Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PORTUGAL

La déroute électorale du Parti socialiste

· Inprecor n° 208, 2 décembre 1985 · p. 3-6 · 4 104 mots

Portugal Syndicalisme

E gouvernement de Mario Soares, dirigeant du Parti socialiste (PS), vainqueur des élections législatives d'avril

1983 avec une confortable majorité relative de 36 % des suffrages, disposait au Parlement de la plus large majorité gouvernementale qu'il ait jamais eue, grâce à l'alliance entre le PS et le principal parti bourgeois, le Parti social-démocrate (PSD).

Cette alliance gouvernementale, connue sous le nom de « bloc central », a tenu longtemps par rapport aux divers gouvernements qui se sont succédés depuis la révolution des œillets du

25 avril 1974. Pendant un peu plus de deux ans, elle a mené une politique d'austérité énergique, qui a fait baisser les salaires réels de près de 10 % d'après les données syndicales, accru le chômage, réduit l'investissement et la consommation.

Cependant, le changement de direction intervenu en juin

Francisco LOUÇA

Les élections générales du 6 octobre ont confirmé ces calculs. Avec 20 % des suffrages, le PS a perdu 16 % des voix

(près d'un million) et 47 députés. Son groupe parlementaire a fondu de près de moitié par rapport aux élections de 1983.

Il enregistre son pire résultat depuis le 25 avril 1974. Le PSD, qui obtient presque

30 % des voix, forme le gouvernement et cherche d'ores et déjà à développer une politique d'augmentation limitée des salaires réels et des pensions, afin d'accroitre la consommation intérieure en même temps qu'il diminue les taux d'intérêt. Il veut ainsi entreprendre une modification rapide des conditions économiques, même au prix d'un endettement extérieur.

L'autre surprise majeure de ces élections, c'est l'apparition fulgurante d'une nouvelle force politique, le Parti rénovateur démocratique (PRD), parrainé par l'actuel président de la République, le général Ramalho Eanes, qui sort grand bénéficiaire de l'hémorragie des voix du PS et, dans une moindre mesure, des pertes du PC.

Le PRD atteint 18 % des voix et obtient

45 sièges à la Chambre.

LA PERTE ELECTORALE DU PS

Le PS avait centré sa campagne autour de l'affirmation selon laquelle « on apercevait déjà la lumière au bout du tunnel » et qu'après deux ans d'austérité, il serait désormais possible de gouverner en satisfaisant les revendications populaires.

Les fonds provenant de la Communauté économique européenne (CEE)

étaient présentés comme une garantie de cette transformation. Il avait obtenu 36 % des voix aux élections précédentes, lors d'un vote utile et massif pour balayer la politique des trois années précédentes, au cours desquelles les partis de la droite - essentiellement le PSD et le Centre démocrate latives d'octobre 1985 et social (CDS), unis dans un même bloc parlementaire - avaient détenu le gouvernement. Le PS prétendait maintenant obtenir 43 % des voix pour pouvoir former un gouvernement majoritaire. L'ironie veut qu'il ait précisément perdu 43% des voix par rapport à son résultat précédent. Il est ainsi tombé à 20 % des voix au plan national et n'est plus, par exemple, que le quatrième parti à Lisbonne.

Cette défaite s'explique pour plusieurs raisons. D'abord, l'austérité. deux dernières années ont été celles de la grande offensive dans la guerre intérieure menée contre les travailleurs par le secteur le plus dynamique de la bourgeoisie portugaise, celui des exportateurs des grandes et moyennes entreprises concentrées dans le nord du pays. Pour ce secteur, dont la production (textiles, chaussures et certains biens intermédiaires) est exportée dans sa quasi totalité vers les marchés européens et, dans une moindre mesure, américain, une chute rapide de la consommation intérieure est relativement indifférente. Au contraire, toutes les mesures qui font pression sur les salaires et disciplinent le marché du travail lui conviennent. C'est pour avancer dans cette voie qu'ii exige la liberté complète de licenciement et qu'il généralise d'ores et déjà les contrats à durée limitée, les salaires inférieurs à la législation officielle, le travail non enregistré ou les sous-contrats avec les agences d'intérim.

Favorisant cette évolution, le gouvernement a même accepté ce qui constitue un scandale juridique sans précédent, c'est-à-dire la pratique des « salaires en retard » qui, comme leur nom l'indique, revient à ce que les patrons ne payent pas les salaires, invoquant vaguement des difficultés de trésorerie. Les travailleurs continuent à travailler et il n'y a aucune vérification effectuée. Cette situation est d'autant plus grave qu'elle concerne maintenant plus de 150 000 travailleurs, c'est-

1985 au congrès du PSD est venu conpromettre cette stabilité gouvernementale. La majorité de ce parti ne se résignait plus à demeurer dans une positi. subordonnée, d'appui discret à la candidature de Mario Soares aux élections présidentielles prévues pour janvier 1986, dont la victoire serait censée définir le rapport des forces entre les partis et consolider la viabilité du

« bloc central ». C'est ainsi que le nouveau dirigeant du PSD,

Cavaco Silva, a provoqué, en juin 1985, la chute du gouvernement. Il partait de l'hypothèse selon laquelle les élections légisconstitueraient la pire des épreuves pour le gouvernement actuel et sanctionneraient durement le

PS pour sa politique d'austérité drastique, compromettant du même coup les ambitions présidentielles de Mario Soares et ouvrant alors une nouvelle conjoncture parlementaire.

à-dire près de 500 000 personnes pour un pays de 10 millions d'habitants. Dans cette campagne électorale, il a été possible de révéler des cas d'entreprises publiques qui procèdent par cette même méthode d'accumulation primitive et sauvage. Le

Parti socialiste révolutionnaire (PSR), section portugaise de la IVe Internationale, a signalé des cas d'entreprises privées, publiques et même d'une entreprise de la municipalité de Lisbonne, qui agissent de

L'austérité brutale constitue donc la première raison du rejet de la politique gouvernementale, que l'électorat populaire a identifiée avec le Parti socialiste. Mais s'y ajoute un second motif. La promesse de « voir le bout du tunnel » commence à perdre de sa crédibilité. D'une part, elle est répétée d'élections en élections, et l'on sait bien que les deux années de gouvernement PS-PSD ont donné lieu à une généralisation sans précédent de la corruption et du népotisme dans les charges publiques. Des juges fixent le prix de la libération des délinquants, des dirigeants de la banque d'Etat sont impliqués dans des détournements de fonds monstrueux.

Ainsi, l'un d'eux finançait un réseau de contrebande à Setubal, à la tête duquel se trouvaient les dirigeants de la police et des services fiscaux. Il est de notoriété publique que la commission nationale du

PS a discuté de la distribution des 400 postes de fonctionnaires pour la Communauté européenne qui reviennent au

Portugal et qui étaient avidement disputés par toutes les clientèles. La révolte

•contre cette manière de faire de la politique, contre la scandaleuse manipulation de l'information —le Premier ministre

Mario Soares apparaît depuis deux ans déjà dans tous les programmes d'information de la télévision — a fini par profiter aux partis qui ont fait campagne autour de vagues idées de moralisation de la vie publique, à savoir le PSD et le PRD.

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mel, est plus répressive même que les lois re du PSD, la formation de son gouverne-

Cérémonie de prestation de serment du gouvernement de Mario Soares (troisième à partir de la gauche), en janvier 1978. Devant les microphones

La candidature présidentielle de Ma-. ri Soares a reçu, au cours de la dernière année, un clair appui de l'administration américaine. Au sein de l'Internationale socialiste (IS), Mario Soares et la direction du PS portugais comptent parmi les alliés les plus constants de Reagan. Mario Soares a ainsi été le premier dirigeant de l'IS à organiser une tournée d'Eden Pastora, l'un des dirigeants de la contra au Nicaragua. Il a aussi été le premier chef de gouvernement à soutenir l'invasion américaine de Grenade et le projet de « guerre des étoiles ». Ainsi, les cercles dirigeants américains sont intervenus pour favoriser la candidature présidentielle de Soares. Son rival le plus sérieux jusqu'à l'été passé, le général Firmino Miguel - qui recevait l'appui de toute la droite, du général Eanes ainsi que de son parti - a même renoncé à sa candidature après avoir été fortement conseillé en ce sens par les fonctionnaires de l'OTAN.

LA FAILLITE

DU PROJET BIPARTISTE Le projet sous-jacent visait à prolonger la coalition PS-PSD avec, dans ce cas, une part prépondérante du PS, et à établir en son sein des mécanismes de rotation, une espèce de bipartisme qui assurerait une stabilité institutionnelle. Car c'est là qu'achoppe la restructuration de l'appareil d'Etat bourgeois, ébranlé par la chute de la dictature et la crise prérévclutionnaire de 1974-1975. Ce projet fut clairement formulé pendant l'été, comme en témoignent les déclarations de Frank Shakespeare, ambassadeur améri le président Eanes. (DR)

cain à Lisbonne, à Radio Free Europe. Dans une session d'une commission de la Chambre des représentants américaine, Shakespeare disait que l'évolution portugaise allait dans le sens d'une stabilisation de l'hégémonie de ces deux partis et d'une marginalisation des autres partis, ce qui constitue selon lui une évolution positive. La rupture de la coalition et les difficultés de la candidature Soares aux pré sidentielles montrent que ce plan n'est pas encore viable. Au contraire, le résultat électoral va dans le sens d'une forte instabilité gouvernementale, accentuée par la compétition à l'issue incertaine pour les élections présidentielles de janvier 1986.

Dans la logique de sa politique gouvernementale, le PS a choisi comme thème central de sa campagne électorale la défense de la stabilité institutionnelle, courant à l'évidence le risque que son électorat comprenne cette stabilité comme la poursuite de la corruption généralisée, des trafics d'influence, des manipulations de l'information. Le PS a de plus multiplié les choix impopulaires. Il a intégré dans ses listes un petit parti monarchiste qui s'était allié à la droite lorsqu'elle était au gouvernement entre 1980 et 1983. Il a présenté un homme tel qu'Antonio Barreto comme tête de liste dans l'un des districts de l'Alentejo, alors qu'il s'agit là du ministre qui avait lancé les premières attaques d'ampleur contre la réforme agraire, acquis de la révolution de 1974-1975. Il a fait approuver dans les derniers mois de son gouvernement, une loi de « sécurité interne » qui, du strict point de vue fordont Salazar s'était doté mais dont, bien évidemment, la dictature ne respectait pas la lettre.

Afin d'affronter le Parti communiste, le PS a pris la décision de présenter des listes communes avec le PSD pour les élections municipales qui auront lieu en décembre 1985. Or, depuis la rupture de coalition gouvernementale, le PSD est en compétition ouverte avec le PS dans le cadre de la campagne législative. Ces alliances avec le PSD ont été formées dans pratiquement toutes les villes où le Parti communiste détenait la présidence des chambres municipales. Le PS et le PSD sont unis dans pratiquement un tiers du pays, pour tenter de renverser les municipalités dirigées par le PC. Illustration de l'opportunisme électoral du PS, mais plus encore du « sens politique » de Mario Soares, cette alliance a été formée pendant la campagne électorale de septembre. Quelle en est la signification ?

Le PC contrôle la majorité des zones populaires, des cités industrielles ou des zones touchées par la réforme agraire. L'alliance du PS avec le principal parti bourgeois dans ces régions prend évidemment le sens d'une offensive de classe, perçue comme telle par les travailleurs, et accentue la rupture du PS avec sa base électorale ouvrière et populaire. Qui plus est, une ironie du sort a voulu que les coalitions électorales PS-PSD n'ont pas pu être légalisées sous cette forme juridique, à la suite d'une erreur administrative due au fait que la signature du mandataire du PSD n'était pas encore légalisée. Devant cette difficulté, intervenue après la victoiment et le retrait du PS, la direction Soa-

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nationale, a mené une bonne campagne qui lui a permis de doubler ses résultats électoraux par rapport à 1983, lorsque la pression du vote utile en faveur du PS avait affecté les résultats de l'extrême gauche. Il a ainsi obtenu 35 000 voix, soit

0,6 % des suffrages exprimés. Sa campagne était centrée sur les problèmes fondamentaux de la crise sociale (le chômage, les salaires en retard, la répression) et sur le bilan de la politique du PS d'alliance avec la droite. Cette campagne a conleurs électeur du PRD, a publié en pleine campagne un éditorial qui souligne cersur la tête des citoyens électeurs, un seul parti mène une campagne digne et s'exprime avec intelligence : c'est la campagne d'un parti, le PSR, qui offre au pays des émissions de télévision sans précédent. Récemment, le PSR nous a offert l'un qu'elle avait été arrêtée sous prétexte d'appartenir aux FP-25 (Forces populaires du 25 avril, mouvement armé d'extrême gauche, ndlr.), qu'elle avait été détenue pendant six mois, avant d'être relâchée parce qu'il s'agissait d'une erreur. (...) Je été sans aucun doute plus qu'utile. Du point de vue culturel, je dirais même que c'est la seule campagne qui ait été utile : un espace d'information et d'échange d'idées, de révélations et d'imagination, qui constitue une invitation pour ceux qui, comme moi, cherchent déjà dans le journal le jour et l'heure du programme' du PSR. Ce n'est pas un appel à voter, c'est seulement un acte de justice démocratique. Toutes sortes d'idées passent, mais le ferment radical de cette campad'autres initiatives, comme l'occupation d'organismes sud-africains pour protester contre l'apartheid ; l'occupation symbolique du vieux château de Saint-Jorge, au-dessus de Lisbonne, pour protester contre la guerre et le militarisme ; des actions ayant pour thème la défense de la jeunesse ; des meetings dans les usines et les quartiers populaires ; la défense d'Otelo de Carvalho contre la répression et tion du PCP de s'intégrer à ses listes en échange de l'élection d'un député. Il a préféré mener une campagne autonome au cours de laquelle il a présenté le maximum de candidats autorisés par la loi, c'est-à-dire près de 320 dans tout le pays. Le bilan est positif. Les révolutionnaires peuvent mener des campagnes électorales qui, loin de les isoler, augmentent leurs capacités de dialogue et res a résolu le problème en proposant l'intégration des candidats du PS comme indépendants sur les listes du PSD, et vice-versa selon les districts ! C'est ainsi qu'à Almada par exemple, cité ouvrière de 150 000 habitants, où se trouve le plus grand chantier naval de la Lisnave, au sud de Lisbonne, il n'y aura pas de liste du PS, puisque ce parti soutient la liste du PSD, le parti du gouvernement. Dans d'autres cas, il est même prévu un désistement mutuel pour faciliter la victoire de la. « liste démocratique ». Ce type de coalition électorale convient tellement aux deux partis, que quand ils ont constaté le problème légal et qu'ils ont décidé la reconversion de l'alliance, les deux partenaires ont aussi décidé de l'élargir à d'autres villes où elle n'était pas initialement prévue.

On ne peut expliquer ces choix qu'en comprenant ce qu'est réellement le Parti socialiste. Formé à partir d'un groupuscule petit-bourgeois en 1973, sous le parrainage de Willy Brandt, ayant comme point de référence la social-démocratie allemande et la gauche républicaine bourgeoise au Portugal, le PS s'est transformé en un grand parti électoral à partir du 25 avril 1974. Il a alors exprimé les aspirations à la justice sociale, à la démocratie, au socialisme, d'un mouvement qui faisait ses premiers pas dans la voie de l'indépendance politique. Sans tradition antérieure ni liens puissants avec le mouvement ouvrier, ce PS dépend avant tout de son insertion dans l'appareil d'Etat. C'est par ce moyen qu'il a créé une structure syndicale, l'Union générale des travailleurs (UGT), où il impose depuis toujours la règle de la parité de direction entre les socialistes et les partis de droite. Parti ouvrier-bourgeois ou bourgeois-ouvrier, pour maintenir la définition contradictoire exprimée par Lénine, ce n'est qu'ainsi que l'on peut comprendre le fondement de sa politique et de ses choix actuels.

LA PERCÉE DU PRD Le déplacement du vote PS en faveur du PRD constitue donc, d'une certaine façon, une tentative de réponse à cette pratique gouvernementale et à cette manière de faire de la politique. Il a évidemment été facilité par la crédibilité institutionnelle du PRD et sa référence au général Eanes, vainqueur du coup d'Etat militaire du 25 novembre 1975 qui a marqué la fin de la révolution des œillets. Elu président en 1976 avec les voix du PS et de toute la droite et réélu en 1980 avec les voix du PS, du PC et d'une partie de la droite, Eanes est l'un des garants de la continuité de l'Etat.

Rassemblant des dissidents des partis bourgeois et du PS, le nouveau parti a atteint le 6 octobre un résultat très proche de celui du PS, et il peut envisager de le dépasser lors de futures élections. Tout en se consolidant comme un parti bourgeois, il cherche à maintenir une base populaire ouvrière et petite bourgeoise, en restant hors du prochain gouvernement et en maintenant le type d'attitude critique qui lui a valu son bon résultat. D'autre part, nu un important écho dans les milieux populaires et les médias.

taines des raisons de cet impact :

cours duquel une femme, ne sais pas si le vote en faveur du PSR est "utile", gne demeure.» d'influence dans le mouvement de masse.

La campagne du PSR

Le Parti socialiste révolutionnaire (PSR), section portugaise de la IVe Inter-

Le chef de la rédaction du principal hebdomadaire culturel du pays, par ail-

« Au milieu de tout cela, au centre de ce typhon qui s'abat quotidiennement des meilleurs moments d'information télévisée de ces dernières années,

Teresa Rosa, fonctionnaire de la Setnave, expliqua

", mais la campagne de ce parti a

L'impact de la campagne télévisée a également été utilisé pour populariser alors qu'il passe actuellement en procès, sous l'accusation

Le choix de ce type de campagne a été délibéré. Le PSR a refusé la proposi-

Pierre Mauroy avec Mario Soares, en 1984. (DR)

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après l'élection du nouveau président en janvier 1986, ce sera à Eanes d'assumer formellement la direction de son parti. Or, Eanes, actuel président, possède un prestige populaire certain ainsi qu'une image de gauche favorisée par les attaques constantes de la droite contre sa personne, et il est le princial bénéficiaire du discrédit du système politique et parle-

Mais il est douteux que le PRD parvienne à stabiliser cet électorat sur le long terme. Dans la perspective de conflits institutionnels qui vont s'aggraver et dans la mesure où il est encore loin d'occuper une place hégémonique, le PRD cherche à jouant le rôle de fléau de la balance parlementaire et de charnière des contradictions au sein de l'appareil d'Etat. Le PS a déjà essayé une fois cette opération. Mais les contradictions sociales, quelle que soit la forme qu'elles auront, rendront plus difficile une politique de promesses morales qui ne se traduisent pas concrètement des questions telles que les lois de sécurité, la révision des lois de licenciement, les attaques aux droits syndicaux qui vont être une constante du gouvernement dirigé par le PSD de Cavaco Silva.

De plus, le PRD se trouve d'ores et déjà devant un choix difficile, entre les candidatures présidentielles du colonel Costa Bras recommandé par Eanes, et de Lourdes Pintasilgo, dont la popularité symbolise bien cette dégradation de la confiance électorale dans les partis traditionnels. Ancienne ambassadrice de la dictature et Premier ministre de transition en 1979-1980, nonne défroquée, elle développe depuis quelques années une démagogie tiers-mondiste et populiste qui lui vaut des soutiens allant de l'ancienne extrême gauche jusqu'à une partie importante de l'électorat du PS et du PCP. Elle s'est maintenue jusqu'à présent en dehors de toutes les structures de parti et fait figure de candidate la plus « cotée » dans les sondages. Le choix entre ces deux candidats est difficile pour le PRD, sa direction penchant pour Costa Bras et sa base pour Pintasilgo. Les délimitations et prises de position autour des conflits de classe défensifs qui s'annoncent auront la plus grande importance pour clarifier cette situation électorale contradictoire.

Le PCP, qui a participé aux élections sous la forme d'une coalition formelle appelée « Alliance du peuple uni », a perdu environ 3 % de ses voix, réalisant un score de 15,5 % des suffrages. Cette perte s'est effectuée au profit du PRD, dont il a de fait soutenu la constitution depuis cinq ans, dans le but de diviser le PS, ce qui était son principal objectif. C'est pourquoi, en dépit de son propre recul électoral et de la victoire de Cavaco Silva, il n'hésite pas à caractériser les résultats électoraux du 6 octobre dernier comme « une victoire de la démocratie ».

Cette lutte contre le PS, grandement facilitée par les alliances de ce parti avec la droite, comme l'illustre l'affaire des municipalités, a constitué le thème central de la campagne du PC. Son principal ennemi dans la bataille des présidentielles est Mario Soares et, dans ce cadre, il n'hésite pas à favoriser Costa Bras. Bien qu'il ait décidé de présenter un membre de son comité central comme candidat, il ne fait de secret pour personne que le principal objectif de sa campagne sera de convaincre l'électorat communiste de ne voter ni pour Soares ni pour Lourdes Pintasilgo, avant de se retirer, dans les derniers jours de la campagne, en faveur de Costa Bras, successeur désigné d'Eanes, dont il avait déjà soutenu la candidature en 1980. LE GOUVERNEMENT CAVACO SILVA

FACE A LA CRISE SOCIALE La principale erreur du PCP, qui désarme le mouvement syndical, c'est à l'évidence la sous-estimation de la formation du nouveau gouvernement PSD et du péril qu'il représente. Cavaco Silva a les moyens de lancer une offensive très dangereuse pour le mouvement syndical. Il peut dès cette année augmenter sélectivement les salaires et réduire certaines tensions sociales, gagnant ainsi un espace qu'il pourra utiliser pour mener une politique anti-grève et anti-syndicale. Ce serait là la meilleure occasion pour faire passer les projets de législation répressive contre les syndicats et contre les droits acquis, pour libéraliser le droit de licencier, qui constitue aujourd'hui la principale revendication du patronat. Si elles s'accompagnent d'une légère amélioration sur le front salarial, il sera très difficile d'opposer une ré. sistance sérieuse à ces mesures.

Il est vrai que le PSD n'ayant pas atteint 30 % des suffrages, son gouvernement dépend de nombreuses combinaisons parlementaires, à la différence du bloc de droite de 1980 à 1983, qui disposait d'une majorité absolue. Le gouvernement disposera cependant probablement d'un délai d'un an pour mener une politique populiste et recourir à certaines mesures keynésiennes. Le chassé-croisé idéologique dans la campagne était tel que c'est Mario Soares qui faisait l'apologie du libéralsme. Dans la vieille tradition politique du début du siècle, celui qui tenait le gouvernement ne perdait jamais les élections. Mais dans notre 3e République, les tempêtes électorales contredisent parfois ce princi-

JUL GAMENTO. PUBLICO

RIMINOSOS - FASCISTAS DOS

Le ler mai 1974 à Lisbonne. (DR) pe de stabilité.

Cavaco Silva doit ainsi faire face au défi suivant : mener une politique suffisamment offensive pour satisfaire la bourgeoisie - son ascension électorale est le résultat direct du recul de la droite traditionnelle depuis 1980 - et suffisamment populiste pour recueillir le soutien de certaines couches populaires et petites bourgeoises. L'entreprise semble difficile pour une raison de fond : les secteurs dynamiques de la bourgeoisie appuyant son pouvoir politique sur un fort pouvoir économique ne se sont pas encore réorganisés. D'où l'instabilité chronique et le rôle dévolu à des formations telles que le PS et le PRD.

Ce que le gouvernement ne prétend en aucun cas résoudre, c'est la crise sociale qui s'aggrave dans le pays. Un demi-million de chômeurs officiels, 150 000 travailleurs avec des « salaires en retard », un million avec des emplois précaires ou en situation de sous-emploi, le niveau de vie le plus bas d'Europe après celui de la Turquie, la généralisation des soupes populaires servies gratuitement dans certaines églises, telle est la situation actuelle du pays.

La secousse sismique des élections du 6 octobre a indiqué la dimension de cette crise sans lui apporter la moindre solution. La crise de direction politique, le manque d'homogénéité et de projets des forces en présence, la crise du rôle central de l'Etat, ouvrent un processus de recomposition dont l'avenir est incertain. La petite avant-garde ouvrière formée dans la résistance à la dictature et dans les luttes de la fin des années 1960 jusqu'à la fin de la crise pré-révolutionnaire de 1974-1975, se trouve aujourd'hui isolée ou intégrée dans les bureaucraties syndicales et l'appareil d'Etat. Il n'existe pas encore une nouvelle génération de militants, d'où la difficulté d'adaptation du mouvement ouvrier aux exigences actuelles de la lutte. D'autre part, il y a une bourgeoisie faible, divisée, dont les dirigeants se succèdent sans former une véritable direction Le pays change, mais personne n'a moindre idée d'où il va.

Francisco LOUÇA, Lisbonne, 25 octobre 1985.

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