Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER POLOGNE

Pour une action au sein des conseils ouvriers

Inprecor n° 208, 2 décembre 1985 · p. 19 · 1 236 mots

Pologne

E texte que nous publions ci-dessous, extrait du journal Front Robotniczy, traite

L denvergemerion de l'utilisation tactique, par des militants dont le ont reste le renversement du pouvoir bureaucratique, des conseils ouvriers qui font partie du système officiel de gestion des entreprises. Il s'agit d'un aspect important du débat dans le mouvement social polonais sur l'opportunité et les objectifs d'une telle participation des militants antibureaucratiques à des structures officielles.

Sur la carte politique polonaise nous occupons une place qu'on peut qualifier d'extrême, celle de la gauche révolutionnaire. Cependant notre conception l'Etat, du système social et des rapports sociaux n'est qu'une parmi les nombreuconceptions en présence. On ne compte plus les programmes et les manifestes qui paraissent clandestinement. Ce des questions importantes, mais dans l'immédiat, ce qui importe avant tout, c'est de dire quelles sont les actions réalisables aujourd'hui qui correspondent aux buts généraux qu'on se fixe. Et il serait bon que tous les auteurs des programmes apportent une réponse à

L'approche maximaliste du « tout ou rien » n'est que la manifestation d'une attitude de rêveur en politique, du refus de prendre en compte la réalité. Nous pensons qu'il est possible aujourd'hui d'agir pour la socialisation de l'Etat polonais comme d'autres Etats et nous appuierons toute activité allant dans ce sens. L'activité dans les conseils ouvriers rentre dans ce cadre. Certes, ces conseils sont aujourd'hui bridés et l'action en leur sein se heurte rapidement à des limites. Mais même dans cette situation, ils peuvent remplir un certain nombre de tâches qui sont importantes à nos yeux :

- aider les travailleurs à prendre conscience de qui est le propriétaire légitime des moyens de production ;

— préparer les travailleurs en vue de la prise de la totalité du pouvoir dans l'entreprise par le biais de la cogestion ;

— servir d'école de démocratie, élection de ces conseils est bien préparée.

L'action des militants ouvriers authentiques dans les conseils ouvriers peut avoir également d'autres effets, ne serait-ce que le développement du sentiment de sécurité chez les travailleurs. Mais ces effets sont difficiles à mesurer et il n'est donc pas aisé de les décrire.

Là où l'élection des conseils ouvriers n'a pas été boycottée mais où au contraire les militants syndicaux ont décidé de se servir de ce moyen d'action, ce sont en général des travailleurs jouissant de la confiance de leurs camarades - le plus souvent d'anciens animateurs de Solidarité - qui ont été élus à ces conseils. Il en est ainsi dans l'usine automobile FSO à Varsovie (où sont fabriquées les voitures Fiat 125p et Polonez, ndlr.). Dans cette

Pour une action au sein des conseils ouvriers entreprise, les nouveaux syndicats mis en place par le pouvoir ne regroupent que 10 % des employés. Et encore l'immense de leurs adhérents cadres. Cela peut être mis à l'actif du conseil ouvrier, dont l'activité contribue à réduire au minimum le terrain que peuvent occuper ces syndicats à la botte du pouvoir. Dans un des départements de FSO, où 1 400 personnes sont employées, 50 seulement ont adhéré au ouvrier de FSO utilise toutes les possibilités d'action et de négociation que lui donne la loi. Et cela dès sa place, c'est-à-dire y compris dans l'organisation démocratique de son élection. Le résultat est là : dans certains départements de FSO tous les dirigeants syndicaux de Solidarité ont été élus membres du notons que dans une autre entreprise de

- l'acièrie Huta Warszawa -les travailleurs ont réussi à imposer que les bulletins de vote pour l'élection au conseil mentionnent l'appartenance organisationnelle des candidats, ce qui facilitait grandement le choix des électeurs...

Le conseil peut également agir sur le montant et la répartition du fonds social, du fonds pour le logement et du fonds

A FSO, il surveille que les logements soient attribués en fonction de critères justes. Il a également pu faire système d'attribution bons qui permettent d'obtenir des voitures sans passer par le réseau public de distribution (et donc sans attendre plusieurs années après avoir versé la somme pour obtenir la voiture, ndlr.) Cette modification vise également à éliminer les injustices criantes. C'est d'ailleurs un cas intéressant, car le conseil n'est pas légalement autorisé à s'occuper de l'attribution de ces bons. Mais en négociant avec le directeur, il a été possible de lui faire comprendre que s'il n'accepte pas ce projet, le conseil pourra s'opposer à lui dans un autre domaine, dans lequel le directeur ne peut légalement se passer de son feu vert. Donnant, donnant.

Une telle diplomatie permet donc des incursions du conseil sur des terrains qui lui échappent légalement. A FSO le conseil a pu également faire modifier le système d'attribution des allocations-vacances. Auparavant seuls ceux qui profitaient des centres de vacances gérés par le Fonds des vacances pour les travailleurs (FWP) pouvaient prétendre à l'allocation. Dorénavant chaque travailleur de FSO touche en période estivale une prime dont il peut faire ce qu'il voudra.

Un certain savoir-faire est parfois nécessaire pour régler les diverses questions de façon à préserver au mieux les intérêts des travailleurs. Par exemple, si c'est le conseil qui détermine les règles qui régissent l'attribution des primes, c'est le directeur qui les attribue. Afin d'empêcher que la direction ne se serve des primes pour récompenser les plus serviles, le conseil ouvrier de FSO a donc déterminé des règles si strictes que seuls les travail-

Sont réellement contribué à l'augmentation de la l'usine peuvent se les voir attribuées. Pour ce qui est du fonds des salaires, le conseil doit employer une autre méthode. Ce fonds est déterminé par la direction, mais il doit être approuvé par le conseil

Ice que, de guerre lasse, la direction fasse des concessions. Etant donné que le texte de loi qui régit l'activité des conseils contient le terme « conflit », le conseil peut s'en prendre à la direction sans tomber sous le coup de l'accusation d'activités anti-Etat.

De plus, en s'appuyant sur certains paragraphes du statut du conseil, il est possible de protéger les travailleurs dont la direction voudrait se défaire. Il suffit pour cela qu'ils soient élus membres du conseil. Et si le conseil a une structure à deux niveaux (conseils de départements et conseil central d'entreprise) comme c'est le cas à FSO et dans de nombreuses grandes usines, il est possible de protéger un militant en l'élisant une fois au conseil du département et une autre fois au conseil central et ainsi de suite, durant des années. Cela rend beaucoup plus difficile toute tentative de le licencier. Par ailleurs, le conseil ouvrier de FSO noue des liens avec d'autres conseils dans d'autres entreprises, tant à Varsovie qu'en province, en leur apportant aide et expérience.

à nos buts révolutionnaires, les activités des conseils, telles qu'elles sont présentées ici, semblent limitées. Mais le conseil ouvrier, parce qu'il constitue (si son élection respecte un minimum de critères démocratiques) une représentation authentique des travailleurs, est un grain de sable dans l'engrenage de la machine bureaucratique. Il permet d'apprendre à gérer l'entreprise, d'apprendre la démocratie, faire prendre conscience aux travailleurs que les machines, les matières premières et les produits sont leur propriété. Le travail au sein d'un conseil, s'il est sérieusement pris en charge, peut devenir une excellente école pour demain. Car lorsque viendra le temps d'une grève active nationale, les cadres ouvriers capables de prendre en main la production et la distribution en dehors des rouages bureaucratiques seront justement issus de ces conseils.

Extrait de Front Robotniczy, numéro 5-6, février 1985.

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