Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

RFA

Le congrès extraordinaire du KPD

· Inprecor n° 209, 16 décembre 1985 · p. 13-15 · 2 699 mots

Allemagne Femmes Syndicalisme Paix et armements

Pour le pouvoir des travailleurs et la démocratie socialiste qui mène à la réalité politique d'une ma- et si besoin est contre l'Etat ouvrier ».

congrès extraordinaire, le CC du KPD s'était aussi prononcé pour les quotas, sur légués ont rempli les critères : sur 100 délégués il y avait 46 femmes, qui s'inscriet les statuts la nouvelle conscience des femmes dans le KPD. Déjà dans l'introoppression particulière par les structures patriarcales de la société capitaliste (...)

n'est sous aucun prétexte à mettre en dessous de la contradiction entre Capital et Travail » et que le mouvement des femmes devait revendiquer un « rôle autonome ». La relation entre le rôle des femmes comme armée de réserve industrielle et leur travail non rémunéré dans le cadre de la famille fut montrée.

à la lutte des femmes pour « abolir la domination sociale des hommes » fut revendiqué tout comme le dépassement de la Famille et la « socialisation du travail des femmes jusqu'ici non dédommagé dans le domaine de la reproduction ». Enfin, les statuts inscrivent que les femmes ont 50% des mandats

RFA

EPUIS plus d'un an, le Groupe marxiste internationaliste

D (CM), section alemande de la Ve internationale, et le

Parti communiste d'Allemagne (marxiste

(KPD-ml) mènent des négociations pour s'unifier dans une seule organisation socialiste révolutionnaire. Début novembre, un congrès extraordinaire du KPD s'est prononcé à la quasi- unanimité pour arriver à une unification fin 1986. Une conférence de délégués du GIM, qui s'est tenue début décembre a également voté à une très grande majorité pour cet objectif.

Peter BARTELHEIMER

Lorsque la prochaine édition du

Roten Morgen (Matin rouge), journal du

KPD, paraît sans la silhouette martiale des « têtes classiques » (Marx, Engels,

Lénine, Staline de trois-quarts), cela est plus qu'un simple changement de maquette extérieure. L'ancien KPD-ml, qui pour toute une génération de militants en

RFA et à Berlin-Ouest était connu pour sa prétention de représentativité totale comme « parti de la classe ouvrière », qui était issue du marxisme-léninisme de facture d'abord chinoise puis albanaise, tiré un trait sur ce passé dans un congrès extraordinaire du 1 au 3 novembre 1985 à Dortmund. Le congrès a récusé le

1977 et l'a du parti de programme remplacé par un projet de programme et un document statutaire qui sont le résultat d'une discussion autocritique de deux

Simultanément les délégués ont ans.

décidé de poursuivre les négociations avec le GIM en vue d'arriver dans un délai d'un an à l'unification dans une organisation socialiste commune.

DÉMOCRATIE ET POUVOIR DES

TRAVAILLEURS

Une partie de l'organisation n'avait pas suivi cette rupture avec les conceptions antérieures. Peu avant le congrès de

Dortmund, environ 150 « marxistes-léninistes » du KPD avaient tourné le dos au parti, après avoir fait une déclaration tonitruante caractérisant l'actuel comité central du KPD comme « trotskiste » et

« titiste » et l'avaient sans hésiter « exclu ».

« En avant dans l'esprit d'Ernst Aust », le fondateur récemment décédé du parti, ils se raccrochent à une idéologie, à laquelle les délégués de Dortmund ne veulent pas retourner, même si le nouveau programme et les nouvelles conceptions ne sont nullement en tout point clairs et restent contestables à quelques égards.

Le congrès extraordinaire, par ses débats démocratiques et fraternels, mit à l'épreuve la capacité du KPD à trouver la voie léniniste)

militantes socialistes ».

nière différente des autres organisations, marxiste-léniniste, sans abandonner pour autant un travail d'organisation socialiste.

La reconnaissance par le projet de prodémocratie socialiste ne fut pas contestée par les 100 délégués validés, qui représentaient 500 membres.

La « dictature du prolétariat », que le projet de programme emploie dans le même sens que « pouvoir des travailleurs », se verrait aujourd'hui pour la majorité des membres plutôt réalisé au Nicaragua assiégé qu'en Albanie, dont la direction traitait jusqu'ici le KPD de « parti-frère ».

Pour le KPD d'aujourd'hui, sont

« inaliénables » les droits fondamentaux tels que la liberté de presse et d'opinion, la liberté religieuse, l'existence légale de différents partis politiques, liberté syndicale, droit de grève, liberté de réunion et de manifestation. Ces droits doivent permettre à la classe ouvrière « de mener le combat pour ses intérêts et revendications sans interdiction ni limitation étatique —

DE LA « CONTRADICTION SECONDAIRE » AUX QUOTAS l'initiative des sections de femmes. La plupart des assemblées régionales de dé vaient énergiquement dans les débats en toute conscience.

aux conférences de délégués, au congrès et au comité central.

Le rapport ci-après sur le congrès extraordinaire du KPD explique ce rapprochement, à peine possible au premier coup d'oeil, entre une section de la IVe Internationale et une organisation qui jusqu'ici se présentait comme un

«parti frère » du Parti du Travail albanais. Le KPD a rompu avec les dogmes du mouvement marxiste-léniniste et recherche une nouvelle base programmatique pour « l'unité des militants et

Sous l'influence du mouvement ouvrier polonais, le projet de programme menexpressément, et ce n'est pas la moindre des choses, « le principe de l'autogestion et de l'autogouvernement ». Le pouvoir politique de la classe doit dans de nombreux domaines sociaux rendre de fait superflue la centralisation des décisions et les instances étatiques

La planification économique centrales.

signifie aujourd'hui pour le KPD, à côté de l'expression de la volonté démocratique sur « les valeurs angulaires de la planification, par exemple les effets sur l'environnement », des d'entredirecteurs prises révocables et qui doivent rendre des comptes, le droit de contrôle et de veto du personnel sur toutes les questions et la suppression de l'organisation capitaliste du temps de travail. Et dans un tel

Etat ouvrier, les communistes ne peuvent s'arroger « aucun pouvoir particulier à leur profit ».

Une seule instance, la cellule Blumenthal, s'était efforcé de maintenir le plus

Ils sont passés les temps où le KPD-ml traitait l'oppresssion des femmes comme une « contradiction secondaire » et valorisait dans leur programme la

Famille comme cellule de base également pour la société socialiste. Avant le

Quatre amendements, qui ont été acceptés, traduisaient dans le programme duction du programme, il était dit que « le combat des femmes contre leur

Dans la partie du programme sur les tâches du pouvoir des travailleurs, le soutien

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GIM, les deux directions se sont mises d'accord pour faire une mobilisation commune lors des actions d'automne de la Confédération syndicale allemande

(DGB). Déjà début octobre, les deux organisations publièrent un journal d'action commun pour « l'automne chaud » du DGB, qui fut diffusé à 40 000 intervinrent à nouveau dans le débat avec une édition commune du BLIND-

Zeitung, littéralement journal aveugle. L'emballage satirique de ce tract commun, qui était un pastiche du BILD-Zeitung (journal à sensation réactionnaire)

grande mobilisation commune des deux organisations. Tandis qu'une réunion de

60 personnes à Dortmund débattait d'une possible alternative au gouvernement

Kohl, le GIM et le KPD participaient à une réunion de 165 personnes à Hamburg menant de vifs débats avec le GAL (Liste des groupes alternatifs) et des conseilpossible la vieille idéologie dans le projet de programme, c'est-à-dire de renouveler une profession de foi sur le rôle dirigeant du parti et contre les droits fondamentaux. Elle n'était pas représentée au congrès et ses contributions n'avaient aucune chance d'être soutenues.

La nouvelle conscience démocratique s'exprime dans les statuts. Aussi symbolique que l'élimination des « têtes classiques » est la suppression du poste de président. La levée de l'interdiction de fraction, inscrite dans les anciens statuts, a une signification pratique plus décisive. Bien plus la « constitution de courants et de positions différentes dans le parti » est maintenant appréciée comme « une partie normalement constitutive de la démocratie à l'intérieur du parti et du né cessaire affrontement d'opinions ». « La composition des organismes du doivent autant que possible refleter la diversité des courants », ceux-ci ont, d'après les résolutions majoritaires, aussi « le droit de continuer à représenter leur opinion et de développer une pratique politique contredit pas l'orientation politique générale du parti et ne met pas par là danger la capacité d'action de celui-ci ». Le comité central, qui ne sera renouvelé qu'en février lors d'un congrès ordinaire, devrait dans la discussion des statuts prendre en compte la critique du fait qu'il n'a pas suffisamment informé les militants sur les négociations conduites jusqu'ici avec le GIM.

Dans le nouveau projet de programme, l'abandon du dogme du SPD « social-fasciste » est prudemment laissée en rade. Cependant, on y constate que « le renversement du gouvernement Schmidt qui menait une politique social-démocrate fut directement entrepris par les monopoles et organisations patronales », ce qui avait pour résultat un «gouvernement de réaction politique », qui est « prêt et déterminé à conduire les intérêts du Capital dans une confrontation ouverte avec les syndicats et autres mouvements sociaux ». « L'influence social-démocrate » Manifestation du syndicat de la métallurgie en RFA. (DR)

HEN JUGE VAN

Comme partie prenante des discussions sur la fusion exemplaires à la porte des entreprises et dans les meetings.

fut bien reçu par les manifestants.

la résistance après la semaine d'action lers de gauche des comités d'entreprise.

D'autres réunions eurent lieu à Münich et dans d'autres villes. revient au « désarmement » des syndicats par la participation sociale. Au lieu de maudire simplement le SPD, on souligne front uni contre la coalition de droite de Bonn, c'est-à-dire contre « l'exercice du pouvoir gouvernemental (par) les forces les plus réactionnaires, qui foulent aux pieds haineusement la classe ouvrière et les syndicats ». ABATTRE LES « VACHES SACRÉES »

Plus difficile fut pour le congrès la mise à mort d'une autre « vache sacrée » (suivant l'expression d'une déléguée) : la caractérisation de l'Union soviétique et du Pacte de Varsovie comme relevant du social-impérialisme. Aucune autre question ne suscita une telle dispute ouverte entre les délégués. Bien que le projet de programme n'employa plus cette expression et se prononçait pour un désarmement unilatéral de la RFA et pour le retrait de l'OTAN, c'est cependant sans distinction

55EN

Actr

ERESSEN

AUTOMNE D'ACTIONS A la manifestation finale du DGB le 19 octobre les deux organisations Des réunions communes, qui avaient pour thème la perspective de continuer du DGB, conclurent cette première Was Tun, numéro 416 et 418 des 24 octobre et 21 novembre 1985. que « les deux blocs militaires aggressifs, L'OTAN et le Pacte de Varsovie » sont rendus responsables du danger de guerre croissant et du réarmement.

Sous la pression de l'expérience pratique au sein du mouvement de"la paix, cette formulation fut attaquée par de nombreux délégués comme étant « la piteuse survivance d'une théorie superpuissances », qui avait conduit le parti dans les années 1970 à la position de « défense de la patrie », c'est-à-dire à « faire bloc avec sa propre bourgeoisie ». Un amendement, qui ne voyait que l'OTAN comme point de départ d'un danger de guerre « de par ses forces effectives économiques, politiques militaires », même si l'Union soviétique ne serait pas en cas de guerre « un bord juste », fut rejeté par 58 voix contre 37 pour et 8 abstentions.

Dans le même temps, une gigantesque majorité adopta une motion pour le remaniement de cette partie du programme « dans le sens d'une appréciation très différenciée de ces deux grandes puissances ». 25 délégués votèrent également pour d'autres amendements qui tendaient à supprimer l'affirmation d'exploitation capitaliste et d'économie de profit dans les pays du « socialisme réel ». Les délégués qui se retrouvaient sur cette position ne voulaient pas « bouffer plus longtemps du russe » et voient de bonnes raisons de se rapprocher de l'analyse d'Ernest Mandel et du GIM, d'après laquelle il s'agirait dans ces pays d'« Etats ouvriers bureaucratiquement dégénérés », dans lesquels « les moyens de production sont retirés aux capitalistes, (mais) le pouvoir politique confisqué par une couche de bureaucrates ». La majorité des délégués partageaient cependant l'avis que la preuve n'était toujours pas faite de l'existence de rapports de production capitalistes, même selon des modalités particulières, dans ces pays.

Le président du parti, jusqu'à présent Horst-Dieter Koch, qualifia le résultat des

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votes d'« inhabituel pour notre parti » et risqua la prédiction qu'il ferait « vivre la discussion ».

Parmi les faiblesses politiques les plus significatives du texte approuvé à Dortmund, ressort le fait que ni l'émergence des Verts ni les intérêts qu'ils mettent en avant n'ont été débattus. Ils ne sont absolument pas mentionnés dans le programme. Les thèses approuvées à cette occasion sur la nature et le rôle du KPD sont pour le moins lapidaires : certes les justes critiques des Verts vis-à-vis du capitalisme doivent « être reprises en charge dans la formation d'un parti socialiste révolutionnaire », mais puisqu'elles « restent dans cadre des contradictions fondamentales de la SOciété capitaliste entre Capital et travail salarié », la formation de ce parti devra être principalement mise en œuvre dans la classe ouvrière. Pour quelques délégués, cela ne suffisait pas. 32 délégués votèrent l'adoption d'un amendement pour le remaniement du programme, afin de prendre davantage en considération les questions comme les nouvelles technologies et la restructuration de l'industrie. Quoique dans la discussion sur la nature du KPD les critiques s'enflammèrent à nouveau, ils ont souligné que ces textes faisaient remarquer l'absence de « capacité du prolétariat à être l'avocat du progrès général de la société ». Une déléguée exigea que « l'on réponde du point de vue du mouvement ouvrier » à ces problèmes à cause des « parties du mouvement syndical qui penchent vers les Verts ». A son avis, les intérêts du mouvement ouvrier étaient vus de façon trop étriquée dans les documents présentés. Une autre déléguée déclara : « Je suis par réalisme politique pour cette résolution, mais qui sait quelle importance auront pour le mouvement ouvrier les questions laissées en suspens ? Ce n'est qu'un demi-programme. »

POUR L'UNIFICATION Le noyau des thèses adoptées sur la nature du KPD reste la constatation que celui-ci ne représente « pas la réunion de toutes les forces les plus progressistes du mouvement ouvrier, mais seulement une partie ». Le KPD tient certes à I'« effort conscient et politiquement organisé (pour) la formation d'un parti révolutionnaire de masse » et critique également « l'éparpillement en différentes organisations (comme) un produit dommageable du sectarisme de la gauche révolutionnaire - jusque dans notre parti ». Il aspire à la réunification du plus grand nombre possible de forces, qui voient dans le mouvement ouvrier la force principale d'un bouleversement social et rejettent le prétendu socialisme réel. C'est sur la question « participation sociale ou lutte de classe » que se décidera dans les prochaines années « la constitution d'un courant socialiste », qui « inclut les sociaux-démocrates de gauche, le DKP et des parties des Verts (pour) une politique ouvrière révolutionnaire ».

Depuis presque deux ans le KPD discute avec d'autres organisations du mouvement marxiste-léniniste ou venant de la tradition anarchiste sur « l'unité des militants et militantes socialistes révolutionnaires » dans une coordination informelle. Ce n'est qu'avec l'offre du GIM de mener avec l'objectif d'une organisation unifiée que le KPD a eu la chance dans la pratique « de rompre avec notre conception étroite du parti », comme le déclara H.-D. Koch dans la défense d'une contribution qui aspirait à la fusion Là-dessus, les contributions de la délégation du GIM ne laissaient aucun doute, elles prenaient en considération les difficultés encore à résoudre mais aussi la volonté de créer une nouvelle organisation commune.

La plupart des maux de ventre des délégués étaient suscités par la proposition de ne se décider fondamentalement que deux ans après la fusion sur l'intégration à la IVe Internationale, qui est jusqu'ici écartée par le KPD. Dans cette période, les membres de la IVe Internationale devraient avoir la possibilité de s'organiser pour proposer l'intégration de la nouvelle organisation à la IVe Internationale. Malgré tout, le congrès adopta cela sans une seule voix contre et avec quatre abstentions. Les directions du GIM et du KPD doivent maintenant retravailler ensemble le projet de programme adopté et le document statutaire afin de les proposer aux membres des deux organisations comme base de la fusion, sur laquelle la décision sur la réunification doit intervenir l'an prochain.

Peter BARTELHEIMER, Francfort, le 15 novembre 1985.

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