Quatre ans après le coup d'Etat de Jaruzelski, les courants de l'opposition en Pologne
UATRE ans après le coup d'Etat du général Jaruzelski, a bureaucratie redouble ses attaques contre la classe ouvrière. Bien qu'affaibli par elle et confronté à une répression systématique, Solidarité maintient un niveau d'organisation sans précédent dans les Etats dominés par la bureaucratie, en dehors de périodes d'effervescence révolutionnaire. Mais ce mouvement est plongé dans une crise d'orientation qui pèse lourdement sur les capacités de lutte de la classe ouvrière.
Les échecs de Solidarité génèrent aujourd'hui une polarisa-
Arthur WILKINS
Cyril SMUGA
« Qui ne fait pas la grève, ne mange pas et travaille plus ! », tel était le mot d'ordre lancé par Hutnik, le bulletin de
Solidarité du complexe sidérurgique Lénine de Nowa Huta (1). Voilà un mot d'ordre qui mérite d'être repris par le mouvement social polonais dans son ensemble.
Les directions clandestines de Solidarité se sont avérées incapables jusqu'à aujourd'hui d'élargir le mouvement gréviste lorsqu'il éclatait dans une entreprise significative. Pour surmonter cette incapacité, il est indispensable d'abandonner l'idée, dominante dans ces directions, qu'on peut proclamer à froid la mobilisation des travailleurs pour des objectifs abstraits ou illusoires.
Un bon exemple de cette approche est constitué par l'appel à une heure de grève nationale, le ler juillet dernier, pour montrer que la « société » voulait une réforme économique et pour faire pression sur le pouvoir afin qu'il la réalise. Il est nécessaire d'opter pour une patiente construction du rapport des forces qui s'appuie sur les revendications élémentaires des travailleurs et qui, partant de là, sur la base des premières victoires, développe une dynamique transitoire. Mais les orientations de la direction nationale et des directions régionales de Solidarité demeurent éloignées d'une telle ligne ( voir l'article précédent dans
Durant quelques mois de 1985, les dirigeants de Solidarité se sont plus préoccupés de la préparation du boycott des
« élections » à la Diète (Parlement polonais) que de l'organisation de la lutte pour défendre les intérêts matériels des travailleurs. On peut s'interroger sur un tel choix de priorités. Selon les estimations de Solidarité, les élections du 13 octobre à la Diète ont été boycottées par 34 % des citoyens. Ce boycott avait certaisens politique, car il a dénement un montré que la « normalisation » du systèdu pouvoir bureaucratique est loin me d'être achevée, mais il n'a pas amené la bureaucratie à changer de politique, car il ne pouvait le faire. Une telle « stratégie de pression » s'est avérée une fois de plus inefficace, surtout elle n'a pas fait et avancer d'un pas l'auto-organisation des masses.
L'apparition, en 1984 et surtout en 1985 — dans la période préparatoire aux élections à la Diète —, d'un nouveau courant oppositionnel, constitue un fait politique d'importance. Ce courant cherche surtout à trouver un espace d'action légale dans le cadre du système du pouvoir bureaucratique, se situant de ce fait à la lisière entre l'opposition au régime et la collaboration avec lui. Il est très hétérogène. En font partie aussi bien les « néo-réalistes », partisans déclarés d'une soi-disant nouvelle rationalité, dont la figure la plus connue est Andrzej Celinski, ancien secrétaire de la Commission nationale de Solidarité, que les secteurs nationalistes liés au mouvement Jeune Pologne, et, enfin, les « néo-conservateurs indépendants » regroupés autour de la revue Res Publica.
LE COURANT « NÉO-RÉALISTE »
Les néo-réalistes considèrent que Solidarité a subi un échec définitif et sans appel, que l'actuel système du pouvoir doit être considéré comme devant durer, qu'il est impossible de le modifier et donc qu'il faut s'inscrire dans son cadre. Afin de sortir de la situation dramatique dans laquelle se trouve actuellement la Pologne, il est nécessaire à leur avis d'établir grâce auquel le conflit entre « la société et le pouvoir » pourrait se transformer dans l'avenir en une collaboration. Si la société admet que la Pologne ne peut, dans un avenir imaginable, devenir un Etat démocratique, cela permettra de parvenir à une situation dans laquelle le pouvoir respectera les lois, gouvernera efficacement l'Etat et sortira l'économie de la crise, alors que les diverses couches sociales pourront exprimer leurs intérêts de manière à ne pas remettre en cause les intérêts essentiels de la couche dirigeante et à ne pas inquiéter l'URSS. Les néo-réalistes étaient prêts, au nom de tout cela, à faire acte de candidature à la Diète, si le régime du général Jaruzelski acceptait de les inscrire sur les listes de candidats.
La « nouvelle rationalité » a été unanimement rejetée par les dirigeants de Solidarité et de l'opposition démocratique (c'est-à-dire l'ancien KOR). Jan Litynski, qui fut avant août 1980 l'un des principaux animateurs du journal Robotnik et qui fait aujourd'hui partie de la direction tion de l'opposition polonaise. Certains courants abandonnent, à des degrés différents, les acquis de la révolution de 1980-81, d'autres cherchent tant bien que mal à les préserver. L'apparition dans ce cadre d'un courant, l'Opposition ouvrière, se réclamant de la classe ouvrière, optant pour son auto-organisation et posant la question du renversement révolutionnaire de la bureaucratie, prend une importance qu'on ne saurait sous-estimer.
Dans l'article suivant, nous traitons de ces différents courants de l'opposition au régime de Jaruzelski.
clandestine de Solidarité de la région de
Varsovie, a publié une critique détaillée de la position des néo-réalistes (2).
De la cellule où il attendait de passer en jugement à Gdansk,
Adam Michnik des néo-réalistes :
« Nous n'accusons aucun de ceux qui ne sont pas d'accord avec nous de manquer de bonne foi. Nous jugerons justement et avec sérieux ceux qui prendront la décision d'accepter la nomination des mains du général et de s'asseoir sur les bancs du
Parlement. Mais si à nous, gens de Solidarité, on proposait dans ce jardin zoologique une cage privée ou une cour séparée, nous répondrions avec une calme conviction : jouez sans nous. (...) Demain doit s'ouvrir mon procès. Pour qui sont les bancs à la Chambre et pour qui sont les bancs d'accusés ? (...) Je préfère partager le banc des accusés avec Bogdan Lis et
Wladyslaw Frasyniuk que m'asseoir à la
Diète avec Rakowski et Siwak (dirigeants du régime, ndlr.) » (3)
Le mouvement Jeune Pologne a été créé avant août 1980 et son principal point d'appui était la jeunesse étudiante de Gdansk. Il a par la suite collaboré avec
Solidarité, et ses membres se trouvaient notamment parmi les permanents de l'appareil syndical. Il se présentait comme une organisation catholique-nationale et renouait, de façon sélective, avec la pensée de Roman Dmowski, dirigeant de Démocratie nationale, le grand parti bourgeois très droitier qui avait collaboré avec les autorités russes sous le tsarisme. Après la proclamation de l'état de guerre, le mouvement Jeune Pologne s'est peu retiré de l'activité de Solidarité clandestine et a cherché des moyens « apolitiques » d'activité légale, par exemple dans les institutions de l'autogestion universi-
Voici une analyse de l'évolution du mouvement Jeune Pologne et du courant autour de la revue Res Publica, parue dans
Tygodnik Mazowsze, hebdomadaire
Solidarité de Varsovie : « Actuellement, on observe un changement de tactique d'au
1. Hutnik (Nowa Huta) numéro 9, 1985.
2. J. Litynski, Nowy racjonalizm czy stare zludzenia (Une nouvelle rationalité ou de vieilles illusions), Kultura (Paris) numéro 9, 1985.
3.
A.
Michnik,
Wybory do sejmu PRL
(Les élections à la Diète), Kultura numéro 9,
1985.
abouti à un fiasco : les représentants de au bout de son désespoir, il y a toujours moins une partie des anciens dirigeants du mouvement Jeune Pologne. A la recherche de moyens permettant d'exercer une influence réelle sur le cours des événements politiques, ils sont parvenus à la conclusion — et sur ce point également, ils se réclament de Dmowski -, qu'il faut collaborer avec le pouvoir. Leur attitude critique vis-à-vis de Solidarité et de l'activité clandestine n'est que la conséquence logique de cela. Ils considèrent cette activité comme menant dans une impasse et pensent que le boycott du pouvoir organisé par Solidarité est une
« Le groupe issu de la revue indépendante Res Publica, revue qui date également d'avant août 1980, est parvenu à la même conclusion malgré des prémisses idéologiques différentes. Res Publica renouait avec la pensée conservatrice, la tradition européenne dans laquelle la chrétienté avait une place de premier plan. C'était une revue élitiste, avec des connotations antinationalistes prononcées. Les gens regroupés autour de Res Publica, dont l'ambition était de produire de l'idéologie, évitaient, à la différence du mouvement Jeune Pologne, l'engagement politique direct. Mais les deux groupes avaient une approche commune de la politique, qu'ils traitaient comme une sorte de jeu au sommet.
« C'est pourquoi ces deux courants ont rejeté le programme d'auto-organisation sociale pour se concentrer autour de la pensée politique élaborée par une élite. Le jugement critique porté sur cette base sur Solidarité d'avant décembre 1981 rapproche naturellement les militants des deux courants. Donc, on ne doit pas s'étonner de l'information non officielle venant de ces milieux, selon laquelle une partie d'entre eux a entrepris des négociations avec le pouvoir, proposant entre autres de participer à la future Diète. » (4)
Les dirigeants du mouvement Jeune Pologne et les rédacteurs de Res Publica ont tenté d'obtenir le soutien de la hiérarchie catholique pour leurs négociations
Ces négociations ont Jeune Pologne n'ont pas pu figurer sur les listes de candidats pour la Diète et Res Publica n'a pas obtenu de statut légal. Les démarches de ces deux groupes ont été critiquées, entre autres par Tygodnik Mazowsze et par Kos, journal du Comité de résistance sociale (5). Suite à ce fiasco et face au danger de discrédit aux yeux des militants du mouvement social, les dirigeants du mouvement Jeune Pologne et de Res Publica se sont sentis obligés de démentir publiquement les informations faisant état de leurs négociations avec le
DE L'« ENTENTE NATIONALE »
L'attitude critique des courants dominants au sein de la direction de Solidarité et au sein de l'opposition démocratique envers les néo-réalistes et autres candidats potentiels à la capitulation face au régime ne signifie pas pour autant que ces courants ont abandonné l'espoir d'une « entente nationale ». Les vieilles illusions et les options politiques conscientes issues de la « stratégie de révolution autolimitée » restent présentes en leur sein. Cependant, lorsqu'on critique les positions de ce courant, il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'un courant qui lutte, qui se place du bon côté de la barricade, faisant face au régime bureaucratique, et qu'il représente le mouvement social. Mais, en même temps, il faut avoir à l'esprit que ce courant, bien qu'il s'oppose au régime, re-
June ligne politique dont responsabilité dans la crise actuelle du mouvement social est immense. Michnik écrit que Solidarité « construit une société pluraliste dans un Etat totalitaire et cherche ainsi à imposer une entente, dont l'essence serait la reconnaissance institutionnelle de ce pluralisme ». Tout en soulignant que le mouvement social ne cherche pas à renverser le régime actuel par sa lutte, Michnik affirme : « On ne peut exclure, si l'on est réaliste, que même une telle revendication peut être formulée par la nation dans une autre situation. Les communistes n'ont aucun mandat divin pour gouverner la Pologne jusqu'à la fin du monde. Aujourd'hui cependant une telle revendication pourrait signifier la confrontation avec la pulssance militaire du Grand Frère » (6).
Comme ce fut le cas à plusieurs reprises dans le passé, Jacek Kuron exprime une position politique originale. Avant les « élections » à la Diète, il écrivait que la « majorité silencieuse » de la société polonaise, qu'il estime à 50 %, ne soutient aujourd'hui ni le régime, ni Solidarité clandestine, dont les partisans « se recrutent surtout dans le prolétariat de la grande industrie et chez les intellectuels (et ce n'est pas un hasard si les meilleures sections de Solidarité sont implantées dans les grandes entreprises industrielles et dans les instituts de recherche) ».
Kuron affirme : « La crise ne peut qu'empirer. La "moitié silencieuse" aura de moins en moins de raisons d'espérer voir s'ameliorer ses conditions de vie et, le risque de la révolte. Cette sombre réalité, les autorités ne l'ignorent certainement pas. Mais elles n'acceptent pas pour autant de renouer le contact avec choisi le voie de la répression. Pensent-elles être en mesure de mettre sous les verrous la totalité des opposants, c'est-à-dire le
On peut craindre qu'une telle aggravation de la répression ne débouche sur une explosion de colère. Alors que pouvons-nous faire pour éviter cette évolution catastrophique ? Que pouvons-nous faire, dans notre situation où la proximité des chars soviétiques exclut toute idée de changement de pouvoir ? Nous devons exploiter toutes les occasions de pression sur le pouvoir communiste, afin de l'amener à la modération et de l'obliger à tenir compte de l'opinion publique. C'est ainsi, par exemple, que nous allons appeler au boycott des prochaines élections à la
Diète, afin de manifester notre fidélité à une forme d'entente sociale authentique. Mais saurons-nous convaincre la "moitié silencieuse" de l'efficacité de notre mot d'ordre ? » (7). Kuron craint que la réponse à sa dernière question soit non, que paralysée aujourd'hui par la peur du régime et de son appareil de répression, cette « moitié silencieuse » peut demain attiser une révolte, dont il pense qu'elle pourrait avoir des effets catastrophiques et qu'il craint donc.
Zbigniew Bujak prend lui aussi au sérieux la possibilité d'une explosion sociale. Il explique : « L'ampleur d'une explosion éventuelle, son contexte et sa dynamique, ne peuvent être prévus aujourd'hui. Nous ne savons pas quelle ligne de conduite adoptera alors l'appareil de répression, dans quelle mesure les autorités seront capables d'étouffer l'explosion ni à quel point elles seront prêtes à faire des concessions. La direction de Solidarité peut se limiter à deux reven-
: la reconnaissance du pluralisme syndical et bien évidemment l'arrêt Mais les revendications sociales s'arrêteront-elles à ce niveau ? Je suppose que non. Beaucoup dépendra de la dynamique du mouvement. Ce que peut faire la TKK se limite à la préparation d'un système de communication à l'échelle du pays et à l'organisation de l'information pourquoi, nous soutenons la création du plus grand nombre de journaux et de maisons d'édition, car ce sont eux qui pourront prendre cela en charge. Nous nous préparons également à exprimer les revendications sociales et à présenter les moyens de les réaliser » (8).
UN NOUVEAU AOUT 1980 Il semblerait qu'autant peur de l'explosion et souhaiterait l'éviter, autant Bujak accepte son caractère inéluctable et tend à lui assurer un forme organisée et une direction. Cependant, il est difficile de dire si ces deux approches sont réellement différentes dans la pratique. On peut en douter, si on se réfère aux expériences passées. Il ne fait pas de doute, que si une explosion sociale se réalisait, sa dimension dépasserait largement les cadres organisationnels et les capacités de direction qu'il est possible de préparer à l'avance dans des conditions • de clandestinité. Dans une telle șituation, il est malheureusement possible que Bujak et les dirigeants du mouvement social qui lui sont politiquement les plus proches essaieront d'empêcher l'explosion révolte et se retrouveront sur des positions semblables à celle exprimée par Kuron.
comportement lors de la dernière 4. Tygodnik Mazowsze (Varsovie) numéro 5. Tygodnik Mazowsze numéro 124, 1985 ; Kos (Varsovie) numéros 74 et 75, 1985.
6. A. Michnik, op. cit., pages 9, 11. témoignage de Jacek Kuron, Le 8. Wywiad ze Zbigniewem Bujakiem (Entretien avec Zbigniew Bujak), Kultura numéro 9,
manifestation de tension sociale importante, celle provoquée par l'assassinat du prêtre Jerzy Popieluszko en octobre 1984, témoigne qu'une telle possibilité n'est pas une pure vue de l'esprit. Ils ont alors tout fait pour éviter une explosion.
L'attitude de la direction clandestine de Solidarité à cette occasion a été récemment critiquée par Jozef Pinior, ancien président du Comité régional de grève de Basse-Silésie. « Ils nous assassinent un prêtre devant les yeux de toute l'Europe, ils l'admettent cyniquement, et nous ne réagissons pas. C'est comme tester la cuisson d'un gâteau avec un couteau : tu mets le couteau et tu sens une résistance. Ils testent la société de la même façon. (...) Le problème n'était pas alors de susciter une volonté de lutte, de réveiller les gens. Car il était clair que cette marée humaine voulait protester. Etait-il possible d'organiser la protestation ? Il fallait démontrer que cette marée possède sa propre organisation, concentrer autour d'un but et d'un mot d'ordre. Aujourd'hui il est bien évidemment inimaginable que la TKK proclame la grève générale. Nous attendons tous des grèves spontanées, lorsque le pas de la paupérisation sera franchi et que les gens débrancheront les machines. Mais après l'assassinat de Popieluszko la situation était différente de celle d'aujourd'hui. La mer était orageuse et ce dont il s'agissait, c'était de trouver une issue pour que l'orage éclate » (9).
Cette déclaration de Pinior témoigne que parmi les principaux dirigeants de Solidarité, il existe aujourd'hui des divergences politiques sérieuses. La position exprimée récemment par Andrzej Slowik, président de Solidarité de la région de Lodz, confirme l'existence de telles divergences. Avant la proclamation de l'état de guerre, Slowik était un des porte-paroles de la ligne syndicaliste et autogestionnaire « dure » au sein de la direction nationale du syndicat. Emprisonné le 13 décembre 1981, il a été libéré lors de l'amnistie de juillet 1984. Aujourd'hui, il décrit ainsi la situation : « Les gens ont perdu l'espoir dans la possibilité que le pouvoir abandonnera de son propre fait sa position
Usa suprématie De nouveau compromis ne sont plus réalistes aujourd'hui, car les gens savent que le pouvoir ne les respectera pas. C'est pourquoi les citoyens sont de plus en plus nombreux à être conscients de l'absolue nécessité de changer le système politique actuel au profit d'un système qui donnerait ne serait-ce qu'un minimum de garanties qu'un éventuel futur accord sera respecté par le pouvoir. Aujourd'hui, il n'existe aucune garantie que les aspirations élémentaires politiques et économiques des citoyens soient réalisées par l'actuelle équipe. (...)
Les gens savent dujourd'hui que ce pouvoir n'est pas au service de la société, qu'il s'oppose aux intérêts de son propre pays. Comme jamais auparavant, ils voient le gaspillage de l'acquis de leur vie, le gaspillage de leurs chances individuelles et de celles de la nation. Les travailleurs des villes et des campagnes polonaises sont aujourd'hui conscients que les communistes n'ont rien fait pour eux quarante ans, si ce n'est leur assurer la possibilité d'un travail quotidien harassant et sans effet. Ils prennent leur retraite et sombrent dans la misère. Et cela devrait être un Etat de travailleurs ? La poignée de ceux qui soutiennent ce pouvoir, ce sont des cyniques qui n'agissent que pour
Quelle est la perspective d'avenir et quelles sont les tâches qui en découlent pour les structures clandestines du mouvement social ? Slowik répond clairement à cette question : « Le scénario de 1980 ne se répétera pas exactement, mais l'histoire se répétera, c'est sûr. Les communistes peuvent compter là-dessus comme on compte sur un dépôt en banque, car s'il y a une chose qu'ils savent faire mieux que n'importe qui, c'est provoquer le mécontentement des travailleurs. Et nous devons être préparés à cela ». Concrètement, cela implique a son avis que « la première des tâches, c'est le développement et le renforcement des structures dans les entreprises, de manière à ce qu'elles soient capables, lors d'une nouvelle crise politique, de prendre la direction du syndicat », car « c'est seulement dans les entreprises qu'on pourra infliger une défaite au pouvoir» (10).
UN NOUVEAU COURANT : L'OPPOSITION OUVRIERE Au printemps 1985, un nouveau couformer au sein du mouvement social polonais. Les rédactions de quatre journaux clandestins ont mis en place une coordination qui a pris pour nom « Entente de presse de l'Opposition ouvrière » (PPOR). Elles ont rendu public un projet de plateforme, autour duquel elles cherchent à rassembler les forces qui se prononcent pour la révolution antibureaucratique, menée par la classe ouvrière et tendant à sa pleine libération. Le PPOR veut contribuer au développement et à l'élargissement de la lutte de masse des travailleurs autour de revendications partielles et immédiates, et de leur auto-organisation.
Les journaux au PPOR : Front Robotniczy (Front ouvrier), Sprawa Robotnicza (La Cause ouvrière), Glosno (A haute voix) et Wolny Robotnik (L'Ouvrier libre). Les deux premiers de ces journaux sont édités depuis l'été 1984 par des groupes qui militent pour l'autogestion ouvrière et qui se réclament de la gauche révolutionnaire. Dans son premier numéro Front Robotniczy a publié des extraits de la « Lettre ouverte au POUP » rédigée en 1964 par Jacek Kuron et Karol Modzelewski, montrant ainsi sa volonté de renouer avec la tradition révolutionnaire de l'opposition antibureaucratique polonaise, aujourd'hui
Uses auteurs. Robotnicza pour sa part annonçait dans son premier numéro qu'elle « se sent être un chaînon de la communauté ouvrière internationale » et qu'elle « possède des avec lesquels elle ne concluera jamais d'accord ou d'alliance : ce sont la bureaucratie (c'est-à-dire la couche sociale les travailleurs) et la bourgeoisie, qui garantit la survie de la bureaucratie faillie depuis longtemps déjà ».
conseils ouvriers du Mouvement polonais de résistance (ZRP-PRO),
Haute-Silésie depuis la fin 1982 en s'appuyant clandestins implantés dans les entreprises. Dans un projet de programme, qu'elle a publié alors, ZRP-PRO se prononce pour le renversement de la dictature bureaucratique à partir d'une grève générale, dirigée par les conseils ouvriers, créées dans la clandestinité, et pour l'instauration du pouvoir des travailleurs dans l'Etat afin de garantir la construction du socialisme.
Glosno est l'organe de la Commission provisoire de coordination (TKKG) du syndicat Solidarité, qui agit également en Haute-Silésie. La s'est fait connaître à l'Ouest par son soutien à la grève des mineurs britanniques, soutien qui a rencontré un important écho dans la presse britannique de gauche et d'extrême gauche, notamment dans New Statesman et dans London Labour Briefing. La TKKG, qui est une coordides commissions syndicales clandestines de nombreuses régionale (RKW) de Solidarité représentée au sein de la direction nationale clandes-
La naissance du PPOR représente un pas important sur la voie de la construccourant d'auto-organisation et d'autogestion ouvrières au sein du mouvement social polonais. L'existence d'un tel courant est indispensable pour dépasser la crise d'orientation politique et stratégique dans laquelle se trouve aujour-
Nous publions ci-après les documents rendus publics par le PPOR lors de sa constitution ainsi qu'un choix d'articles tirés des journaux appartenant à cette coordination.
Arthur WILKINS, Cyril SMUGA, le 21 novembre 1985. 9. Obecnosc (Wroclaw) numéro 10, 1985. (Londres) numéro 43, 1985.