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N 1945, la lutte des partisans yougoslaves, première révolution socialiste en Europe depuis 1917, et ce en dehors du cadre des accords de Yalta et contre la volonté du régime stalinien à Moscou qui voulait les respecter. L'élan populaire découlant de cette par la rupture des dirigeants yougoslaves avec Staline en 1948 et la manière dont ils se sont appuyés sur les masses, culminant avec l'instauration aux d'autogestion. Pendant plus de trente ans, malgré le renforcefois de phénomènes de bureaucratisation et de tendances à la restauration du capitalisme, la direction yougoslave, autour du personnage prestigieux de Tito, a réussi, se basant sur ce réservoir de soutien populaire, à surmonter une
Mais ce fond de crédit politique a été progressivement dilapidé, même avant la mort de Tito en 1980. Aujourd'hui, il est évident qu'un malaise profond frappe la vie politique du pays, dont le procès des « six » de Belgrade n'a été qu'un des symptômes. Nous avons traité dans une série d'articles les problèmes économiques, sociaux et politiques, auxquels est
Milan NIKOLIC
Si l'on comprend la démocratie dans son sens grec originel comme étant le pouvoir du peuple, alors le projet initial du socialisme, par lequel Marx et d'autres visionnaires socialistes exprimaient la possibilité pour la grande majorité du peuple d'être maître de sa propre destinée, doit être compris comme un développement historique de cette signification en fait, première. Les deux concepts, reflètent le même processus historique, car il n'y a pas de socialisme sans démocratie et seul le socialisme permet l'épanouissement de celle-ci.
LE SOCIALISME ET LA DÉMOCRATIE
Cette relation essentielle entre socialisme et démocratie a été longtemps obscurcie et pervertie l'interprépar tation stalinienne du projet historique du socialisme, qui présentait la démocratie comme quelque chose de tout à fait bourgeois et par conséquent destiné à la poubelle de l'histoire. La démocratie dans son sens restreint de pluralisme politique est, il est vrai, un élément constitutif des sociétés capitalistes développées contemporaines. Mais, de même qu'elle a été créée à l'initiative et par les efforts du
Tiers-Etat, elle est aujourd'hui maintenue par les efforts incessants des forces démocratiques, parmi lesquelles les forces socialistes jouent un rôle très important.
Cela signifie que, d'un point de vue socialiste authentique, la démocratie, même dans son sens restreint et formel de plu-
Socialisme, démocratie
dirigée par le victoire a été ensuite renforcé début des années 1950 du système accusés du procès de Belgrade. ralisme politique et de respect des règles et des résultats électoraux, ne doit pas
La démocratie et la démocratie socialiste ne sont pas, bien sûr, synonymes. Cependant, si nous connaissons relativement bien ce que recouvre la démocratie dans les sociétés capitalistes développées occidentales (qui n'est pas la même que la «démocratie » du Chili ou des Philippines), on connaît et on parle beaucoup moins de la signification de la démocratie socialiste. Le socialisme, comme nous l'avons dit, n'est possible que s'il englobe une démocratie développée (sinon nous avons affaire à de l'étatisme, du collectivisme bureaucratique ou du corporatisme) et cela signifie que pour être réelle, la démocratie socialiste doit être largement plus développée que sa contrepartie bourgeoise. La démocratie bourgeoise est simplement la liberté de pensée, d'expression et de culte ; la liberté de la presse, d'information, d'expression publique et de rassemblement ; la liberté d'association et d'organipolitique ; le droit d'être nommé à un poste public et le respect de la règle selon laquelle ceux qui gagnent les élections gouvernent et ceux qui les perdent perdent aussi le droit de gouverner.
La démocratie socialiste a besoin d'intégrer toutes ces réalisations historiques de la société bourgeoise, mais a aussi besoin d'y ajouter ses propres prémices émancipatrices de la propriété sociale, de l'autogestion économique et de l'« autogouvernement » politique, ce qui veut dire : le contrôle démocratique par les confrontée la Yougoslavie, et plus particulièrement le procès de Belgrade (voir encadré). Nous publions ci-dessous une partie de la déclaration faite vers la fin de ce procès par un des accusés, Milan Nikolic, un des dirigeants du mouvement étudiant de Belgrade en 1968, qui avait déjà été emprisonné au début des années 1970. Dans cette déclaration, Nikolic défend sa conception du socialisme démocratique et autogestionnaire, en l'opposant aux dangers d'un retour au stalinisme ou au capitalisme qui menacent la Yougoslavie.
Rappelons que Nikolic avait bénéficié à la fin septembre d'un sursis de trois mois avant de commencer à purger une peine de huit mois de prison prononcée à la conclusion du procès de Belgrade. Il était possible qu'une amnistie soit accordée à Nikolic ainsi qu'à l'autre condamné du procès,
Miodrag Milic, à l'occasion du 29 novembre, anniversaire de la proclamation de la république en 1945. Il n'en fut rien. Nikolic doit donc en principe commencer à purger sa peine à la fin décembre 1985. Si les autorités de Belgrade ne reculent pas d'ici là, il y aura donc à nouveau besoin de la solidarité internationale qui a déjà contribué à faire libérer quatre des six producteurs (de valeurs tant matérielles qu'intellectuelles) sur les conditions de production, sur la distribution et l'utilisation du surproduit social, sur le développement économique de la société, la participation de tous les citoyens adultes capables aux décisions politiques, du niveau local au niveau fédéral (de la Fédération yougoslave, c'est-à-dire au niveau national, ndlr.). Bref, la souveraineté du peuple sur sa propre destinée.
Nous pouvons trouver
Marx, Luxemburg et Gramsci, mais aussi chez des socialistes serbes tels que Svetozar Marcovic, Dimitrije Tucovic et même
Sime Markovic et Filip Filipovic (1). Seule la gauche stalinisée, des staliniens classiques aux néo-staliniens du type maoïste ou d'Enver Hoxha, a refusé d'accepter l'idée que la démocratie socialiste doit incorporer mais aussi améliorer, c'est-à-dire dépasser dialectiquement, la démocratie bourgeoise. C'est donc à cette tradition que je me réfère, dans un effort d'examen approfondi de la crise yougoslave contemporaine, aussi bien dans mon activité publique que professionnelle, comme citoyen et comme sociologue.
1. Svetozar Markovic, mort en 1875, fut dirigeant de l'aile révolutionnaire du mouvenationaliste ment serbe dans l'empire autrichien ; il était également socialiste et partisan d'un fédération des républicaine peuples balkaniques et fut « agent-correspondant » de la lère Internationale. Dimitrije Tucovic fut un dirigeant du Parti social-démocrate serbe avant la Première Guerre mondiale. Sime Markovic et
Filip Filipovic furent des dirigeants du Parti communiste yougoslave aux années 1920 et
Tout citoyen rationnel de ce pays et, a fortiori, celui qui est spécialiste des sciences humaines, est depuis longtemps conscient que l'actuelle crise économique et sociale est aussi une crise morale et constitue un blocage du potentiel créateur de la société. Autrement dit, aujourd'hui les gens ne sont pas motivés pour s'engager honnêtement, aux sens à la fois traditionnel et « socialiste » du mot, dans leur travail ou dans toute autre activité sociale. En fait, on les pousse à se conduire d'une maniere quasiment opposée. « Dites une chose, mais faites le contraire » ; « Il faut être idiot pour être honnête » ; « L'intérêt général n'existe pas, ou alors, seulement quand ça vous arrange ou nous arrange » ; « Ne vous souciez pas de moralité ou de principes socialistes, taisez-vous et occupez-vous de vos affaires, tout ira mieux » ; telles sont les règles de comportement social quI ont acquis le statut de système éthique dominant.
LA DÉMOCRATIE ET LES INTEL-
LECTUELS De nombreux aspects de la vie politique encouragent ce type de comportement. Tout le monde sait bien, par exemple, qu'un intellectuel qui prend au sérieux ses responsabilités sociales (en particulier si, comme sociologue, il est concerné par la réalité sociale et publie les résultats de ses recherches que cela plaise ou non à « ceux d'en haut ») a plus de chances d'avoir des ennuis qu'un collègue qui, préoccupé par sa seule carrière qui dépend largement de « ceux d'en haut », essaiera en premier lieu de satisfaire ses chefs. Nous pâtissons tous de cet état de fait dans la mesure où nous nous retrouvons sans une science capable d'appréhender la situation réelle, de nous fournir des prévisions correctes et utiles ou des solutions alternatives à nos divers problèmes sociaux et au développement social en général. Pour qu'une science soit digne de ce nom et soit une activité socialement utile, elle a besoin d'un large domaine de liberté, le droit à la critique sans crainte des conséquences, le droit de développer des idées différentes sans entraves, le droit à la confrontation. Enfin, elle doit être jugée selon le seul critère de son contenu scientifique et non en fonction des intérêts de tel ou tel groupe social qu'elle pourrait servir.
En fait, la vérité scientifique sert toujours les intérêts sociaux communs. Si une liberté intellectuelle étendue et sans restrictions est une condition de base pour l'avancée de la science, et si une science libre, hautement développée et dynamique est une condition du progrès social à ce stade de la civilisation, alors il est clair que la crise actuelle a aussi pour racine la restriction de la liberté intellectuelle. Il est clair également qu'on ne pourra sortir de cette crise sans libérer tout le potentiel créateur de l'intelligentsia (ainsi que celui de toutes les autres couches sociales). Comment peut-on espérer que l'intelligentsia participe à la recherche des causes de la crise ou à la numéro 164 du 9 janvier 1984.
juillet 1984.
du 23 juillet 1984.
bre 1984
1984.
numéro 181 du 8 octobre 1984.
21 janvier 1985.
- Interview de Pavlo Imsirovic, numéro 188 du 21 janvier 1985.
205 du 21 octobre 1985. formulation de solutions possibles, si elle est elle-même - du moins en concerne ses éléments les plus critiques, donc les plus créatifs - en permanence menacée de répression?
Quelles sont les raisons de cette situation ? Il ne fait aucun doute que la cause principale du blocage du potentiel créatif de notre société réside dans la substitution des intérêts partiaux aux intérêts sociaux généraux ; dans l'utilisation d'un monopole organisationnel et politique pour limiter le champ de liberté intellectuelle et pour diriger au moyen de la politique de la carotte et du bâton le développement de la science, comme d'autres disciplines intellectuelles, non vers le service des intérêts communs, mais vers ceux du groupe social dominant. De par sa nature même, la pensée créative que si elle est libre et guidée seulement par son propre intérêt de découverte de la vérité, mais qui correspond en même temps à l'intérêt le plus général : la pensée qui a peur ou qui est achetée n'est pas créatrice et est improductive.
Il est clair que l'intelligentsia yougoslave, en particulier ses éléments critiques, ceux qui sont concernés par les questions sociales, sera incapable de participer d'une manière créative à la compréhension et à la solution de la crise sociale actuelle tant qu'elle craindra d'être dénoncée, poursuivie et même jugée, seulement pour avoir eu une démarche critique, non officielle. Il est clair également que seule cette intelligentsia est capable d'idées neuves et fructueuses, les intellectuels officiels s'en passant depuis longtemps. Il poueule et cite, est donc nécessaire de mettre fin à la persécution des intellectuels critiques. Il faut arrêter les poursuites et les emprisonnements sur la base d'accusations infondées et de procès spectaculaires, de ceux qui pensent différemment.
Pour que les intellectuels puissent accomplir leur devoir social, pour qu'ils puissent être productifs, il leur faut - et pas seulement à eux — une très grande liberté. Les ouvriers, les paysans, les emplo-
LES DERNIERS ARTICLES D'« INPRECOR » SUR LA YOUGOSLAVIE
- « Débats autour de la nouvelle réforme économique », Catherine Verla,
- « Durcissement policier face à la crise », numéro 176 du 25 juin 1984.
- « Faire la vérité sur la mort de Radomir Radovic », numéro 178 du 23
- Adresse de Radovic au 9e congrès des syndicats yougoslaves, numéro 178
— « Procès politiques à Belgrade », Branko Krizman, numéro 181 du 8 octo-
- Interview exclusive de Vladimir Mijanovic, numéro 181 du 8 octobre
- « De la rupture avec Staline à l'association avec le FMI », Michèle Lee,
- « Les enjeux du procès de Belgrade », Branko Krizman, numéro 188 du
- « Procès de Belgrade, le pouvoir recule », numéro 191 du 4 mars 1985.
- Lettre ouverte des trois de Belgrade, numéro 201 du 22 juillet 1985.
« Crise économique et réveil de la classe ouvrière », Michèle Lee, numéro yés et tous ceux qui n'exercent pas un métier essentiellement intellectuel besoin, tout comme les intellectuels, à la fois de libertés intellectuelles mais aussi d'autres libertés comme la liberté d'initiative politique, la liberté de critiquer les dirigeants, la liberté de s'organiser, de dé se mettant par exemple en grève. Autrement dit, ils ont besoin de toutes ces libertés que notre constitution garantit, mais qui sont souvent niées dans la pratique, même par les institutions et les individus dont la responsabilité publique est de protéger la constitution.
DÉVELOPPER L'AUTOGESTION
Tous ces droits et libertés peuvent être pleinement résumés par le terme d'autogestion complète, d'autogouvernement complet, avec la participation entière de tous les citoyens adultes capables (ce qui n'exclut évidemment pas la possibilité personnes en prison ou dans des institutions psychiatriques puissent aussi participer sous certaines formes et à un certain niveau). La route vers une autogestion développée et intégrale est complexe, de nombreuses alternatives se présentant à chaque pas. Cependant, il est certain que les premiers pas dans cette direction comportent nécessairement :
- Le respect de la constitution et des lois de la République socialiste fédérative de Yougoslavie (RSFY) par tous les individus et les institutions ayant un pouvoir social précis, et en particulier par l'Etat et politico-administratifs. Bref, les corps l'Etat doit être de droit et tous les organes politiques doivent être soumis à la constitution.
- Le respect pour les règles élémentaires de la politique démocratique telles que : « Toute instance publique qui exerce un pouvoir social particulier doit être élective », ou « Toute fonction publique, politique ou sociale doit être exposée au contrôle de l'opinion publique », etc. Les
Milan Nikolic (DR) principes politiques de la Commune de Paris en fournissent un bon modèle qui doit être suivi et dont l'élaboration doit continuer.
— Le développement d'une autogestion authentique dans les entreprises et les institutions par l'abolition de la séparation des fonctions exécutives (directeurs, etc.) et la transformation des instances de direction en instances consultatives. La prérogative entière de la gestion doit revenir aux conseils de travailleurs, dans lesquels la majorité absolue doit appartenir aux travailleurs productifs et aux employés et experts qui n'ont pas de fonctions de direction, dans la mesure où de telles fonctions existent encore pour un temps en tant que telles. L'activité autogestionnaire des travailleurs défendra les intérêts sociaux communs, opposés à ceux de la propriété de groupe (2), par une plus profonde intégration des agents dans un système économique unique qui ne respectera pas les frontières des républiques, des provinces, des communes ou des simples entreprises.
- Le développement d'un autogouvernement populaire authentique, du niveau local des communes au niveau fédé ral, par une série de mesures et de mécanismes de démocratie directe et indirecte allant du référendum sur les problèmes de développement social les plus importants aux sessions permanentes du congrès des conseils ouvriers.
- La séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire (chacun d'entre eux, bien sûr, devant être autogouverné), de façon à leur permettre un fonctionnement correct et empêcher la formation de toute sorte de monopole.
- L'abolition de tous les monopoles idéologiques et organisationnels, et en particulier le monopole de tout groupe social séparé sur l'utilisation du pouvoir d'Etat ; l'abolition de toutes les mesures anticonstitutionnelles et antidémocratiques de la « loi politique coutumière » ou de la pratique quotidienne.
Toutes ces règles ne sont que les points de départ nécessaires à l'établissement d'un socialisme vraiment démocratique, autogestionnaire et humaniste. Les formes concrètes que ce socialisme pourra prendre doivent être laissées au choix démocratique de ceux qui le construiront. Tout ce qu'il importe de définir maintegardant à l'esprit l'expérience des systèmes totalitaires contemporains comme le fascisme, le stalinisme, les dictatures personnelles ou populistes etc., ce sont les conditions de base qui permettront d'éviter toute entorse aux principes démocratiques, la séparation du pouvoir et du peuple ou une utilisation néfaste et monopoliste de ce pouvoir.
L'AVENIR DE LA YOUGOSLAVIE
ET CE PROCES Bien qu'il puisse paraître prétentieux de lier ce procès à l'avenir de la société yougoslave, je pense que l'on peut se le permettre, non pas parce que nous, les accusés, sommes particulièrement importants, mais parce que tout cela se passe dans une période que je considère comme décisive pour le développement futur de notre société. J'ai déjà parlé de ce que je considère comme la seule alternative acceptable : le développement général de l'autogestion et de la démocratie socialiste. Je dois également dire quelque chose à propos des alternatives qui sont à mes yeux inacceptables mais qui ont malgré tout une chance, pas trop grande j'espère, de se réaliser.
Le plus grand danger réside dans la restauration du stalinisme. Ceci parce que dans notre société existent toujours, et elles sont très vivantes, des forces qui ont été idéologiquement modelées avant et pendant la guerre, et aussi dans une certaine mesure après la fin de celle-ci, et dont l'inspiration idéologique ne provient pas de Marx ou des représentants des traditions socialistes les plus avancées, mais de la tradition réductrice et déformée («révisionniste ») du soi-disant « bolchevisme » ; bref de la pratique de ce qui est improprement appelé le « socialisme réel ». Ces forces sociales sont conservatrices et ne sont pas prêtes à accepter quoi que ce soit de nouveau. Pour elles, il n'y a qu'une seule route pour aller vers le socialisme, celle qui a été suivie par le « premier pays du socialisme ».
Même lorsqu'ils acceptent en paroles l'autogestion yougoslave, ils font de leur mieux pour la réduire à une phrase purement rhétorique, à un précepte normatif. Pour eux, l'Etat est la « mère du lisme » ; ils aiment l'Etat et l'Etat les aime, alors que la véritable autogestion et la démocratie socialiste ne sont pour eux qu'« anarchie » et « libéralisme pourri ». La main ferme de la discipline, l'application exacte des décisions et de la « ligne », l'obédience et la diligence de « ceux d'en « ceux d'en haut » ; tel est leur remède universel à tous les problèmes sociaux. Bien que cette plate-forme idéologique et politique soit anachronique et improductive, présentant tous les symptômes du gatisme, elle est malgré tout extrêmement dangereuse, car ceux qui la soutiennent, ouvertement ou secrètement, étant en général liés à l'Etat détiennent entre leurs mains un pouvoir social important. Les partisans de ce programme se débarrasseraient volontiers du non-alignement de la Yougoslavie, de ses fondements autogestionnaires, de son principe d'organisation fédérale et d'autres réalisations significatives de notre voie de développement.
L'autre alternative dangereuse est celle de la restauration du capitalisme, danger qui se manifeste dans notre société par une tendance à la propriété de groupe et par la domination de la couche des directeurs dans les entreprises ainsi que, bien que cela soit probablement moins important, par le renforcement de rapports capitalistes à travers le marché et le secteur privé de l'économie. Il ne faut pas non plus sous-estimer la possibilité d'une variante de cette alternative : un capitalisme d'Etat ou corporatiste. Il ne fait pas de doutes que les partisans de cette alternative, ou de sa variante, eux aussi, se débarrasseraient rapidement de toute trace d'autogestion ouvrière ainsi que de tous les autres acquis socialistes, y compris le non-alignement de la Yougoslavie.
Bien sûr, on ne peut exclure d'autres variantes d'évolution hybrides et négatives qui mèneraient toutes notre société, non pas vers l'autogestion, mais dans d'autres directions qui mettraient en danger tous les résultats les plus précieux de notre développement d'après-guerre : l'autogestion, le caractère fédéral de la Yougoslavie, le non-alignement et l'ordre constitutionnel existant.
En tant que citoyens de ce pays, socialistes et démocrates nous devons résister à tout ce qui conduit à une telle évolution négative. Les intellectuels bien sûr portent une responsabilité spéciale, en particulier ceux qui par leur pratique professionnelle et par vocation personnelle sont concernés par la société et qui, par conséquent, ont une meilleure compré hension de ses processus de fonctionnement. C'est aussi dans ce contexte que ce procès devra être analysé, présentant comme il semble le faire la possibilité de restauration du stalinisme. C'est là même que l'on trouve sa signification. C'est pour cela qu'il est important (et pas seulement pour les trois ou six d'entre nous) que la vérité et la justice l'emportent à ce procès. Car, comme je l'ai déjà dit, ce qui est en jeu ce n'est pas seulement notre peau mais l'avenir de cette société : y aura-t-il une évolution positive vers le socialisme, en accord avec les besoins des hommes et les possibilités historiques ; ou bien une stagnation, sinon un mouvement régressif vers le corporatisme capitaliste ou le stalinisme?
Milan NIKOLIC, Belgrade, le 1er février 1985. 2. Le terme de « propriété de groupe » décrit que le gres de prosate solade autoplus autonome que dans le cadre d'une planification économique.