'AGITATION a gagné les universités chinoises depuis
L temise dernie, Bite commémoraire et font 15 ea
. tembre dernier, date commémorative de l'invasion de la
Mandchourie par le Japon en 1931. Ce fut en effet l'occasion pour les étudiants des universités de Pékin de se mobiliser contre l'impérialisme japonais et de dénoncer la politique gouvernementale à l'égard du Japon en matière de relations économiques.
Cette flambée de protestations ne fut pas du goût des dirigeants chinois. Un éditorial du Quotidien du peuple du 3 décembre dernier affirmait : « Toute critique de notre parti et de notre gouvernement, toute demande individuelle, doivent emprunter les voies normales et démocratiques. Toute autre forme de revendication de nature à porter atteinte à l'excellente situation prévalant aujourd'hui ne sera pas tolérée » (Le
Monde du 6 décembre 1985). Cette mise en garde s'adresse directement aux étudiants, dont certaines des protestations
Les récentes manifestations diantines qui se sont déroulées à Pékin,
Wuhan, indiquent une nouvelle phase des luttes étudiantes en Chine.
Du milieu de l'année 1984 jusqu'au début de cette année, diverses protestations se sont exprimées dans de nombreuses universités. Toutes s'opposaient à l'administration sur les conditions de
Ces récentes luttes sont politiques :
elles partent de l'invasion économique du Japon (rappelant l'invasion militaire du passé) et débouchent sur une critique de la politique gouvernementale chinoise.
Cette première étape de la lutte, en brisant les interdits officiels a obtenu des succès à des degrés divers qui ont encouragé les velléités des étudiants et impulse
• l'heure actuelle une remontée des
L'étendue des mobilisations est encore assez limitée aujourd'hui, et la participation pas très massive. Il y a notamment le problème de l'information qui ne se transmet que par les agences étrangères et les voyageurs étrangers et qui est de ce fait incomplète. Mais ces luttes expriment quelque chose de fondamental : une opposition aux erreurs de la politique intérieure et extérieure du Parti communiste chinois, et la revendication d'un système démocratique.
Il s'agit là des premiers signes de renaissance du mouvement démocratique qui s'est développé en 1978 et a été réprimé à partir de 1981 (1).
Comme les autres mobilisations étudiantes du passé, ce mouvement a pris son essor chez les étudiants de Beida (université de Pékin). Le 18 septembre, date
Les étudiants chinois contre
l'impérialisme japonais
lation de dizaines de protestataires. Nous publions ci-après anniversaire de l'occupation trois provinces du Nord-est de la Chine en 1931, des étudiants se rassemblent sur le campus. Ensuite une partie d'entre eux se joint à des étudiants de Quinghua et Renmindaxue (autres universités de Pékin). Environ 1 000 personnes vont manifester place Tian Anmen en scandant les slogans « Non à une deuxième invasion économique du Japon ! », « A bas Nakasone » (le premier ministre japonais, ndlr.). Les manifestants critiquent aussi la «trop grande faiblesse " gouvernement chinois vis-à-vis de l'actuel gouvernement japonais. Une centaine de dazibaos ont été affichés sur le campus, critiquant d'un côté la remilitarisation et l'invasion économique japonaise, et de l'autre l'attitude soumise au capitalisme pénétrer les produits japonais dans le pays. Les étudiants y expriment aussi leur vif mécontentement face aux privilèges des cadres et à la politique économique en cours ainsi que la revendication de la mise en place d'institutions démocratiques.
A la fin du mois de septembre 1985, 5 000 à 10 000 étudiants de l'université Xibei et de l'université industrielle de Xian ont manifesté trois jours de suite au centre de cette ville avec des mots d'ordre de boycott des produits japonais. LES RAISONS DE LA MOBILISATION
A l'université Huazhong de Wuhan, entre le 26 septembre et le ler octobre, des dazibaos sont apparus à plusieurs reprises, appelant les étudiants à s'opposer à l'invasion économique du Japon, et à organiser une protestation nationale.
L'attitude du Japon et du gouvernement chinois a engendré un vif mécontenréclamaient un boycott des produits japonais.
Même si cette vague de mobilisation de la jeunesse peut satisfaire des fractions opposées à Deng Xiaoping au sein du
Parti communiste chinois et à sa politique d'ouverture économobilisations spontanées n'en ont pas moins été l'expression du mécontentement de la jeunesse étudiante. Elles posent immédiatement le problème de la liberté d'expression pour les masses populaires sur des questions d'intérêt national, comme sur les effets de la nouvelle politique économique développée en Chine. C'est d'ailleurs ce qui explique la réaction intransigeante des autorités, qui ont procédé à l'interpelun article paru dans October review, organe marxiste révolutionnaire publié à Hong Kong, qui fait le bilan des premières manifestations étudiantes des mois de septembre et novembre dernier.
Que ce soit en majorité des étudiants qui en soient à l'initiative n'a rien de surpre-
Tout d'abord il faut rappeler que le
Japon a envahi la Chine à plusieurs reprises. Le 18 septembre 1931, il a annexé trois provinces de l'Est. En 1937, il a généralisé cette invasion et a entraîné le peuple chinois dans une lutte sans pitié durant huit ans, faisant plus de vingt millions de victimes, causant des dégâts inestimables la production, ressources nationales, etc. Notre peuple n'a jamais obtenu les compensations aux dommages causés. Aujourd'hui, après que le gouvernement japonais ait falsifié les manuels scolaires en épurant les traces des crimes de guerre, le premier ministre japonais Yasuhiro Nakasone a officiellement participé à la cérémonie de Yasakuni
Jingja (2), montrant là son respect pour les exactions militaires, et encourageant les menées bellicistes. Le budget japonais de la défense dépasse les limites établies par la constitution. Après que le développement de l'économie du Japon en ait fait la deuxième grande puissance monde capitaliste, ce pays a augmenté sa force de frappe, préparant les bases matérielles de la guerre, ce qui pour la Chine qui a déjà soupé de l'invasion japonaise, constitue une nouvelle menace.
même si la puissance de la Chine a connu aussi un rapide développement. Pourtant
1. Cf. l'article de Li Si « Le mouvement démocratique chinois de 1978 à 1981 », publié dans Inprecor numéro 206 du 4 novembre 1985.
2. Ce temple japonais est un lieu où vont traditionnellement se recueillir les grands dignitaires du régime, dont l'empereur, pour les cérémonies d'hommage aux morts. Son nom signifie littéralement : « Temple des ancêtres pour pacifier le pays ».
les cadres du PCC se déclarent satisfaits des paroles mielleuses de Nakasone, qui affirme qu'il n'y aura « plus de sino-japonaise ».
Aujourd'hui, les bonnes dispositions de la Chine à l'égard du Japon ont atteint le stade de la servilité. Les dirigeants chinois mettent toute leur énergie à amadouer l'impérialisme sur les relations amicales et pacifiques entre les deux pays. Au plan économique, on espérait à l'origine que le Japon aiderait à la reconstruction de la Chine, qu'il ses crédits, vendrait des technologies avancées, ferait des investissements... Mais le résultat de plusieurs années de cette orientation des relations sino-japonaises, c'est que les crédits commerciaux japonais sont très bien moindre que ceux d'autres pays par exemple et les Japonais n'ont pas consenti à livrer à la Chine les technologies de pointe. Par contre du point de vue commercial, le Japon est toujours le principal « comparse » de la Chine. De plus, depuis vingt ans, la Chine a un déficit commercial dans ses échanges avec le Japon, mis à part l'année 1982 où les exportations chinoises vers ce pays ont été excédentaires. commercial s'est élevé à 20 milliards de dollars, soit l'équivalent de la valeur de 37 % des exportations de la Chine vers le Japon. En 1985, il a déjà atteint les 28,4 milliards de dollars. Dans le même temps, le Japon veut toujours élever les barrières douanières pour les produits de la Chine et ne respecte pas les traités commerciaux qui ont été conclus.
Cette année le Japon a certes augmenté ses crédits à la Chine, mais il faudra en payer les intérêts et la majorité de ces crédits passe dans l'achat des produits japonais. L'augmentation de la masse des produits japonais sur le marché chinois Sur la place Tien An Men à Pékin. (DR)
est un dur coup porté au développement des industries nationales.
C'est pourquoi, les protestations étudiantes contre l'impérialisme japonais signifient simultanément une opposition à la politique extérieure du PCC. Ces manifestations étaient spontanées. Cela réfute l'idée suivant laquelle ces protestations encouragées au niveau officiel. Des tentatives de dissuasion ont été menées à l'encontre des étudiants au début du mouvement, mais leur détermination a brisé les barrières officielles et de l'administration universitaire ; aux dazibaos rapidement enlevés ont succédé des dazibaos encore plus nombreux. Un de leurs slogans, « Aimer sa patrie n'est pas un crime » reflète bien les mesures de rétorsion et les menaces dont ils ont été
Pour les autorités, tous ces agissements (manifestations, vont à l'encontre de la loi et doivent être punis. Les étudiants n'ont pas peur et face à ce défi, ils persistent à affirmer la justesse de leurs protestations. Cela montre que les interdits bureaucratiques et la comme celle qui eut lieu à l'encontre des militants du mouvement démocratique en 1981, ne plus empêcher longtemps déroulement et la percée des luttes des masses populaires.
LE PCC POURSUIT UNE POLITIQUE
DE RAPPROCHEMENT AVEC LE JAPON Après que le mouvement de protestation anti-japonais ait éclaté, le PCC a envoyé un membre du secrétariat central du Parti, Wang Taoguo, à Tokyo, pour s'expliquer avec le gouvernement japonais et lui apporter des assurances. Une dépêche de l'agence AFP de Tokyo du 7 octobre note : « Le premier ministre japonais est d'accord pour que les deux pays mettent toute leur énergie pour promouvoir relations fraternelles ». Xiaoping déclara à Shintaro Abe, le ministre des Affaires étrangères du Japon : « Nous sommes en général satisfaits du développement de l'amitié entre nos deux pays, mais il y a aussi des motifs d'insatisfaction (...) Il y a encore des insuffisances au point de vue économique et politique (...) A partir de maintenant les rapports politiques, économiques et amicaux entre nos deux peuples doivent être développés. Les deux parties doivent éviter de blesser leurs susceptibilités respectives ». Abe a insisté sur le fait que : « les chinois doiles sentiments nationaux et la structure de la société dialogue est éclairant. Quand Deng Xiaoping parle des « deux parties », ces propos dissimulent une forme d'excuse par rapport au gouvernement japonais. La réponse du ministre japonais des Affaires étrangères est un reproche aux autorités chinoises par rapport aux manifestations anti-japonaises qui blessent les « sentiments nationaux » japonais. Qui est servile, qui domine, ce dialogue répond par lui-même.
L'attitude des leaders du PCC par rapport au gouvernement japonais, a suscité cette critique juste des dazibaos des étudiants de l'université de Beida « Avaler les fruits amers de l'humiliation pour de petits bénéfices économiques ». Les étudiants dénoncent également l'attitude de beaucoup de gens « qui ne voient que l'argent ». Ce qui est critiqué en premier lieu, c'est que ce sont les agresseurs économiques et non le peuple agressé qui tire le bénéfice de ces rapports. La Chine perd progressivement ce qu'elle possède et ainsi on ne peut même plus parler de « petits bénéfices ».
Ces concessions à l'impérialisme japonais ne peuvent qu'encourager ses visées agressives. La confiance aveugle dans les assurances bon marché de Nakasone, du genre « Amitié et paix » et « plus de guerre entre la Chine et le Japon », ne objectivement qu'endormir le peuple vis-à-vis d'une menace de guerre. Les invasions passées du Japon ont déjà eu un coût incalculable pour le peuple
Aujourd'hui, 40 ans après la guerre de résistance, le PCC ne doit-il pas tirer les lecons du passé ?
Tout d'abord, le Japon est un pays impérialiste et des invasions dictées par la structure propre de la société japonaise. Il ne peut pas en aller autrement, comme Lénine disait : « l'ère des impérialismes engendre forcément des guerres impérialistes. Pour éviter ces guerres, il faut le triomphe de la révolution socialiste, le des structures sociales de l'impérialisme est alors possible ».
Ainsi le sens de la formule « la Chine doit comprendre la structure de la société japonaise » est le suivant : le Japon est impérialiste donc le Japon ne peut pas ne pas inonder la Chine de ses produits et doit limiter les importations en provenance de Chine. Et le déficit commercial de la Chine est inévitable. Du point de vue de l'impérialisme, que l'économie des écrasent celle d'Etats faibles est une loi naturelle à laquelle n'échappe pas le Japon. Les résistances et discussions sont inutiles. Et si les moyens Japon pour sauver son économie en crise les relayera par les armes.
Quand les dirigeants chinois encensent l'amitié sino-japonaise, la théorie marxiste-léniniste sur la guerre et l'impérialisme ainsi que les leçons de la guerre chinoise de résistance contre l'invasion japonaise. Le slogan du peuple chinois « A bas Nakasone », signifie abattre l'impérialisme japonais. C'est un appel à l'unité avec les ouvriers et paysans japonais pour abattre l'impérialisme japonais, renverser ses structures présentes. Le PCC s'oppose à cette tâche laborieuse et cède aux pressions des puis sances impérialistes nippo-américaines Cette orientation aura des conséquences catastrophiques.
ZHANG KAI, October review, Hong Kong, le 13 octobre 1985.