuré sa majorité écrasante à la Chambre des

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Il est aussi intéressant de noter que même si le PAN se maintient comme principal parti d'opposition au PRI sur le terrain électoral et continue de canaliser un appui massif contre le gouvernement, la baisse des votes en faveur du PRI et l'augmentation du mécontentement populaire face à la politique du régime ne se sont pas traduites par une croissance électorale du PAN. La stratégie triomphaliste du PAN de se présenter comme « la nouvelle majorité » est donc tombée à l'eau. Nous ne faisons pas là référence au fait qu'étant donnée la fraude gouvernementale, les véritables résultats du PAN ne lui ont pas été reconnus, car même sans cette fraude, les résultats du PAN ne correspondraient pas aux espérances de ce parti. La baisse ou, dans le meilleur des cas, la stagnation des résultats du PAN, montre ment, il semble clair que malgré tout, le PAN a pu se maintenir dans un bon nomdistricts des Etats de Chihuaha, Nuevo Leon et Coahuila. Ici, les chiffres officiels ne sont toutefois pas très fiables. Dans le seul cas de Chihuaha, les chiffres confirment la montée du PAN. Dans les autres Etats, au contraire, ils montrent une baisse ou un tassement de ses résultats. Même si dans plus d'un cas cela pourrait être crédible, les chiffres ne sont pas certains, car il s'agit précisément des Etats où la fraude a été la plus importante de la part du gouvernement. Toutefois, ce qui est intéressant, c'est de voir que dans le District fédéral de Mexico, où traditionnellement le PAN avait une importante base, il est indiscutable qu'il a connu une baisse de son influence électorale, et cela parce que dans cette région, le contrôle du vote par les partis politiques a été meilleur.

LES RÉSULTATS

DE LA GAUCHE INDÉPENDANTE

Cette évolution prend plus de relief si on la compare avec celle de la gauche indépendante du gouvernement. Cette dernière, prise dans son ensemble, en incluant les résultats du PMT et en se rappelant l'importance de la fraude dont elle a été l'objet, ne voit pas globalement son poids électoral diminuer. Il est certain que l'on peut cependant noter une baisse relative des résultats de chaque parti. Mais, dans la situation actuelle de crise, de mécontentement face à la politique gouvernementale, qui peut aussi alimenter la démoralisation et l'apolitisme, comme le montre tendanciellement la montée de l'abstention, le fait que l'électorat de la gauche indépendante du gouvernement se soit globalement maintenu permet de tirer une conclusion plus optimiste. Nous sommes partis du fait qu'indépendamment des divergences réelles existant dans la situation actuelle, et vu le niveau de conscience actuel des masses, il était juste de regrouper le vote pour le PSUM, le PRT et le PMT dans une même catégorie, que nous appelons de façon générique la « gauche indépendante ». Les chiffres sont les suivants:

Manifestation contre l'austérité, en juin 1982 à Mexico. (DR)

Résultat du vote national uninominal en faveur des partis de gauche 1982 % 1985 %

PSUM 905 058 4,37 578 081 3,24

PRT 264 153 1,27 224 572 1,25

PMT 274 306 1,53

TOTAL 1 169 211 - 1 076 959 -

Même si la simple somme des votes de la gauche indépendante n'implique pas en elle-même un changement qualitatif, il apparaît clairement ce que cela signifierait si cette gauche se présentait comme une alternative électorale unie. La différence de votes pour la gauche aux élections sur la base du scrutin plurinominal, entre les élections de 1982 et de 1985, est toutefois moindre que pour le scrutin uninominal.

Résultat du vote national plurinominal

Men faveur des partis de gauche 1982 % 1985 %

PSUM 932 214 4,07 602 530 3,29

PRT 308 099 1,34 289 626 1,58 PMT 291 127 1,59

TOTAL 1 240 313 - 1 183 283 -

Mais cette différence est encore moindre dans le cas du District fédéral qui, comme nous l'avons déjà dit, reflète de façon plus fiable la réalité, du fait du contrôle sur le vote qu'y exercent les partis politiques d'opposition. Comme nous ne disposons pas de chiffres du vote plurinominal de 1982 pour le District fédéral, la comparaison ne porte que sur le vote uninominal.

Résultat du vote national uninominal en faveur des partis de gauche dans le District fédéral de Mexico 1982 % 1985 %

PSUM 321 660 9.74 196 835 7,02

PRT 140 048 4.24 89 511 3,19

PMT 128 814 4.59

TOTAL 461 708 415 160

ABAJO • CA AUSTERIDAD PRISTA PARliDe ReM L'électorat qui vote pour la gauche s'est maintenu, malgré les variations dans le comportement de chaque parti et le fait qu'indubitablement l'émergence du PMT, comme ce fut le cas du PRT en 1982, a entraîné un nouvel afflux de voix pour la gauche et n'a pas simplement bénéficié d'un report des voix qui allaient auparavant au PSUM ou au PRT.

LES CHIFFRES DE LA FRAUDE La manipulation du vote avait trois objectifs pour le gouvernement : présenter le PRI comme vainqueur absolu, en influant positivement sur son résultat et en réduisant le taux d'abstention ; freiner la montée du PAN en ne lui reconnaissant pas certains des districts qu'il avait gagnés ; déformer le poids de chaque parti en gonflant les résultats électoraux des partis fantoches et en présentant comme marginaux ceux de la gauche indépendan-

Pour les deux premiers objectifs, le mécanisme fut le même : grossir le vote pour le PRI, notamment dans les zones rurales, en volant des voix aux autres partis ou en truquant la marge des abstentions. Ces manœuvres introduisaient à elles seules une déformation des résultats finaux du vote uninominal. C'est le cas, par exemple, des résultats du PRT, auquel des suffrages ont été usurpés au moyen de vol d'urnes, de l'expulsion de représentants du PRT des bureaux de vote, etc. Le pourcentage du résultat du PRT a finalement été ramené au-dessous de 1.5 %. Mais comme c'est le vote plurinominal qui donne la majorité des députés aux partis autres que la formation gouvernementale, c'est dans ce vote que la déformation du poids électoral des partis autres que le PRI s'est faite de la façon la plus voyante et la plus grossière. Comme l'intérêt du PRI c'est surtout de gonfler à son avantage le vote uninominal, les résultats des autres partis dans ce scrutin ont été falsifiés par un véritable vol de leurs suffrages, comme cela s'est produit pour le PAN et aussi pour le PRT. La manipulation des - résultats du vote plurinominal permet par

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contre d'influer sur la représentation parlementaire des différents partis. Si donc les voix de certains partis, au scrutin plurinominal, sont artificiellement gonflées aux dépens d'autres, une simple comparaison avec les voix qu'ils ont obtenu au scrutin uninominal laisse apparaître la manipulation. C'est ce que montre cette comparaison, pour tous les partis, dans le vote national du 7 juillet.

Le PRT a été crédité de 65 000 voix supplémentaires dans le scrutin plurinominal par rapport au scrutin uninominal. Ce résultat est le produit du vol des voix du PRT au profit du PRI dans des endroits eu une campagne électorale extrêmement contre le PRT dans le vote uninominal a eu lieu de façon significative surtout dans de Sonora, Chihuaha, Leon, Puebla et Guerrera. Les 65 000 voix de différence du PRT entre les deux votes peuvent facilement se trouver dans les cinq Etats mentionnés. Il suffit, pour le démontrer, de prendre en compte les faits

Dans l'Etat de Sonora, il devint évident, au cours de la campagne électorale - surdéterminée par l'élection du gouverneur et par les élections locales —, que le PRT était devenu la troisième force dans

Get le PRI. Ce fait s'est reflété dans les mobilisations du PRT résultats officiels PRT moins de voix dans tout l'Etat de Sonora que dans l'Etat de Tabasco, où le développement du parti est insignifiant. Les 2 000 voix attribuées au PRT ne représentent même pas le nombre de gens qui ont assisté aux meetings de clôture de la campagne électorale, à Ciudad Obregor ou à Hermosillo.

Dans le cas de l'Etat de Chihuaha, dans les districts de Ciudad Juarez et dans la capitale, il est resté un si grand nombre d'urnes qui n'ont pas été comptées que la victoire de la majorité a été consacrée avec un nombre de voix absolument minoritaire. Par exemple, dans le district 3 de Ciudad Juarez, on compta 1 656 voix pour le PAN, 919 pour le PRI et 25 pour le PRT, en troisième position. Le total des suffrages exprimés comptabilisés dans tout le district, s'élevait à 2 750 sur 78 521 personnes inscrites, soit seulement 3,38 % du total. Dans ce cas là, il ne s'agit pas d'une abstention vertigineuse, mais cela tient au fait que 10 urnes seulement sur plus de 100 ont été comptées, à cause des affrontements et des irrégularités de

Dans l'Etat de Nuevo Leon plus encore que dans celui de Sonora, les irrégularités furent telles, avec l'expulsion de tous les représentants des partis des bureaux de vote, que les résultats furent refaits de façon si grossière qu'ils apparurent comme non crédibles. Il ne fut pas possible d'établir avec précision les votes de chaque parti.

En revanche, le PPS, le PARM et plus particulièrement le PST ne peuvent justifier les différences importantes de voix qu'ils ont enregistrées entre les deux scrutins (5). Ils obtiennent en effet res-

254 pectivement 89 525, 121 312 et 155 874 voix supplémentaires au scrutin plurinominal par rapport au scrutin uninominal. De la même façon que nous avons pu savoir dans quels Etats et surtout dans quels districts la fraude à notre encontre a eu lieu, il est également possible de connaître les endroits où le vote pour ces partis a été gonflé. Ainsi, 25 % des voix reconnues au PST dans la 2e circonscription sont le produit de l'augmentation artificielle des votes dans le seul Etat d'Hidalgo. Sur toute cette circonscription, on a reconnu au PST 137 106 voix, et ces votes falsifiés d'Hidalgo représentent 5,6 % du vote total du PST dans les élections plurinominales. De nouveau, dans le cas de l'Etat du Nuevo Leon, et notamment dans la 3e circonscription plurinominale, la fraude scandaleuse a également eu comme béné ficiaires le PST et le PARM. Au niveau de l'Etat, ces différences atteignent des chif-

Le local du PRT à Mexico. (DR) fres encore plus incroyables, si l'on prend en compte le fait que dans l'Etat de Nuevo Leon, il y eut simultanément des élections locales et des élections pour élire le gouverneur. Dans cette dernière élection,

5. A la différence du PRI, tous les autres partis en lice enregistrent un chiffre de votants supérieurs en ce qui concerne le vote plurinominal par rapport au vote uninominal. C'est là une différence qui s'explique dans la mesure où les électeurs de ces partis savaient bien qu'ils n'ont en général guère de chance d'obtenir de nombreux sièges par le biais du scrutin uninominal. Mais, dans certains cas, concernant surtout des partis qui font le jeu du PRI, cette différence est trop importante pour être crédible. Dans le cas du PARM, du PPS et du PST, cela semble plutôt relever du produit de la fraude en leur faveur mise en œuvre par le régime pour réduire l'impact électoral et la représentation parlementaire des forces de la gauche indépendante, dans le cadre de sa stratégie d'équilibre des contraires visant à s'assurer la mainmise sur la Chambre des députés.

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le PST s'est adjugé 39 088 voix. De telle sorte que cela iHustre l'absurde comportement prétendument « intelligent » d'électeurs du PRI qui sont sensés avoir voté pour le PST. En un même jour, dans le scrutin uninominal, 3510 personnes ont voté pour le PST alors que dans le scrutin plurinominal 13 494 personnes ont décidé de l'appuyer, et pour finir, le candidat au poste de gouverneur présenté par le PST est appuyé par 39 088 personnes. Qui sont donc ces électeurs qui votent de façon si logique ?

LES PARTIS BOURGEOIS

MIS A L'EPREUVE Dans ces conditions, chaque parti a vu sa propre stratégie mise à l'épreuve. Pour le PRI et le gouvernement, comme nous l'avons souligné, cela les a amenés à une fraude telle qu'elle met en question le système électoral résultant de la réforme politique. Pour des raisons différentes, le PRI et le PAN ont utilisé la carte du risque de la violence. Pour le PRI, il s'agissait de montrer que, malgré toutes les rumeurs, il n'y a pas eu la violence généralisée que le PAN et que propagèrent certains milieux journalistiques aux Etats-

En frustrant les correspondants étrangers quant à la possibilité d'explosions de violence dans le contexte de ces élections, le gouvernement a voulu contrepartie présenter le processus électoral comme étant complètement propre.

Le PAN, en revanche, a utilisé l'argument de la possibilité de la violence comme chantage face au gouvernement. La vérité c'est que la possibilité qu'avait ce parti de créer un large mouvement national de protestation qui existait bel et bien, pour le moins dans tout le Nord, a en fait été utilisée comme une simple menace. Le potentiel d'un mouvement de cette envergure fut visible dans les mobilisations de Monterrey et dans le mécontentement apparu à Chihuaha ou à Sonora, et même dans certains endroits de Puebla ou de Michaocan, où il y eut des réactions plus ou moins spontanées de la base du PAN. La stratégie de la « nouvelle majorité » du PAN a été un fiasco. Elle a échoué parce que la direction du PAN - et plus précisément les secteurs bourgeois qui avaient impulsé ce projet - reculèrent au dernier moment. Ce furent d'abord les groupes bourgeois de Chihuaha et Sonora qui durent faire une profession de foi en faveur du PRI. Dans le cas de Chihuaha, la tête de liste, Eloy Vallina, a dû se définir comme PRI, après l'entrevue qu'il a eue avec le Président de la République, Miguel de la Madrid. Dans le cas de Sonora, la bourgeoisie fut contrainte de serrer les rangs autour de Felix Valdez, malgré la division au sein du PRI même qui avait été à l'origine de sa nomination. Mais cela n'a pas empêché beaucoup de membres du PRI de saboter par en-dessous la campagne du PRI ou d'appuyer celle du PAN.

Mais ce qui est sans doute le plus significatif de cette attitude, c'est celle du groupe de Monterrey, qui avait de la façon la plus belliqueuse et la plus ouverte appuyé le PAN dans la campagne pour le de lo Rosario Ibarra de Piedra, aujourd'hui députée du PRT. (DR) siège de gouverneur du Nuevo Leon. Ayant impulsé un large mouvement de masse - avec des rassemblements d'opposition au gouvernement comme on n'en avait pas vus depuis des années à Monterrey - , ayant créé une structure parallèle, le Congres démocratique, au dernier moment et sous la pression de la présence du Président de la République lui-même, le groupe de Monterrey a fini par avaliser l'intronisation du candidat du PRI. Il est évident que cette trahison de sa propre base par le groupe bourgeois de Monterrey n'est pas gratuite. Il s'agit d'un mouvement de protestation qui a été vendu par la bourgeoisie de la région des montagnes en échange de concessions encore plus im- illi portantes dans le domaine économique.

Cette transaction commerciale entre fractions de la bourgeoisie que le PAN a utilisée, place la direction politique formelle de ce parti dans une situation difficile. Selon des sources fiables, pour la première fois dans son histoire, et dans celle de n'importe quel parti à l'exception du PRI, le PAN a accrédité ses représentants dans 90 % des bureaux de vote installés dans tout le pays. Si un parti avait les moyens de connaître précisément les chiffres de la fraude et de les démontrer, c'était donc bien le PAN. C'est cet important appareil qui a permis au PAN de découvrir le mécanisme par lequel les services du Registre national avaient falsifié les listes électorales en y introduisant des milliers de faux noms.

Et pourtant, tout cet appareil n'a même pas permis de conserver les votes du PAN. La direction de ce parti a préféré négocier avec le gouvernement. De cette manière, elle a maintenu le recours à la réclamation en annulation des élections comme une menace ou un chantage dont elle n'a fait usage que circonstanciellement et quand, d'une certaine façon, elle échappait à son contrôle, comme à Monterrey. Au moment de discuter devant la Commission électorale fédérale (CFE) des districts dans lesquels il y avait eu des irrégularités, le PAN a retiré la majorité des cas qu'il avait soulevés. De cette façon, au lieu de mettre en évidence la fraude électorale, le PAN a préféré concéder quelques sièges de plus. Pourtant, ce parti n'atteint pas le nombre de sièges qu'il avait obtenu en 1982, ce qui montre que la négociation ne lui a finalement pas été totalement favorable. Mais le résultat du PAN est minime : 32 sièges à la représentation proportionnelle et 6 au scrutin majoritaire, contre 51 députés en tout en

Si ces circonstances n'ont pas été mises à profit dans la plupart des cas par la gauche, c'est à cause de son manque d'enracinement social et, sans aucun doute, de la division électorale. Pour certains commentateurs, y compris le sommes face à un processus de glissement à droite de l'électorat mexicain. Cette idée présentée presque comme un processus objectif, vise entre autres à dédouaner la gauche de ses responsabilités, de ses erreurs et de son manque d'implantation. Il est pourtant faux d'identifier l'important vote pour le PAN contre la corruption du PRI comme un vote « droitier », comme il serait faux d'identifier les protestations massives contre la fraude et pour le respect de la démocratie comme des actions « droitières ». trouvant pas de canaux de protestation et de lutte adéquats dans le cadre syndical, beaucoup de travailleurs et leurs familles doivent le faire au travers des organisations de quartier ou même dans les élections, en votant pour le PAN.

Si beaucoup de gens ne trouvent que le PAN comme canal pour l'expression de leur mécontentement, c'est parce que la majorité d'entre eux ne ressentent pas la gauche comme une alternative viable auau PRI. Quand le PRT a proposé l'initiative d'un front électoral de la gauche unie, il partait de la constatation qu'aucun parti de gauche ne pouvait à lui seul transformer en ce moment la situation. Seule une coalition de gauche pourrait réaliser cet objectif. Les autres partis de gauche ont opté pour des formes partielles d'unité, qui ne produiront pas de changement qualitatit dans la situation et qui n'ont eu pour effet que d'accroitre sein de la gauche elle-même, alors que le plus important était d'assumer l'épreuve de force contre les partis bourgeois. Cette expérience s'est faite avec les résultats électoraux que nous connaissons. Il y a néanmoins une base sociale de la gauche qui se maintient. C'est de cette constatation qu'il faut tirer parti pour créer les conditions d'une action plus efficace des forces de la gau-

Edgardo SANCHEZ RAMIREZ, La Batalla, numéro 12, Mexico, septembre-octobre 1985.

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