Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER POLOGNE

Projet de plate-forme de l'Opposition ouvrière

Inprecor n° 208, 2 décembre 1985 · p. 17-18 · 1 335 mots

Pologne Stalinisme Syndicalisme

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ANS l'article précédent nous avons expliqué la signification de l'apparition du tions en cours au sein de Solidarité et de l'opposition démocratique en Pologne aujourd'hui. Nous publions ci-dessous deux textes qui ont été adoptés par l'Entente de presse de l'Opposition ouvrière : un appel pour l'organisation, autour d'une plate-forme politique, des forces qui luttent pour l'autogestion et l'auto-organisation ouvrières de l'Opposition ouvrière

(voir encadré page suivante) ; ensuite, le pour l'Opposition ouvrière.

1. La lutte de classe. La lutte politique qui se déroule en Pologne depuis 1980, appelée le plus souvent lutte entre la société et le pouvoir, est avant tout une lutte de classe. Il s'agit essentiellement d'une lutte entre la classe ouvrière, soumise à l'exploitation économique, et privée de tout pouvoir politique ou économique, bureaucratique s'appuyant sur le POUP ainsi que sur l'appareil militaro-policier et l'appareil économico-administratif. Seule la classe ouvrière est capable de renverser la bureaucratie, et ce n'est que grâce à elle que les autres groupes sociaux libérer du joug de la bureaucratie.

2. L'autogestion. Le but fondamental de notre lutte est que, d'objet, la classe ouvrière se transforme en sujet. Cela ne sera possible que grâce à d'autogestion généralisé. Un tel système comprendrait des conseils d'autogestion d'entreprises reliés entre eux par des structures horizontales et verticales à l'échelle de la région et du pays, ainsi que des institutions d'autogestion territoriale. L'autogestion, forme de démocratie politique et économique directe, deviendrait ainsi le principal facteur d'organisation de la vie socio-politique.

3. Le pluralisme politique. L'autogestion ne peut fonctionner que dans des conditions de pluralisme politique illimité. On ne peut présager aujourd'hui quelles seront les formes exactes des organisations sociales et des corps représentatifs mis en place. On ne peut dire quel sera le rôle exact des élections libres à la Diète que nous appelons de nos vœux. Mais il est d'ores et déjà certain que le principe du pluralisme politique doit régir toutes les formes de participation de la société à la vie politique.

lutte révolutionnaire. transformation de la classe d'objet en sujet n'est possible que par la voie de changements révolutionnaires. La croyance en la possibilité d'un compromis avec la bureaucratie est une illusion dangereuse, qui peut s'avérer fatale. Car on l'introduction d'autogestion, réalisation des intérêts de la classe ouvrière, avec la domination de la bureaucratie.

Projet de plate-forme projet ci-dessous de plate-forme politique L'une des voies du soulèvement antibureaucratique peut être celle d'une grève générale révolutionnaire se transformant en grève active, soutenue par des actions à l'extérieur de l'entreprise. Ce n'est que dans de telles conditions révolutionnaires qu'on peut escompter qu'une partie de l'armée, avant tout les soldats du rang, se joigne au soulèvement de la clasvoyant la possibilité du succès des forces ouvrières.

5. L'auto-organisation. Le caractère de la lutte impose une stratégie révolutionnaire ; c'est-à-dire une stratégie fondée sur le développement conséquent de l'auto-organisation de la classe ouvrière. C'est sur cette auto-orgaqui est l'élément commun à toutes les phases du développement de la travailleurs, depuis les luttes pour des objectifs partiels, juslutte future pour un système d'autogestion principe même d'auto-organisation trouvera sa pleine expression. Chaque lutte, fût-ce sur la question la plus limitée, porte en elle l'embryon de la révolution future, pour autant qu'elle contribue à l'auto-organisation des travailleurs. C'est pourquoi les revendications mises en avant par le compte de trois éléments : elles doivent conscience actuel de la classe ouvrière, et permettre, au cours de la lutte et cette dernière, atteint par la classe ouvrière et les autres

6. L'indépendance du mouvement Actuellement, mouvement ouvrier indépendant est la principale forme d'auto-organisation et la principale condition permettant la lutte de su classe ouvrière. La lutte contre la bureaucratie est entrée dans une phase qualitativement nouvelle en 1980, lorsque les grèves ont permis la naissance de Solidarité, première représentation nationale indépendante des ouvriers l'histoire du système bureaucratique en Pologne. Aujourd'hui, la construction et le renforcement, dans les entreprises, d'organisations ouvrières indépendantes organisation ou institution extérieure à la classe ouvrière, reste la tâche principale.

7. Le pluralisme interne du mouvement ouvrier. Le développement politique du mouvement ouvrier impose le pluralisme en son sein. Il faut défendre le droit des travailleurs à s'organiser librement au sein de clubs, de groupes, de courants et d'organisations politiques. La politisation ouverte du mouvement ouvrier, fondée sur des principes clairs, ne peut que renforcer ce dernier. Les tentatives d'étouffement de ce processus, sous prétexte qu'il s'agit d'« affaiblissement du syndicat », d'activité « fractionnelle » ou de « provocation », ne peuvent en revanche que l'affaiblir, voire le briser, et elles portent en elles

L'autodétermination. La compréde classe des rapports sociaux en Pologne implique le rejet de l'imagerie nationaliste qui réduit notre combat à une lutte contre l'Union soviétique et pour l'indépendance. La

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ligne de clivage fondamentale de notre nation ne passe pas par l'opposition schématique entre patriote et traître, mais découle au contraire de l'opposition d'intérêts entre divers groupes sociaux. C'est pourquoi l'indépendance nationale, en tant qu'effet de la lutte pour la libération sociale de la classe ouvrière constitue la réalisation pleine et indispensable, du point de vue de la classe ouvrière, du droit à l'autodétermination.

9. La solidarité internationale des travailleurs. La classe ouvrière polonaise n'est pas isolée dans sa lutte ; elle dispose

Get d'alliés à l'étranger. Ce sont travailleurs mouvement ouvrier polonais peut même doit tirer des forces de la solidarité internationale des travailleurs. Les différences entre l'Est et l'Ouest ne peuvent cacher le fait que les ouvriers des deux camps sont liés par des intérêts communs, par une lutte commune pour un but commun - la transformation de la classe ouvrière d'objet en sujet - contre des ennemis communs. solidarité internationale, c'est la question de la coopération étroite entre les componationales du mouvement ouvrier l'interaction entre le développement de la lutte des classes, par exemple en Pologne, en Union soviétique et en Grande-Bre-

10. La socialisation. La condition incontournable pour la libération de la classe ouvrière, c'est qu'elle mette elle-mê me en place le fondement économique de sa liberté, à savoir la socialisation, en dehors de l'Etat et dans le cadre d'un système d'autogestion ouvrière, des moyens de production aujourd'hui étatisés. C'est ainsi que la classe ouvrière s'assurera la matérielle de de ses intérêts, ainsi que celle des intérêts justifiés des autres groupes sociaux. Le but du mouvement ouvrier révolutionnaire, découlant de l'essence même des

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NA RZECZ SAMORZADNOŚCI ROBOTNICZEJ rapports sociaux contre lesquels il s'insurge est non pas la reprivatisation ou l'autonomisation de la propriété étatique, mais sa socialisation réelle. Nous considérons la prise du pouvoir politique comme l'instrument servant à la classe ouvrière à obtenir et à s'approprier le pouvoir économique.

L'OPPOSITION OUVRIERE

Le travail commun des militants ouvriers radicaux en vue de constituer une opposition ouvrière à la bureaucratie est d'une importance primordiale pour l'élaboration d'un programme du mouvement ouvrier polonais, et pour gagner la lutte révolutionnaire visant à instaurer un système autogestionnaire, la République autogérée au plein sens du terme. En établissant une coordination entre les l'avenir en construisant des partis révolutionnaires, nous ne nous opposons pas au mouvement ouvrier dans son sens large. Au contraire, nous voulons que le courant révolutionnaire, qui est une composante de ce mouvement, se consolide dans le cadre de ses propres structures, afin de pouvoir mieux contribuer au développement d'un mouvement ouvrier massif et indépendant. De là découle la signification essentielle de cette plateforme : la victoire des travailleurs polonais dépend premier lieu de l'adoption d'une stratégie de lutte révolutionnaire contre la bureaucratie. Dans la pratique, vers l'autogestion sociale doit s'appuyer sur une identité politique révolutionnaire des ouvriers et passe par la prise de conscience de ces derniers de leurs intérêts socio-économiques et par l'indépendance des institutions politico-organisationnelles de la classe ouvrière. C'est pourquoi, il est de la responsabilité de ceux qui partagent les idées exprimées dans cette plateforme d'unifier leurs forces dans la lutte pour notre cause commune.

Wolny Robotnik (L'ouvrier libre), numéro 30, juin 1985.

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